‹ Petit Glossaire des lettres de Madame de SévignéChapitre 1 sur 9 · C

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=CABINET=, VII, 428. «On peut trouver le reste assez bon pour être jeté dans un fond de cabinet.»--De bureau (Cf. Le Misanthrope, I, 1: Il est bon à mettre au cabinet).

=CAMP DE MAINTENON=, VIII, 466. «Il fait de votre maison un camp de Maintenon, dont l'air ne sera pas moins mortel.»--Allusion aux travaux énormes et aux épidémies meurtrières des ouvriers employés au château de Maintenon.

=CANAILLES CHRÉTIENNES=, IX, 221. «Je crois qu'il se contentera d'aller en Paradis et qu'il ne quittera pas ces canailles chrétiennes.»

Ce terme désignait, avec un sens un peu moins méprisant que de nos jours, le bas peuple. Mot attribué à l'orgueilleux évêque de Noyon, Clermont-Tonnerre, dans un de ses sermons.

=CARÊME PRENANT=, VI, 307. «Je vous trouve heureuse d'être délivrée de Carême prenant.»--Carnaval, masque du mardi-gras.

C'est à la fois le moment où le carême prend et l'homme déguisé, appelé, quelquefois aussi, carnaval. (Voir Molière: Le Bourgeois gentilhomme, III, 3.)

=CASE=, V, 186. «La case de Brancas.»--Maison, famille, petite habitation.

=CHACUNIÈRE=, III, 316. «Les filles s'en vont, chacune à sa chacunière.»--Demeure particulière, logis.

=CHAIR (être à la)=, X, 118. «Quand vos petits garçons seront à la chair.»--Formés et en état d'agir, comme l'oiseau du fauconnier.

=CHAMAILLIS=, Lettres inédites, II, 258. «Vous devriez être en repos de ce premier chamaillis.»--Combat en champ clos, puis querelle où l'on se chamaille. (Cf. Saint-Simon, VIII, 233.)

Bruit produit par des gens qui chamaillent, qui se battent. Ce mot n'était plus en usage déjà au temps de Furetière. Chamailler signifiait se battre contre un ennemi armé de toutes pièces, frapper réciproquement sur les armes les uns des autres. Selon Le Héricher (Les Etymologies difficiles) ce terme aurait pour origine cha, préfixe péjoratif, et mailler, battre à coup de maillet. Littré enseigne que l'expression vient de Camail, armure de tête. D'après Hatzfeld, l'étymologie serait un mot du latin populaire clamaculare, crier, clamare, en bonne latinité.

=CHANDELLE DES ROIS=, II, 268. «Bariolé comme la Chandelle des Rois.»

Autrefois, selon Furetière, la veille de la fête des Rois, on brûlait une chandelle riolée (rayée), et piolée (bigarrée), de diverses couleurs.

=CHANTER DES OREILLES=, IV, 296. «Je les entendais tous qui chantaient des oreilles, car je n'ai jamais entendu de sons comme ceux-là.»--Chantaient mal. (Rabelais, Pantagruel, V, 27): Les frères ne chantaient que des oreilles.--Ne rendaient aucun son, ne parlaient pas.

=CHATTE=, Lettres inédites, II, 309. «La duchesse faisait comme la femme qui ne pouvait oublier qu'elle avait été chatte.»--Traiter quelqu'un avec un abandon familier, comme avant les grandeurs qui ont pu changer l'état, mais non l'ancien naturel de la personne.

=CHAUD (trop)=, IX, 545. «Il prend goût au métier (de la guerre) et ne trouve rien de trop chaud.»--Allusion à la chaleur de la bataille.

=CHAUDE (à la)=, II, 532. «J'y fais une réponse à la chaude.»--Vivement, à l'instant. (Cf. Saint-Simon, V, 533.)

=CHIEN DE VISAGE=, III, 78. «Voir toujours votre chien de visage.»

Plaisanterie fréquente chez Madame de Sévigné. Allusion au mot de Molière: chienne de face. (Dépit amoureux, IV, 47.)

