IX.)]
[Note 814: Frobisher.]
[Note 815: Humphrey Gilbert.]
[Note 816: Étienne Parmenius, de Bude, savant hongrois, faisait partie du voyage de sir Humphrey Gilbert, et périt dans le naufrage du vaisseau amiral. (Hakluyt, vol. III.)]
[Note 817: Probablement Richard Clarke de Weymouth, capitaine du vaisseau amiral de sir Humphrey Gilbert, au même voyage, en 1583. (Hakluyt, vol. III.)]
[Note 818: Voir ci-dessus, première partie, p. 37, note 4.]
[Note 819: Hudson fit son voyage en 1610 et 1611, et la relation en fut imprimée en 1612. (Voir 1613, p. 293, note 1.)]
Or le commun consentement de toute l'Europe & de despeindre la Nouvelle France, s'estendant au moins au 35e & 36e degrés de latitude, ainsi qu'il appert par les mapemondes imprimées en Espagne, Italie, Holande, Flandre, Allemagne & Angleterre mesme sinon depuis qu'ils se sont emparez des costes de la Nouvelle France, où est l'Acadie, Etechemains, l'Almonchicois, & la grande Riviere de sainct Laurent, où ils ont imposé à leur fantaisie des noms de Nouvelle Angleterre, Escosse, & autres, mais il est mal-aisé de pouvoir effacer une chose qui est cognue de toute la Chrestienté.
FIN.
330/1314 RELATION DE CE QUI S'EST passé durant l'année 1631.
Messieurs les Associez de la Nouvelle France residens à Bordeaux virent équipper au mois d'Avril de la presente année 1631, un vaisseau, commandé par un nommé Laurent Ferchaud, dans lequel vaisseau ils auroient fait charger tout ce qui estoit necessaire pour secourir le Fort & habitation sainct Louys, scitué au Cap de Sable coste d'Acadie, sur l'entrée d'un bon havre, & munitionné de tout ce qui luy est besoing pour la defence d'iceluy.
Ayant fait sa navigation, & donné au sieur de la Tour commandement pour la Compagnie dans ledit Fort, ce dont il estoit chargé par lesdits Associez, fit son retour à Bordeaux à la fin du mois d'Aoust ensuyvant, & repassa le sieur de Krainguille Lieutenant dudit sieur de la Tour, lequel rapporta nouvelle comme les Escossois ne se resoudoient point à quitter le Port Royal, mais qu'ils s'y accommodoient de jour à autre, & y avoient fait venir quelques mesnages & bestiaux pour peupler ce lieu qui ne leur appartient que par l'usurpation qu'ils en ont faite, comme a esté dit cy dessus.
Lesdits Associez recognoissant ce qui estoit necessaire sur ce que leur mandoit ledit sieur de la Tour, r'equipperent le mesme vaisseau au mois d'Octobre dernier, monstrant par leur diligence qu'ils n'oublient rien de ce qui est necessaire pour le peuplement & conservation de ces lieux, où ils ont envoyé quantité d'artisans & des Religieux Recollets.
331/1315 En ceste mesme année messieurs les Directeurs de Paris & Rouen firent équipper deux vaisseaux tant pour aller secourir l'habitation saincte Anne en l'isle du Cap Breton, que pour aller à Miscou & Tadoussac faire traite & la pesche de poisson. Le premier vaisseau commandé par Hubert Anselme partit de Dieppe le 25 Mars, accommodé de tout ce qui luy estoit necessaire pour son voyage: après quelques mauvais temps il fut jusques au travers du Cap des Rosiers, à quelque dix ou douzes lieues de Gaspey entrée du grand fleuve sainct Laurent, où estant il apperceut vers l'eau quelques vaisseaux qu'ils jugerent estre Anglois, qui leur fit changer de routte & aller à Miscou pour faire leur traite avec les habitans du Païs.
Le second vaisseau où commandoit le Capitaine Daniel partit le 26 d'Avril & fut à l'habitation saincte Anne chargé & accommodé de tout ce qui estoit necessaire pour cedit lieu, qui est en très bonne scituation, sur l'entrée de l'un des meilleurs ports de ces costes, les contrarietez de mauvais temps luy furent fascheuses & n'arriva sur l'escore du grand Ban que le 16 de Juin, où il vit quantité de glaces: Le 18, terrirent au Cap de Raye, peu après apperceurent un vaisseau qu'ils jugerent estre Turc, lequel arrivant sur eux vent arrière, les fit appareiller & mettre en defence, mais le Turc ayant apperceu quantité d'hommes sur le tillac il se retira, & fit porter sur un navire Basque, auquel il tira quelques coups de canon & l'aborda: mais comme ils n'estoient pas bien saisis ils se separerent, & en 332/1316 ceste separation un matelot Basque qui estoit sur l'arriére de son vaisseau prit l'enseigne qui estoit sur l'arriére de celuy du Turc, laquelle il attira à luy, & aussitost le vaisseau Basque commença à fuir, & en fuyant ne laissoient de tirer forces coups de canons qui estoient sur l'arriére dudit vaisseau, de façon qu'il se sauva & emporta ladite enseigne, dans laquelle estoient dépeints trois croissans. Le vaisseau du Capitaine Daniel continuant sa routte, fut tellement contrarié de brunes & grand vent, que ne pouvant porter voilles se trouva en une nuict obscure à huict brasses d'eau, & entendoit la lame qui battoit contre les rochers, aussitost il jette l'ancre attendant le lendemain, pour voir s'ils pourroient cognoistre la terre, ce qu'ayant fait ils recogneurent que les marées les avoient portez aux isles sainct Pierre, où prenant cognoissance de la terre arriverent au fort & habitation saincte Anne le 24 de Juin, où ils trouverent quelque desordre, causez par l'assassinat commis par Gaude[820] qui commandoit audit Fort, en la personne d'un nommé Martel de la ville de Dieppe, qui estoit son Lieutenant.
[Note 820: Il est appelé Claude un peu plus haut.]
Le Capitaine Daniel voyant ce desordre, & que ceux de l'habitation avoient retenu prisonnier ledit Gaude leur Capitaine après cet assassinat, s'informa de ce faict, tant des hommes de l'habitation que de la bouche dudit Gaude, & apprit que le lendemain de la Pentecoste ledit Gaude & Martel ayant souppé ensemble, l'heure d'entrer en garde estant venue Gaude donna le mot à Martel, & aussi tost entra dans le Fort où il 333/1317 chargea une carabine de trois balles qu'il tira sur ledit Martel, par une canoniere dudit Fort, ainsi qu'il jouoit aux quilles, & luy donna trois balles dans le corps dont l'une luy perça le coeur.
Ceste action ainsi laschement commise ne peut estre excusable audit Gaude, quoy qu'il soit vray que jamais ils ne se soient peu accorder ensemble, & que leurs humeurs estoient du tout incompatibles: Car si Gaude avoit envie de chastier ledit Martel, il devoit le faire prendre & le tenir prisonnier jusques à l'arrivée des vaisseaux, ou s'il doutoit qu'il y eust de la difficulté de le faire à cause des hommes de sa faction qui estoient en ceste habitation, il devoit s'armer de patience, & ce faisant il eust trouvé que Messieurs les Directeurs de Paris y avoient donné ordre par leur prevoyance, car ils avoient enjoint au Capitaine Daniel de repasser en France ledit Martel, & laisser ledit Gaude en sa charge, avec ceux qu'il choysiroit, tant des hommes de l'habitation que d'autres nouveaux que l'on luy envoyoit dans le vaisseau du dit Capitaine Daniel, & ainsi il eut tiré une honneste vengeance de son ennemy, sans se précipiter dans ceste determinée resolution, qui ne luy peut apporter que du blasme & de la peine s'il est pris, & s'il n'eust trouvé les moyens de s'eschapper dans le païs, il eust couru risque de sa vie.
Ce pendant il estoit necessaire que ledit Capitaine Daniel mit ordre en ce lieu, sur ce qui s'estoit passée, pour tenir chacun en son devoir: il envoya son vaisseau à Miscou pour faire la 334/1318 pesche & la traite & en donna la conduicte à Michel Gallois de Dieppe, & en mesme temps il despescha une pinasse d'environ vingt tonneaux, qu'il donna à un appellé Saincte Croix pour la commander, & l'envoya à Tadoussac pour traiter avec les Sauvages: & estant ledit Gallois arrivé à Miscou, trouva deux vaisseaux Basques, l'un de Deux cens cinquante, & l'autre de Trois cens tonneaux, & une barque d'environ Trente cinq tonneaux, où commandoit le frère du Capitaine du May, qui avoit esté equippée au Havre de Grâce, lequel dit audit Gallois qu'il avoit commission de Monseigneur le Cardinal de faire la traite, visiter les vaisseaux qui alloient faire la pesche, & recognoistre les ports & havres de ces lieux, pour luy en faire son rapport, sans toutesfois luy monstrer sa commission: à quoy ledit Gallois monstra bien qu'il estoit de légère croyance, d'adjouster foy sur des paroles, & partant demeurèrent bons amis, & donna du May advis audit Gallois, que les deux vaisseaux Basques n'avoient aucun congé ny commission, & que s'il le vouloit assister en ceste affaire ils les iroient sommer de leur monstrer leurs passeports, le dit Gallois luy ayant accordé, furent de compagnie abord de l'un des deux navires Basques, ce que le maistre duquel leur monstra sa commission en tres bonne forme, en leur offrant toutes sortes d'assistances & de faveurs.
Ce fait ils furent à l'autre vaisseau, où ils ne trousverent que le Capitaine nommé Joannis Arnandel de sainct Jean de Lus avec un petit garçon, (ses gens estans pour lors tous à terre & en pescherie,) auquel Capitaine ils demandèrent à voir son congé, mais il n'avoit garde de leur monstrer, car il n'en 335/1319 avoit point: aussi sa responce fut que les congers n'estoient necessaires que pour avoir de l'argent à ceux qui les delivrent, & que pour luy il n'avoit point accoustumé d'en prendre, surquoy ledit du May luy fit responce que luy qui avoit coustume d'aller en mer, ne devoit point ignorer les ordonnances de France, notamment celles de l'Admiraulté qui declare pour pirates & voleurs, ceux qui vont en mer sans congé ou passeport, & partant que le trouvant ainsi & ne le pouvant juger autre que forban, il arrestoit sa personne & son vaisseau pour l'amener en France, & iceluy le faire juger de bonne prise, à quoy ledit Arnandel ne se pouvant opposer, supplia ledit du May de luy laisser achever sa pescherie & qu'il le retint prisonnier pour ostage: laquelle pescherie estant faicte il y auroit moins de dommages & interests si la prise estoit déclarée injuste, & plus de proffit si elle estoit bonne, ce qui fut accordé par ledit du May, lequel aussi tost se saisit de toutes les armes & munitions dudit vaisseau, qu'il fit porter en son bord avec ledit Arnandel.
Ce qu'estant fait du May & Gallois retournent au vaisseau dudit Arnandel avec quelques uns de leurs gens, & comme ils furent entrez dedans, ils appellerent tous les gens de l'équipage de Arnandel qui estoient à terre, pour les advertir de l'accord & convention faicte entre leur Capitaine & eux, à quoy un de ces Basques fit responce, Que la prise & detemption de leur Capitaine n'estoit pas grand'chose, & qu'ils pouvoient faire un autre Capitaine d'un petit garçon de leur vaisseau, de quoy du 336/1320 May le voulant reprendre & remonstrer le tort qu'il avoit de parler si desadvantageusement de son chef, ce Basque & tous ses compagnons se mettent tous en fougue, & comme ils ont la teste prés du bonnet, gaignent le bas du vaisseau, se saisissant de quelques picques & mousquets qui estoient restez, & qui n'avoient esté trouvez par ledit du May, & Gallois, & avec ces armes se defendent & attaquent si courageusement ledit du May & ses gens, qu'ils le contraignent de se retirer, avec quelques uns des siens qui furent blessez, lesquels il fit promptement embarquer avec luy dans sa chalouppe.
Et comme ces gens avoient desja la teste eschauffée, ne se contentans de ce qu'ils avoyent faict, poursuivirent encores ledit du May, jusques à ce qu'estant retiré en son bord il fut contrainct de faire monter sur son tillac le Capitaine Arnandel, afin qu'il commandast à ses gens de cesser leurs violences: mais le Capitaine se voyant libre se jetta promptement en l'eau, & tout vestu qu'il estoit gaigna à la nage une chalouppe, où estoient quelques uns des siens, & ainsy se sauva de ses ennemys, desquels il eust tost après une bonne raison, car estant rentré dans son navire, il commença à parler en Capitaine & non pas en prisonnier: & par la faveur & assistance d'un autre vaisseau Basque, duquel il envoya emprunter de la poudre & des armes, s'en vint fondre sur ledit du May, & luy tira deux ou trois coups de canon, & luy commanda de luy r'envoyer non seulement toutes ses armes & munitions qu'il luy avoit prises, mais encores celles qui estoient en son vaisseau, & de celuy dudit Gallois, autrement qu'il s'en alloit 337/1321 les couler à fond: ce que voyant, furent contraints de ce faire n'ayant pas des forces pour resister, de façon qu'ils se trouverent pris par celuy qu'ils venoient de prendre.
En ces entrefaites arriva de Tadoussac la pinasse où commandoit Saincte Croix, lequel avoit esté rencontré des Anglois, qui luy avoient osté ses peleteries, & luy en avoient donné un mot descrit de la qualité & quantité, afin de n'estre point obligez à en rendre d'advantage, attendu le traité de paix d'entre les deux Couronnes, & Thomas Quer Général de la Flotte Angloise, luy dist qu'il avoit charge du sieur Chevallier Alexander de se saisir de toutes les peleteries qu'il trouverroit aux vaisseaux qui contreviendroient aux commissions du Roy de la grande Bretagne, à qui appartenoient ces lieux, ores qu'ils n'y eussent jamais esté que depuis trois ans qu'ils s'en saisirent, contre le traité de paix, & ainsi ledit Saincte Croix fut contrainct de céder à la force, esperant neantmoins que les Anglois luy payeroient tost ou tard ses peleteries, avec raison & justice.
Arrivant, comme dit est, à Miscou le jour mesme que se fit ceste rumeur d'entre le Basque & le Capitaine du May, il se trouva encores pris du vaisseau Basque, lequel parlant audit Saincte Croix luy fit commandement de le venir trouver en son bord, ce qu'ayant fait, il envoya quérir toutes les armes & munitions de ceste pinasse, avec ses voiles, disant que tout appartenoit à un mesme maistre, & qu'il voulait s'asseurer d'eux, & les empescher de le plus troubler ny faire aucun tort, & tout ce que peust faire ledit Saincte Croix fut de protester 338/1322 contre ce Basque de tous ses despens, dommages & interests, de ce qu'il le troubloit ainsi en son traffic & sa traite, de quoy ledit Basque estant aucunement intimidé, luy rendit incontinent ses voiles, & luy enjoingnit de sortir du port de Miscou, ce que fit ledit Saincte Croix lequel s'en vint en l'habitation saincte Anne trouver le Capitaine Daniel, où il arriva le 29 Aoust pour luy donner advis de ceste procédure des Basques, afin d'y donner ordre, mais desja trop tard, car les Basques d'ordinaire sont presque prests en ce temps là pour s'en retourner.
Ceste disgrace fut encores suyvie d'une autre, causée par la malice de ces mesmes Basques, lesquels persuaderent aux Sauvages que les François les vouloient empoisonner par le moyen de l'eaue de vie qu'ils leur donnoient à boire, & comme ces peuples sont d'assez facile croyance, ayans rencontré une chalouppe de François qui estoit proche de terre pour traiter avec eux, ces peuples mutins & barbares se jetterent sur ceste chalouppe, la ravagerent, pillèrent ce qui estoit dedans: comme les matelots se vouloient opposer il y en eut un de tué d'un coup de flesche, & deux Sauvages qui furent aussi pareillement tuez à coups d'espée, par un François de ladite chalouppe: & ainsi voilà les François mal traitez des Anglois, des Basques, & encores des Sauvages, & contraincts de s'en revenir tous avec le vaisseau du Capitaine Gallois au fort & habitation Saincte Anne, avec ce peu de traite & de pesche qu'ils avoient faite. Et pareillement ledit du May ne voulant s'arrester ny destourner pour voir l'habitation Saincte Anne s'en revint en 339/1323 France, comme sit tost après le Capitaine Daniel, ayant premier que de partir laissé son frère pour commander en ladite habitation avec tout ce qui estoit necessaire pour les hommes qu'il y a laissez pour hyverner. Il ne se faut pas estonner s'il y a des Basques ainsi mutins, & mesprisans toutes sortes de loix & d'ordonnances, ne se soucians de congers ny passeports, non plus que faisoient cy devant les Rochelois n'ayans aucune apprehension de justice en leur pays, estans proche voisins de l'Espagnol: telles personnes meriteroient un chastiment exemplaire, qui font plustost le mestier de pirates que de marchands.
Peu de tours après le partement du vaisseau dudit Capitaine Daniel, pour aller audit pays de la Nouvelle France, partit celuy du sieur de Caen, lequel avoit obtenu un congé de Monseigneur le Cardinal, pour aller audit pays y faire la traite icelle presente année seulement, pour le redimer en quelques sortes de pertes qu'il remonstroit avoir souffertes, par la revocquation faicte de la commission qu'il avoit auparavant de sa Majesté pour la traite dudit pays, & ayant mis son nepveu Emery de Caen pour commander ledit vaisseau, luy donna ordre de monter jusques à Québec, & au dessus s'il pouvoit, pour faire sa traite avec les Sauvages des Hurons: mais comme il fut dedans la riviere sainct Laurens, il fit rencontre des navires d'Anglois, les Capitaines desquels luy demandèrent ce qu'il alloit faire en ces lieux, ausquels il respondit qu'il y alloit traiter & negotier en toute seureté, conformément au traité de paix fait entre les deux Couronnes de 340/1324 France & d'Angleterre, & qu'ils ne l'en pouvoient justement empescher, attendu qu'il estoit tout notoire que le Roy de la Grande Bretagne avoit promis au Roy de faire restituer le fort & habitation de Québec, & qu'en bref il viendroit des vaisseaux de France pour en prendre possession.
Les Anglois luy respondirent que quand ils verroient la commission de leur Roy, que très volontiers ils laisseroient ces lieux, & qu'ils sçavoient très bien que cest affaire se traitoit entre leurs Majestez, mais qu'en attendant ils jouyroient toujours du bénéfice de la traite, puisqu'ils estoient possesseurs du pays, neantmoints qu'ils luy desiroient monstrer qu'ils ne luy vouloient point faire de prejudice, & qu'ils luy accorderoyent de faire sa traite concurremment avec eux: à quoy ledit Emery de Caen condescendit, & fit monter son vaisseau jusques devant Québec, où il demeura quelques jours, attendant la venue des Sauvages qui devoient descendre audit lieu. Entre ce temps arriva le Capitaine Thomas Quer à Tadoussac avec un vaisseau de trois cens tonneaux bien equippé, & deux qui estoient à Québec de leur part, un grand & l'autre moyen.
Mais comme les Anglois recogneurent le peu de Sauvages, & qu'il n'y avoit pas d'apparence de faire grande traite, leur proffit particulier leur fut en plus singuliere recommandation, que celuy d'Emery de Caen, auquel ils dirent qu'il devoit se resoudre à ne faire aucune traite, puisqu'il n'y en pouvoit avoir assez pour eux, luy accordant de descharger ses marchandises dans le magazin de l'habitation, & y laisser un 341/1325 commis ou deux pour les luy garder, & les traiter durant l'hyver à son bénéfice, & afin qu'il ne peust faire aucune traite, les Anglois luy donnent des gardes en son vaisseau, jusques à ce que la traite fut faicte, & lors ils s'en revindrent de compagnie quelque temps ensemble. Ledit Emery de Caen comme ayant son vaisseau, plus advantageux que ceux des Anglois, il prit le devant pour retourner à Dieppe, où il arriva à port de falut.
Les gens de ce vaisseau rapportèrent que le Ministre avoit fait une ligue de la plus part des soldats Anglois, pour tuer leur Capitaine avec les François revoltez du service du Roy: cela estant descouvert le Capitaine Louys en fit chastier quelques uns[821]. Le sujet de ceste rébellion estoit le mauvais traitement qu'il faisoit à ses compagnons qui avoit causé ce desordre, par le conseil de ces deux ou trois mauvais François, ausquels il adjoustoit trop de foy.
[Note 821: Le ministre, en particulier, fut tenu six mois en prison dans la maison des Jesuites. «Au reste,» ajoute le P. Lejeune, «il n'estoit point de la mesme religion que les ouailles, car il estoit Protestant ou Luthérien, les Ker sont Calvinistes, ou de quelque autre religion plus libertine.» (Relat. 1632.)]
