‹ Originaux et détraquésChapitre 2 sur 73 · Chapitre 1

Chapitre 1

Pourquoi, lorsqu’on parle de Québec, est-on toujours porté à dire « la bonne vieille ville » ?
Cela n’est certainement pas dû à ses traditions guerrières et chevaleresques, ni à l’aspect grandiose de son site presque sans rival au monde – pas plus qu’à la physionomie quelque peu rébarbative que lui prêtent sa menaçante citadelle et sa longue ceinture de canons accroupis comme des dogues.

Cela n’est pas dû non plus à ses ruelles étroites et tortueuses, où les trottoirs ont l’air de se tasser le long des murailles pour laisser passer les piétons sur la chaussée.

Non ; ce titre de « bonne vieille ville », qui réveille on ne sait quelle idée de bonhomie familière et douce, Québec le doit principalement aux mœurs patriarcales, pour ne pas dire à l’allure un peu surannée de sa population.

Nulle part ailleurs ne rencontre-t-on, si nombreux et si caractérisés, ces respectables citadins aux habitudes régulières comme un mécanisme de jaquemart, flottant dans ces longues redingotes aux basques pendantes, si fort en vogue il y a quarante ans, bons bourgeois cravatés à la polonaise, qu’on dirait descendus tout d’une pièce de ces moulures bronzées dont Plamondon encadrait ses toiles vigoureuses, et Théophile Hamel ses portraits aux fins coups de pinceau.

Nulle part, sur le continent, ne retrouve-t-on, relevées comme ici par une pointe de sans-gêne pleine de saveur, ces charmantes manières, quelque peu ancien régime, qui rappellent vaguement l’exquise odeur de vétusté enfermée au fond des tiroirs aux souvenirs.

Mais en réalité quelle différence entre le Québec d’aujourd’hui et le Québec d’il y a cinquante à soixante ans, par exemple !

Les vieux ne s’y reconnaissent plus.

C’est de leur temps, paraît-il, qu’on était patriarcal pour tout de bon dans la « vieille ville ».

Si vous le voulez bien, nous allons remonter ensemble jusqu’à cette époque lointaine, pour étudier le caractère d’un de ces bons types du Québec de jadis, type que la tradition a fait légendaire.

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