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Chapitre 4

Après avoir aussi scrupuleusement donné le texte de quelques-uns de ses discours, il serait superflu d’ajouter que George Lévesque n’avait pas suivi un cours d’études classiques ni à Sainte-Anne-de-la-Pocatière – la paroisse voisine – ni dans aucun autre collège de la Province.

Son instruction se bornait à certaines notions de lecture et d’écriture très rudimentaires.

L’orthographe avait pour lui des mystères inapprofondis, des secrets qu’il n’avait même pas essayé de pénétrer.

Et comme il était beau parleur – les échantillons d’éloquence qui précèdent en font foi – il ne manquait pas d’émailler sa conversation de ces agréments aussi pittoresques qu’illicites, qu’on appelle, dans le langage ordinaire, des velours et des cuirs, et qu’il avait le don de glisser par-ci par-là, dans les intervalles que pouvaient laisser les jurons.

Il disait assez irrévérencieusement :

— J’ai z’eu, nom d’un chien, une migraine du diable.

Ou assez drolatiquement :

— J’ai-t-été en ville toute la semaine dernière, alorsse !…

Mais pas besoin de faire remarquer qu’il n’y entendait pas la moindre malice.

Une fois, il avait pour interlocuteur ce pauvre Lucien Taché, un autre type sur qui il y aurait bien des choses à raconter.

— Écoute, mon ami, lui disait-il, j’ai-t-acheté du velours, torrieux ! pour me faire…

— Tu veux dire du cuir, interrompit Lucien.

— Non, du velours.

— Du velours, tord-nom ! je sais ce que je dis.

— George Lévesque, tais-toi ! tu as-t-acheté, c’est du cuir.

— Du velours, tempête !

— Du cuir, cristi !

— Je te dis, Lucien, ma foi de gueux ! que c’est du velours. Je sais ce que c’est du cuir ; j’en ai z’eu !

— Ça c’est du velours.

— Je te parle de cuir !

— Je te parle de velours !

— Je te dis que j’ai z’eu du cuir, batêche !

— Et je te dis que quand on a z’eu du cuir, c’est du velours, animal ! moi aussi je sais ce que je dis !

— Tiens, Lucien, écoute, mon ami… alorsse… je te comprends plus. Cré virgule ! viens prendre un coup !… indubitablement.

Notre ami aimait le petit verre de temps en temps.

Ce n’était pas un ivrogne, mais il aimait le petit verre – surtout quand ses affaires l’amenaient à Québec.

À la haute ville chez Laforce, et à la basse ville chez Boisvert, chez Dion, chez Pitre Bourassa, chez Marc Lapointe, il s’attablait, et durant de longues heures il racontait ses tribulations avec les autorités municipales de sa paroisse, ses exploits de pêche et de chasse, et en particulier ses voyages.

Car il avait voyagé.

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