Voilà le succez de tous ces voyages de la presente année, qui tesmoignent assez le peu d'apparence qu'il y a de pouvoir rien advancer en la peuplade, ny au commerce de ces lieux, tandis qu'ils seront possedez par une autre nation. Les François qui sont restez audit Québec sont encores tous vivans en bonne santé, resjouis du contentement, par l'esperance qu'ils ont, d'y voir ceste année retourner leur compatriotes, ce qui est assez probable, puisque le Roy d'Angleterre sollicité par 342/1326 Monsieur de Fontenay Mareuil Ambassadeur de France, a promis de rechef de faire rendre ce pays, & que pour asseurance de sa promesse il a envoyé en France le sieur de Bourlamaky, pour en asseurer sa Majesté, & en delivrer les commissions & toutes lettres necessaires, sous esperance que sa Majesté fera le semblable, pour quelques prétentions qu'ont les Anglois sur quelques particuliers François, & ainsi il y a grande esperance que cet accommodement se fera, avant que ledit sieur Bourlamaky s'en retourne en Angleterre.
Depuis peu[822] entre sa Majesté & l'Ambassadeur d'Angleterre a esté accordé la restitution du Fort & habitation de Québec & autres lieux qui avoient esté usurpez par les Anglois, contre le traité de paix, entre leurs Majestez. A ce printemps Monseigneur le Cardinal sous le bon plaisir de sa Majesté, ordonne que Messieurs les Associez de la Nouvelle France, y envoyeront un nombre d'hommes, lesquels seront mis en possession du dit fort & habitation de Québec par le sieur de Caen, qui en consideration de ce promet avec les vaisseaux du Roy, y passer lesdits hommes. Tant pour ce sujet qu'autres considerations, luy est accordé pour ceste année seulement la traite de peleterie ausdits lieux, après laquelle escheue ceux qu'il aura mis de sa part repasseront en France dans les vaisseaux de la societé, ainsi qu'il a esté ordonné par mondit Seigneur le Cardinal Duc de Richelieu.
[Note 822: Le traité de Saint-Germain-en-Laye fut signé le 29 mars 1632. (Mercure Français, t. XVIII, pp. 39-56.--Rymer, Foedera, vol. VIII.)]
A ce Printemps sous la conduicte de Monsieur le Commandeur de 343/1327 Rasilly, qui a toutes les qualitez requises d'un bon & parfait Capitaine de mer, prudent, sage & laborieux, poussé d'un sainct desir d'accroistre la gloire de Dieu, & porter son courage au pays de la Nouvelle France, pour y arborer l'estendart de Jesus Christ, & y faire florir les lys sous le bon plaisir de sa Majesté & de Monseigneur le Cardinal, fait à la Rochelle un embarquement avec toutes les choses necessaires pour y establir une colonie, suyvant le traité qu'il a fait avec Messieurs les Associez de la Nouvelle France, sous le bon plaisir de mondit Seigneur le Cardinal. Il n'y a point de doute que Dieu aydant il s'y peut faire de grands progrez à l'advenir, les choses estant reiglées par des personnes telles qu'est ledit sieur Commandeur de Rasilly. Dieu y sera servy & adoré, lequel je prie luy faire prosperer ses bonnes & louables intentions, comme à celles de ceste Nouvelle Société, encores que par les pertes passées elle ne perd courage, estant maintenus de sa Majesté & de mondit Seigneur le Cardinal.
FIN.
2/1330
TRAITTÉ DE LA MARINE ET DU DEVOIR D'UN BON MARINIER.
PAR LE SIEUR DE CHAMPLAIN.
3/1331 AU LECTEUR.
Après avoir passé trente huict ans de mon aage à faire plusieurs voyages sur mer & couru maints périls & hasards, (desquels Dieu m'a preservé) & ayant tousjours eu desir de voyager és lieux loingtains & estrangers, où je me suis grandement pleu, principalement en ce qui despendoit de la navigation, apprenant tant par expérience que par instruction que jay receue de plusieurs bons navigateurs, qu'au singulier plaisir que j'ay eu en la lecture des livres faits sur ce suject: c'est ce qui m'a meû à la fin de mes descouvertures de la nouvelle France Occidentale, pour mon contentement faire un petit traitté intelligible, & proffitable à ceux qui s'en voudront servir, pour sçavoir ce qui est necessaire à un bon & parfait navigateur, & notamment ce qui est des estimes, & comme l'on doit procéder à faire des cartes marines selon la boussolle des mariniers, car pour le reste de la navigation plusieurs bons autheurs en ont escrit assez particulièrement, ce qui m'empesche de n'en dire davantage, te suppliant d'avoir agréable ce petit traitté, & s'il n'est selon ton sentiment excuse celuy qui l'a fait, ce qu'il a jugé estre necessaire à ceux qui auront la curiosité de le sçavoir plus particulièrement, ce que je n'ay veu descrit ailleurs; demeurant,
Amy Lecteur,
VOSTRE SERVITEUR.
5/1333 [Illustration]
TRAITTÉ DE LA MARINE ET DU DEVOIR D'UN BON MARINIER.
DE LA NAVIGATION.
Il m'a semblé n'estre hors de propos de faire un petit traitté de ce qui est necessaire pour un bon & parfait navigateur, & des conditions qu'il doit avoir: sur toute chose estre homme de bien, craignant Dieu; ne permettre en son vaisseau que son sainct Nom soit blasphemé, de peur que sa divine Majesté, ne le chastie, pour se voir souvent dans les périls, & estre soigneux soir & matin de faire faire les prieres avant toute chose, & si le navigateur peut avoir le moyen, je luy conseille de mener avec luy un homme d'Eglise ou 6/1334 Religieux habile & capable, pour faire des exhortations de temps en temps aux soldats & mariniers, affin de les tenir tousjours en la crainte de Dieu, comme aussi les assister & confesser en leurs maladies, ou autrement les consoler durant les périls qui se rencontrent dans les hasards de la mer.
Ne doit estre délicat en son manger, ny en son boire, s'accommodant selon les lieux où il se treuvera, s'il est délicat ou de petite complexion, changeant d'air & de nourriture, il est suject à plusieurs maladies, & changeant des bons vivres en de grossiers, tels que sont ceux qui se mangent sur mer, qui engendrent un sang tout contraire à leur nature: & ces personnes là doivent apprehender sur tout le Secubat[823] plus que d'autres qui ne laissent d'estre frappez en ces maladies de long cours, & doit on avoir provision de remèdes singuliers pour ceux qui en sont atteints.
[Note 823: Scorbut.]
Doit estre robuste, dispos, avoir le pied marin, infatigables aux peines & travaux, affin que quelque accident qu'il arrive il se puisse presenter sur le tillac, & d'une forte voix commander à chacun, ce qu'il doit faire. Quelques fois il ne doit mespriser de mettre luy mesme la main à l'oeuvre, pour rendre la vigilance des matelots plus prompte, & que le desordre ne s'en ensuive: doit parler seul pour ce que la diversité des commandements, & principalement aux lieux douteux, ne face faire une manoeuvre pour l'autre.
Il doit estre doux & affable en sa conversation, absolu en ses commandements, ne se communiquer trop facilement avec ses 7/1335 compagnons, si ce n'est avec ceux qui sont de commandement. Ce que ne faisant luy pourroit avec le temps engendrer un mespris: aussi chastier severement les meschans, & faire estat des bons, les aymant & gratifiant de fois à autres de quelque caresse, louant ceux là, & ne mespriser les autres, affin que cela ne luy cause de l'envie, qui souvent fait naistre une mauvaise affection, qui est comme une gangrene qui peu à peu corrompt & emporte le corps, ny pour avoir preveu de bonne heure[824], apportant quelque fois à conspirations, divisions ou ligues, qui souvent font perdre les plus belles entreprises.
[Note 824: Pour n'y avoir pourvu de bonne heure, emportant...]
S'il se fait quelques prises bonnes & justes, il ne doit frustrer le droict de l'Admirale, ny de ceux qui sont avec luy, ny celuy de ses compagnons, tant soldats que matelots en quelque façon que ce soit: que rien ne se dissipe s'il peut pour à son retour faire fidel rapport de tout. Il doit estre libéral selon ses commoditez, & courtois aux vaincus, en les favorisant selon le droict de la guerre, sur tout tenir sa parolle s'il a fait quelque composition: car celuy qui ne la tient est réputé lasche de courage, perd son honneur & réputation quelque vaillant qu'il toit, & jamais ne met on de confiance en luy. Il ne doit aussi user de cruauté ny de vengeance, comme ceux qui sont accoustumez aux actes inhumains, se faisant voir par cela plustost barbares que Chrestiens, mais si au contraire il use de la victoire avec courtoisie & modération, il sera estimé de tous, des ennemis mesmes, qui luy porteront tout honneur & respect.
8/1336 Il ne se doit laisser surprendre au vin, car quand un chef ou un marinier est yvrongne, il n'est pas trop bon de luy confier le commandement ny conduite, pour les accidents qui en peuvent arriver, lors qu'il dort comme un pourceau, & qu'il perd tout jugement & raison, demeurant insolent par son yvrongnerie, à lors qu'il seroit necessaire de sortir du danger, car s'il arrive qu'il se treuve en tel estat, il n'aura moyen de cognoistre sa route, ny reprendre ceux qui sont au gouvernail s'il vont mal ou bien, qui luy fait perdre son estime. Il est aussi souvent cause de la perte du vaisseau, remettant son soing sur l'ignorance d'un qu'il croira estre marinier, comme plusieurs exemples l'ont fait voir.
Le marinier sage & advisé ne se doit tant fier en son esprit particulier, lors qu'il est principalement besoing d'entreprendre quelque chose de consequence ou changer de route hasardeuse, qu'il prenne conseil de ceux qu'il cognoistra les plus advisez, & notamment des anciens navigateurs qui ont esprouvé le plus de fortunes à la mer, & sont sortis des dangers & périls, gouster les raisons qu'ils pourront alléguer, toute chose n'estant souvent dans la teste d'un seul (car comme l'on dit) l'expérience passe science.
Il doit estre craintif & retenu sans estre trop hasardeux, soit à la cognoissance d'une terre, principalement en temps de brunes, mettre coste en travers selon le lieu, ou mettre un bort sur autre, d'autant qu'en ce temps de brune ou obscur il n'y a point de pilote: ne faire trop porter de voile pensant 9/1337 avancer chemin, qui souvent les fait rompre, & démater le vaisseau ou estant foible de coste, & n'estre bien lesté comme il doit, met la quille en haut.
Doit faire du jour la nuict, & veiller la plus grande part d'icelle, coucher tousjours vestu pour promptement accourir aux accidents qui peuvent arriver, avoir un compas particulier, y regarder souvent si la route se fait bien, & voir si chacun de ceux qui sont au quart est en son devoir: doit faire un roole particulier des matelots qui seront destinez pour le quart, & bien départir les hommes entendus en la navigation, qui ayent soin sur ceux qui gouvernent, affin qu'il face tousjours bonne route, & les matelots bon quart, s'il y a suffisamment des soldats, l'un fera en sentinelle sur le devant, l'autre sur l'arriére, & le troisiesme au grand mas avec une lanterne pendue avec sa chandelle entre deux tillacs, pour voir & accourir aux choses qui quelques fois surviennent à l'impourveu.
Ne doit ignorer, mais sçavoir tout ce qui dépend des manoeuvres, du moins tout ce qui est necessaire pour appareiller le vaisseau, & mettre en funain prest à faire voile, comme de toutes autres commoditez necessaires pour la conservation dudit navire.
Doit estre fort soigneux d'avoir de bons vivres & boissons pour son voyage, & qu'ils soient de garde: avoir de bonnes soutes non humides pour la conservation de la galette ou biscuit, & principalement en un voyage de long cours, & en avoir plus que moins: car les voyages de mer ne se font que suivant le bon ou mauvais temps & contrariété des vents, faut estre bon oeconome 10/1338 en la distribution des vivres donnant à chacun ce qui luy est necessaire avec raison, autrement cela engendre quelques fois des mescontentements entre les matelots & les soldats, que l'on traitte mal, & qui en ce temps là sont capables de faire plus de mal que de bien: commettre à la distribution des victuailles un bon & fidel despensier, qui ne soit point yvrongne, ains bon mesnager, car un homme modeste en cet office ne se peut trop priser.
Il doit estre grandement curieux que toutes chose soient bien ordonnées en son vaisseau, tant pour le fortifier que pour la pesanteur du canon qu'il pourroit avoir, que pour l'embellir, à ce qu'il en aye du contentement en y entrant & sortant, & en donner à ceux qui le voyent sur son appareil, comme l'Architecte se plaist après avoir décoré l'édifice d'un superbe bastiment qu'il aura dessigné, & toutes choses doivent estre grandement propres & nettes au vaisseau, à l'imitation des Flamans qui l'emportent pour le commun, par dessus toutes les nations qui navigent sur mer.
Doit estre grandement soigneux quand il y a des matelots & soldats, les faire tenir le plus nettement que faire se pourra, & apporter un tel ordre que les soldats soient separez des matelots, que le vaisseau ne soit point embarassé quand il est question de venir en telles affaires de temps en temps, Se souvent faire nettoyer entre les tillacs les ordures qui s'y engendrent, qui occasionnent maintefois un mauvais air, & les maladies accompagnées de mortalitez, comme si c'estoit peste & contagion.
11/1339 Premier que s'embarquer il est necessaire d'avoir tout ce qui est requis pour assister les hommes, avec un ou deux bons Chirurgiens qui ne soient ignorants, comme sont la plus part de ceux qui vont en mer.
S'il se peut, faut qu'il cognoisse son vaisseau & l'avoir navigé, ou l'apprendra pour sçavoir l'assiette qu'il demande, & le fillage qu'il peut faire en vingt quatre heures, selon la violence des vents, & ce qu'il peut déchoir de sa route costé en travers, ou à la cappe avec son papefis ou corps de voile pour le soustenir, afin qu'il ne se tourmente, & se soustienne plus au vent.
Appréhender de se voir és périls ordinaires, soit par cas fortuit, où quelques fois l'ignorance ou la témérité vous y engage, comme tomber avau le vent d'une coste, s'oppiniastrer à doubler un Cap, ou faire une route hasardeuse de nuict parmy les bans, batures, escueils, isles, rochers & glaces: mais quand le malheur vous y porte, c'est où il faut monstrer un courage masle, se moquer de la mort bien qu'elle se presente, & faut d'une voix asseurée & d'une resolution gaye, inciter un chacun à prendre courage, faire ce que l'on pourra pour sortir du danger, & ainsi oster la timidité des coeurs les plus lasches: car quand on se voit en un lieu douteux chacun jette l'oeil sur celuy que l'on juge avoir de l'expérience, car si on le voit blesmir, & commander d'une voix tremblante & mal asseurée, tout le reste perd courage, & souvent on a veu perdre des vaisseaux au lieu d'où ils eussent peu sortir, s'ils avoient veu leur chef courageux & resolu, user d'un commandement hardy & majestueux.
12/1340 Estre soigneux de faire sonder toutes costes, rades, ports, havres, escueils, bans, rochers & batures, pour en cognoistre le fond, les dangers, ancrages si besoin estoit, ou pour se sçavoir arouter si d'aventure l'on n'avoit aucune hauteur ny cognoissance de terre, dont on doit tenir conte sur son papier journal.
Doit avoir bonne mémoire pour la cognoissance des terres, caps, montagnes & gisement des costes, transports des marées, leurs gisement où il aura esté. Ne mouiller l'ancre qu'en bon fond, s'il n'est contraint de soulager ses câbles par tonnes, poinsons ou autres inventions, afin qu'il ne se coupe sur le fond de rocher gallay ou gros coquillage par laps de temps, & se tenir en ce lieu le moins que l'on pourra, si ce n'est par force, & les faire garnir aux ecubiers, de peur qu'il ne se couppe, d'autant que si le câble venoit à faillir on seroit en danger de perdre la vie: c'est sur quoy il faut bien prendre garde à avoir de bons câbles, ancres, grapins, haussieres, & sur tout donner bonne touée s'il se peut, principalement durant le mauvais temps, afin que le vaisseau soit soulagé, & ne soit travaillé ou chasse sur son ancre.
N'estre paresseux de faire caller les voiles bas, quand on apperçoit quelque grand vent qui se forme sur l'horison.
Prendre garde aussi quand une tourmente arrive, & que le vaisseau est costé en travers, abaisser les matereaux, les vergues basses & bien saisies, comme de toutes autres manoeuvres, démonter le canon si besoin est, & qu'au debat de la mer il ne travaille & ne rompe ses manoeuvres, ou autres choses, saisir bien les canons, si en ne les démonte. Il y a 13/1341 des vaisseaux lesquels s'ils n'ont le grand papefis hors, ils ne se tourmentent pas tant que quand il ne l'ont point, l'expérience fait cognoistre ce qui est requis en cest affaire.
Sçavoir bien amarer son vaisseau quand il est dans le port, afin qu'il n'en arrive aucun dommage, aussi ne permettre que l'on porte du feu en iceluy qu'avec lanterne, sur tout où est le magazin des poudres: empescher de petuner entre deux tillacs, car il ne faut qu'une bluette de feu pour brûler tout, comme il arrive souvent par grand mal-heur.
Estre curieux d'avoir de bons canonniers, bien entendus aux artifices, & autres choses necessaires à un combat, que toutes choses soient bien appropriées, accommodées & ordonnées en leurs chambres, & tout ce qui despend du canon.
Aussi ne doit rien ignorer s'il peut, de ce qui est necessaire pour bastir un vaisseau non seulement, mais en sçavoir les mesures & proportions requises, en le voulant faire de tel port ou grandeur qu'il voudra, en un mot n'en rien ignorer pour en sçavoir discourir pertinemment quand il en sera besoin.
Doit estre soigneux à faire estime du vaisseau, sçavoir d'où il part, où il veut aller, où il se treuve, où les terres luy demeurent, à quel rumb de vent, sçavoir ce qu'il deschet & ce qu'il fait à sa route: Il ne se doit point endormir en ceste exercice, qui est grandement suject aux deffauts, c'est pourquoy à tous changements de vents & route, il doit bien prendre garde d'approcher au plus prés de la certitude, car il se voit quelques fois de bons pilotes estre bien decheus en leurs estimes.
14/1342 Doit estre bon hauturien, tant de l'arbalestrile[825] que l'astrolabe, sçavoir en quelle partie marche le Soleil, ce qu'il décline chaque jour, pour adjouster ou diminuer.
[Note 825: L'arbalestrille, ou arbaleste, s'appelait ainsi, à cause du rapport que cet instrument avait avec l'arbalète ordinaire. (Voir la description de cet instrument et celle de l'astrolabe dans l'Hydrographie du P. Pournier, liv. IX.)]
Comme de l'arbalestrile prendre la hauteur de l'estoile polaire, mettre les gardes à rumb, y oster ou diminuer les degrés qui sont dessus ou dessous le pole, selon le lieu où l'on est.
Sçavoir cognoistre la croisade, quand l'on est en la partie du Sud, appliquer ou diminuer les degrés, cognoistre si pouvez quelques fois autres estoiles pour prendre la hauteur, perdant les autres, ou ne l'ayant peu prendre au Soleil, pour ne le voir precisement à midy.
Sçavoir si les instruments dont on se sert sont justes & bien faits, & en un besoin d'en sçavoir faire d'autres pour son usage.
Doit estre expérimenté à bien pointer la carte, cognoistre si elle est justement faite selon le lieu de son méridien s'il s'y peut confier, combien l'on conte de lieues pour chaque rumb de vent pour eslever un degré: sçavoir les cours & marées, les gisements d'icelles, pour entrer à propos aux havres, & autres lieux où il aura affaire, soit le jour ou la nuict: & si besoin est, estre muny de bons compas & routiers pour cet effect, & avoir des mariniers en son vaisseau qui les sçachent, si par adventure il n'y avoit esté, car cela quelquesfois sauve la vie à tout une esquippage, quand on s'en sert en temps & lieu.
15/1343 Doit tousjours estre muny de bons compas en nombre, principalement és voyages de long cours & avoir pour iceux des roses qui Nordestent & Norrouestent, & autres Nort & Sud, avoir quantité d'orloges de sables, & autres commoditez servant à cet effect.
Faut qu'il sçache prendre les declinaisons de l'emant, pour s'en servir en temps & lieu, cognoistre si les aiguilles sont bien touchées & bien posées sur le pivot, la chape droitte, le balensier libre, & si tout n'est bien l'accommoder, & pour cet effect doit avoir une bonne pierre d'emant quoy qu'elle couste, oster tout le fer d'auprès les compas & boussoles, car cela est grandement nuisible.
Qu'il sçache treuver le pole de la pierre d'emant, non seulement avec les mesmes aiguilles des compas, si vous ne sçavez qu'elles soient bien touchées: mais il y a d'autres moyens faciles, certains & sans erreur, car il y a des aiguilles, qui touchées Nordestent & Norrouestent du pole de ladite pierre d'emant, deux & trois degrés, qui quelques fois engendrent & causent de grands erreurs en la navigation, & principallement en celles qui sont de long cours.
