Comment Pantagruel rencontra ung Lymousin qui contrefaisoit le françoys. xxxxx Cha. vi
uelque iour que Pantagruel se pourmenoit apres soupper avecques les compaignons par la porte dont lon va à Paris, Il rencontra ung eschollier tout iolliet, qui venoit par icelluy chemin, et apres quils se furent saluez, luy demanda. Mon amy dont viens tu a ceste heure. Leschollier luy respondit. De lalme inclyte et celebre academie, que lon vocite Lutece. Quest-ce a dire dist Pantagruel a ung de ses gens. Cest, respondit il, de Paris. Tu viens doncques de Paris, dist il. Et a quoy passez vous le temps vous aultres messieurs estudians audict Paris. Respondit leschollier. Nous transfetons la Sequane au dilucule et crepuscule, nous deambulons par les compites et quadriviez de lurbe, nous despumons la verbocination latiale et comme verisimiles amorabunds captons la benevolence de lomniiuge omniforme et omnigene sexe feminin, certaines diecules nous invisons les lupanares de Champgaillard, de Mascon, de Cul de sac, de Bourbon, de Huslieu, et en ecstase Venereicque inculcons nos veretres es penitissimes recesses des pudendes de ces meretricules amicabilissimes, puis cauponizons es tabernes meritoires, de la pomme de Pin, de la Magdaleine, et de la Mulle, belles spatules vervecines quon nomme Passelourdin, une grosse roche ayant environ de douze toyzes en quarre, et despesseur quatorze pans. Et la mist sur quatre pilliers au millieu dung champ bien a son ayse, affin que lesdictz escholliers quand ils ne scauroient aultre chose faire passassent le temps a monter sur ladicte pierre, et la banquetter a force flacons, iambons, et pastez : et escrire leurs noms dessus avecques un cousteau : et de present lappelle on la Pierre levee. Et en memoire de ce nest auiourdhuy nul passe en la matricule de ladicte Universite de Poictiers, si non quil ait beu en la fontaine Caballine de Croustelles, passe à Passelourdin, et monte sur la Pierre levee. En apres lysant les belles chroniques de ses ancestres, trouva que Geoffroy de Lusignan dit Geoffroy a la grand dent, grand pere du beau cousin de la seur aisnee de la tante du gendre de la belle mere, estoit enterre à Maillezais, dont print ung iour campos pour le visiter comme homme de bien. Et partant de Poictiers avecques aulcuns de ses compaignons, passerent par Leguge, par Lusignan, par Sansay, par Celles, par sainct Lygaire, par Colonges, par Fontenay le comte, et de la arriverent a Maillezais : ou visita le sepulchre dudict Geoffroy a la grand dent, dont il eut quelque peu de frayeur voyant la protraicture : car il y est en ymage comme dung homme furieux, tirant a demy son grand marchus de la guainne. Et demandoit la cause de ce, les chanoines dudict lieu luy dirent, quil n’y avoit point daultre cause : sinon que Pictoribus atque Poetis etc. cest a dire, que les Painctres et Poetes ont liberte de paindre a leur plaisir ce quils veullent. Mais il ne sen contenta pas de leur responce, et dict. Il nest point ainsi painct sans cause. Et me doubte que a sa mort lon luy a faict quelque tord, dont il demande vengeance a ses parens. Ie men enquesteray plus a plain et en feray ce que de raison. Ainsi sen retourna non pas a Poictiers, mais il voulut visiter les aultres universitez de France, dont passant a la Rochelle se mist sur mer et sen vint a Bourdeaulx, mais il ny trouva pas grant exercice, sinon des gaubarriers a iouer aux luettes sur la grave, de la sen vint a Thoulouse, ou il aprint fort bien a dancer et a iouer de lespee a deux mains comme est lusance de escoliers de ladicte universite, mais il ny demeura gueres : quand il vit quils faisoyent brusler leurs regens tous vifs comme harans soretz, disant. Ia dieu ne plaise quainsi ie meure, car ie suis de ma nature assez altere sans me chauffer davantage. Puis vint a Montpellier ou il trouva fort bons vins de Mirevaulx et ioyeuse compaignie, et se cuyda mettre a estudier en Medicine, mais il considera que lestat estoit fascheux par trop et melancolicque, et que les medecins sentoyent les clisteres comme vieux