‹ Oeuvres de Arthur Rimbaud: Vers et proses Revues sur les manuscrits originaux et les premières éditions mises en ordre et annotées par Paterne Berrichon; poèmes retrouvésChapitre 54 sur 55 · L'HOMME JUSTE

L'HOMME JUSTE

(fragment)

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Le Juste restait droit sur ses hanches solides: Un rayon lui dorait l'épaule; des sueurs Me prirent: «Tu veux voir rutiler les bolides? Et, debout, écouter bourdonner les flueurs D'astres lactés, et les essaims d'astéroïdes?

«Par des farces de nuit ton front est épié, Ô Juste! Il faut gagner un toit. Dis ta prière, La bouche dans ton drap doucement expié; Et si quelque égaré choque ton ostiaire, Dis: Frère, va plus loin, je suis estropié!»

Et le Juste restait debout, dans l'épouvante Bleuâtre des gazons après le soleil mort: «Alors, mettrais-tu tes genouillères en vente, Ô Vieillard? Pèlerin sacré! barde d'Armor! Pleureur des Oliviers! main que la pitié gante!

«Barbe de la famille et poing de la cité, Croyant très doux: ô cœur tombé dans les calices, Majestés et vertus, amour et cécité, Juste! plus bête et plus dégoûtant que les lices! Je suis celui qui souffre et qui s'est révolté!

«Et ça me fait pleurer sur mon ventre, ô stupide, Et bien rire, l'espoir fameux de ton pardon! Je suis maudit, tu sais! je suis soûl, fou, livide, Ce que tu veux! Mais vas te coucher, voyons donc, Juste! Je ne veux rien à ton cerveau torpide.

«C'est toi le Juste, enfin, le Juste! C'est assez! C'est vrai que ta tendresse et ta raison sereines Reniflent dans la nuit comme des cétacés, Que tu te fais proscrire et dégoises des thrènes Sur d'effroyables becs-de-cane fracassés!

«Et c'est toi l'œil de Dieu! le lâche! Quand les plantes Froides des pieds divins passeraient sur mon cou, Tu es lâche! Ô ton front qui fourmille de lentes! Socrates et Jésus, saints et justes, dégoût! Respectez le Maudit suprême aux nuits sanglantes.»

J'avais crié cela sur la terre, et la nuit Calme et blanche occupait les cieux pendant ma fièvre. Je relevai mon front: le fantôme avait fui, Emportant l'ironie atroce de ma lèvre... --Vents nocturnes, venez au maudit! Parlez-lui,

Cependant que silencieux sous les pilastres D'azur, allongeant les comètes et les nœuds D'univers, remuement énorme sans désastres, L'Ordre, éternel veilleur, rame aux cieux lumineux Et de sa drague en feu laisse filer les astres!

Juillet 1871.

TABLE DES MATIÈRES

_Préface_, par Paul Claudel

PREMIERS VERS

Sensation Tête de Faune Sonnet Les Effarés Le Dormeur du val Le Buffet Ma Bohême Les Douaniers Accroupissements Les Assis Oraison du soir Chant de guerre parisien Paris se repeuple Les Pauvres à l'église Les Poètes de sept ans Le Cœur volé Les Sœurs de charité Les Premières Communions --Bateau ivre Les Chercheuses de poux Voyelles Quatrain Les Corbeaux

LES DÉSERTS DE L'AMOUR

Avertissement--

1. _Cette fois c'est la Femme_ 2. _C'est certes la même campagne_

LES ILLUMINATIONS

I. Vers nouveaux et Chansons

Vertige Silence Larme La Rivière de Cassis Bonne Pensée du matin Michel et Christine Comédie de la Soif Honte Mémoire Jeune ménage Patience Eternité Chanson de la plus haute Tour Bruxelles Est-elle aimée Bonheur Âge d'Or Fêtes de la Faim Marine Mouvement

II. Poèmes en prose

Après le Déluge Scènes Barbare Génie Mystique Ornières Fleurs Antique H À une Raison Angoisse Matinée d'ivresse Aube Phrases Nocturne vulgaire Veillées Enfance Villes I Fairy Being beauteous Villes II Métropolitain Promontoire Soir historique Parade Conte Royauté Ouvriers _Des ciels gris de cristal_ Ville Départ Jeunesse Vies Démocratie Vagabonds Bottom Dévotion Solde

UNE SAISON EN ENFER

_Cette saison, la piscine_ ***** Mauvais sang Nuit de l'Enfer Délires I. Vierge folle. L'époux infernal Délires II. Alchimie du Verbe L'Impossible L'Eclair Matin Adieu

_Notes et références_, par Paterne Berrichon

APPENDICE

Pièces documentaires

_Notice_