N'oublier souvent, à apprendre les declinaisons de l'aguidement en tous lieux, qui est de sçavoir combien elle décline du Méridien vers l'Est, & Ouest, ce qui peut servir aux longitudes ayant ces observations, & retournant au mesme lieu d'où vous les auriez prises, trouvant la mesme declinaison vous sçauriez où vous seriez, soit en l'hemisphere de l'Asie ou du Pérou, & de ce on ne doit estre negligant, aussi sert pour sçavoir le 16/1344 Méridien du lieu, & appliquer la rose des vents, selon le lieu où vous navigerez: sçavoir tous les noms des airs de vent ou rumb de la rose du compas à naviger.
Sçavoir faire des cartes marines, pour exactement recognoistre les gisements des costes, entrées des ports, havres, rades, rochers, bans, escueils, isles, ancrages, caps, transports des marées, les anses, rivieres & ruisseaux, avec leurs hauteurs, profondeurs, les amarques, balises, qui sont sur les écores des bans, & descrire la bonté & fertilité des terres, à quoy elles sont propres & ce que l'on en peut esperer, quels sont aussi les habitans des lieux, leurs loix, coustumes, & despeindre les oyseaux, animaux & poissons, plantes, fruicts, racines, arbres, & tout ce que l'on voit de rare, en cecy un peu de portraiture est tres necessaire, à laquelle l'on doit s'exercer.
Sçavoir la difference des longitudes d'un lieu à l'autre, non seulement sur un paralelle, mais sur tous, & mesme de ceux qui different en degrés de latitude, comme seroit de Rome au destroit de Gillebratard, & ainsi de tous autres lieux du monde.
Sçavoir le nombre d'or, la concurrence, le cycle solaire, la lettre Dominicale pour chacune des années, quand il est bissexte ou non, les jours de la lune de sa conjonction, en quel jour entre les mois, ce qu'ils contiennent de jours chacun, la difference de l'an lunaire & de l'an solaire, l'ange de la lune, ce qu'elle fait chaque jour de degré, quels signes entrent en chaque mois, combien il faut de lieues en un degré Nort & Sud, ce que contiennent les jours sur chaque paralelle, & ce qu'ils diminuent ou croissent chaque jour, sçavoir l'heure 17/1345 du coucher, & lever du Soleil, quelle declinaison il fait à chaque jour, soit à la partie du Nort ou du Sud, sçavoir en quel jour entrent les festes mobiles.
Sçavoir qu'est-ce que la sphere, l'axe de la sphere, l'horison, méridien, hauteur de degré, ligne équinoxiales, tropiques, zodiaque, paralelles, longitude, latitude, zenit, centre, les cercles artiques, antartiques, pôles, partie du Nort, partie du Sud, & autres choses despendantes de la sphere, le nom des signes, des planètes, & leur mouvement.
Sçavoir quelque chose des régions, royaumes, villes, citez, terres, isles, mers, & autres telles singularitez qui sont sur la terre, partie de leurs hauteurs, longitudes, & declinaisons s'il se peut, & principalement le long des costes où la navigation se doit estendre, ce que sçachant tant par pratique que par science, je croy qu'il se pourra tenir au rang des bons navigateurs.
Outre ce que dessus, un bon capitaine de mer ne doit rien oublier de ce qui est necessaire à un combat de mer, où souvent l'on se peut rencontrer: doit estre courageux, prevoyant, prudent, accompagné d'un bon & sain jugement, recherchant tous les avantages qu'il se pourra imaginer, soit pour l'offensive ou la deffensive, s'il peut se tenir au vent de l'ennemy: car chacun sçait combien cela sert pour avoir de l'avantage, soit pour aborder ou non, la fumée des coups de canons ou des artifices, offusquent quelques fois si bien l'ennemy qu'il se met en desordre, faisant perdre la cognoissance de ce qu'il doit faire, ce qui s'est souvent veu en des combats de mer.
18/1346 Le Capitaine doit prevoir que tous les canons, pierriers, balles, artifices, poudres & autres armes necessaires à combatre ou à se conserver soient en bon estat, maniées & conduittes par gens expérimentez & entendus, pour esviter aux inconveniens qui peuvent arriver, & notamment des poudres & artifices: ne les commettre qu'à des hommes sages & cognoissans, qui sçachent les distribuer & en user à propos: regarder d'y apporter un tel règlement à toutes les affaires, que chacun suyve son ordre, soit pour le commandement des quartiers selon qu'ils seront ordonnés: comme aussi pour les manoeuvres du vaisseau, que quand chacun sera en son quartier qu'il n'en parte, que ce ne soit [que] par le commandement du Chef ou autre qu'il aura ordonné, que pour ce suject tous les matelots & mariniers soient en estat & disposez pour avoir l'oeil aux manoeuvres & voiles, les bien saisir, tant par en bas que par en haut. Les pilotes doivent estre aussi soigneux des choses qui despendent du gouvernail & de ceux qui y seront mis: Aussi que tous les charpentiers & calfasteurs avec leurs ferrements, soient préparez pour reparer le dommage que l'ennemy pourroit faire au combat: Le vaisseau ne doit estre embarassé, pour pouvoir aller librement visiter en bas, & refaire le dommage que le canon pourroit faire sous l'eaue: L'on doit avoir des vaisseaux préparez, pleins d'eaue pour esteindre le feu, si par hasard il arrivoit quelque accident, soit pour le sujet des poudres, artifices, & autres choses.
Avoir esgard que les blessés soient secourus promptement par 19/1347 gens destinez à cela, & que les Chirurgiens & quelques aydes soient en estat, & fournis de tous les instruments, qui leurs sont necessaires, comme des médicaments & appareils, avec du feu en un brasier de fer, soit pour cauteriser ou faire autre chose quand la necessité le requerra.
Que le chef soit tousjours à l'airte tantost en un lieu tantost en un autre, pour encourager un chacun à son devoir, donner un tel ordre qu'il n'y aye aucune confusion, d'autant qu'en toutes choses cela apporte des dommages notables, principalement en un combat de mer. Le sage & advisé capitaine doit considerer tout ce qui est à son avantage, en demander advis aux plus expérimentez, pour avec ce qu'il jugera estre necessaire & utile, l'exécuter: Aux rencontres & aux effects on ne doit estre nouice, mais expérimenté en l'ordre des combats qui sont de plusieurs façons, d'attaquer & assaillir, & autres choses que l'expérience fait cognoistre plus avantageuses les uns que les autres.
Que les cartes pour la navigation sont necessaires.
Il n'y a rien si utile pour la navigation que la carte marine, d'autant qu'elle designe toutes les parties du monde, avec les costes, rades, ports, rivieres, caps, promontoirs, ances, plages, rochers, escueils, isles, bans, batures, entrées des havres, les amarques & balisses, & leurs profondeurs, ancrages selon les lieux & dangers qui s'y peuvent rencontrer, les hauteurs, distances, & rumb de vent par lesquels l'on navige. Par la mesme on despeinct aussi les ruisseaux, achenals 20/1348 & terres doubles, qui paroissent dans les terres & le long des costes, parquoy je dis que les cartes qui sont exactement faites sans erreur, les reduisant pour les distances au mieux qu'il sera possible du rond au plat: encore qu'il y aye quelque difficulté, néanmoins l'on y peut parvenir pour s'en servir & bien naviger: il faut que les rumbs de la rose des vents soient justement & délicatement tracées, que tous les degrés de l'eslevation soient bien esgaulx, que l'eschelle des lieux corresponde aux degrés de latitude, que tout soit bien en hauteur, & à cecy la portraiture est necessaire pour sçavoir exactement faire une carte en laquelle quelquefois est necessaire de representer beaucoup de particularités selon les contrées ou régions, comme figurer les montagnes, terres doubles qui paroissent, costoyant les costes, Aussi se peuvent despeindre les oyseaux, animaux, poissons, arbres, plantes, racines, simples, fruicts, habits des nations de toutes les contrées estrangeres, & tout ce que l'on peut voir & rencontrer de remarquable, & ainsi il est bien difficile sans carte marine de naviger, c'est pourquoy il est besoin que tous mariniers en ayent de bonnes, avec tous les instruments & autres choses necessaires à la navigation, qu'ils soient justes & bien graduez, comme aussi faut avoir de bonnes Boussoles selon les lieux où l'on voudra naviger.
Comme l'on doit user de la carte marine.
Quand il est question d'entreprendre voyage, il faut voir sur vostre carte le lieu de l'élevation d'où l'on part, & celuy où 21/1349 on veut aller, soit en longitude ou latitude, si c'est en la partie du Nort ou du Sud, & la distance du chemin, les rumbs par où il doit naviger, & les vents qui luy seront favorables: Le tout estant bien consideré levez les ancres, mettez sous voiles, & ayant cinglé quelque espace de temps, s'il arrive quelque contrariété de temps l'on navigera par un autre rumb le plus approchant de la route, & à lors faut considérer le lieu où il se treuve selon l'estime qui sera faite du chemin, tenir bon conte sur le papier journal du changement de route avec la hauteur s'il peut, ou d'estimer au mieux qu'il luy sera possible: Pointer sa carte si l'on veut sçavoir le lieu où on est, conter les lieues du chemin, & ainsi l'on cognoistra où l'on sera descendu ou monté, & l'on regardera les rumbs de vent celuy qui a amené le vaisseau d'où il est party, pour quand on voudra faire l'estime: on doit avoir toutes choses bien calculées, pour sçavoir le chemin que l'on aura fait & dechu de la route, comme il sera montré cy après lors qu'il sera question de pointer la carte marine.
Comme, les cartes sont necessaires à la navigation, pour tous Mariniers qui peuvent sçavoir le moyen de les fabriquer pour s'en ayder, en figurant les costes & autres choses cy dessus dictes, & la façon comme l'on y doit procéder selon la Boussole des Mariniers.
Sur un papier ou carton l'on tracera une rose, ou plusieurs selon l'estendue de la carte, avec les trente deux rumbs, lesquels seront tirés le plus délicatement & nettement que l'on 22/1350 pourra, sur lequel carton aux costés marquerez la quantité des degrés que l'on voudra estendre sur la carte, lesquels contiendront chacun dix-sept lieues & demie, & ferez l'eschelle de dix en dix lieues, qui conviendra aux lieues de degrez, ce que ayant esté observé, ayez aussi vostre Boussole, qui soit selon le lieu de la declinaison du lieu, autrement il y pourroit avoir erreur, prenant un méridien pour un autre: si l'on desire tracer une coste d'un Cap à l'autre, avec les bayes, caps, ports, rivieres, isles, basses, rochers, & autre chose qui peuvent servir de marques pour la navigation d'icelles contrées, avec les sondes, ancrages: Je presupose qu'une coste aille d'un Cap à l'autre selon que montre la Boussole de l'Ouest à l'Est, & que le Cap A, soit à quarante degrés & demy de latitude, poserez un poinct sur ledit carton, à la mesme hauteur de quarante degrés & demy au poinct A, comme l'aurez treuvée sur l'astrolabe, prenez vostre compas, mettant une pointe sur le rumb de vent, qui va de l'Ouest à l'Est, & l'autre que metterez au poinct A, & courant la pointe sur le rumb de vent de l'Ouest à l'Est, jusques au dernier cap vous y marquerez un poinct B, & tirez une ligne de A, B, paralelle au rumb Est & Ouest, ce faict estimez combien il y a de lieues du poinct A, à B, & vous verrez qu'il y a vingt lieues, lesquelles l'on prendra sur l'eschelle, que rapporterez sur le point A, & l'autre poinct sur le rumb de vent tant qu'il se pourra estendre, de ces vingt lieues y marquerez B, qui sera l'estendue d'icelle coste prétendue.
[Illustration]
23/1351 On portera la Boussole audit Cap B, lequel chemin se fait avec un bateau, pour recognoistre exactement ce qui sera le long de la coste, où l'on pourra mettre pied à terre pour estre plus asseuré, avoir le gisement de la coste: estant au Cap B, regardez sur la Boussole à quel rumb de vent suit la coste, prenez qu'elle coure au Suest quinze lieues, il faut procéder à ceste seconde scituation comme à la première: prenez le compas, mettez une pointe au poinct B, & l'autre sur le rumb de vent qui est Suest & Norrouest, conforme à la coste qui est le gisement, & tirerez une ligne paralelle au rumb de vent Suest & Norrouest l'on prendra quinze lieues sur l'eschelle & rapporterez une pointe au poinct B, & l'autre sur la ligne au poinct C, distant de quinze lieues: ce qu'estant observé, portez la Boussole sur tous les Caps & autres lieux, y procédant comme au commencement, & s'il y avoit quelques isles, rochers, bans, ou batures en mer, estant à l'un des Caps regardez sur la Boussole à quel rumb demeure l'isle, comme de B, à D, de B, à G, & F, tracez les rumbs des vents esgaux à ceux de la rose des vents, suivant la forme cy dessus, & estant au Cap C, de rechef regardez avec la Boussole à quels rumbs de vent vous demeurent lesdits caps de l'isle, c'est ce qu'il faut premièrement observer: ce qu'ayant veu, vous les tracerez, & où ces rumbs de vent entrecouperont les deux autres, là sera la scituation des Caps de l'isle D, G, F, & la distance sera selon celle de la coste B, C, où il y a quinze lieues, & de B, à D, onze & demie, & à G, autant, à F, dix-huict, & de C, à F, dix, & à G, huict, à D, treize, & ainsi selon la distance des lieux 24/1352 qui seront esloignés de la coste, vous observerez comme aussi tout ce qui se pourra remarquer, faisant tousjours deux scituations, pour sçavoir combien les isles, ou rochers, bans, ou batures sont esloignées de la coste & par le moyen des 25/1353 intercessions qui s'entrecouppent aux rumbs de vent, l'on sçaura la scituation des lieux soit prés ou loing avec la distance. Il ne faut oublier de sonder souvent, & cognoistre les ancrages qui sont marquées en la carte cy dessous, comme est ceste marque, faut mettre aussi le nombre des brasses en chiffres comme vous voyez audit carton. Reprenant le Cap C, & regardant la Boussole à quel rumb de vent suit la coste, recognoissant qu'elle va à l'Est un quart du Nordest vingt & une lieue & demie jusques au poinct H, du poinct H, regardez de rechef comme suit la coste qui va au Nort au Cap I, prés de dix-huict lieues du poinct I, faisant l'Est un quart du Suest, jusques au Cap K, dix-huict lieues & demie, & faisant le Sud un quart du Surrouest, jusques au Cap L, 28 lieues, & dudit Cap faisant l'Ouest Surrouest au Cap M, unze lieues, & ainsi l'on procédera, cherchant les rumbs de vent sur la rose qui est tracée sur le papier ou carton: de ceste façon ferez toutes sortes de cartes à naviger. Je pourrois bien montrer d'autres manières de faire des cartes pour la terre, mais elles ne serviroient pas pour la navigation, d'autant que l'on n'y applique les rumbs de vent selon les Boussoles de la navigation, comme l'on fait à celle de quoy les mariniers se gouvernent, qui doivent estre selon la declinaison des lieux pour estre bien faites, autrement il y auroit de l'erreur si l'on prenoit un autre meridien que celuy qui est audit lieu d'où l'on fait la carte, que l'on ne laisse d'observer sur la terre, mais d'autre façon que le long des costes propres à la navigation.
[Illustration]
26/1354 Des accidents qui arrivent à beaucoup de navigateurs pour ce qui est des estimes, de quoy on ne se donne garde.
Et d'autant que l'estime que l'on doit faire aux voyages de mer, est très necessaire pour la navigation, bien qu'il n'y aye demonstration certaines, qui fait que beaucoup d'erreurs s'en ensuivent, notamment à ceux qui n'ont beaucoup d'expérience, ne cognoissant bien le cinglage du vaisseau où ils navigent, ou prenant un méridien au lieu d'un autre, pour ne sçavoir observer la declinaison du lieu où il navige, voulant prendre rumb pour un autre qui sera contraire à la route, pour quelques fois y avoir de mauvais gouverneurs, qui font déchoir le vaisseau à vau le vent. Tous ces deffauts en partie ne viennent que pour n'avoir cognoissance des longitudes comme des latitudes, & croy que pour en approcher faudroit prendre souvent les declinaisons de l'aiguille d'aimant[826], qui montre le vray méridien où l'on est comme j'ay dit cy dessus: de plus se voit des transports de marée que si l'on n'y prend garde font déchoir le vaisseau de sa route, outre la violence des tempestes, qui fait aller à vau le vent le vaisseau, prenant un rumb pour un autre, en fin un nombre infiny d'autres accidents qui se rencontrent, empeschent de faire une estime asseurée en la navigation, qui cause la perte d'une infinité de vaisseaux, sans la mort de plusieurs hommes, & le tout par 27/1355 l'opiniastreté de certains navigateurs, qui croyent se faire tort si on les tenoit fautifs en leur estime, ne desirant se communiquer à personne, de crainte qu'on apperçoive leur deffaut, voulant par là faire croire qu'ils ont quelque règle plus asseurée que tous les autres, & tels navigateurs font souvent de mauvais voyages à leur ruine, & de ceux qui sont sous leur conduite.
[Note 826: Voir 1613, p. 270, note 1. Quelques auteurs ont cru que la déclinaison de l'aiguille suffisait pour déterminer les longitudes.]
On ne doit oublier une chose en l'estime, qui est se faire plus de l'avant que de l'arriére, comme si le vaisseau faisoit deux lieues par chacune heure, luy en donner demy quart ou plus, conformément au chemin de l'estime qu'on fait selon la longueur des voyages, il vaut mieux estre vingt lieues de l'arriére que trop tost de l'avant, où l'on se pourroit treuver sur la terre ou en danger de se perdre, comme il arrive à plusieurs vaiseaux faute de ne se donner garde, qui pensant estre bien esloignez de terre, faisant porter en l'obscurité de la nuict, aux temps des brunes, ou d'un grand orage, où ils n'ont point de veue, & se treuvent estonnez qu'ils se voient à terre, & s'il y a de quoy sonder au lieu où l'on va, que l'on sonde un jour plustost que plus tard, & si l'on espere la treuver ayant jecté le plomb, continuez de quatre horloges en quatre, en la nuict ou temps de brune, c'est le moyen d'eviter les périls, car l'on ne sçauroit trop appréhender ce que l'on ne voudroit voir, d'autant qu'il ne se fait jamais deux fautes en telles navigations: aussi si avez à doubler quelque cap ou isle la nuict ou durant la brune, prenez tousjours un demy quart de vent plus vers l'eaue pour eviter la terre, ou si quelque marée portoit dessus, prenez plustost un rumb entier: Le jugement du 28/1356 marinier doit aviser à cela plus ou moins selon la violence des marées, & si l'on navigeoit dans les mers où il y a des glaces, & en doutant; prenez garde tout le jour, & ayez des matelots à la hune pour descouvrir, & si n'en voyez le jour ou la nuict allez à petit voile, & si la brune est ou qu'il face noir en lieu douteux, mettez à l'autre bort, ou amenez tout à bas, attendant que l'air soit clair & serain, & si vous en voyez, allez discrettement, & ne vous y engagez mal à propos: La nuict ne faites porter pour eviter le danger, jusqu'à ce qu'en soyez hors, & que l'on ne s'opiniatre de le faire inconsiderement parmy ses dangers, comme quelques fois je me suis veu dix-sept jours enfermé dans les glaces, & sans l'assistance de Dieu nous nous fussions perdus, comme d'autres que nous vismes faire naufrage par leur témérité. C'est pourquoy le sage marinier doit craindre autant les inconveniens qui peuvent arriver, comme ce qui est de l'estime, à laquelle les plus anciens navigateurs sont les plus experts, pour ce suject je traitteray de la différence des estimes cy après.
Premier que, rapporter les diverses estimes l'on verra une chose remarquable de la providence de Dieu, des moyens qu'il a donné aux hommes pour eviter les périls de la plus part des navigations qui se treuvent aux longitudes, puisqu'il n'y a point de reigle bien asseurée, non plus qu'en l'estime du marinier.
