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Chapitre 3

Ce Burns était un type véritablement étonnant.
Durant plus de trente ans il a vécu d’emprunts, – et quand je dis d’emprunts, c’est pour me servir de son expression, car ses emprunts auraient pu quelquefois mériter un terme beaucoup plus sévère.

Pour effectuer ces emprunts, qui d’abord variaient de cinq à un dollar, puis d’un dollar à un écu, et enfin, sur les dernières années, de cinq à vingt-cinq sous, cet individu – on peut l’affirmer hardiment – a dépensé plus d’ingéniosité et de persévérance que Vanderbilt ou Astor pour amasser leurs millions.

Il avait fait un cours d’études assez complet au séminaire de Québec, je crois.

Puis il avait commencé à faire son droit.

Malheureusement, une paresse à triple pression, de même que des tendances toutes spéciales à faire la noce, entravèrent sérieusement sa carrière légale.

Quelques années après, on le retrouve occupant un emploi quelconque – celui de grossoyeur probablement, car il était doué d’un singulier talent de calligraphe – au palais de justice de Québec.

Cet emploi il ne l’occupa que très peu de temps, les mêmes causes qui avaient fait échouer ses ambitions professionnelles étant venues s’opposer de nouveau aux succès qui l’attendaient sans doute dans sa nouvelle position.

Bref, de désappointement en dégringolade et de dégringolade en désappointement, notre Jérôme Paturot, ayant vu toutes les carrières plus lucratives se fermer devant lui, avait tourné ses aspirations vers l’emprunt ; et tous les moments que lui laissait libres sa fidélité inébranlable au culte du dieu de la treille, il les consacrait, avec la plus consciencieuse assiduité, à l’étude et à la pratique de cette nouvelle industrie.

Ce culte de Bacchus et cette industrie de l’emprunt se partagèrent son existence.

Si bien, qu’ils avaient fini par lui mériter un double sobriquet bien caractéristique : Trente-sous BurnsetWhisky Burns !

Laissons Whisky Burns de côté, pour ne nous occuper que de Trente-sous Burns.

Aussi bien, le premier avait-il à cette époque et possède-t-il encore, autant ailleurs qu’à Québec, trop de rivaux, et des plus marquants, pour qu’on puisse le considérer comme un type digne d’une monographie spéciale.

Quand à Trente-sous Burns, par exemple, celui-là n’a jamais eu et probablement n’aura jamais de compétiteur sérieux.

Ce fut l’Alexandre le Grand et l’Homère de l’emprunt.

Le sommet classique au-delà duquel il n’y a plus rien.

Le nombre de dupes que son inénarrable aplomb a faites dans Québec et dans tout le district est incalculable.

Et, chose encore plus extraordinaire que son aplomb, c’était la variété de ses ressources.

Chez lui point de lieux communs.

Il tenait à sa réputation d’habileté, mais aussi d’homme à moyens. Il se piquait d’originalité.

Il travaillait par intérêt sans doute, mais il semblait aussi travailler pour l’honneur du nom.

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