=CHIEN ET LOUP=, IV, 231. «Je crains l'entre chien et loup.»--Début de la soirée, l'heure à laquelle on ne distinguerait plus un chien d'un loup.

=CHIEN DE JARDINIER=, V, 316. «Un chien de jardinier comme lui.»

Un envieux jaloux; il ne mange pas d'une chose et il ne veut pas que les autres y touchent, comme le chien du jardinier qui ne mange pas les choux et en interdit cependant l'approche.

=CHRÊME ET BAPTÊME (renier)=, VIII, 374. «Un homme qui renie chrême et baptême.»--Chrême, huile d'olive employée dans certaines cérémonies religieuses.--Ici le sens est: homme qui jure par les choses les plus sacrées.

=CLAIRET=, Lettres inédites, I, 301. «L'autre avait beaucoup de blanc et de clairet sur le visage.»--De rouge pâle, qui n'est point naturel.

=COCU=, V, 483. «Il a permission de prouver qu'il est cocu.»

Appellation injurieuse et basse donnée au mari d'une femme infidèle. Ménage soutient que ce nom vient de Cucullus, parce que le coucou va pondre dans le nid des autres oiseaux.

=COEUR DE ROI=, Lettres inédites, I, 277. «Avec un coeur de roi, il décide tout, en prenant sur lui ce qui est en contestation.»--Vigueur et élévation de l'âme.

=COEUR (emporter le)=, III, 155. «Un homme qui emporte le coeur.»--Qui entraîne la sympathie et la conviction.

=COFFRE (sur le)=, IV, 5. «Je ne mourrai pas sur le coffre.»--Au service du maître, dans les antichambres où les coffres servaient de sièges aux nombreux courtisans de Louis XIV, qui attendaient son lever à la porte de sa chambre.

=COFFRES (pesant sur les)=, VIII, 246. «Il va être un peu pesant sur vos coffres et inutile.»--Se dit d'un homme qui est à charge aux autres.

=COIN (avoir un)=, IV, 44. «Il a un coin d'Arnauld dans sa tête.»--Une partie des opinions et des sentiments gravés dans la tête.

On dit d'un homme qui a plusieurs qualités, qu'il est marqué au bon coin.

=COMMERCE=, Lettres inédites, II, 201. «S'il a du commerce en Flandre.»--Des connaissances et des rapports.

=COMPASSÉ=, IX, 357. «Les arrangements ont été si bien compassés.»--Mesurés comme avec un compas.

=COMPLAISANCE=, IX, 501. «Elle demanda pardon au Roi de son peu de complaisance.»--Déférence à ses volontés.

=COQUELUCHONNÉ=, VIII, 464. «Des jupes noires si plaisamment coqueluchonnées.»

Ce mot vient de coqueluchon, capuchon de moine, en grosse bure.

=COQUESIGRUES ou COQUECIGRUES=, VI, 453. «Je trouve mille coquesigrues.»--Animal fantastique, d'invention burlesque.

Ce serait un poisson (l'anguille de mer), suivant les uns, suivant d'autres, un oiseau fantastique. Au figuré: être chimérique. On dit proverbialement: Cela arrivera quand viendront les coquecigrues. Picrochole (Rabelais, livre I, chap. 99), espérait, d'après une prophétie, que son royaume lui serait rendu à la venue des coquecigrues. Madame de Sévigné donne à ce mot coquecigrue le sens de niaiserie. Dans l'Intermédiaire des curieux et des chercheurs, une discussion savante a été publiée en 1907 sur ce mot bizarre. On verra dans les Mémoires de Madame de Boigne (III, 170), que Charles X s'étant laissé aller, au jeu, à traiter son partenaire inhabile de coquecigrue, celui-ci s'irrita, et que le souverain, pour le calmer, avoua en riant, qu'il ne savait pas bien lui-même le sens du mot qu'il venait d'employer.

L'étymologie de coquecigrue est inconnue. On a essayé, en vain, de l'attribuer à la réunion des trois mots: coq, cygne et grue.