Dieu tout sage, tout bon, tout puissant, prevoyant que les hommes qui cinglent par les mers de ce grand Océan, couroient 29/1357 mil périls & naufrages, s'il ne les assistoit de quelques enseignements, qui les peussent garantir de la mort, & perte de leurs vaisseaux: puisque l'homme n'avoit des certitudes asseurées en ses navigations par les longitudes, & que nul ne se doit travailler en ceste vie pour ce suject, d'autant que ce seroit en vain, comme plusieurs l'ont expérimenté de nostre temps, il y a assez de demonstrations & escrits sans effects solides & arrestez. Or Dieu autheur de toutes choses, comme il ne luy a plu donner ceste cognoissance, il a donné un autre enseignement, par lequel les mariniers se peuvent redresser de leur estime, evitant les périls qu'ils pourroient courir beaucoup plus qu'ils ne font, si ce n'estoit cette providence Divine. C'est chose asseurée que les hauteurs que l'on prend tant par le soleil que par l'estoile polaire & autres, donne une cognoissance certaine du lieu où l'on part, jusqu'à celuy où l'on va, & où l'on est: pour ce qui est des latitudes qui radressent le marinier, mais non l'espace du chemin qui ne se fait que par estime hormis du Nort au Sud, on estime estre une chose dont on n'est pas bien certain de la distance qu'il y a d'un lieu à autre, ou de quelque nombre ou chose semblable: que si le navigateur estoit asseuré de sa route, il ne l'estimeroit pas, ains diroit plustost le poinct de certitude où se treuve le vaisseau quand il voudroit poincter la carte.
On use encore d'une autre manière de parler, qui est quand l'estime ne se treuve bonne, il faut l'amander, & n'y a de règle certaine non plus qu'en l'estime, c'est ce que je n'ay peu sçavoir ny apprendre d'aucuns mariniers, avec lesquels j'ay 30/1358 communique, sinon que tout se fait avec des règles de fantaisie, qui sont différentes, les unes meilleures que les autres, dequoy il faut estre grandement soigneux en la navigation. C'est pourquoy les plus experts & anciens navigateurs, ont cognoissance plus parfaite aux estimes, & autres accidents qui arrivent à la mer, que les autres qui souvent s'en font plus à croire qu'ils ne sçavent. Or comme dit est, il y a des marques asseurées à la navigation, qui sont oposees aux dangers que l'on pourroit encourir, & si certains que quand l'on les cognoist, le marinier se rejouist, & ceux qui sont avec luy, comme s'ils estoient ja arrivez au port de salut, soulagé de tous les soins & estimes passées, recognoissant les fautes qu'il avoit peu faire, comme s'il estoit trop de l'avant ou trop peu de l'arriére, & par ce moyen se gouverner & amander une autrefois son estime, & à bien pointer sa carte: peu à peu on se forme, en pratiquant souvent l'on se rend plus certains en la navigation.
Voyons quelles sont ces amarques & enseignements, commençons par ceux de la Nouvelle France Occidentale. Il y a entre elle & nous un lieu qui s'appelle le grand ban, où nombre de vaisseaux tant François que Estrangers vont faire la pesche de molue, comme à la terre ferme & isle d'icelle, qui s'y prend en partie de ces lieux en toute saison, manne qui ne se peut estimer tant pour la France qu'autres Royaumes & contrées, où il s'en fait de très grands & notables trafics. Ce grand ban tient du quarante & uniesme degré de latitude jusqu'au cinquante & uniesme sont quatre vingts dix lieues, il est Nordest & 31/1359 Surrouest, suivant le rapport des navigateurs par le moyen des sondes, ce qui ne se pouvoit faire autrement, & sa largeur en des endroits comme sur la hauteur de 44 à 46 degrez à 50, 60, & 70 lieues quelque peu plus ou moins, selon la hauteur: & de ceste largeur allant au Nort il va en diminuant peu à peu, & du 44e degré au 42e il se forme à peu prés comme une ovale, où au bout il y a une pointe fort estroitte, ainsi que le representent tous les mariniers du passé, par le nombre infiny des sondes qu'ils y ont jettées, qui peu à peu en ont fait cognoistre la figure, tant de ce ban que d'autres, qui sont à Ouest & Ouest Norrouest d'iceluy comme le banc avert, & les banquereaux & autres qui sont peu esloignez de l'isle de sable, premier que venir à ce grand ban de 25 & 30 lieues en mer. Il se voit de certains oyseaux par troupes qui s'appellent marmétes, qui donne une cognoissance au pilote qu'il n'est pas loing de l'escore du ban, qui sont les bords, alors l'on appreste le plomb & la sonde pour sonder, jusqu'à ce que l'on parvienne à ceste escore, pour cognoistre quand l'on sera proche d'entrer sur le grand ban, ceste sonde se jette de 6 en 6 heures de 4 en 4 de 2 en 2 ainsi que le pilote en croit estre proche ou esloigné: or il cognoist quand il est à l'escore au fond où il y aura en des endroits 90, 80, 70, 65, 60 & 50 brasses d'eaue, un peu plus ou moins, selon la hauteur où il se treuverra, & estant sur le dit ban, il treuvera 45, 40, 30 & 35 brasses d'eaue, un peu plus ou moins selon la hauteur. A ce deffaut la sonde aux expérimentez qui donne cognoissance où il est, & est certain que premier que voir la terre, il doit 32/1360 passer sur ce ban, qui luy fait cognoistre la distance du chemin qu'il a à faire, & asseuré de ce qu'il a fait, bien que son estime fust fautive, lequel ban est esloigné de la plus prochaine terre de 25 lieues, qui est le Cap de Rase, sur la hauteur de 46 degrés, & demy, tenant à l'isle de Terre Neufve, & entre le ban & la terre il y a grande profondeur, qui donne cognoisance que l'on est passé l'escore du ban de l'Ouest, Norrouest. De plus qu'estant sur ce grand ban, on y voit des marques certaines, par le nombre infiny d'oyseaux, qui sont comme fauquests, maupoules, huars, mauves, taillevent, poingoins ou apois, & quelques autres qui la plus part suivent les vaisseaux pescheurs qui prennent la molue, pour manger les testes & entrailles du poisson que l'on jette à la mer: tout cecy se faict cognoistre comme dit est, où l'on est, qui donne un grand contentement à un chacun: Le marinier ayant pris sa hauteur, ce qu'il ne doit négliger en aucune façon, ou s'il n'a bonne hauteur qui revienne à son estime, ce qu'il pensera avoir fait, ou s'il a cognoissance de la sonde il fera sa route pour gaigner le lieu où il desire aller: & le navigateur prevoiant par estime qu'il est proche de debanquer, il fait jetter la sonde jusqu'à ce qu'il ne treuve plus de fond, ou pour le moins grande profondeur, comme de 100, 130 ou 140 brasses d'eaue, faisant quelque chemin, comme 10 en 12 lieues l'on rencontre le Ban Avert qui conduit la sonde, jusqu'au travers des isles sainct Pierre, separées de l'isle de Terre-Neufve 5 à 6 lieues, ou bien passerez par autres bans appellez les banquereaux, qui 33/1361 donnent parfaite cognoissance avec la hauteur où l'on est, & ainsi asseurement l'on fait sa route depuis ledit grand Ban.
Mais si la hauteur n'est asseurée que par estime du ban, l'on tasche le mieux que l'on peut d'aller cognoistre la terre pour s'arouter avec certitude, comme le Cap de Rase, saincte Marie, isles sainct Pierre, ou autres caps, attenants à ladite isle de Terre-Neufve, ou quelques batures qu'aucuns, cognoissent à la sonde & au poisson qui s'y pesche, & ainsi cherche lieu certain pour s'adresser & asseurer de la route, & allant recognoistre ces terres, que ce ne soit durant la brune ny de nuict: il y faut aller sagement & discrettement faisant faire bon quart, se donner garde des marées suivant le lieu où l'on est. Ceux qui partent du ban, beaucoup y en a qui sainct Pierre ou cap de Raye, tenant à ladite isle de Terre-Neufve, entre l'isle sainct Paul ou Cap sainct Laurent, tenant à l'isle du cap Breton, pour entrer au golphe sainct Laurent, ainsi que chacun desire faire sa route.
Et si l'on desire aller à la coste d'Acadie, Souricois, Etechemins, & Allemouchicois, l'on peut aller recognoistre le Cap Breton ou les isles de Canseau, l'Isle Verte, Sesambre, la Heve, Cap de Sable, Menasne, Isle Longue, & celle des Monts Deserts, ou le Cap-blan, proche de Mal Barre terre basse, à 20 & 25 lieues vers l'eau on à la sonde à 50 brasses fond attreant, venant à la terre, marque que Dieu a donnée aux navigateurs pour ne se perdre, pourveu qu'ils ne soient point paresseux ny négligents de sonder.
34/1362 Toutes cesdites costes & caps, cy dessus nommez, ne sont esloignez dudit grand Ban jusqu'au cap Breton que de 100, ou de Canseau 120 lieues, entre deux est l'Isle de Sable, sur la hauteur de 43 degrés & demy de latitude 25 à 30 lieues du Cap Breton, Nort & Sud, fort dangereuse & baturiere, de laquelle l'on se doit donner garde: les marées portent sur icelle venant du Nort & Nornorrouest.
De façon que la navigation qui se fait en ces païs là est comme asseurée sans courir beaucoup de risque, encores que les estimes ne soient bien certaines pour les cognoissances cy dessus dites, on sçait où l'on est, refaisant une nouvelle, comme si on partoit d'un port, & l'ignorance d'un marinier qui a passé une ou deux fois seroit bien grande, si en 125 lieues qu'il y a du grand Ban aux costes de la Nouvelle France, fit tant d'erreurs en son estime, qu'il ne sceut se donner garde d'aborder la terre, où il iroit souvent sans la cognoissance dudit grand Ban, qui occasionne que tant de vaisseaux ne se perdent, comme ils feroient, si cela n'estoit, ce qui r'adresse le marinier de son estime.
Et pour les navigations qui se font de la Nouvelle France Occidentale, aux costes de France, Angleterre, & Irlande, il y a des marques & enseignements en la mer, de la sonde que l'on l'apporté [827] de 55 & 30 à 25 lieues en mer en des endroits, suivant la hauteur où l'on se treuve, donne à cognoistre le lieu où l'on est, le chemin que l'on a à faire & la route que l'on doit tenir, refaisant nouvelle estime, & si la hauteur 35/1363 n'est que par estime, les anciens navigateurs par une longue pratique tant du passé que de l'heure presente recognoissent le fond des sondes, si c'est rocher sable d'orloge, ou vaseux, argile, coquillage, autre fond à grain d'orge, pailleteux, petits gravois, & ainsi d'autres noms qu'on donne pour cognoistre la différence des fonds, à ce joincte la profondeur de tant de brasses, il cognoisse le lieu où ils sont, & la route qu'ils doivent tenir, soit pour aller aux costes de France, Angleterre ou Escone, & s'ils ne sont mariniers bien cognoissants à ces sondes, il arrive qu'au lieu d'aller en la manche, ils vont celle de sainct George tres-mauvaise, si l'on n'en a la cognoissance qui est au Nort de Sorlingues & costes d'Angleterre: d'ailleurs il est à craindre comme les costes de Bretagne, mais si le temps est beau, il n'y a rien à apprehender, & si en si peu de chemin de 55, 30 & 25 lieues, on fait une si mauvaise estime, pour aller aborder la terre: le marinier seroit bien neuf & ignorant en ce qui seroit de la navigation, & par ainsi se recognoist la providence de Dieu, & enseignements qu'il donne aux mariniers, pour se conserver & les soulager des estimes.
[Note 827: Que l'on l'apporte? ou peut-être que l'on a la portée de...?]
De plus, ce qui soulage grandement le marinier, est qu'és costes d'Espagne il y a grande profondeur d'eau, & la plus part des terres fort hautes qui se peuvent voir de loing aux mariniers, qui fait que l'on n'en approche que selon que le navigateur desire il n'y a que la brune ou la nuict qui le pourroit endommager, & diray qu'en ce temps de brune on en approcheroit de fort prés, pour estre la coste saine, & eviter 36/1364 le péril, & remettre à la mer, que l'on ne seroit si aysement à une terre basse où l'on seroit dessus premier que se pouvoir garantir, ce qui arrive par l'estime du pilote qui croyoit estre trop de l'arriére, au contraire il se faut tousjours faire plus de l'avant. Or quoy que s'en soit l'on a des enseignements, premier qu'arriver à terre, soit par sondes, hostes, terres, oyseaux, herbiers, qui se rencontrent en d'aucunes mers, poissons, changement de temps, saisons, & plusieurs autres marques, desquelles les navigateurs ont cognoissance, qui soulagent fort l'estime du pilote avec de grandes consolations: que si ces marques & enseignements n'estoient en la mer, la navigation seroit beaucoup plus perilleuse & suject aux risques qu'elle n'est, car en un bon vaisseau il n'y a à craindre que la terre & le feu, c'est pourquoy quand on est entre des terres & proche des costes, il faut estre grandement soigneux de dormir plus le jour que la nuict, prendre garde aux transports des marées pour eviter le lieu où elles vous pourroient porter, afin que quand vous arriverez au port de salut, vous rendiez grâces à Dieu.
Or voions les estimes des navigateurs très necessaires au marinier, si on ne les a prises si justement, au moins en approcher à peu prés, à ce qu'il aye cognoissance pour le pouvoir r'adresser, pour ce qui est des distances des longitudes, qui seroient très asseurées, s'il se rencontroit un instrument si juste qu'il peust enseigner la vraye esgalité de l'heure, continuant sans erreur (comme il sera dit cy après,) que nous aurons monstré comme selon mon sentiment l'on se devroit gouverner à dresser les papiers journaux, & celuy de l'estime.
37/1365 Ayez deux livres journaux, l'un pour les estimes particulières, & l'autre pour les discours des rencontres, & de ce qui se passera pendant les voyages, celuy des rencontres se fera en ceste manière.
Le 20 de May, sommes partis d'un tel lieu, par la hauteur de 49 degrés de latitude, à quatre heures du matin, sur les deux heures après midy nous avons fait rencontre de quatre vaisseaux Holandois, qui nous dirent venir du destroit, ayant fait rencontre de deux autres de guerre à 20 lieues de Ourisant, & fait chasse sur eux, mais comme estant meilleurs voiliers s'estoient sauvez, croyant estre Turcs, & ainsi plusieurs autres choses, & qui se rencontrent de jour en jour.
Et le papier ou livre journal des estimes doit estre particulier, comme il s'ensuit à la table cy dessous, qui n'apportera nulle confusion au navigateur, au contraire un grand soulagement de voir tout par ordre, & pour promptement calculer son estime, pour les tracer sur sa carte ou carton, ainsi que bon luy semblera, l'on ne doit manquer de deux heures en deux heures, à arrester l'estime à ladite table cy dessous, du chemin que fait le vaisseau en premier lieu.
Comme l'on doit dresser la table des estimes de jour en jour au papier journal.
Au dessus est le long de la première colomne, & le long d'icelle escriverez le mois, le jour & l'heure, que sortira le vaisseau du port ou autre endroit, au premier quarré sont les 38/1366 heures de deux en deux jusques à douze, & recommencer deux jusques à autre douze qui feront 24 heures, d'un midy à autre, qu'assemblerez les lieues de vostre estime, & pointer vostre carte pour sçavoir le lieu où sera le vaisseau, au deuxiesme est le rumb de vent sur lequel l'on navige. Le troisiesme sont les lieues du chemin de l'estime. Au quatriesme le rumb de vent qui fait cingler le vaisseau. Au cinquiesme, la hauteur où se treuvera le vaisseau: or notez que si partez à quatre heures du matin ou du soir, commencez à conter les lieues de chemin. Au deuxiesme quarré où est marqué 4 heures, d'autant que de 4 à 6 il y a deux heures, afin de rencontrer le midy ou la minuict, pour se treuver en l'ordre de douze heures, pour venir à 24, où finira l'estime. Ne faut oublier d'estre soigneux à toutes les fois que l'on peut, de prendre la hauteur & pointer la carte d'un midy à l'autre d'autant que l'on ne sçauroit estre trop exact & diligent.
Comme si je sortois du port par les 49. degrés de latitude, à quatre heures du matin, je recognois que navigeant à Ouest un quart au Norrouest, estimant faire deux lieues par heure, j'escrits deux lieues en la colomne deuxiesme, & allant estimans jusqu'à douze lieues lesquelles venues je prens la hauteur s'il m'est possible, la prenant je treuve 48 degrés & 50 minutes, que je mets à la sixiesme colomne vis à vis de 12 heures, assemblant le chemin de l'estime que j'ay fait depuis 4 heures du matin jusqu'à midy, je treuve qu'il y a 9 heures qu'il faut doubler & font 18 lieues de chemin, que marquerez sur la carte. Arrestez le poinct jusqu'au lendemain que ferez 39/1367 le semblable, chose facile si l'on desire s'en servir, car je n'ay point veu que fort peu d'estimes qui ne soient en quelque confusion au papier journal des rencontres, menant l'un avec l'autre, ce qui donne de la peine & plus de soing, qu'il faut éviter en cela le plus qu'il est possible, en mettant le tout par ordre, comme il suit cy dessous en ceste table, qui n'est que pour 24 heures, continuant la route de midy jusqu'à mi nuict, je treuve avoir fait 12 lieues trois quarts qu'il faut doubler, & qui font 25 lieues & demie qu'avez faict, & de minuict l'on continuera jusqu'au l'endemain à midy, qu'arresterez l'estime & pointerez la carte, & ainsi tousjours continuerez l'ordre de ceste table cy dessus jusqu'à la fin du voyage.
+--------+--------------------+--------+-------------------+--------+ | Heures | Rumb pour la route | Lieues | Rumb pour le vent | Degrés | +--------+--------------------+--------+-------------------+--------+ | 2 | | | | | +--------+--------------------+--------+-------------------+--------+ | 4 | A Ouest 1/4 NO | 2 | Le vent Nort | 49° | +--------+--------------------+--------+-------------------+--------+ | 6 | A Ouest | 2 | Le vent Nort | | +--------+--------------------+--------+-------------------+--------+ | 8 | A Ouest 1/4 SO | 1 1/2 | Vent Nort 1/4 NE | | +--------+--------------------+--------+-------------------+--------+ | 10 | A Ouest 1/4 SO | 1 1/4 | Le Vent NO | | +--------+--------------------+--------+-------------------+--------+ | 12 | Au SO 1/4 Ouest | 2 | Vent NO 1/4 Nort | 48° 50'| +--------+--------------------+--------+-------------------+--------+ | 2 | Au SO 1/4 Ouest | 1 | Vent NO 1/4 Nort | | +--------+--------------------+--------+-------------------+--------+ | 4 | Au Surouest | 3/4 | Ouest Norrouest | | +--------+--------------------+--------+-------------------+--------+ | 6 | A Ouest 1/4 NO | 2 1/2 | Vent Nort | | +--------+--------------------+--------+-------------------+--------+ | 8 | A Ouest | 2 1/2 | Vent Nortnordest | | +--------+--------------------+--------+-------------------+--------+ | 10 | A Ouest | 3 | Vent Nordest | | +--------+--------------------+--------+-------------------+--------+ | 12 | A Ouest | 3 | Vent Est Nordest | | +--------+--------------------+--------+-------------------+--------+
40/1368 S'ensuit comme l'on peut sçavoir si un pilote a bien fait son estime, & pointer la carte.
Si un vaisseau sortoit d'un port qui fut sous la hauteur de 46 degrés de latitude, & navigeant par le rumb de l'Ouest Surouest, il faudroit sçavoir precisement l'heure qu'il sortiroit du port, & au préalable l'heure qu'il seroit quand il voudroit estimer le chemin qu'il auroit fait, & considerant le temps qu'il y a entre deux, par quelques bons instruments ou horloge la différence de ces deux lieux seroit la longitude, & ceste différence de temps reduitte en degrés de l'Esquinoctiale, qui seroit donner pour quatre minutes de temps un degré, qui en vaut 15 par heure, & en contant les lieues des degrés suivant le paralelle où se treuve le vaisseau, vous sçaurez s'il a déchu du rumb de vent de l'Ouest Surouest, soit plus à l'Occident ou moins à l'Orient.
Par exemple un vaisseau partant d'un port de 46 degrés de latitude à midy, & ayant navigé à Ouest Surouest 91 lieues, s'il a faict chemin, il se treuvera deux degrés plus aval, posé le cas que l'on ayt estimé ce chemin, sçachant la hauteur certaine de 44 degrés, il se peut faire qu'il sera plus ou moins sur ledit paralelle, selon le dechet que peut avoir fait le vaisseau. Le soleil estant à son méridien regardez aussi tost à l'instrument ou horloge, le midy de ce lieu, & regardez la différence qu'il y a du midy ou l'on est party, & celuy où l'on se treuve, qui fait la distance du chemin qui sera d'un tiers d'heure, qui font cinq degrés, qui reviennent à 66 lieues 41/1369 à 12 & demie, & quelque peu d'avantage par chaque degré de longitude, sur le paralelle de 44 degrés de l'élévation où se treuve le vaisseau, il se voit qu'il a déchu du rumb de vent Ouest Surouest, & a cinglé à un autre, comme au Surouest un quart d'Ouest, bien que selon la Boussole il sembloit aller à Ouest Surouest, d'autant que si le vaisseau avoit navigé ce que le pilote avoit estimé, il auroit treuvé la différence du midy d'où il est party, à celuy où il pensoit se treuver, qui eust esté demie heure, ne s'estant treuvé qu'un tiers & se trouveroit 25 lieues de l'arriére, moins que ce qu'il avoit estimé: par ce moyen se cognoist le dechet du vaisseau, & la certitude du lieu où il se treuve, mais il est difficile de treuver des instruments justes, ou des horloges qui ne s'altèrent peu ou beaucoup, ce qui feroit commettre de grandes fautes & erreurs par succession de temps.