diables. Et par ce vouloit estudier en loix, mais voyant quil n’y avoit que troys teigneux et ung pele de legistes audict lieu sen partit. Et au chemin fist le pont du Guard, en moins de troys heures, qui toutesfoys semble œuvre plus divine quhumaine. Et vint en Avignon ou il ne fut pas troys iours quil ne devint amoureux, car les femmes y iouent voulentiers du serrecropyere. Ce que voyant son Pedagogue nomme Epistemon len tira et le mena a Valence au Daulphine, mais il vit quil n’y avoit pas grant exercice, et que les marroufles de la ville batoyent les escholiers, dont il eut despit, et ung beau Dimenche que tout le monde dansoit perforaminees de petrofil. Et si par forte fortune y a rarite ou penurie de pecune en nos marsupiez et soyent exhaustez de metal ferrugine, pour lescot nous dimittons nos codices et vestez oppignerees, prestolans les tabelliaires a venir des penates et lares patrioticques. A quoy Pantagruel dist. Quel diable de langaige est cecy. Par dieu tu es quelque hereticque. Seignor non, dist leschollier : car libentissimentent des ce quil illucesce quelque minutule lesche de iour ie denigre en quelquung de ces tant bien architectes monstiers, et ia me irrorant de belle eaue lustrale, grignotte dung transon de quelque missicque precation de nos sacrificules. Et submirmillant mes precules horaires, elue et absterge mon anime de ses inquinames nocturnes, Ie revere les olympicoles, Ie venere latrialement le supernel astripotens, Ie dilige et reclame mes proximes, Ie serve les prescriptz decalogicques, et selon la facultatule de mes vires, n’en discede le late unguicule. Bien est veriforme que a cause que Mammone ne supergurgite point en mes locules, Ie suis quelque peu rare et lend à superoger les elle emosynes a ces egenes queritans leur stipe hostialement. Et bren bren dist Pantagruel, quest ce que veult dire ce fol. Ie croy quil nous forge icy quelque langaige diabolicque, et quil nous cherme comme enchanteur. A quoy dist ung de ses gens. Seigneur sans nulle doubte ce gallant veult contrefaire la langue des Parisiens : mais il ne faict que escorcher le latin, et cuyde ainsi Pindariser, et luy semble bien quil est quelque grand orateur en françoys, par ce quil dedaigne lusance commun de parler. A quoy dist Pantagruel. Est il vray. Leschollier respondit. Seigneur, mon genie nest point apte nate a ce que dit ce flagitiose nebulon, pour escorier la cuticule de nostre Vernacule Gallicque, mais vicecersement ie gnave opere et par veles et rames ie me enite de le locupleter de la redundance latinicome. Par dieu dist Pantagruel ie vous apprendray a parler. Mais devant responds moy, dont es tu. A quoy dist leschollier. Lorigine primeve de mes aves et ataves fut indigene des regions lemovicques ou requiesce le corpore de lagiotate sainct Martial. Ientends bien dist Pantagruel. Tu es Lymousin pour tout potaige. Et tu veulx icy contrefaire le Parisien. Or viens ça que ie te donne ung tour de peigne. Lors le print a la gorge, luy disant. Tu escorches le latin, par sainct Iehan ie te feray escorcher le renard : car ie te escorcheray tout vif. Lors commenca le pauvre Lymousin a dire. Vee dicou gentilastre. Ho sainct Marsault adiouda mi, hau hau laissas aquau au nom de dious, et ne me touquas grou. A quoy dist Pantagruel. A ceste heure parles tu naturellement, et ainsi le laissa : car le pauvre Lymousin se conchyoit toutes ses chausses, qui estoient faictes a queheue de merluz, non a plain fons : dont dist Pantagruel. Sainct Alipentin corne my de bas, quelle cyvette. Au diable soit le mascherabe tant il put. Et ainsi le laissa mais ce luy fut ung remord toute sa vie, et tant fut altere, quil disoit souvent que Pantagruel le tenoit a la gorge. Et apres quelques annees mourut de la mort Roland, ce faisant la vengeance divine, et nous demonstrant ce que dit le Philosophe et Aulus Gellius, quil nous convient parler selon le langaige usite. Et comme disoit Cesar, quil faut eviter les motz absurdes en pareille diligence que les patrons de navires evitent les rochiers de la mer.