=CORBILLARD=, VIII, 280. «Cet aimable corbillard qui s'en allait tous les jours faire si bonne chère.»

Grand bateau allant de Corbeil à Paris, puis grand carrosse pour huit personnes de la suite des Princes.

=COTHURNE=, Lettres inédites, II, 409. «Votre rôle est héroïque et d'un cothurne qui passe toutes mes forces.»--Eclatant, comme une scène de tragédie.

=COTE ROMPUE=, VI, 60. «Cette affaire a une côte rompue.»--Allusion, dans un cas de rupture de mariage, à la naissance de la première femme tirée de la côte d'Adam qui lui donna ainsi la vie.

=COU (rompre le)=, IX, 566. «On ne peut pas rompre le cou à un homme plus agréablement.»--Faire perdre son rang ou sa cause.

=COULPE=, IX, 557. «Je m'abandonne à Jésus-Christ pour la coulpe et les peines.»--Latin: Culpa, faute.

=COURIR=, Lettres inédites, I, 300. «Toute la ville me court, mais je ne veux pas rendre de visites.»--Courir a ici le sens de poursuivre.

=COUSSINET (jeter son)=, VIII, 405. «La duchesse a toujours voulu M. de Mirepoix; elle y a jeté son coussinet.»--S'emparer de quelqu'un, comme on retient sa place dans un lieu public, en mettant un coussin. (Cf. Saint-Simon, X, 211)

=COUSU (avec quelqu'un)=, VI, 350. «Elle n'est point condamnée à être cousue avec la Reine.»

=COUSUES (bouches)=, IX, 162. «Voilà donc nos bouches cousues.»

=COUSU=, Lettres inédites, II, 16. «Etre moins cousue et moins près de moi.»--Moins attachées à l'excès l'une à l'autre.

=CRAPAUDS (nourrir des)=, I, 524. «Les crapauds et les couleuvres que vous nourrissez contre moi.»--Au figuré: chose pénible.

On dit encore, dans un sens analogue, avaler des crapauds et des couleuvres.

=CREVER=, VI, 310. «Ce fils ressortit pour crever.»--Exhaler la douleur qui l'oppressait.

=CRISTAL (de l'automne)=, V, 99. «Ces beaux jours de cristal de l'automne.»

Allusion à la transparence et à la limpidité de la lumière et de l'air.

=CROIX DE L'ÉPÉE (mariage sur la)=, VIII, 522. «Fait un mariage sur la croix de l'épée.»

Croix de la poignée de l'épée; promesse militaire de mariage prononcée en touchant cette arme.

=CROUSTILLES=, VII, 2. «Les mets de vos croustilles.»

Petits repas où l'on casse une croûte, collation légère.

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=DÉBELLER=, VIII, 314. «Il y a bien des créanciers à débeller.»

Etymologie: latin debellare, soumettre par la guerre. (Cf. Saint-Simon, V, 122.)

=DEBREDOUILLÉ=, VII, 55. «Les trois jours ont debredouillé le chevalier.»

Oter la bredouille, faire disparaître la mauvaise chance.--Bredouille, insuccès au jeu ou à la chasse.

=DÉCONTENANCEMENT=, IV, 376. «Le décontenancement de Vardes.»--Trouble qui fait perdre contenance.

=DÉGINGANDÉ=, IV, 118. «Notre commerce dégingandé.»--Allant de travers, interrompu.

«Terme burlesque, dit Furetière, dont on se sert pour se moquer d'une personne malpropre et chiffonnée, ou qui n'a pas une démarche ferme, assurée et modeste.» (Cf. Saint-Simon, X, 186.)

=DÉMÉRITER=, IX, 528. «Il mérita et démérita l'amitié et l'estime de saint Augustin.»

Démériter: perdre ses titres à l'amitié et à la bienveillance de quelqu'un.

=DÉMONTER (son esprit)=, X, 109. «Il faut démonter mon esprit.»--Le mettre en place, le calmer.

