‹ Mylord et MyladyChapitre 6 sur 62 · I

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Lady Gwendoline Vancouver a occupé ses loisirs de campagne à composer deux ou trois toilettes qu’elle brûle de faire voir à Londres. Sous sa haute direction, Mrs Hill, sa femme de chambre, lui a exécuté une robe de brocart d’or faite en fourreau et garnie de plumes, qui est un chef-d’œuvre. Lady Gwendoline a donc envie d’exhiber sa robe, et de revoir Cis Pen, un gentil garçon de ses amis auquel elle ne pense pas beaucoup quand il est là, mais qui lui manque quand il n’y est pas.

Lady Gwendoline, comme fille d’un duc, pense qu’il lui est permis d’avoir les idées à l’envers si cela l’amuse, et surtout de faire toutes ses volontés. Son mari en est amoureux tout juste, mais en est très fier, ce qui est plus durable.

Lady Gwendoline n’a donc pas trouvé d’obstacle auprès de lui quand elle a annoncé qu’elle voulait rentrer à Londres, et M. Vancouver s’est contenté d’annoncer qu’il profiterait des derniers froids pour rester à la campagne et avoir quelques bons runs. Les enfants ont tranquillement été expédiés chez la duchesse, leur grand’mère, et Lady Gwendoline est arrivée en ville, ayant pour toute escorte son magnifique danois, Emperor, Mrs Hill, sa femme de chambre, personne d’un mérite distingué et dont un valet de pied porte les châles, et le valet de pied préposé à cet emploi.

Le temps était fort laid à Londres, mais Lady Gwendoline ne s’en est pas sentie attristée; elle a écrit à M. Vancouver qu’elle comptait se divertir, que les revivals de Shakespeare et les Private Views du Grosvenor Gallery, sans compter toutes les autres expositions, lui prendraient tout son temps, qu’elle avait de plus une masse de shopping à faire et qu’elle écrirait quand elle ne serait pas fatiguée. M. Vancouver, de son côté, se montra sobre de correspondance; du reste, ils sont les meilleurs amis du monde. Lady Gwendoline ayant ainsi mis ordre à tous ses devoirs, et se sentant trois semaines d’agréable liberté en perspective, commença, pour se faire la main, par s’acheter pour cinq ou six cents livres de bijoux, car elle avait à cœur d’être belle et de plaire à Cis Pen qui, bien décidément, est un agréable amoureux: seulement, il la tourmente pour qu’elle vienne visiter sa petite maison, située dans le voisinage de Belgrave square, dans la rue la plus tranquille et la plus solitaire; avec un voile et par un jour de brouillard, que peut-elle bien craindre?

Ils discutaient cette question, tout en prenant le thé dans le boudoir de Lady Gwendoline, une toute petite pièce, où il est impossible, vu la quantité de porcelaines entassées partout, d’avoir des mouvements violents. Lady Gwendoline est assise sur un fauteuil élevé à dossier haut, contre lequel elle appuie sa jolie tête coiffée à la Titus; le grand coussin carré en velours rose sur lequel reposent ses pieds est très-commode pour s’y agenouiller; c’est ce que fait Cis en prenant les belles mains couvertes de bagues.

--Allons, Cis, vous n’êtes pas raisonnable; voulez-vous que je me compromette comme la pauvre Nelly Mountfall qui est renfermée à la campagne depuis dix ans?

--Mais, cher ange, d’abord Vancouver n’est pas Mountfall, et moi, je ne ressemble pas au vieux Lord Turdown; et puis, il ne s’agit pas d’aller à Calais, mais dans mon petit coin, et pour une heure.

--Vous êtes tout à fait déraisonnable, tout à fait; je déteste les folies, vous le savez...

--Les détestez-vous vraiment?

Et le regard de Cis est si éloquent que Lady Gwendoline est forcée de rire et finalement de consentir.

Ces rendez-vous ne lui déplurent pas; ces allées et venues mystérieuses, aux heures les plus différentes, par tous les temps, mettaient dans son existence un élément nouveau qui n’était pas sans charme. C’est comme cela qu’on est heureuse, qu’on trouve que le brouillard n’a rien d’ennuyeux et que descendre Piccadilly dans un bon hansom, quand le gaz est allumé, que les maisons ont l’air de fantasmagories, et que la statue dévêtue d’Achille grelotte sous la pluie, est un plaisir charmant, surtout quand, à ses côtés, on a un gentil garçon qui vous aime bien, et qu’on ne déteste pas.

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