Quoy que s'en soit il est très necessaire au navigateur se servir de l'estime pour le soulagement de la navigation qui se fait en plusieurs manières, mais aucun ne donne cognoissance de l'erreur que l'on y commet, mais bien comme l'on doit pointer la carte comme fait Medigne, que la pluspart des navigateurs suivent, qui est bonne pour pointer, mais non comme l'on doit amander la faute de l'estime, laissant cela à la sagesse & discretion du marinier, comme il se voit cy dessous.
42/1370 De pointer la carte.
Que l'on regarde d'où est party le vaisseau, où il se treuve, que l'on prenne deux compas, mettant la pointe de l'un d'où est party le vaisseau, & l'autre sur le vent qui l'a amené, prenez l'autre compas, mettez une pointe aux degrés de la hauteur que l'on a treuvé, & l'autre pointe sur le plus proche vent d'Est, & s'ils viennent à rencontrer les deux compas sans s'esgarer, les deux pointes qui viennent sur les vents, l'un qui amené le vaisseau, & l'autre sur l'Est, où les deux pointes de compas viennent à se joindre, à sçavoir celle qui fut mise d'où partit le vaisseau, & l'autre en la hauteur où il se treuve, considerant le poinct auquel il se rencontre, & mesurez combien de lieues l'on conte par degrés, & ayant veu combien de degrés il aura monté ou descendu depuis le lieu d'où il est party, jusques où il se treuve, il contera les lieues que montent les degrés, & si les lieues des degrés correspondent aux lieues du chemin, l'estime sera bonne si on regarde d'où vient la faute.
Deux choses sont à presupposer, en premier lieu que le navigateur aye toujours navigé droictement sur le rumb de vent qu'il a estimé sans s'esgarer, l'autre que l'estime convienne à la hauteur qu'il trouverra, cela estant asseuré il y aura apparence que tout ira bien, si les lieues des degrez correspondent au chemin que l'on aura estimé sur ledit rumb, à tant de lieues pour elever un degré, ce qui arrive peu souvent.
43/1371 Posons le cas qu'un vaisseau cinglast par un mesme rumb, il pourra arriver que l'on l'estimera avoir fait 50 lieues, & considerant la hauteur suivant le chemin, en contant tant de lieues pour elever un degré, l'on croira estre à ce poinct, prenant la hauteur l'on trouverra demy degré moins au Sud, & l'on cognoist par là que l'estime n'est bonne, comme si l'on trouvoit en 50 lieues de chemin, avoir descendu deux degrés par le rumb Surrouest, neantmoins par la hauteur que l'on treuve, il se voit un tiers de différend, & si on recognoist qu'il a trop estimé l'on doit amander ceste faute, où s'il treuvoit un tiers de degré plus que les deux degrés, l'on aura assez estimé, ce que recognoissant que l'on voye sur le Surrouest ce que vaut un tiers, il fera 8 lieues & un tiers, que l'on rabatera de 50 qu'il avoit estimé, restera 41 lieues & deux tiers qu'il a fait, & un degré & deux tiers qu'il aura descendu: si l'on treuve un tiers plus au Sud que les deux degrés, il faudra adjouter à 50 lieues 8 & un tiers, pour faire deux degrés & un tiers, le vaisseau ayant navigé 58 lieues & un tiers, qui est 8 lieues & un tiers qu'il a fait plus qu'il n'avoit estimé, il n'y a point de doute quand le marinier navigera en asseurance d'un rumb sans deschoir, en prenant une asseurée hauteur, convenant à celle que l'on estime, il aura contentement en sa route, tant en la partie du Nort que du Sud.
Ceste difficulté ostée, il s'en presente une autre plus pénible & difficile, où l'on se treuve bien empesché, pour apprendre quelque règle extraordinaire, qui feroit sçavoir combien de lieues on sera decheu d'un rumb, par lequel on navigé avec 44/1372 contrariété de mauvais temps, qui ne se peut juger que par estime, comme si on navigeoit à Ouest par le vent Nornorrouest, l'on jugera le dechet selon la violence des vents plus ou moins, c'est icy après avoir fait plusieurs & longues bordées que l'on fait l'estime qu'on arreste sur la carte ou papier journal, prenant un rumb pour un autre, le vent venant devant comme à Ouest du tout contraire à la route, le vaisseau ne peut plus courir que bordes à autres, au Sud Surrouest, & au Nornorouest, pour ne s'esgarer de sa route, tenant le mieux que l'on peut sa hauteur. Il ne laisse en ces contrarietez de dechoir soit du costé du Nort ou du Sud, & pourroit deriver au Suest ou au Nord est si la violence des vents est si grande, au lieu d'avancer chemin reculer de sa route, & estre contrainct pour ne perdre chemin sous voile, d'amener tout bas, amarer la barre du gouvernail sous le vent, & bien saisir toutes les manoeuvres qui peuvent travailler le vaisseau, comme amener bas les matereaux de hune, & saisir les vergues, roidir quelques fois les hauts bans quand ils sont trop lasches, comme le canon qu'il faut bien tenir en estat, pour eviter tout desordre.
Il y a des vaisseaux qui ne se peuvent soustenir, s'ils n'ont le grand corps de voile au vent, le marinier en cela cognoistra ce qui est necessaire pour son vaisseau, estant quelques jours, en cet estat fâcheux, agité du vent, de pluyes, brunes, & autres contrarietez ennuieuses à la navigation. Le vent venant à s'adoucir, la mer de furieuse & mauvaise qu'elle estoit se calme, l'air devient clair, & nettoyé de nebuleuses & orages, 45/1373 le vaisseau se soulage, l'on met les voiles au vent, on reprend sa route, les voiles ne se rompent, & les manoeuvres n'endurent, le vaisseau fait son cinglage doucement, avec fort peu de dechet, l'estime aisée à faire, l'on n'a soucy comme quand le vaisseau estoit agité, chacun se réjouit sans se resouvenir du passé. Le marinier doit rapporter sur la carte toutes les routes dont il a deu tenir conte exactement, comme de ce qu'il aura decheu d'un bord sur l'autre, & cela fait il doit pointer sa carte pour sçavoir le lieu où il est.
Or comme ces routes se rapportent par l'estime d'un navigateur grandement expérimenté, ne se trouvera en la mesme peine que d'autres qui font les entendus, quoy que peu expérimentez, qui pour discourir n'en voudroient ceder aux plus experts & anciens navigateurs, c'est pourquoy on doit bien regarder à qui l'on donne la conduicte d'un vaisseau, pour les grands périls & dangers qu'il y a, qui s'evitent plustost par les bons capitaines de mer ou pilotes, qui sçavent comme ils se doivent gouverner & les routes qu'il faudroit tenir. Voicy une manière de pointer la carte, qui m'a tousjours semblé bonne.
Autre manière d'estimer & arrester le poinct sur la carte.
Prenez un carton ou papier blanc, sur lequel tracerez au costé des degrés de latitude, suivant le voyage que l'on fera, chacun contenant 17 lieues & demie, & faire l'eschelle des lieues conforme à celle des degrés: au milieu du carton 46/1374 tracerez une ou deux roses de compas, suivant la distance du chemin qu'aurez à faire, pour plus facilement compasser quand il en sera besoin. Les 32 rumbs de vents estans exactement tracés, ayez d'autre part vostre papier journal des estimes, sur lequel d'heure en heure & de jour en jour ferez conte du chemin qu'aurez fait, & n'oublier, comme dit est, de prendre hauteur tous les jours s'il vous est possible, ce qui sert de beaucoup, & de 24 en 24 heures pointer la carte, pour voir le lieu où vous ferez, ce qui se fera en cette manière: Sur le carton où seront tracez les rumbs de vents & les degrés, considerez la hauteur d'où vous partez, comme celuy où vous devez aller, & le rumb de vent qui est necessaire, avec celuy qui fait cingler le vaisseau, duquel devez cognoistre l'assiette si pouvez, ou l'expérience vous l'apprendra. Cela fait allez à la grâce de Dieu, & suivez vostre route qui sera à Ouest, Norrouest partant du port qui sera par 46 degrés de hauteur, soit que l'on aye navigé 91 lieues à ce rumb de vent, qui sont deux degrés que j'ay monté plus au Nort: me trouvant à 48 de latitude, il arrive que le vent vient à changer, contraire à ma route je cherche en ma carte le rumb de vent, le plus proche de ma route pour y naviger, ayant fait à Ouest Norrouest 91 lieues, je trace ceste route sur le carton, & d'autant que je ne puis naviger par ce rumb, je vay par celuy du Norrouest, & y fais sur le rumb 25 ce qui me fait monter un degré de plus: quand de rechef il arrive du changement de temps. Et d'autant qu'il me faut aller par 50 degrés de latitude, & faire 180 lieues pour parvenir du lieu d'où je suis party, je prend en un autre rumb la terre où je veux 47/1375 aller, presque à Ouest un quart au Norrouest, de hauteur 49 degrés & 65 lieues de chemin à faire, je fais l'Ouest un quart au Norrouest, 45 lieues qui m'esleve demy degré, & me treuve de hauteur 49 degrés & demy, reste 23 lieues à faire, le vent se leve du tout contraire, qui fait que je mets le cap au Norrouest un quart du Nort, qui ne me vaut que le Nort un quart au Norrouest, je cingle sur iceluy 18 lieues, qui fait que j'esleve demy degré plus que 50 qui fait 50 & demy, le lieu où je desire aller me demeure à Ouest Surrouest 19 lieues, delà vient que le vent se trouve si contraire & violent que je ne puis soustenir qu'avec le grand corps des voiles mettant le cap au Sud, ne m'avallant que le Suest, ayant demeuré 4 jours en cet estat, ayant fait quelques 50 lieues, ce qui m'a reculé de la route, je treuve selon l'estime 48 degrés & demy: on veut sçavoir le lieu où l'on est, & ce que le vaisseau a fait de chemin, & où demeure la terre où l'on desire aller, & quelle distance il y a, & du lieu où se suis party, sçachez qu'à mesure que l'escriverez au papier journal, l'on doit tracer toutes les routes que l'on aura faites suivant l'estime.
Or du dernier point où est le vaisseau qui est 48 degrés & demy, tirez de ce centre ou lieu deux lignes, l'une d'où vous estes party de 46 degrés, & l'autre où desirez aller à 50 voyez ces deux lignes, quels rumbs de vent ce sont, & combien l'on y conte de lieues pour elever un degré, suivant que seront lesdits deux rumbs, & si les lieues du chemin faites ou à faire, conviennent justement avec la hauteur des degrés 48/1376 l'estime sera bonne, ce que verrez sur le carton, & treuverez que l'on est esloigné du lieu où l'on se treuve, sçavoir que Ouest Norrouest est la route qu'on doit tenir à peu prés, pour aller au 50 degré & 60 lieues de chemin à faire, & la terre d'où vous estes party, demeure à l'Est Suest de distance qu'avez fait 125 lieues n'estant que cinq lieues plus au midy de la droite route que je devois tenir du port de 46 degrés, il faut que vous ayez pris la hauteur, d'autant que cela vous r'adressera si vous avez trop ou trop peu estimé pour amander le deffaut s'il s'en treuve, & par ce petit carton vous verrez toutes vos routes, le chemin & dechet qu'aurez fait en la navigation, ceste demonstration est facile & bonne quand elle est bien entendue.
Autre manière d'estimer que font beaucoup de navigateurs.
Ils tracent sur un papier ou carton une rose de compas avec les 32 vents, & s'ils navigent au Nort 20 lieues, ils marquent sur le rumb de vent au carton qui est Nort, 20 lieues, s'ils navigent au Nortnorrouest 30 lieues, ils les mettent sur ce mesme rumb de vent, & ainsi consecutivement à tous les rumbs où ils navigent, quand ils veulent pointer la carte ils rapportent ce qui est des lieues suivant les rumbs de leur rose à ceux de la carte.
49/1377 Autre manière, de pointer après l'estimé faicte.
Aprés comme dit est, que vous aurez tracé sur le carton tous les degrés & rumb de vent que l'on aura navigé, marquez le lieu où se trouve le vaisseau selon l'estime qu'aurez faite, & le degré auquel pensez estre, tirez de ce lieu une ligne jusqu'à celuy d'où vous estes party, considerez à quel rumb de vent il convient, contant les lieues qu'il faudra pour élever un degré, se rapportant justement aux degrés qu'aurez descendu ou monté, suivant l'estime il y a quelque apparence de vérité, il faut voir si l'estime est bonne, que l'on prenne hauteur, & si elle se rencontre à celle que l'on aura estimé: le chemin comme dit est convenant à la quantité des degrés qu'avez monté, l'estime sera bonne si avez tousjours navigé sur ledit air de vent sans dechoir, mais si la hauteur est de demy degré moins que l'on n'a estimé ou demy degré plus, l'on procédera en ceste manière: du poinct où l'on a estimé estre le vaisseau, tirez une ligne perpendiculaire qui marquera le méridien du lieu où l'on est: ayant pris la hauteur si treuvez demy degré moins que ce qu'avez estimé, tirez une ligne paralelle du degré que aurez treuvé, & où elle coupera la perpendiculaire sera le lieu où vous devrez estre, tirant une ligne de ce lieu à celuy d'où vous estes party, fait cognoistre qu'avez navigé par un autre rumb plus au Nort que celuy qu'aviez estimé, & s'il se treuvé demy degré davantage tirant comme à la première fois une paralelle, suivant la hauteur que l'on aura treuvé coupant la 50/1378 ligne diametralle, en ce lieu doit estre le vaisseau plus au midy que l'estime qui en sera faite, tirant une ligne comme cy dessus est dit, vous verrez qu'aurez navigé par un autre rumb que celuy qu'avez estimé, laquelle par consequent se treuve fautive, c'est là où le défaut se treuve qui ne se peut amender parfaictement, que par le moyen des instruments ou horloges qui seroyent justes comme j'ay dit cy dessus, ce qui se peut cognoistre quand l'on arrive sur l'ecore du Grand Ban, ou à la sonde des costes de France & d'Angleterre, & autres enseignements comme dit est, où le marinier se r'adressera pour refaire nouvelle estime, & amander les défauts: quand on navige le coute largue avec bon vent, les estimes se rencontrent assez souvent meilleures que ceux qui ordinairement navigent à la boulline un bort sur autre, avec contrariété de mauvais temps qui fait faire maintes erreurs en la navigation.
Autre manière d'estimer, que j'ay veu pratiquer parmy aucuns Anglais bons navigateurs, qui m'a semblé fort seure au respect des estimes que l'on fait ordinairement[828].
[Note 828: C'est le loch, dont l'usage a été adopté généralement.]
Il faut avoir une planchette de 3 pieds de hauteur sur 15 poulces de largeur, qui soit divisée en 13 parties en sa longueur, & en cinq en sa largeur, au premier quarré les heures, & les quarrez suivant jusques à 12 recommençant à 2 aller de rechef à 12 autres, qui feront 24 heures aux 12 51/1379 quarrez comme voyez en la figure suivante. Au second quarré ensuivant, seront marquez le nombre des noeuds, au troisiesme les brasses, & au quatriesme & cinquiesme les rumbs de vent sur lesquels on navige. Il faut une ligne qui ne soit pas trop grosse, affin qu'elle se file plus promptement, au bout de laquelle faut mettre une petite palette de bois de chesne d'environ un pied sur six poulces de large, qui soit chargée d'une petite bande de plomb sur l'arriére, avec un petit tuyau de bois, qui sera attaché à une petite fiscelle aux deux costés de l'extrémité de la palette, & un autre petit bois en façon de fausset qui entre audit tuyau assez doucement, c'est ce qui fait que la palette se tient toujours droite derrière le vaisseau estant en la mer, & cela ne se défait que lors que l'on tire ladite palette de l'eau.
La ligne attachée à la palette doit avoir quelques 8 ou 10. brasses qui ne soient à rien conter, avant que venir au premier noeud qui pourra estre environ plus ou moins la hauteur du lieu où l'on l'a jettée, qui est sur l'arriére du vaisseau jusqu'à ce qu'elle soit en la mer, & que veniez au premier noeud, un homme doit tenir la ligne, un autre une petite horloge de fable, contenant le temps de demie minute, qui peut estre l'intervalle de conter jusqu'à 80 vingts sans se haster, à mesme temps que le premier noeud passe par les mains de celuy qui jette la ligne, la laissant librement couler selon la vistesse du vaisseau, faire en vostre presence tourner le petit horloge jusques à ce qu'il soit achevé de passer, à mesme temps 52/1380 l'on doit retenir la ligne & ne la laisser plus filer ou couler: la retirant, voir combien de brasses il y aura jusques au premier noeud de sa main en tirant ladite ligne, conter après tous les noeuds qui auront coulé en la mer pendant que l'orloge passoit. Notez qu'autant de noeuds & d'espace qu'il y a entre chacun l'on faict 2000 de chemin en deux heures, il y a 7 brasses entre chaque noeud, de deux en deux heures l'on doit jetter en la mer la palette tant le jour que la nuict, & n'oublier 24 heures passées de faire vostre estime, en adjoustant vos nombres, pour sçavoir combien on aura fait de mille réduits en lieues, seront 3000 pour lieues.
Par exemple comme l'on se doit comporter en ce conte, je treuve qu'en 24 heures l'on a navigé & jetté la ligne de deux en deux heures, & d'autant que le vaisseau va plus ou moins selon la violence des vents ou marées, s'il dechet aussi il y aura plus ou moins de noeuds coulez selon l'air du vaisseau: desirant supputer combien le vaisseau a fait de chemin, l'on adjouste tous les nombres des noeuds qui sont au 12 quarrés de la tablette, & se voit qu'il y en a 44 noeuds, & de plus trente six brasses & demie à 7 brasses par noeud y aura cinq brasses, adjoutez le tout sçavoir 44 noeuds & cinq font 49 noeuds, multipliez par deux feront 98 mille à 2000. pour noeuds, les reduisant en lieues se monteront à 32 lieues trois quarts & quelque peu davantage, à 3000. pour lieue qui est ce que le vaisseau aura fait de chemin en 24 heures, l'on ne doit oublier de prendre hauteur à toutes occasions, pour r'adresser le chemin ou route, & tenir conte sur le papier journal, par ce 53/1381 moyen on cognoist ce que le vaisseau fait de chemin, & le dechet, & où il se treuve, & où leur demeure, le lieu où il espere aller[829], & quelle route il faut prendre pour y parvenir, & diray que de 8 vaisseaux qui estoient de compagnie sur 500 lieues avoir dit à une heure & demie prés que l'on auroit sondé(830), ce qui fut treuve véritable.
[Note 829: Lisez: et où lors demeure le lieu où il espère aller.]
[Note 830: Que l'on auroit sondé.]
+--------+--------+---------+-------------------------------+ | Heures | Noeuds | Brasses | Routes. Rumbs | +--------+--------+---------+-------------------------------+ | 2 | 3 | 2 | Cap au Nort 1/4 du Nordest | +--------+--------+---------+-------------------------------+ | 4 | 2 | 4 | Cap au Nort Nordest | +--------+--------+---------+-------------------------------+ | 6 | 4 | 2 | Cap au Nordest | +--------+--------+---------+-------------------------------+ | 8 | 5 | 3 | Cap au Nordest | +--------+--------+---------+-------------------------------+ | 10 | 2 | 3 1/2 | Cap au Nort 1/4 du Nordest | +--------+--------+---------+-------------------------------+ | 12 | 3 | 5 | Cap au Nort Nordest | +--------+--------+---------+-------------------------------+ | 2 | 2 | 3 | Cap au Nordest 1/4 de l'Est | +--------+--------+---------+-------------------------------+ | 4 | 2 | 4 | Cap au Nordest | +--------+--------+---------+-------------------------------+ | 6 | 6 | 1 | Cap au Nort | +--------+--------+---------+-------------------------------+ | 8 | 6 | 3 | Cap au Nordest 1/4 du Nordest | +--------+--------+---------+-------------------------------+ | 10 | 6 | 2 | Cap au Nort 1/4 du Nordest | +--------+--------+---------+-------------------------------+ | 12 | 3 | 4 | Cap au Nort Nordest | +--------+--------+---------+-------------------------------+
54/1382 Autre, manière de sçavoir le lieu où se treuve un vaisseau cinglant par quelque vent que ce soit.
