Scène VIII
GERMAIN, VICTOIRE.
Germain.
Mam’selle Victoire, que dites-vous de cela ? Vous savez que monsieur aime madame.
Victoire.
Et je sais que madame aime monsieur.
Germain.
Et que monsieur veut épouser madame.
Victoire.
Et que madame ne demande pas mieux.
Germain.
En êtes-vous sûre ?
Victoire.
Parfaitement.
Germain.
Mais vous ne savez peut-être pas que nous allons en ambassade.
Victoire.
Où ?
Germain.
À Gotha. Il paraît, d’après ce qu’on m’a dit, que la duchesse est accouchée, et nous allons lui faire compliment de la part de Sa Majesté.
Victoire.
Qu’est-ce que cela signifie ?
Germain.
Cela signifie que mon maître veut que la comtesse dise oui ou non avant ce départ, afin d’en avoir la conscience nette ; que nous partons demain matin avec le baron, qu’il ne faudrait qu’un mot pour arranger tout, et qu’au lieu de le dire, ils chantent.
Victoire.
Il a pourtant parlé mariage et voyage.
Germain.
Et elle lui a répondu chanson.
Victoire.
Pourquoi votre baron ne vient-il pas au secours ?
Germain.
Par crainte de tout gâter, parce qu’il est brouillé, à ce qu’il croit, avec votre maîtresse.
Victoire.
Monsieur Germain.
Germain.
Mam’selle Victoire.
Victoire.
Nos maîtres sont de grands enfants ; il faut arranger cette affaire-là. Vous venez d’apporter un papier ; n’est-ce pas cela qu’ils chantaient ?
Germain.
Oui, le voici.
Victoire.
Donnez-le moi, et maintenant…
Germain.
Qu’est-ce que vous écrivez là-dessus ?
Victoire.
Ne vous mettez pas en peine. Posons cela sur le piano.
Germain, lisant.
Mais s’ils se fâchent ?
Victoire.
Est-ce que cela se peut ? Elle rêve de lui en plein jour. À plus forte raison…
Germain.
Les voici qui viennent ; sauvons-nous.
Victoire.
Et écoutons.