=DÉPLORÉ=, Lettres inédites, II, 252. «Si les affaires étaient moins déplorées, on serait heureux.»--Dans un état moins affligeant.

=DÉS (trois)=, V, 16. «Jouer sa part à trois dés.»--A raison de l'indifférence sur le choix à faire ou le parti à prendre. (Cf. Saint-Simon, VIII, 124.)

=DÉSASSORTI=, V, 243. «C'est une chose toute désassortie.»--Qui n'est pas à sa place.

=DÉSASSORTISSEMENT=, IX, 358. «C'est un désassortissement ridicule.»--Etat d'une chose déplacée et sans accord avec le reste.

=DÉSOCCUPATION=, IX, 525. «Je ne sais si c'est la désoccupation.»--Etat de celui qui n'est pas occupé.

=DÉSOCCUPÉ=, VI, 101. «Il était désoccupé.»--Mot vieilli; celui qui ne fait plus rien.

=DÉSOPILER (se)=, III, 342. «M. de Luxembourg ne saurait se désopiler.»--Se dégager, ôter les obstructions.

Etymologie: la particule des (latin dis), et le latin oppilare, boucher.--Opiler: obstruer les conduits naturels.

=DÉTRAPER=, III, 81. «La fortune détrapera de bien des gens.»--Débarrasser.

Etymologie: la particule dé et trappe, piège. On peut rapprocher de ce terme: attraper, resté seul en usage.

=DÉVIDER=, VI, 390. Je vous parcours, je vous dévide, je vous redévide.»

Dévider: dérouler, développer, parcourir.

=DIAMANT=, Lettres inédites, I, 244. «Il y aurait un diamant pour celui qui ferait les noces de sa cousine.»--Cadeau honorifique, sens rare au XVIIe siècle.

=DIANTRE=, III, 184. «Il fait un temps de diantre.»--Altération arbitraire du mot diable qu'on évitait de prononcer au XVIIe siècle.

=DIEUX (les)=, Lettres inédites, II, 520. «Cette pensée hante les gens accoutumés à n'avoir que les dieux au-dessus de leur tête.»--Les fils et petits-fils de Rois. (Cf. La Bruyère, Caractères, ch. II.)

=DILATER=, VIII, 256. «Je souhaite de voir votre coeur dilaté et dans la paix.»--Le coeur plein d'expansion par la joie.

=DISEUR=, IV, 5. «Je ne suis pas un diseur.»--Bavard qui répète d'inutiles paroles. (Cf. Molière, Le Misanthrope, I, 1.)

=DISPOSITION=, IV, 482. «C'est une légèreté, une disposition.»--Qualité de ce qui est dispos, agile.

=DIXIÈME (le) DE MAI=, V, 436. «Le dixième de mai.»--Au lieu de, le dix mai. Ancienne formule.

=DOMESTIQUE (le)=, Lettres inédites, I, 247. «Il ne faut pas que le domestique soit déguenillé.»--Ici les gens de service.

Domestique avait au XVIIe siècle un sens beaucoup plus étendu et il s'appliquait à tous ceux qui étaient attachés à une personne à un titre quelconque, dans l'intérieur de la maison.

=DRAGONS=, V, 169. «Ne vous faites pas de dragons.»--Fantômes chimériques, craintes vaines.

=DRU=, III, 462. «Jamais vous n'avez vu une mariée si drue; elle va droit à son ménage.»

Dru: au propre, qui a des pousses nombreuses et serrées. Dru est aussi un terme de fauconnerie qui se dit d'un oiseau prêt à s'envoler du nid. Au figuré, dru signifie: déjà crû, qui se porte bien, vigoureux, gaillard.

E

=ÉBAUBIS=, V, 422. «Ces deux historiens plus ébaubis que vous.»

Ebaubi: interdit au point de bégayer. Ebaubi est le participe passé de l'ancien verbe ébaubir, rendre baube. Baube veut dire bègue dans le vieux français et vient du latin balbus.

