Chapitre 30 Les héros
Le patriotisme étant le dévouement à la patrie, l’acte le plus patriotique est évidemment celui qui comporte le plus grand sacrifice aux intérêts de ses compatriotes.
De tous les biens, l’existence est le plus cher. Nous avons beau philosopher, nous avons beau nous efforcer de mépriser la terre, nous sentons notre être s’attacher au limon d’où il est sorti. En face de la mort, nous boirons toute l’amertume des eaux de la mer pour une heure de vie.
Être jeune, avoir devant soi vingt, trente, cinquante ans d’une vie tranquille, et marcher volontairement à la mort, c’est encore et ce sera toujours l’acte le plus difficile de l’humaine nature. Accompli pour le salut de la patrie, cet acte immortalise Léonidas et ses compagnons, change en héros les bourgeois de Calais, fait du chevalier d’Assas une des plus belles figures de tous les temps et de tous les pays. Tous les traités des philosophes ne valent pas pour l’élévation de l’humanité le sacrifice volontaire d’une vie au bien commun. Le christianisme n’aurait pas résisté aux persécutions si les martyrs n’avaient eu constamment à l’esprit la figure du Crucifié.
Cherchons donc l’acte le plus patriotique de notre histoire parmi ceux qui devaient fatalement entraîner la mort.
Hébert demandait la vie à cette terre où il enfonça le premier la charrue.
Champlain, Maisonneuve, Joliette, Marquette, LaSalle, toute la race des découvreurs et des fondateurs, comptaient peut-être sur la reconnaissance du Roi et de leurs compatriotes.
Les frères LeMoyne, Montcalm, Lévis, de Salaberry, étaient d’une profession où la valeur se flatte toujours d’échapper au danger, et qui voit dans la gloire une récompense à tous les sacrifices.
Les insurgés de 1837, lorsqu’ils prirent les armes, ne croyaient pas marcher à l’exil et à l’échafaud.
Les héros incomparables – ceux que nous devons donner en exemples à nos fils pour en faire d’autres Boers – sont ceux qui marchèrent au combat sachant qu’ils n’en reviendraient pas. Ce sont Dollard des Ormeaux et ses compagnons.
Bulletin de la caisse d’économie,1906. Reproduit dans L’Action nationale, Montréal, vol. 5, mai 1935.
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