‹ Oeuvres de Arthur Rimbaud: Vers et proses Revues sur les manuscrits originaux et les premières éditions mises en ordre et annotées par Paterne Berrichon; poèmes retrouvésChapitre 53 sur 55 · III

III

MES PETITES AMOUREUSES

Un hydrolat lacrimal lave Les cieux vert-choux: Sous l'arbre tendronnier qui bave Vos caoutchoucs,

Blancs de lunes particulières Aux pialats ronds, Entrechoquez vos genouillères, Mes laiderons!

Nous nous aimions à cette époque, Bleu laideron: On mangeait des œufs à la coque Et du mouron!

Un soir, tu me sacras poète, Blond laideron: Descends ici que je te fouette En mon giron!

J'ai dégueulé ta bandoline, Noir laideron; Tu couperais ma mandoline Au fil du front.

Pouah! nos salives desséchées, Roux laideron, Infectent encor les tranchées De ton sein rond!

Ô mes petites amoureuses, Que je vous hais! Plaquez de foufïes douloureuses Vos tétons laids!

Piétinez mes vieilles terrines De sentiment; Hop donc,--soyez-moi ballerines Pour un moment!...

Vos omoplates se déboîtent, Ô mes amours! Une étoile à vos reins qui boitent, Tournez vos tours!

Est-ce pourtant pour ces éclanches Que j'ai rimé? Je voudrais vous casser les hanches, D'avoir aimé!

Fade amas d'étoiles ratées, Comblez les coins! --Vous crèverez en Dieu, bâtées D'ignobles soins!

Sous les lunes particulières Aux pialats ronds Entrechoquez vos genouillères, Mes laiderons!

Mai 1871.