Supposez qu'un vaisseau parte d'un port qui soit par les 44 degrés de latitude, & navigé sur le rumb de vent Surrouest, faites vostre estime accoustumée, & si vous croyez que le vent aye esté si favorable qu'il n'aye point fait de dechet, le plustost que l'on pourra prendre hauteur que l'on le faicte, ce fait tirez une ligne parallele sur cette hauteur qui se treuvera en la carte de naviger, tirez aussi une ligne meridienne du port d'où vous estes party, qui coupe à angle droit la parallele de la hauteur qu'on aura prise: prenez un compas & mettez une pointe au port d'où l'on est party, & l'autre sur la ligne meridienne, qui coupe à angles droits la parallele, ne bougeant ceste pointe & levant l'autre du lieu d'où vous estes party, la faisant courir sur les rumbs de vent que croyriez avoir navigé, & où la pointe dudit compas coupera le rumb de vent, sera le poinct du lieu où doit estre le vaisseau: avec ceste asseurance que le vaisseau n'aura fait aucun dechet, autrement n'auriez ce que desireriez que par estime.
Autre façon d'estimer par fantaisie.
[C]'Est qu'ayant pris la hauteur du lieu où l'on est, comme si l'on se treuvoit en la hauteur de 45. degrés de latitude, & ayant estime avoir fait 45 lieues plus ou moins sur un rumb de 55/1383 vent qu'on aura jugé estre necessaire à la route, & pour voir ce qui est véritable l'on prendra les 45 lieues sur l'eschelle de la carte, que mettrez sur le rumb de vent qu'on aura navigé, & si les lieues dudit rumb en faisant tant pour elever un degré, respondent à celles qu'on aura estimé que peut avoir fait le vaisseau, l'on cognoistra l'estime estre bonne: mais si les lieues de l'estime sont moins ou plus que celle du rumb, pour parvenir en la hauteur où l'on se treuve: il est très certain & asseuré que le vaisseau a navigé par un autre rumb que l'on ne pensoit, & à ceste observation on met le poinct à sa fantaisie, pour lesquelles choses & toutes autres dependantes à la navigation, le grand soing & continuelle pratique fait beaucoup, tant pour la seureté du vaisseau que de ceux qui y navigent: c'est pourquoy que les bons & vrais expérimentez navigateurs & pilotes sont à rechercher & en faire estat en les maintenant, pour tant plus leur donner courage de bien faire en cet art de navigation, lequel est grandement à priser de toutes les nations du monde, pour les grands biens & advantages qu'en reçoivent les Royaumes & contrées, pour proches ou esloignées qu'elles soient.
FIN.
1/1385
TABLE POUR COGNOISTRE LES LIEUX REMARQUABLES EN CESTE CARTE.
A Baye des Isles (1). B Calesme (2). C Baye des Trespassez. D Cap de Leuy (3). E Port du Cap de Raye, où il se fait pesche de molue. F Coste de Nordest & Sudouest (4) de l'isle de Terre Neufve, qui n'est bien recognue. G (5) Passage du Nort au 52e degré. H Isle sainct Paul proche du Cap sainct Laurent. I Isle de Sasinou entre l'isle des Monts Deserts & les isles aux Corneilles. K Isle de Mont-real au sault sainct Louys qui contient quelque huict à neuf lieues de circuit (6). L Riviere Jeannin (7). M Riviere S. Antoine (8). N (9) Manière d'eaue Salée qui se descharge en la mer, où il y a flus & reflus force poisson & coquillages & des huistres qui ne sont de grande saveur en aucuns endroits. p Port aux Coquilles, qui est une isle (10) à l'entrée de la riviere S. Croix bonne pescherie. Q Isles où il se fait pescherie de poisson. R Lac de Soissons (11). S Baye du Gouffre (12). T Isle des Monts Deserts fort haute. V Isle S. Barnabé en la grande riviere proche du Bic. X Lesquemain où est une petite riviere abondante en Saulmon & Truittes, à costé d'icelle est un petit islet de rocher où autresfois y avoit un degrast pour la pesche des Balaines.
(1) Peut-être la même que la baye aux isles, indiquée plus loin sous le chiffre 53, c'est-à-dire, la baie de Boston, ou bien la baie de Toutes-Isles, que certains auteurs appellent simplement baie des Isles. La lettre A ne se trouve pas dans la carte,--(2) Ce nom paraît répondre à C. à l'asne, ou cap à l'Âne, côte sud de Terre-Neuve, soit pour la position, soit pour l'orthographe du mot.--(3) Aujourd'hui pointe Lévis, en face de Québec.--(4) C'est-à-dire, côte gisant nord-est sud-ouest, ou côte nord-ouest.--(5) La lettre G manque; mais il est évident que l'auteur indique le détroit de Belle-Isle.--(6) Lisez: de longueur. L'île de Montréal a plus de vingt lieues de circuit.--(7) Probablement celle qui porte aujourd'hui le nom de rivière Boyer.--(8) Probablement la Rivière du Sud.--(9) La lettre N manque.--(10) L'île du Port-aux-Coquilles s'appelle aujourd'hui Campo-Bello.--(11) Le lac des Deux-Montagnes.--(12) Aujourd'hui la baie Saint-Paul, qui forme l'embouchure de la rivière du Gouffre.
2/1386
Y La pointe aux Allouettes, où au mois de Septembre il y en a telle quantité qu'on ne sçauroit l'imaginer, comme d'autre sortes de gibier & coquillage. Z Isle aux Liévres, ainsi nommée pour y en avoir esté pris au commencement qu'elle fut descouverte. 2 Port à Lesquille qui asseche de basse mer, il y a deux ruisseaux qui viennent des montagnes. 3 Port au Saulmon qui asseche de basse mer, il y a deux petits islets chargez en la saison de fraises, framboises & bluets, proche de ce lieu y a bonne rade pour les vaisseaux, & dans le port sont deux petits ruisseaux. 4 Riviere platte (1) venant des montagnes qui n'est navigeable que pour canaux, ce lieu asseche fort loing vers l'eaue, & le travers y a bon ancrage pour vaisseaux. 5 Isles aux Couldres qui a quelque lieue & demie de long, où sont quantité de lapins & perdrix & autre gibier en saison. A la pointe du Sudouest sont des prairies & quantité de battures vers l'eaue, il y a ancrage pour vaisseaux entre ladite isle & la terre du Nort. 6 Cap de Tourmente, à une lieue duquel le sieur de Champlain avoit fait bastir une habitation qui fut bruslée des Anglois l'an 1628, proche de ce lieu est le Cap Bruslé, entre lequel & l'isle aux Couldres est un chenail de 8, 10 & 12 brasses d'eaue, du costé du Sud sont vazes & rochers, & du Nort hautes terres, etc. 7 Isle d'Orléans, de six lieues de longueur très belle & agréable pour la diversité des bois, prairies & vignes qu'il y a en quelques endroits avec des noyers, le bout de laquelle isle du costé de l'Ouest s'appelle Cap de Condé. 8 Le Sault de Montmorency, la cheute duquel est de 20 brasses (2) de haut, provient d'une riviere venant des montagnes qui se descharge dans le fleuve sainct Laurens à une lieue & demie de Québec. 9 Riviere S. Charles, qui vient du lac S. Joseph (3) fort belle & agréable, où il y a des prairies de basse mer, les barques peuvent aller de pleine mer jusques au premier sault, sur icelle riviere sont basties les Eglises & habitation des R. P. Jesuistes & Recollets, la chasse du gibier y abonde au Printemps & en l'Automne. 10 Riviere des Etechemins, par où les Sauvages vont à Quinebequi, traversant les terres avec difficulté pour y avoir des saults & peu d'eaue, le sieur de Champlain en 1628, fit faire ceste descouverture, & fut trouvé une nation de Sauvage à 7 journées de Québec qui cultivent la terre appellée les Abenaquiuoit.
(1) Rivière de la Malbaie.--(2) Quarante brasses et davantage.--(3) La riviere Saint-Charles vient du lac Saint-Charles. Le lac Saint-Joseph se décharge dans la rivière Jacques-Cartier.
3/1387
11 Riviere de Champlain proche de celle de Batisquan au Nord-ouest des Grondines. (1) 12 Riviere des Sauvages (2). 13 Isle verte à cinq ou six lieues de Tadoussac. 14 Isle de Chasse(3). 15 Riviere de Batisquan fort agréable & poissonneuse. 16 Les Grondines & quelques isles qui sont proches, bon lieu de chasse & de pesche. 17 Riviere des Esturgeons & Saulmons(4), où il y a un sault d'eau de 15 à 20 pieds de hault, à deux lieues de Saincte Croix, qui tombe en une forme de petit estang, qui se descharge en la grande riviere sainct Laurent. 18 Isle de sainct Eloy(5), il y a passage entre ladite isle & la terre du Nort. 19 Lac S. Pierre très-beau, y ayant trois à quatre brasses d'eau fort poissonneux environné de collines & terres unies avec des prairies par endroits, & plusieurs petites rivieres & ruisseaux qui s'y deschargent. 20 Riviere du Gast (6), fort plaisante, bien qu'il y aye peu d'eau. 21 Riviere sainct Antoine(7). 22 Riviere de Saincte Suzanne(8). 23 Riviere des Yrocois très-belle, où il y a plusieurs isles & prairies, elle vient du lac de CHAMPLAIN qui a cinq ou six journées de longueur, abondante en poisson & gibier de plusieurs sortes: les vignes, noyers, pruniers & chastaigniers y sont fort fréquents en plusieurs endroits, comme aussi des prairies & belles isles qui sont dans ledit lac, il faut passer un grand & un petit sault pour y parvenir. 24 (9) Sault de la riviere du Saguenay à 50 lieues de Tadoussac, qui tombe de plus de dix ou douze brasses de hault. 25 Grand Sault (10), qui descend de quelque 15 pieds de hault entre un grand nombre d'isles, il contient de longueur demy lieue, & de large trois lieues. 26 Port au Mouton. 27 Baye de Campseau. 28 Cap Baturier à l'isle de sainct Jean. 29 Riviere par où l'on va à la Baye Françoise. 30 Chasse des Eslans. 31 Cap de Richelieu (11), à l'Est de l'isle d'Orléans. 32 Petit banc proche de l'isle du Cap Breton.
(1) Le chiffre manque. Cette rivière, qui porte encore le nom de Champlain, se jette dans le Saint-Laurent quelques lieues plus bas que les Trois-Rivières.--(2) La rivière de l'île Verte.--03 Les îlets de Belle-Chasse.--(4) La rivière Jacques-Cartier.--(5) Cette petite île est en face de Batiscan--(6) D'après le texte de l'auteur, c'est plutôt la rivière Dupont, ou Nicolet-voir 1613. P. 180.--(7) Probablement la rivière de Saint-François--(8) Aujourd'hui la rivière du Loup--(9) Le chiffre 24 manque. Il peut y avoir quelques trente-cinq lieues jusqu'à la Décharge, qui est plutôt un rapide qu'une.--(10) Ou saut Saint-Louis. Le chiffre manque dans la carte.--(11) Aujourd'hui Argentenay.
4/1388
33 Riviere des Puans, qui vient d'un lac auquel il y a une mine de Cuivre de rosette. 34 Sault de Gaston(1), contenant prés de 2 lieues de large qui se descharge dans la mer douce, venant d'un autre grandissime lac, lequel & la mer douce contiennent 30 journées de canaux selon le rapport des Sauvages.
Retournant au Golfe S. Laurent & Coste d'Acadie.
35 Riviere de Gaspey. 36 Riviere de Chaleu(2). 37 Plusieurs Isles prés de Miscou, comme est le port de Miscou entre deux Isles. 38 Cap de l'Isle sainct Jean. 39 Port au Rossignol. 40 Riviere Platte. 41 Port du Cap Naigré. En ce lieu y a une habitation de François en la baye dudit Cap, où commande le sieur de la Tour, qu'ils ont nommé le Port la Tour, où sont habitez les R. P. Recollets en l'an 1630. 42 Baye du Cap de Sable. 43 Baye Saine (3). 44 Baye Courante (4), où il y a nombre d'Isles abondantes en chasse de gibier, bonne pescherie & bons lieux pour les vaisseaux. 45 Port du Cap Fourchu assez aggreable, mais il asseche presque tout à fait de basse mer, proche de ce lieu il y a quantité d'Isles & force chasse. 47 Petit passage de l'Isle Longue, en ce lieu y a bonne pescherie de molue. 48 Cap des deux Bayes (5). 49 Port des Mines (6) ou de bassemer, se trouve le long de la coste dans les rochers de petits morceaux de cuivre très pur. 50 Isles de Bacchus(7) fort agréable, où il y a force vignes, noyers, pruniers & autres arbres. 51 Isles proches de l'entrée de la riviere de Chouacoet. 52 Isles assez hautes (8) au nombre de 3 à 4 éloignées de la terre de 2 à 3 lieues à l'entrée de la Baye Longue. 53 Baye aux Isles, où il y a des lieux propres pour mettre des vaisseaux, le païs est fort bon & peuplé de nombre de Sauvages qui cultivent les terres, en ces lieux il y a force ciprés, vignes & noyers.
(1) Le saut Sainte-Marie.--(2) La rivière de Ristigouche, qui se jette au fond de la baie des Chaleurs.--(3) La baie de Chibouctou.--(4) Aujourd'hui, la baie de Townsend.--(5) Aujourd'hui le cap de Chignectou.--(6) Aujourd'hui le havre à l'Avocat. Le chiffre manque dans la carte.--(7) Aujourd'hui l'île Richmond ou Richman.--(8) Ces îles s'appellent aujourd'hui îles de Batures (Isles of Shoals). Voir 1613, p. 56, notes 4 et 5.
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54 La soubçonneuse(1) Isle prés d'une lieue vers l'eau. 55 Baye Longue (2). 56 Les sept Isles (3). 57 Riviere des Etechemins (4).
Les Virgines ou sont habituez les Anglais depuis le 363. jusques au 37e egré de latitude. Il y a environ 36 ou 37 ans sur les costes attenant de la Floride, que les Capitaines Ribaut & Laudonniere avoient descouvertes & fait une habitation.
58 Plusieurs rivieres des Virgines qui se deschargent dans le Golfe. 59 Coste de fort belle terre habitée de Sauvages qui la cultivent. 60 Poincte Confort. 61 Immestan(5). 62 Chesapeacq Bay. 63 Bedabedec le costé de l'Ouest de la riviere de Pemetegoet. 64 Belles Prairies. 65 Lieu dans le lac Champlain où les Yroquois furent deffaits par ledit sieur CHAMPLAIN l'an 1606 (6). 66 Petit Lac par où l'on va aux Yroquois, après avoir passé celuy de CHAMPLAIN. 67 Baye des Trespassez(7) à l'Isle de Terre Neufve. 68 Chappeau Rouge (8). 69 Baye du sainct Esprit (9). 70 Les Vierges. 71 (10) Port Breton, proche du Cap sainct Laurent en l'Isle du Cap Breton. 72 Les Bergeronnettes (11), à trois lieues de Tadoussac. 73 Le Cap d'Espoir, proche de l'Isle Percée. 74 Forillon, à la poincte de Gaspey, 75 (12) Isle de Mont-real, au sault S. Louys, au fleuve sainct Laurent.
(1) Vraisemblablement Martha's Vineyard.--(2) Cette baie ne porte aucun nom dans les cartes modernes; c'est cet enfoncement que fait la côte au nord du cap Anne.--(3) Ces sept Isles ne sont pas les mêmes que celles du Saint-Laurent; elles sont à la côte de la Nouvelle-Angleterre.--(4) Le chiffre 57 manque; mais il est visible que, par cette rivière des Etechemins, l'auteur veut parler de la rivière Sainte-Croix, appelée Scoudic par les sauvages.--(5) Jamestown.--(6) Il faut lire 1609.--(7). La baie des Trépassés est déjà indiquée plus haut par la lettre C, et cette première indication est d'accord avec la tradition. Il semble que l'auteur a voulu désigner, par le chiffre 67, la baie Sainte-Marie.--(8) Le cap du Chapeau-Rouge forme la pointe d'entrée de la baie de Plaisance du côté de l'ouest.--(9) La baie de Fortune.--(10) Le chiffre 71 manque.--(11) Ou Bergeronnes, comme l'auteur les appelle lui-même ailleurs.--(12) Le chiffre manque, aussi bien que la lettre K. Il est assez probable que le chiffre 74, qui forme un double emploi, a été mis pour 75, en cet endroit.
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76 Riviere des Prairies qui vient d'un lac(1) au sault S. Louys, où il y a deux Isles, dont celle de Mont-real en est une; là on y a fait la traite plusieurs années avec les Sauvages. 77 Sault de la Chaudière, sur la riviere des Algommequins, qui vient de quelque 18 pieds de hault, se descharge entre des rochers où il ait un grand bruict. 78 Lac de Nibachis (2) Capitaine Sauvage, qui y a sa demeure, & y cultive quelque peu de terre où il seme du bled d'Inde. 79 (3) Unze lacs proche les uns des autres, contenans 1, 2 & 3 lieues abondans en poisson & gibier, les Sauvages prennent quelquesfois ce chemin, pour éviter le sault des Calumets fort dangereux: partie de ces lieux sont chargez de pins qui jettent quantité de resine. 80 Sault des Pierres à Calunmet qui sont comme albastre. 81 Isle de Tesouac(4), Capitaine Algommequin, où les Sauvages payent quelque tribut pour leur permettre le passage à venir à Québec. 82 La riviere de Tesouac, où il y a cinq saults à passer. 83 Riviere par où plusieurs Sauvages se vont rendre à la mer du Nort du Saguenay, & aux trois rivieres faisant quelque chemin par terre. 84 Lacs par lesquels l'on passe pour aller à la mer du Nort. 85 Riviere qui va (5) à la mer du Nort. 86 Contrée des Hurons, ainsi nommée par les François, où il y a nombre de peuples, & 17 villages fermez de trois pallissades de bois, avec des galleries tout au tour en forme de parapel pour se défendre de leurs ennemis. Ce païs est par les 44 degrés & demy de latitude, très bon, & les terres cultivées des Sauvages. 87 Passage d'une lieue par terre, par où on porte les canots, 88 Riviere (6) qui se va descharger à la mer douce. 89 Village renfermé de 4 pallisades où le sieur de CHAMPLAIN fut à la guerre contre les Antouhonorons, où il fut pris plusieurs prisonniers Sauvages. 90 Sault d'eau au bout du sault sainct Louis (7) fort hault, où plusieurs sortes de poissons descendans s'estourdissent. 91 Petite riviere (8) proche du sault de la Chaudière, où il y a un sault d'eau, qui vient de prés de 20 brades de hault, qui jette l'eau en telle quantité & de telle vistesse, qu'il se fait une arcade fort longue, au dessous de laquelle les Sauvages passent par plaisir, sans estre mouillez, chose fort plaisante à voir.
(1) La rivière des Prairies vient du lac des Deux-Montagnes. Ici, saut Saint-Louis veut dire évidemment Montréal et ses environs.--(2) Le lac au Rat-Musqué.--(3) Le chiffre 79 manque; mais les onze lacs sont figurés d'une manière tout à fait reconnaissable.--(4) L'île des Allumettes.--(5) C'est-à-dire, par où l'on va à la mer du Nord.--(6) La rivière des Français.--(7) Lisez: au bout du lac Saint-Louis (ou Ontario). Ce saut est la chute de Niagara.--(8) La rivière Rideau.
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92 Ceste riviere [1] est fort belle, & passe par nombre de beaux lacs & prairies dont elle est bordée, quantité d'Isles de plusieurs longueurs & largeurs, abondantes en chasse de cerfs & autres animaux, très bonne pescherie de poissons excellens, quantité de terres défrichées très bonnes, qui ont esté abandonnées des Sauvages, au sujet de leurs guerres. Ceste riviere se descharge dans le lac S. Louys(2), & plusieurs nations vont en ces contrées faire leur chasse pour leur provision d'hyver. 93 Bois des Chastaigniers, où il y a forces chastaignes sur le bord du lac S. Louis, & quantité de prairies, vignes & noyers, 94 Manière de lacs d'eau sallée(3) au fond de la Baye Françoise, où va le flus & reflus de la mer: il y a des Isles où sont nombres d'oiseaux, quantité de prairies en plusieurs lieux, petites rivieres qui se deschargent dans ces manières de lacs, par lesquels on se va rendre dans le golfe S. Laurent proche de l'Isle S. Jean. 95 Isle Haute, d'une lieue de circuit, platte dessus, où il y a des eaues douces & quantité de bois, éloignée du Port aux Mines & du Cap des deux Bayes d'une lieue, elle est élevée de tous costez de plus de 40 toises, fors un endroict qui va en talluds où il y a une poincte de cailloux faite en triangle, & au milieu y a un estang d'eau salée & forces oiseaux qui font leurs nids en ceste Isle. ¤¤ La riviere des Algommequins(4) depuis le sault S. Louis jusques proche du lac des Bisserenis(5) il y a plus de 80 saults tant grands que petits, à passer, soit par terre ou à force de rames ou bien à tirer par terre avec cordes, dont aucuns desdits saults sont fort dangereux, principalement à descendre.