=ÉCUELLE (pleuvoir dans l')=, Lettres inédites, II, 99. «Il a bien plu dans l'écuelle de vos cadets.»--Pensions accordées, avantages advenus, successions opulentes, etc.

=ÉCUMER=, V, 274. «Ecumer votre chambre.»--Débarrasser de fâcheux incommodes.

=ÉCUMER LE POT=, VI, 164. «Je laisserai écumer mon pot à qui voudra.»--Qui voudra fera les honneurs de chez moi.

=EFFERVESCENCES D'HUMEUR=, IX, 146. «Des effervescences d'humeur, voilà un mot dont je n'avais jamais entendu parler, mais il est de votre père, Descartes.»--Bouillonnements de l'âme.

=ÉMERILLONNÉE=, V, 208. «Cette petite émerillonnée, cette petite infante.»--Vive comme un émerillon (petit faucon).

=EMMAIGRIR=, VI, 265. «Le café emmaigrit l'autre.»--Mot vieilli, remplacé par amaigrir.

=EMMANCHER=, VII, 477. «Une suite de pensées emmanchées à gauche.»--Fausses, mauvaises, contraires à la droiture.

=ÉNERGUMÈNE=, Lettres inédites, II, 427. «Je connais le mot d'énergumène pour l'avoir lu en bon lieu et dans le Nouveau Testament, quand Notre-Seigneur fait sortir les démons de ces possédés, en les appelant énergumènes; mais quel mot pour un bout rimé!»

Ce mot, dit M. Capmas, n'était encore, au XVIIe siècle, qu'un terme de théologie; il se trouve chez des annotateurs de l'Evangile et point dans le texte. Ménage et Furetière mentionnent tous deux cette expression de laquelle se servaient les ecclésiastiques pour désigner un possédé du diable qu'ils exorcisaient.

=ENTÊTER=, IX, 479. «Ce que vous me mandez, achève d'entêter mon fils.»--Occuper la tête d'une idée, donner une prévention aveugle, étourdir, attacher à une opinion.

=ÉPÉE (MOURIR D'UNE PLUS BELLE)=, IX, 467. «Mourir d'une plus belle épée.»--Faire une fin honorable et brillante.

=ÉPLUCHEUR D'ÉCREVISSES=, V, 266. «Vous appelez Dom Robert «un éplucheur d'écrevisses.»--Auteur d'écrits subtils qui ressemblent aux écrevisses, où il y a plus à éplucher qu'à manger.

=ESCABELLES=, VIII, 17. «La mort venait déranger ses escabelles.»--Rompre ses desseins. (Cf. Saint-Simon, XVI, 119.)

=ESCARMOUCHER=, VII, 85. «Escarmouchez avec lui.» (Cf. Saint-Simon, IX, 21.)

Etymologie: italien Scaramucca, qu'on peut rapprocher du nom propre Scaramouche.

=ESCOUSSE=, VIII, 485. «Ne prenez pas de si loin votre escousse.»--Action qui prépare à mieux sauter, élan. (Cf. Saint-Simon, VI, 434.)

=ESTOC=, IV, 177. «Je voudrais le marier à une petite fille qui est un peu juive de son estoc.»--De sa souche, de sa race, de sa ligne d'extraction.

Au propre: souche d'arbre, tige. Au figuré: origine d'une famille. Etymologie germanique.

=ÉTOILE DU ROI=, IX, 505. «Je demande en grâce, à l'étoile du Roi, de nous ôter le prince d'Orange.»

Etoile: astre qui, au moment de la naissance d'un homme, exerçait une influence sur sa destinée.

=ÉTRANGLANTE (raison)=, IX, 222. «C'est une raison étranglante.»--Qui comprime, arrête et tue.

=EXAGÉREUSE=, II, 281. «N'avez-vous pas quelque exagéreuse comme celle-ci.»

Exagéreur: celui qui va en pensée ou en action au delà de toute mesure.

F

=FAGOT D'ÉPINES=, VI, 155. «Elle n'est rien moins qu'un fagot d'épines.»--Une personne qu'on ne sait par quel bout prendre.

