Scène IV
LA COMTESSE, LE MARQUIS, VICTOIRE.
La comtesse, en entrant.
François, dites à Victoire de venir.
Victoire.
Me voilà, madame.
La comtesse.
C’est bon. — Monsieur de Valberg, je suis enchantée de vous voir… Vous avez été hier de la distraction la plus divertissante du monde… Je vous aime à la folie comme cela.
Le marquis.
Ce n’est pas là le moyen de m’en corriger, madame, au contraire ; cependant, comme on dit souvent, les contraires se rapprochent quelquefois.
La comtesse.
Mademoiselle, je veux absolument avoir ma robe.
Victoire.
Oui, madame.
La comtesse.
Donnez-moi un autre collet.
Celui-ci va à faire horreur.
Asseyez-vous donc.
Victoire.
Mais, madame n’a qu’à le rendre si elle n’en veut pas ; cependant il est bien fait. C’est qu’il y a là un pli… Attendez.
La comtesse.
Oui, un pli, voyons.
Eh bien ! voilà ce que je veux dire. Il va à merveille comme cela. Ayez soin que mademoiselle Dufour m’en fasse un autre tout pareil, mais je dis tout de même, entendez-vous ?
Victoire.
Oui, madame. Et quand madame le veut-elle ?
La comtesse.
Quand ? mais demain matin. Il n’y a qu’à envoyer François tout à l’heure, j’en suis très pressée.
Victoire.
Il n’y aura peut-être pas assez de temps.
La comtesse.
Oh ! sans doute, vous trouvez toujours ce que je désire impossible, et puis vous viendrez dire que vous m’êtes bien attachée.
Victoire.
C’est que rien n’est plus vrai. — Madame me gronde.
La comtesse.
C’est bon, c’est bon, donnez-moi du rouge. Eh bien ! monsieur de Valberg, vous ne dites rien ?
Le marquis.
Mais vous ne m’écoutez pas, madame.
La comtesse, mettant son ruban.
Pardonnez-moi, pardonnez-moi. Ne parliez-vous pas des contraires ?
Le marquis.
Des contraires ? N’est-ce pas des contrats, plutôt ?
La comtesse.
Cela peut bien être. Victoire !
Victoire.
Madame ?
La comtesse.
Je ne sais plus ce que je voulais dire, avec vos contrats.
Le marquis.
Ah ! je vous le dirai, moi, quand vous voudrez m’entendre.
La comtesse.
Je vous entends toujours avec plaisir.
Le marquis.
Aurez-vous du monde aujourd’hui ?
La comtesse.
Non, si vous voulez. C’est même ce que je voulais dire, car tous les ennuyeux de la ville prennent ce parc pour leur promenade. Victoire ! qu’on ne laisse entrer personne.
Victoire.
Je m’en vais le dire, madame.
Le marquis.
Je vous suis obligé, parce que j’ai à vous parler très sérieusement.
La comtesse, à Victoire.
Ma belle-sœur, pourtant.
Victoire.
Oui, madame.
La comtesse.
Elle raffole de vous, monsieur de Valberg.
Le marquis.
Moi, je la trouve charmante ! Il y a des femmes comme cela, qui vous séduisent dès le premier moment qu’on les voit.
La comtesse.
Victoire, dites qu’on laisse entrer aussi M. de Clervaut.
Victoire.
Est-ce là tout ?
Le marquis.
Ah ! madame, M. de Latour aussi, je vous prie.
La comtesse.
M. de Latour ? Eh bien ! oui, M. de Latour ; je le veux bien.
Victoire.
Je m’en vais le dire.
La comtesse.
Attendez. — La liste d’hier.
Victoire.
Mais, madame a laissé entrer tout le monde.
La comtesse.
Vous croyez ?
Victoire.
J’en suis sûre.
La comtesse.
Eh bien ! en ce cas-là, tout le monde.
Victoire.
Madame aura-t-elle besoin de moi ?
La comtesse.
Non, non. — Cependant ne vous éloignez pas… Qu’on m’avertisse quand mes étoffes viendront.