Gens de Petun(6), c'est une nation qui cultive ceste herbe de laquelle ils font grand traffic avec les autres nations, ils ont de grands villages fermez de bois, & sement du bled d'Inde.
Cheveux relevez (7), sont sauvages qui ne portent point de brayer & vont tout nuds, sinon l'hyver qu'ils se vestent de robes de peaux, lesquelles ils quittent sortant de la maison pour aller à la Campagne. Ils sont grands chasseurs, pescheurs & voyageurs, cultivent la terre & sement du bled d'Inde, font secherie de bluets & framboises, dequoy ils font un grand traffic avec les autres peuples, desquels ils prennent en eschange des peleteries, pourcelaines, filets & autres commoditez, aucuns de ces peuples se percent les nazeaux, où ils attachent des patenostres, se descouppent le corps par raye où ils appliquent du charbon & autres couleurs, ont les cheveux fort droits, lesquels ils se graissent & peignent de rouge & leur visage aussi.
(1) La rivière Trent et la baie de Quinte.--(2) Le lac Ontario.--(3) La baie de Chignectou et le bassin des Mines.--(4) Aujourd'hui l'Outaouais.--(5) Le lac Nipissing.--(6) Les Tionnontatés, qui demeuraient au sud de la baie Géorgienne.--(7) Les Andatahouats.
8/1392 La nation Neutre (1), est une nation qui se maintient contre toutes les autres, & n'ont aucune guerre, sinon contre les Assistaqueronons, elle est fort puissante ayant 40 villages fort peuplez.
Les Antouhonorons(2) sont 15 villages bastis en forte assiette, ennemis de toutes les autres nations, excepté de la Neutre, leur païs est beau & en très bon climat proche la riviere S. Laurent, de laquelle ils empeschent le passage à toutes les autres nations, ce qui fait qu'elle en est moins fréquentée, cultivent & ensemencent leurs terres.
Les Yroquois avec les Antouhonorons font la guerre par ensemble à toutes les autres nations, excepté à la nation Neutre.
Carantouanais(3), est une nation qui s'est retirée au Midy des Antouhonorons, en très beau & bon païs, où ils sont fortement logez, & sont amis de toutes les autres nations, fors desdits Antouhonorons, desquels ils ne sont qu'à trois journées. Ils ont autresfois pris prisonniers des Flamans, lesquels ils renvoyerent sans leur mal faire, croyans que ce fussent des François.
Depuis le Lac S. Louis jusques au sault S. Louis qui est le grand fleuve S. Laurent, il y a cinq saults, quantité de beaux lacs & belles Isles, le païs agréable & abondant en chasse & en pesche, propre pour habiter, si ce n'estoit les guerres que les Sauvages ont les uns contre les autres.
La Mer Douce(4), est un grandissime lac où il y a nombre infiny d'Isles, il est fort profond & abondant en poisson de toutes sortes, & de monstrueuse grandeur, que l'on prend en divers temps & saisons, comme en la grand' mer. La coste du Midy est beaucoup plus agréable que celle du Nort, où il y a quantité de rochers & force caribous.
Le lac des Busserenis(5) est fort beau, ayant quelque 25 lieues de circuit, & quantité d'Isles chargées de bois & de prairies, où se cabannent les Sauvages pour pescher en la riviere l'esturgeon, brochets & carpes, de monstrueuse grandeur & très-excellents, qui s'y prennent en quantité, mesme la chasse y est abondante, quoy que le païs ne soit pas beaucoup agréable à cause des rochers en la plus part des endroits,
(1) Les Attihouandaronk.--(2) Antouhoronons. Ce mot paraît être le même que Ountouharonons, ou Tsonnontouans, tant à cause de la ressemblance d'orthographe, que par la position qu'ils occupaient.--(3) Carantouanais. Il y a tout lieu de croire que ce sont les mêmes que les Andastes.--(4) Ou lac Huron.--(5) Le lac des Bissirini, ou Nipissirini (Nipissing).
FIN.
1/1393 DOCTRINE CHRESTIENNE
Du R. P. LEDESME DE LA COMPAGNIE DE JESUS.
Traduicte en Langage Canadois, autre que celuy des Montagnars, pour la Conversion des habitans dudit pays.
Par le R. P. Brebbeuf de la mesme Compagnie.
ACHRISTERRONON ochienda chè orrihoüaienstécha.
DU NOM CHRESTIEN, & de la doctrine Chrestienne.
ESCAT AlENSTACOÜA.
PREMIERE LEÇON.
Arrihoüaienstechaens.
Issa Achristerronon chiont?
Le Maistre.
Estes vous Chrestien?
Ateienstechaens.
Aau, daotan haatarrat Aatio.
Le Disciple.
Ouy, par la grace de Dieu.
M. Sinen Atonas Acristerronon?
D. Nihen de hotoain, chiachè hocarratat arrihoüaienstécha Achristehaan, stat onnè atonachona.
M. Qui est celuy qu'on doit appeller Chrestien?
D. Celuy, lequel ayant esté baptizé croit, & fait profession de la Doctrine Chrestienne.
M. Tout aotan nondée Achristehaan arrihoüaienstécha?
D. Nen arrihoüaienstechoutan de Assonaienstandi Onaoüandio, Aiesus Chrift stat ec'ihondhec, chiachè d'assonaienstan aot Ecankhucoüatè Aoüettichaens, Apostreehaan, chè Arondeehaan.
M. Qu'est-ce que la Doctrine Chrétienne?
D. C'est celle que nostre Seigneur Jesus Christ nous a enseignée, lors qu'il vivoit sur terre, & que la saincte Eglise Catholique, Apostolique & Romaine nous enseigne.
2/1394 M. Touti chien endoron darrihoüatere Achristehaan ecarrihoüaienstèchatè?
D. Aau, endoron achè, det icoüatoncoüandic ateenguiaens.
M. Est-il necessaire de sçavoir la Doctrine Chrestienne?
D. Ouy, si nous voulons estre sauvez.
Achristerronon Oteracata.
Tendi Aienstacoüa
Du signe du Chrestien.
Leçon Seconde.
M. Tout eca ateracatoutan Achrifterronon oteracata?
D. Nen ateracatout d'Ecaot ecarontaè, dé te hanguiarront, aerhon assonenguiaendi Aiesus Chrift stat ahonatandionti de to.
M. Qui est le signe du Chrestien?
D. C'est le signe de la saincte Croix, pour ce que nostre Seigneur nous a rachetez en icelle.
M. Tout ioti Isaer?
D. Condi ioüaer, aèonressonkhrach anontsiraè chè andochiaentone, che enenssaè sangoüati onati, chiachè aienhoüiti onati, chè loüaen. On Ochienda Aistan, chè Aen, chè dat aot Esken. Ca sen ti ioti.
M. Comment le faites vous?
D. Je le faits mettant la main à la teste & à l'estomach, & puis à l'espaule senestre, & dextre, disant: Au nom du Père, & du Fils, & du sainct Esprit. Ainsi soit-il.
M. Tout Ec' ioti candi isaer?
D. Ataahieraha tendi tearrihoüaè nonatoaincha de dat onattindoroncoüa, Escat dat aot Achincacha toiiaen, on ochienda Aistan, chè Aen, chè dat aot Esken. Dinde scat, endi Onaoüandio honheoncha chè ostaioüancha, dè ahonatonti arontaè stat onoè ahoton.
M. Pourquoy le faites vous ainsi?
D. Premièrement pour me mettre en mémoire les deux principaux mysteres de nostre foy: l'un de la tres-saincte Trinité, en prononçant ces parolles. Au nom du Père, & du Fils, & du S. Esprit: & l'autre de la mort & Passion de nostre Sauveur lequel s'estant fait homme, est mort pour nous en une Croix.
M. Tout ioti asson ec' isaer?
D. Aerhon otorontonc' enstan iesta assoninont Aiesus Christ Onaoüandio tonné stioti ionaeren.
M. Et pour quoy encore?
D. Pour ce que nostre Seigneur donne beaucoup de biens & grâces en vertu de ce signe.
M. Nahane ec' ierha?
D. Assonoraoüiè stat iecas, tetenrrè stat ietas, stat Aatio îenditi, ftat iech, stat ierha enstan, iesta, chè stat iatonnhontaiona, iakerons arra.
M. Quand le faut-il faire?
D. Le matin quand on se leve, le soir quand on se couche, quand on commence à prier Dieu, quand on veut prendre sa réfection, au commencement de nos oeuvres, & quand on se trouve en quelq; danger, ou bien saisi de quelq; crainte. 3/1395
Angoüa Nonoè.
Achinc Aienstacoüa.
De la fin de l'homme.
Leçon Troisiesme.
M. Tout ek ichiatahaoüi ondechaè?
D. Nen ondée dè anonhoüè chè dé arronca Aatio stat asson iondhè, chiachè agniactanhane Aondechahan d'aescoüandic to et attindarè aot Attisken.
M. Pour quelle fin avez vous esté mis au mande?
D. Pour aimer & servir Dieu en ceste vie, & par après estre à jamais bien-heureux en Paradis.
M. Tout ec' ognianechoutan d'aoüandaeratti aronhiaofie?
D. Nen ondée oonè acacoüa Aatio, aondechahan achè.
M. En quoy gist ceste félicité que nous esperons avoir en l'autre vie?
D. A voir Dieu face à face, & jouir éternellement de luy.
M. To ioua attiehoüas Attichrifterronon, chia esattinguiaens, chè esattion Aronhiaè?
D. Dac, Atoüaincha, Andaeratic, Atatanonhoüecha, chè Aerencoüasti.
M. Combien de choses sont necessaires au Chrestien pour son salut, & parvenir à sa fin?
D. Quatre, Foy, Esperance, Charité, & bonnes oeuvres.
Nen Attoüa'tociia.
Dac Aienstacoüa.
De la Foy.
Leçon Quatriesme.
M. Tout ichiatoüain chè Atoüaincha?
D. Aoüetti achè iatoüain dè hotoüain chè hocarratat Nonendoüe né aot Ecankhucoüatè aoüettichaens, Apoftreehaan chè Arrondeehaan, chè anderacti dè ioüat aon ne Credo.
M. Que croyez vous par la Foy?
D. Tout ce que tient & croit nostre Mère la saincte Eglise Catholique, Apostolique, & Romaine, & nommément au Credo.
M. To chihon nè Credo.
D. 1. Iatoüain on Aatio aoüetti Andaourachaens, dè saoteendichiaè Ecaronhiatè chè econde hâté. 2. Chè on Aiesus Christ anhoüa hoen Onaoüandio. 3. Dè ho kiachiahichien stat ihongoüas dat aot Esken, chè d'asaocoüeton Onarieehen Aoüitsinonhachen.
M. Dites le Credo.
D. 1. Je croy en Dieu le Père tout puissant, Créateur du Ciel & de la terre. 2. Et en Jesus Christ son Fils unique nostre Seigneur. 3. Qui a esté conceu du S. Esprit, né de la Vierge Marie.
4/1396
4. Onsa hotonnhontaionati stat ahonandacratinen nehen d'ahatsinen Ponce Pilate, Ahonatonti, Aoüenheon, chè ahonanonhkrahoüi. 5. Ondechon onsa hatesten, Achinc eouantaè onsa hatonnhonti. 6. Aronhiaè onsa haoüecti, hoienhoüiti ahiakrandeen Aatio ne Aistan aoüetti Andaoürachaens. 7. To tont ehendionrrandè enondhechaens chè ondiheonchaens. 8. Iatoüain on dat aot Esken. 9. Ne aot Ecankhucoüate aoüettiehaan, attindeia none ondatanonhoüecha. 10. Ne Endionrhencha ottirihoüanderacha. 11. Ondiheonchaen ondatonnhontacoüa. 12. Ecannhonate dè ta tecoüannhonentas. Ca sen ti ioti.
4. A souffert sous Ponce Pilate, a esté crucifié, mort & ensevely. 5. Est descendu aux Enfers, le tiers jour est resuscité de mort à vie. 6. Il est monté aux Cieux, est assis à la dextre de Dieu le Père tout puissant. 7. De là viendra juger les vivans & les morts. 8. Je croy au sainct Esprit. 9. La saincte Eglise Catholique, la Communion des Saincts. 10. La remission des péchez. 11. La Resurrection de la chair. 12. La vie éternelle. Ainsi soit-il.
Oüich Aienstacoua.
M. Ichiaton ca, Ichiatoüain on Aatio, tout aotan nondée Aatio?
D. Nen haotan ondée dè hoteendichiaè Ecaronhia tè chè econdechatè, chè dè aoüetti ahonaoüandiosti.
Leçon Cinquiesme.
M. Vous dites que vous croyez en Dieu, qu'est-ce que Dieu?
D. C'est le Créateur du Ciel & de la terre, & le Seigneur Universel de toutes choses.
M. Tandè ne aot Achincacha, tout aotan nondée?
D. Ondée haotan, Aistan, Hoen, chè nè dat aot Esken, achinc iataè, chè satat Aatio.
M. Et la Saincte Trinité qu'est-ce?
D. C'est le Père, le Fils, & le Sainct Esprit, trois personnes & un seul Dieu.
M. Tout ichien Aistan Aatio ihout?
D. Aau.
M. Le Père est-il Dieu?
D. Ouy.
M. Hoen Aatio tondi?
D. Aau.
M. Le Fils est-il Dieu?
D. Ouy.
M. Dat aot Esken Aatio tondi?
D. Aau.
M. Le Sainct Esprit est-il Dieu?
D. Ouy. 5/1397
M. Achinc ichien thenon Atattio?
D. Tastan, aerhon Achinc ihenon iatae, onecichien satat ara Aatio.
M. Sont-ce trois Dieux?
D. Nenny, car encor bien que ce soyent trois personnes toutesfois ne sont qu'un seul Dieu.
M. Tout ichiatoüain anderacti dè nè Onaoüandio Aiesus Christ?
D. Iatoüain ca, ondeè Aatio ne Aistan hoen, chia tehindaouranchaens d'Aistan, chia tehindionrroüane, chia tehindeïa: ondeè d'onoè ahoton endin dè anbannonhoüec, outonrraon aot Aoüitsinouhaehen Onarrieehen, chè ondeè sti ioti ihout dat atoüain onoè.
M. Que croyez vous sommairement de nostre Seigneur Jesus Christ?
D. Je crois que c'est le Fils de Dieu le Père, aussi puissant, aussi sage, aussi bon que le Père: qu'il s'est sait homme pour nous au ventre, de la glorieuse Vierge Marie, & par ainsi qu'il est vray Dieu, & vray homme.
M. Tout aotan asson?
D. Iatoüain ca, assonatontaoüa ondechon ottichiatorrecoüa, honheoncha chè hotonnhontaionacha, hè assonennhonaoüa ecannhoiiatè dè ta tecoüannhonentas.
M. Quoy plus?
D. Que par sa mort & passion il nous a delivrez des peines d'Enfer, & acquis la vie éternelle.
M. Tout aotan ondèe Ankhucoüa Aoüettithaan?
D. Ondée Ankhucont ecankhucoüatè aoüetti Attichristeronon attiatoüainchaens.
M. Qu'est-ce que l'Eglise Catholique?
D. C'est la congrégation de tous les fidèles Chrestiens.
M. Sinen ankhucoüandiont Ecankhucoüatè, sinen Aoüandio?
D. Nen Onaoüandio Aiesus Christ, chia né Pape, dè Aiesus Christ ihokhrihont cha ondechaè.
M. Qui en est le chef?
D. Nostre Seigneur Jesus Christ, & sous luy le Pape qui est son Vicaire en terre.
M. Tout eticoüatoüain dè ne ecank hucoüate aoüettiehaan?
D. 1. Nen ecoüatoüain ca, Escankhucoüat, ondée aoüaton, satat ara escankhucoüat dat atoüain Ankhucoüa. 2. Tastan tetseenguiaens o üatsè. 3. Ondée ahonditenoüa dat Aot Esken, chè ondée sti ioti tastan teharrihoüanderach, teoüaton.
M. Que devons nous croire de l'Eglise?
D. 1. Qu'elle est une, c'est à dire, qu'il n'y a qu'une seule vraye Eglise. 2. Que hors d'icelle il n'y a point de salut. 3. Qu'elle est gouvernée par le sainct Esprit, & partant qu'elle ne peut faillir.
6/1398
Andaeratikoüa.
Oüahia Aienstacoüa.
De L'Esperance.
Leçon Sixiesme.
M. Iaüeron nondée tendinè, d'attiehouas Attichristerronon?
D. Nen ondée Andaeratukoüa.
M. Quelle est la seconde chose necessaire au Chrestien?
D. L'esperance.
M. Tout ichiendaerati cha Ecandae raticoüa?
D. Nen Ecannhonatè dè ta tecoüannhonentas, dè iaoüannhonaoüas Arrihoüae onenhonaoüata.
M. Qu'attendez vous par l'esperance?
D. La vie éternelle, laquelle entr'autres moyens nous obtenons par l'Oraison.
M. Tout eca arriboutan dat arrihoüata Attiriboüa aouetti?
D. Ondée Pater noster.
M. Quelle est la première & principale de toutes les Oraisons?
D. C'est le Pater noster.
M. To atti?
D. Nen atti horrihoüichiaè nondèe Onaoüandio, anhoüa achè, chè iendarè Arrihoüaonè Ecarrihoüatè akhiaondi nè aoüetti dè iaoüaehoüas chè iaoüanditi Aatio.
M. Pourquoy?
D. Pource que nostre Seigneur mesme la feit, & qu'il contient en soy tresparfaitement tout ce que nous devons demander à Dieu.
M. To chihon ne Pater noster.
D. Onaistan de Aronhiaè istarè. Sa sen tehoiiachiendaterè sachiendaoüan. Ont' aioton sa cheoüandiosta endindè. Ont' aioton senchlen sarasta, ohoüent soonè achè toti ioti Aronhiaonè. Ataindataia sen nonenda tara cha Ecantatè aoüantehan. Onta taoüandionrhens, sen atonarrihoüanderacoüi, to chienne ioti nendi onsa o Aendionrhens de oüa onkirrihoüanderai. Enon chè chaha atakhioiiindahas d'oucaota. Oiiek ichien askiatontaoüahè d'oucaota. Ca sen ti ioti.
M. Dites le Pater noster.
D. Nostre Père qui es és Cieux. Ton nom soit sanctifié. Ton Royaume nous advienne. Ta volonté soit faite en la terre, comme au Ciel. Donne nous aujourd'huy nostre pain quotidien. Et nous pardonne nos offences, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offencez. Et ne nous induis point en tentation. Mais delivres nous du mal. Ainsi soit-il.
Soutarrè Aienstacoüa.
M. Tout ichien, atonenenditi aot Attisken?
Leçon Septiesme.
M. Faut-il prier les Saincts?
7/1399
D. Aau: Nen atti ihaononhoüe nondée Aatio, chè haoningoüas daotan.
D. Ouy, pour ce qu'estans amis de Dieu, ils nous peuvent beaucoup aider, par leurs prières.
M. Iaoüeron dat iscoüaenditi d'attindeia Attisken?
D. Onaoüandio, Onarie, Esken de ihaacarratat, chia chè echa dè ioüaechiendaetat Ochiendaoüan.
M. Quels entre autres priez vous?
D. Nostre Dame, mon Ange Gardien, & le Sainct duquel je porte le nom.
M. Tout ichihoncoüa Onarie Aoüit sinouha?
D. Ne Avè Maria.
M. Quelle Oraison dites vous à nostre Dame?
D. L'Ave Maria.
M. To chihon Avè Maria.
D. Coüay Onarie onnonrroncoüagnon ichien dè ichiendhi d'anderaoüatacoüi, Issadè etandatè d'Aoüandio, sonhoüa dat khiessakhrendotas ottindekien aoüetti, Ahonakrendotas eoüa chioutonrraè ecochiatè. Aot Onarie Aatio Ondoüe, lo ichien Ataihet saronoüandihè onendi d'icoüarrihoüanderai, onhoüadè, aoüetti heoüa stat etecoüaenheondè. Ca sen ti ioti.
M. Dites l'Ave Maria.
D. je vous salue Marie pleine de grâce. Le Seigneur est avec vous. Vous estes beniste entre toutes les femmes, & benist est le fruict de vostre ventre JESUS. Saincte Marie Mere de Dieu, priez pour nous pauvres pecheurs, maintenant & à l'heure de nostre mort. Ainsi soit-il.
M. Tout ichiboncoüa stichienditi de Chiesken?
D. Aot Aesken dè iskiacarratas, stiharas Endeia Aatio, taarhatéta senchien cha ecantatè aoüantehàn, chè taacarratat chè taenditenoüa.
M. Quand vous priez vostre Ange Gardien, quelle Oraison dites vous?
D. Ange de Dieu, qui estes commis pour me garder, Illuminez moy, preservez moy, & me gouvernez aujourd'huy.
Atterrè Aienstacoüa.