=FAGOTAGE=, III, 366. «N'admirez-vous pas le fagotage de mes lettres? Je quitte un discours et tout à coup je le reprends.»--Composition négligée.

IV, 104. «Peut-on voir un plus beau fagotage?»--A propos de la réunion de choses contraires.

IX, 262. «Il aurait fallu faire un fagotage de réconciliation.»--Bâcler un accord, rétablir d'anciens liens.

=FAIRE FROID=, I, 346. «Faire froid, au dernier point, à une personne.»

On dit à présent: battre froid.

=FAISEUR DE FILLES=, I, 357. «Le beau faiseur de filles.»

Raillerie de Madame de Sévigné à l'égard de Bussy-Rabutin.

=FANTAISIE MUSQUÉE=, VI, 17. «Quelle fantaisie musquée.»--Affectée.

=FAVORI SANS MÉRITE=, V, 493. «Vous savez ce bon mot sur Versailles, ce favori sans mérite.»

=FERS (Qualité entre deux)=, VI, 222, «On trouvait la qualité entre deux fers, pour entrer dans le carrosse de la Reine.»--Qualité insuffisante. Une pièce de monnaie, qu'on pèse et qui ne trébuche pas, est dite entre deux fers.

=FEUILLE QUI CHANTE=, V, 232. «Il y a de la feuille qui chante à ce mélange des dieux et des hommes.»

Locution remarquable, répétée à plusieurs reprises par Madame de Sévigné. Au lieu de peindre l'oiseau chantant dans les arbres et les bois, elle prête aux feuilles qu'elle anime le rôle du chanteur ailé. On a dit qu'elle avait ainsi fixé le premier moment de la perception, celui où l'on perçoit à la fois le feuillage et le chant. Louis Bouilhet appliquant cette pensée à une fleur et à un oiseau exotique, a écrit de même:

Et l'on ne sait pas quand on les voit ensemble, Si c'est la fleur qui chante ou l'oiseau qui fleurit.

=FICHÉ=, Lettres inédites, II, 28. «Cela s'est fiché dans ma tête.»--Enfoncé par la pointe.

=FICHU=, VII, 302. «C'est beaucoup de n'avoir pas l'esprit fichu, ni de travers.»--Mal ordonné, déplaisant.

=FIGÉ=, III, 499. «Pour figées, mes lettres ne le sont pas.»--Synonyme ici de glacées.

=FONTAINE=, IV, 109. «Un petit page devenait fontaine, en pleurant.»--Pleurs qui coulent comme d'une source.

=FONTANGE=, VIII, 322. «Vous me faites horreur avec cette fontange.»--Noeud de rubans porté au-dessus du front, mis à la mode par Mademoiselle de Fontanges.

=FORLONGER (se)=, III, 514. «Ils se forlongent.»--Tirent en longueur, comme une bête chassée qui s'éloigne de son séjour ordinaire. (Cf. Saint-Simon, VI, 296.)

=FRANCE (la)=, II, 173. «Nourrir la France.»

VIII, 288. «Toute la France vint lui faire compliment.»

Toute la Cour, tout ce qui comptait en France, au XVIIe siècle. Saint-Simon emploie fréquemment cette expression dans ce sens.

=FRATÉ=, IV, 163. «Une manière de fraté» (pour frater, frère).

=FRÉTILLER=, Lettres inédites, II, 165. «Les mains lui frétillent.»

Frétiller: s'agiter comme une anguille. (Cf. Saint-Simon, XIV, 197.)

=FRICASSÉ DANS LA NEIGE=, VII, 55. «Il aurait mieux valu être fricassé dans la neige.»

Allusion au mot célèbre de Ninon, qui disait de Ch. de Sévigné que c'était une citrouille fricassée dans la neige.

=FRUST (chevaux)=, IX, 87. «Chevaux frust.»--Fringants; chevaux de carton en usage dans les fêtes populaires de la Provence.

=FURIES (battu des)=, IV, 508. «Il ne serait pas battu des furies.»--Tourmenté par les remords.

=FUSÉE=, VIII, 55. «Il faut que cette fusée soit démêlée.»

Au propre: quantité de fil roulée autour du fuseau, ou même fuseau. Au figuré, ici: Question à éclaircir et à débrouiller.

G

=GAGNER (pays)=, VI, 236. «Il vaut bien mieux gagner pays.»--Prendre de l'avance. (Cf. Saint-Simon, VII, 72.)

=GALERIES (faire ses)=, VII, 62. «La Princesse fait ses galeries, de Vitré ici.»

Locution proverbiale désignant, autrefois, un chemin qu'une personne suit souvent et sans peine.

=GARGOTIER=, Lettres inédites, II, 190. «Vous pouvez faire des reproches au cuisinier de M. de La Garde, du gargotier qu'il vous avait envoyé.»

Gargote vient de l'ancien français gargate, gosier. Lieu où on remplit le gosier d'aliments.

=GAUDEAMUS=, VII, 458. «Nos petits hommes soupaient en gaudeamus.»--Débauche familière et chant bachique à table. Mot latin signifiant: Réjouissons-nous!

=GODENOT=, VII, 443. «Le petit prince, habillé comme un godenot.»

«Petite figure ou marionnette, dit Furetière, dont se servent les charlatans pour amuser le peuple. Se dit aussi, par dérision, de personnes laides et mal faites, des figures mal taillées ou défigurées.»

=GODINEMENT=, VII, 427. «Vous pouvez aller coucher godinement à Fougères.»--Mot d'origine bretonne: gaiement, gentiment.

=GODRONNÉ=, IX, 300. «De la vaisselle toute neuve, toute godronnée, au fruit.»

Godronné: orné de figures en relief.--Godron, ornement fait aux bords des vaisselles d'argent, en forme d'oeuf allongé.--Au fruit: au dessert.

=GONFLÉ (de vision)=, VII, 494. «Un homme gonflé de vision.»

=GORGE (coupée)=, VI, 6. «Ne laissez point vivre ni rire des gens qui ont la gorge coupée et qui ne le sentent pas.»

=GORGE (rendre sa)=, Lettres inédites, I, 253. «Elle rendait un peu sa gorge le matin.»--Expectorer de la salive, de la bile.

=GRAPPILLER=, IX, 367. «Lire en grappillant les endroits plaisants.»

Grappiller: cueillir des petites grappes, des grappillons; faire des petits profits, peu à peu.

=GRAS (des jambes)=, IV, 181. «Avoir mal au gras des jambes sur un sujet.»--En entendant un discours importun qui fait perdre patience à l'auditeur et l'agite.

=GRATIS (le)=, IX, 374. «Le pape donne le gratis.»--Ne fait rien payer pour les bulles de nomination à une abbaye ou autre fonction ecclésiastique.

=GRIMAUDAGE=, VII, 350. «Otez-vous de l'esprit tout ce grimaudage d'une femme blessée.»

Grimaudage: verbiage pédantesque d'un petit maître d'école.

=GRISETTE=, Lettres inédites, II, 263. «Je m'en vais consulter pour une grisette.»--Habit de petite étoffe grise.

=GRISONS=, VII, 357. «Les grisons vous sont inutiles: je vous dirai toujours la vérité.»--Gens de service, habillés en gris, pour les cas de missions secrètes.

=GUENILLON=, VI, 162. «Je vous mandai par un petit guenillon de billet.»--Ici, petit lambeau d'écriture.

=GUERRE (en) ET EN MARCHANDISE=, IX, 272. «Il se vante d'avoir vu le chevalier en guerre et en marchandise.»--Comme soldat et comme homme privé.

Métaphore tirée d'un vaisseau équipé moitié pour la guerre, moitié pour le commerce.

H

=HURLUPÉ=, II, 172. «La tête nue et hurlupée.»--Hérissée.

On écrivait autrefois, hurupé, qui venait de hure, poil de la tête.

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