M. Tout ichien atonattindoroncoüas aot Attisken ottloüanchaehen?
D. Aau.
Leçon Huictiesme.
M. Faut-il honorer les reliques des Saincts?
D. Ouy.
M. To atti?
D. Ondée atti dat Aot Esken ahaonratanon nondée, chè araehen etattirandeen ottindeiachaens Ottisken.
M. Pourquoy?
D. Pource qu'elles ont esté temples du sainct Esprit, & qu'elles doivent un jour estre reunies à leurs âmes glorieuses.
M. Tande aot Attisken ottionchia?
D. Et senonroncoüagnonch tondi decha, aerhon attiennrata nondée dè akichiendaen.
M. Et leurs Images?
D. Il les faut aussi honorer, pource qu'elles representent ceux ausquels nous devons honneur & reverence.
8/1400
M. Sinen ichiehieraha stichienditi?
D. Endi achè anderacti, chè ataenohonc, chè echa dè ihonnonhoüe, chè hontarrat, chè ankhucoüa aoüetti Attichristerronon.
M. Pour qui priez vous?
D. Je prie non seulement pour moy, mais aussi pour mes parens & amis, & bienfaicteurs & pour toute l'Eglise.
M. Stan tetseehieras Attisken d'ondiheon?
D. Taierhanto, Aerhon akiatontaoüas nondée d'achonacoüa, stat iaoüanditi.
M. Ne faut-il pas aussi prier pour les ames des Trespassez?
D. Ouy, d'autant que par nos prières nous les delivrons des peines de Purgatoire.
M. Tout aotan Achonacoüa aatsi?
D. Ondée echa et attierrissen attindeiaehen Attisken, ne andaenrrocha d'ottirihoüanderachaehen.
M. Qu'est-ce que Purgatoire?
D. C'est le lieu oü les ames de ceux qui meurent en la grâce de Dieu, achevent de payer les peines deuës à leurs péchez.
Atatanonhoüecha,
Enkhon Aienstacoüa.
De la Charité.
Leçon Neufiesme.
M. Tout aotan achinc atont d'attiehoüas Attichristerronon?
D. Né Atatanonhoüecha.
M. Quelle est la troisiesme chose necessaire au Chrestien?
D. La Charité.
M. Tout aotan iaoüavonhoüè Atatanouhoüechaè?
D. Aatio achè anderacti, chia chè atti oüa, titi ioti nendi onatanonhoüè.
M. Qu'aimons nous par la charité?
D. Dieu sur toutes choses, & nostre prochain comme nous mesmes.
M. Tout aotan ne ondée anonheuè anderacti Aatio?
D. Nen ondée stonnè oerron iaoüanonhoüè nonaoüan, chè nonanohonc, chè nonennhonaoüan, Aatio dè anderacti.
M. Qu'est-ce aimer Dieu sur toutes choses?
D. C'est l'aimer plus que nos biens, que nos parens, que nostre vie.
M. Tout ec'ioti chia techienonhoüe d'oüa titi ioti d'etsonhoüa?
D. Nen ioti, stonnè iheras chè iherha aoüetti dè aeanhoüa iaras chè ierha endindè, Aatioehaan chè endionrraehan.
M. En quelle façon aimez vous vostre prochain comme vous mesme?
D. Luy desirant le mesme bien que je me desire selon Dieu & raison, & luy procurant ce que je ferois pour moy mesme. 9/1401
Attierencoüasti.
Assan arre Aienstacoüa.
Des bonnes oeuvres.
Leçon Dixiesme.
M. Iaoüeron ca dac atont dè attiehoüas Attichristerronon?
D. Nen att Aerencoüasti, aerhon onnè d'etsatan ahondiontichien, stan onnè teeráta to ara Atoüaincha, dè ta tehakhra Aerencoüasti.
M. Qu'elle est la quatriesme chose necessaire au Chrestien?
D. Les bonnes oeuvres, car après que quelqu'un est parvenu à l'aage de discretion, la foy ne luy suffit plus sans les bonnes oeuvres.
M. Anè ihattieron Attierencoüasti?
D. Ocoüendaenchaon Aatio atocoüendachaen.
M. Où sont contenues les bonnes oeuvres qu'il nous faut faire?
D. Aux commandemens de Dieu.
M. To chihon Atocoüendaencha Aatio.
D. 1. Escat ito chien hara ehechiechiendaen Aatio, eoüa chechè nondée ehestonhoüè dat aondi. 2. Stan endea tehechienguiatandè Aatio Ochienda, oüa arra ondionhiaè. 3. Oüahia arra echientaoüa, chia stan teechienguiaentakè escoüentat. 4. Ehechiechiendaen dè Hiaistan chè Sandoüe, detè chierhè achiennhonetsis. 5. Enon tehechio d'atoüain, stan tondi tehechiendionrraentons sescoüaon, aarrio. 6. Stan teechiakhroandè d'atoüain, stan tondi teessaens sescoüaon. 7. Stan teechiacoüanrraeha, stan tondi teechiakheroncoüandè enstan iensta. 8. Stan teechiatendoton d'aioi ondionhiaè, stan heoüa teechihougnahè endea. 9. Oonè to achaha d'andacoüandetaion stat onnè echienguiaè. 10. Stan tehechiatoncoüan d'aioi ottioüan dè ta tehiras.
M. Dites les commandemens de Dieu.
D. 1. Un seul Dieu tu adoreras, & aimeras parfaitement. 2. Dieu en vain tu ne jureras, ny autre chose pareillement. 3. Les Dimenches tu garderas, en servant Dieu devotement. 4. Père & mère honoreras, afin que vives longuement. 5. Homicide point ne seras, de fait, ne volontairement. 6. Luxurieux point ne seras, de corps ne de consentement. 7. L'avoir d'autruy tu n'embleras, ne retiendras à ton escient. 8. Faux tesmoignage ne diras, ne mentiras aucunement. 9. L'oeuvre de chair ne desireras, qu'en mariage seulement. 10. Les biens d'autruy ne convoiteras, pour les avoir injustement.
M. Tout aotan essonattinontan dè essoncarratat cha Ecoüendaenchate d'Aatio?
M. Quelle recompense recevront ceux, qui garderont les Commandemens de Dieu?
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D. Nen essonatinnhonon Ennhonoüane ecannhonatè, dè ta tecoüannhoentas, chè dè ta tehaoenterei aondi d'ochiatorrè, chè dè hanonatè akioüacha aoüetti, chè dè aondechahan etannhoaentaha.
D. La vie éternelle, qui est une vie exempte de tous maux, & remplie de tous biens, & qui doit durer à jamais.
M. Tandè dè attinoncontan tout ekhiottieren?
D. Ihaochiensseni nondée Aatio, chiachè ondechon ihaotti.
M. Quels maux encourent ceux qui les transgressent?
D. L'ire de Dieu, & la damnation éternelle.
Onditenrrenchaens Attierencoüasti.
Scat ichè Aienstacoüa.
Des oeuvres de misericorde.
Leçon Onziesme.
M. Tandè Atenrrencoüa, eoüa tondi endoron?
D. Taierhanto, stan ichien Achristerronontè dè tehakerha nondée Atenrrenchaens aerencoüasti.
M. Ne faut-il pas aussi exercer les oeuvres de misericorde?
D. Ouy, & celuy qui ne le fait, ne mérite pas le nom de Chrestien.
M. To atti ihenon Atenrrencoüaè?
D. Nen atti ihenon soutarrè Eskenehaan, chiachè soutarrè tondi Erroneehaan.
M. Combien y a-il d'oeuvres de misericordes?>
D. Il y en a sept Spirituelles, & sept Corporelles.
M. To chihon d'Eskenehaan.
D. l. Aienstan dè tehottindiont. 2. Arreoüa dè hottirrihoüanderach. 3. Andionhierrita dè hottindionrrachen. 4. Arrihoüaienstan dè hottinhoüaehoüas. 5. Oonè to akhrihote endandichoncoüagnon. 6. Endionrhens ne arrihoüanderacoüa. 7. Enditi chè dè enondhédè, chè dè Aiheondè, chè indè ne dè ha onessata.
M. Dites les Spirituelles.
D. î. Enseigner les ignorans. 2. Corriger les defaillans. 3. Donner bon conseil à ceux qui en ont besoin. 4. Consoler les desolez. 5. Porter patiemment les injures. 6. pardonner les offences. 7. Prier pour les vivans & trespassez, & pour ceux qui nous persecutent.
M. To chihon ne Erroneehaan.
D. 1. Andataia ondacaota d'ondatonnicesta. 2. Aerrata dè hindachiaten. 3. Aennon dè hottihoüachon.
M. Dites les Corporelles.
D. 1. Donner à manger aux pauvres qui ont faim. 2. Donner à boire à ceux qui ont soif. 3. Vestir ceux qui sont nuds. 11/1403
4. Aatontaoüa dè aconattindascoüaen. 5. Andatarè dè hiheons. 6. Oüat sechronon arata. 7. Anonkhra dè ondiheon.
4. Racheter les prisonniers. 5. Visiter les malades. 6. Loger les pèlerins. 7. Ensevelir les morts.
Arrihoüanderacha.
Tendi tetchè Aienstacoüa.
Des Péchez.
Leçon Douziesme.
M. Onnè ichien haoüaen dè ecoüakhier, tout aotan nonhoüa ecoüateienstan?
D. Ne Oucaota dè ecoüachiensseni chè ecoüateoüata.
M. Apres avoir veu le bien qu'il nous faut faire, que reste-il maintenant à sçavoir?
D. Le mal qu'il nous faut fuir.
M. Tout eca Oucaochoutan d'ecoüateoüata?
D. Ne Arrihoüanderacha.
M. Quel mal devons nous fuir?
D. Le péché.
M. Tout aotan nondée Arrihoüanderacha?
D. Ondée aat aoüetti, dè eatoncoüan, chè dè itseen chè dè ierha, stat teharas Aatio.
M. Qu'est-ce que péché?
D. Tout ce qui se dit, qui se desire, ou qui se fait, contre la loy & volonté de Dieu.
M. To hioüa uoüarrihoüanderachaen?
D. Tendi, Adanehaan, chè nè onionhoüaehaan.
M. Combien y a-il de sortes de péchez?
D. Deux, l'originel, & l'actuel.
M. Tout eca arrihoüanderachuutan d'ichias, Adanehaan?
D. Ondée d'icoüahoüa stat tekhionatondi, chè dè Achonacha ihochonas.
M. Qu'est-ce que le péché originel?
D. C'est celuy que nous apportons avec nous, quand nous naissons, & qui nous est pardonné par le Baptesme.
M. Tout aotan nondée Onionhoüaehaan arrihoüanderacha?
D. Ondée nondée arrihoüanderachoutan d'onionhoüa icoüarrihoüandérach, stonnè onendiont chè stat onatechiahaasta.
M. Qu'est-ce que le péché actuel?
D. Celuy que nous commettons nous mesme après l'usage de raison.
M. To atti hioüa ionarrihoüanderachaè onionhoüaehaan?
D. Tendi, scat arrihoüanderacha arriotacoüa, chè scat ioüarrihoüande iassa.
M. Combien y a-il de sortes de péchez actuels?
D. Il y en a deux sortes, l'un est mortel, & l'autre véniel.
M. To atti iarrihoüanderachaè d'attioch?
M. Combien y a-il de péchez mortels?
12/1404
D. Soutarrè, Andetaioüacha, Aoüiachata, Akhiechencha, Anonstecha, Anguiataesta, Andacoüanonacha, Akiengnracha.
D. Sept, c'est asçavoir Orgueil, Ire, Envie, Avarice, Gourmandise, Luxure, Paresse.
M. Tout aotan assonendaoüerhaan cha ecarrihouanderachatê d'ihoch?
D. Nen assonacoüas Aatio onderaoüatacoüa, chia ne achiendaencha d'assonastacoüandinen Aronhiaonè.
M. Quel mal nous apporte le péché mortel?
D. Il nous sait perdre Dieu, sa grâce, & la gloire qui nous estoit promise.
M. Tout ec' ioti ec' ichia arriotacoüa?
D. Ondée at d'assonachiah Nonesken, aerhon assonennhonacoüan ennhonatè d'Onderaoüatacoüi, chiachè assonaios anheoncha dè ta teoüassach.
M. Pourquoy s'appelle-il mortel?
D. Pour ce qu'il tue nostre âme, luy faisant perdre la vie de la grâce, & aussi pour ce qu'il nous rend dignes de la mort éternelle.
M. Tandè ioüarrihoüandeiassa tout aotan nondée assonendaoüerhaan?
D. Tastan atoüain teassonacoüas anderaoüatacoüa stan heoüa ta teassonati Ondechon, onekichien ihondanhousta Aatiodè nonanonhoüecha, chè ondée ioti khionirreoüata eca ondechaè, chè ondée haotan assonagnions arrihoüanderachaon ecarrihoüanderachatè d'ihoch.
M. Et le péché véniel, quel mal nous fait-il?
D. Il ne nous fait pas perdre la grâce, ny mériter l'Enfer, mais il nous refroidit en l'amour de Dieu, & mérite des peines temporelles, & si nous meine au péché mortel.
Aot Ondateracata.
Achinc ichè Aienstacoüa.
Des Saincts Sacrements.
Leçon Treiziesme.
M. Tout ichien, aoüaton atti t'aoüateoüata ne arrihoüanderacha, chè t'aoüakerha cha ecattierencoüasti dat onionhoüachon?
D. Stan aondi ta tecoüandaourachè dé ta tessoningoüascoüa Aatio Onderaoüatacoüa.
M. Pouvons nous de nous mesme fuir le péché, & faire les bonnes oeuvres que nous avons dites?
D. Nous ne les pouvons faire sans l'aide de la grâce de Dieu.
M. Tout aotan dat ecoüakhier chia ecoüaen Aatio ne Onderaoüatacoüa?
D. Endeïa ecoüaerata aot Ankucoüaè Atoteracáta.
M. Par quels moyens entre autres acquerrons nous la grâce de Dieu?
D. Par le bon usage & digne reception des Saincts Sacremens de l'Eglise. 13/1405
M. To Ioüateracataè on Ankhucoüae?
D. Soutarrè.
M. Combien y a-il de Sacremens en l'Eglise?
D. Sept.
M. Iaoüeron echa?
D. Achonacha, Ahetsaroncoüa, Endionrhencha, Atonesta, Ondakhiachenta Orenoncoüa, Anerraesta, Anguiaécha.
M. Qui sont-ils?
D. Baptesme, Confirmation, Pénitence, Eucharistie, Extrême Onction, Ordre, Mariage.
M. Sinen nondée eca aherhon?
D. Aiesus Christ Ouaoüandio.
M. Qui les a instituez?
D. Jesus Christ nostre Seigneur.
M. Tout atti nondée?
D. Nen atti atahaonenguiaens, chiachè ti ioti attindeïa ataïonton Nonesken, chè atahaonanontan Aiesus Christ Ostaioüancha atohiattè.
M. Pourquoy?
D. Pour la guarison & sanctification de nos âmes, & pour nous appliquer les fruicts de sa Passion.
Dac ichè Aienstacoüa.
Achonacha.
M. Tout aotan assonierha endindè Ateracáta d'Achonacha aatsi?
D. Nen ihachonas Adanehaan arrihoüanderacha, de icoüahoüa stat tekhionatondi, chè ondée ioti Aoüachristerronon aoüaton, chè assonenastas Aatio, aerhon assonanontan Aatio Onderaoüatacoüa.
Leçon Quatorziesme.
Baptesme.
M. Que fait en nous le Sacrement de Baptesme?
D. Il efface le péché originel, avec lequel nous naissons & nous fait Chrestiens & enfans de Dieu, par le moyen de la grâce qu'il nous confère.
Ahetsaroncoüa.
M. Tandè Ahetsaroncoüa?
D. Nen assonahetsaron ataiaoüateiatè, chè ataiaoüarrihoüateha Atoüaincha dè khionatoüainchaoüi, stat tekhionachoni.
Confirmation.
M. Et le Sacrement de Confirmation?
D. Il nous donne force pour confesser constamment la foy que nous avons receue au Baptesme.
Endionrhencha.
M. Tandè Endionrhencha tout aotan eest nondée?
D. Ondée echa assonachonas cha ne arrihoüanderacha d'icoüarrihoüanderai stat onnè akhionachoni.
Pénitence.
M. Dequoy nous sert le Sacrement de Pénitence?
D. Nous recevons par iceluy la remission des pechez que nous avons commis apres le Baptesme.
14/1406
Atonesta.
M. Tout ichierhè dè ne aot Atonesta?
D. Ierhè ça, stonnè Aoüane ahohachendi, to tohanè Onaoüandio Aiesus Christ dat atoüain ihenkhon ecaot Endiscaraè chè Airrataè.
Eucharistie.
M. Que croyez vous du tressainct Sacrement de l'Autel?
D. Je croy qu'après la consecration qu'a fait le Prestre, nostre Seigneur Jesus Christ est réellement contenu tant en la saincte Hostie qu'au Calice.
M. Tande stonnè ahohachendi d'Aoüane, orast ihandataront Endiscaraè, che orast ihouchahenoutan Airratae?
D, Tastan, aerhon stonnè ihaoüangnrakhia, d'Aoüane, tohanè Ecandataratè aratenni, chè erroné aoüaton d'Aiesus Christ, chè Ecouchahendatè engon tondi d'Aiesus Christ aoüaton.
M. Apres que le Prestre a consacrè, ce qui est en l'Hostie, est-ce du pain, & du vin, ce qui est au Calice?
D. Nenny, d'autant qu'en vertu des sacrées paroles que le Prestre dit, le pain se change au corps de nostre Seigneur, & le vin en son sang.
M. Tande ne Onesse tout aotan nondée?
D. Ahierasta haotan nondée, chè iondhéchaens akhracoüa d'Aiesus Christ Nonenguiaenchaens Onheoncha chè Ostaioüancha: chiachè asson haotan horrihoutan et anhoüa Aiesus Christ hatestaancoüas dè aondhedè, chè de aiheondè; ondée echa sti ioti endoron dat eskenona to taoüakra icoüaoüetti.
M. Qu'est-ce que la Messe?
D. C'est une mémoire & vive representation de la mort & passion de nostre Sauveur Jesus Christ, & outre cela un Sacrifice, où il s'offre soy-mesme pour le salut des vivans, & des morts, & par ainsi nous devons tous y assister avec grande reverence.
Ondakhiachenta Orenoncoüa.
M. Tout aotan eest d'ondakhiachenta Orenoncoüa?
D. Assonarrihoüanderachonas d'orast onarrihoüanderachorè, chè assonakheroncoüasta ataiaoüahouichegna chè nonakhriochaens, chè nonachiatorrec, chè Ondakiondatoatacoüa.
Extrême Onction.
M. A Quoy sert le Sacrement d'extreme Onction?
D. Pour nettoyer des péchez que nous pourrions avoir de reste, & nous donner force pour resister aux ennuis & douleurs de la maladie, & aux tentations du diable.
M. Tout aotan asson?
D. Onaest ichien asson t'aoüateenguiaens onerronedè dè tetsoraoüan nondée.
M. A quoy plus?
D. Il nous sert d'avantage pour obtenir la santé du corps, si c'est le meilleur pour nous. 15/1407
Anguiaecha.
M. Tout aotan echa Anguiaecha ihaatsi?
D. Ateracata haotan nondée, tonnè Enguiahan chè Ondekien akhiontatastacoüan chè akhiontatakhierratan Ankhucoüaonè, d'Ahoüatsiraendè chè dè endèa arrihoüaienstandè ottihoüatsiraoüan, chè de stan teakhroandè, chè stan teandacoüandetaiondè oüatsè.
Mariage.
M. Qu'est-ce que Mariage?
D. C'est un Sacrement auquel l'homme & la femme se joignent ensemble par la foy & promesse mutuelle en la face de l'Eglise, pour avoir lignée, la bien instruire & se garder de fornication.
Anerraesta.
M. Tandè Anerraesta tout aotan?
D. Aot Akhucoüaè Oteracataoüan nondée, dè stottien Attioüanens, onnè tondi attindaouras chè akhrendotandè ne aot orronè Aiesus Christ Onenguiaenchaens, chè arrihoüanderach orescaoüandè dè honendacarratat, chè stan iesta aerhadè aot Ankhucoüadè. Tandè det attindeiachas Ecoüattioüanens, oont ahonendaronca nondée.
Ordre.
M. Qu'est-ce que l'Ordre?
D. C'est un Sacrement mis en l'Eglise, par lequel les Prestres reçoivent la puissance de consacrer le précieux corps de nostre Sauveur, absoudre ceux qui leur sont donnez en charge, & faire les autres choses concernans la police de l'Eglise. Enquoy il leur faut obéir, ores qu'ils fussent de mauvaise vie.
FIN.
A la plus grande gloire de Dieu.
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