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Les canonisations populaires
Tous les saints dont nous avons jusqu'ici rapporté les légendes ont été canonisés régulièrement, ou ont une possession d'état de sainteté qui remonte à plusieurs siècles; il en est d'autres en Haute-Bretagne, comme ailleurs, qui ont été béatifiés par le peuple sans l'intervention du clergé, quelquefois malgré lui, et qui sont l'objet d'un culte parfois clandestin. Quelques-uns ont une sorte de légende, d'autres n'en possèdent que les rudiments: ce sont surtout ces fragments que nous avons réunis dans cette section.
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Près d'Augan (Morbihan), un frais vallon au milieu des landes se nomme le Vallon de saint Couturier. Sur le sommet d'une de ses pentes est une grotte naturelle formée d'énormes quartiers de roches. C'est la grotte de saint Couturier. Quand je demandai ce que c'était que saint Couturier, on me répondit que c'était un pauvre homme qui allait autrefois coucher toutes les nuits dans cette grotte enveloppé de sa berne, qu'il trempait auparavant dans l'eau du ruisseau, pour faire plus rigoureuse pénitence. Aujourd'hui saint Couturier a la réputation de guérir de la fièvre, et quelques villageois pleins de foi dans sa vertu font de temps à autre à sa grotte un dévot pèlerinage. À quelques pas de là, on voit les débris d'une roche aux fées, qui paraît avoir eu quinze mètres de longueur.
(CAYOT-DELANDRE, Le Morbihan, p. 305).
Il y a à Augan un village qui porte le nom de Saint-Couturier.
En se rendant du château du Bois-de-la-Roche au bourg de Néant, on passe près d'une source appelée la Fontaine de la sainte. Ce nom lui fut donné parce qu'elle jaillit spontanément à l'endroit où ceux qui portaient du château au bourg Mlle de Volvire se reposèrent un instant[8]. C'est un lieu de pèlerinage où l'on se rend de toutes les communes voisines en grande dévotion.
(CAYOT-DELANDRE, l. c., p. 308.)
[Illustration]
À une petite distance du bourg de Péaule (Morbihan) est une croix sur laquelle est grossièrement gravée dans la pierre cette inscription:
Croix de saint Carapibo mort le 1er novembre 1793
Elle a été élevée à l'endroit où le curé de Péaule tomba sous les balles des bleus.
(C. D'AMEZEUIL, Légendes bretonnes, p. 85.)
Un peu avant de sortir de la forêt de Teillay ou du Theil, du côté du bourg de ce nom, se trouve la Tombe à la Fille. On raconte que cette fille ayant vu une troupe de chouans qui se cachaient dans la forêt, alla avertir les gardes nationaux de Bains. Ceux-ci vinrent surprendre les royalistes et les tuèrent tous. Elle fut surprise à son tour par les chouans qui la fusillèrent et l'enterrèrent en ce lieu où se voit encore sa tombe.
Les paysans des environs viennent parfois y prier. Elle est connue sous le nom de sainte Pataude, nom qui lui avait été donné ironiquement par les royalistes. On sait que pendant la période révolutionnaire les chouans désignaient les républicains par le sobriquet de Pataud.
(GOUDÉ, Histoires et légendes du pays de Châteaubriant, p. 352; P. BÉZIER, La forêt du Theil, p. 22).
[Illustration]
Sur l'emplacement de l'ancien cimetière d'Ercé-près-Liffré, qui était autour de l'église, est un petit tombeau surmonté d'une statuette de la Vierge en faïence. C'est là que gît la sainte de Chasné, au tombeau de laquelle on fait des neuvaines. Personne ne sait son vrai nom. Sa réputation de sainteté vient, m'a-t-on assuré, de ce que, en détruisant l'ancien cimetière, on trouva un cadavre entier. On se rappela que jadis on avait enterré en cet endroit une femme qui avait supporté avec une résignation exemplaire les mauvais traitements de son mari, et l'on conclut que son corps n'ayant pas été soumis à la pourriture, elle était sainte.
(PAUL SÉBILLOT, Traditions et superstitions, t. I p. 331.)
Saint Rou était un fameux chasseur. Il arriva dans une lutte contre une troupe de sangliers que son cheval s'emporta et vint se noyer dans la fontaine. On y montre au fond sur une pierre énorme l'empreinte de ses pieds, et durant les tempêtes, on y entend des hennissements effroyables. Le cavalier se noya aussi, et comme c'était un saint, l'eau de la fontaine a une vertu miraculeuse.
(HENRI DE KERBEUZEC, La Légende de saint Rou, Rennes 1891).
Cette légende qui a été recueillie dans la forêt de Rennes, vise un saint dont une de mes conteuses m'avait parlé en 1880. D'après elle, la statuette du saint, en grès verni, se voyait dans une niche près d'une fontaine, et était coiffée d'un chapeau à trois cornes, à la mode du siècle dernier. On s'y rend en pèlerinage pour la fièvre. Souvent les pâtours vont chercher saint Rou pour s'amuser, et ils oublient parfois de le rapporter dans sa niche; ils l'attachent même quelquefois à des barrières, mais le lendemain on le retrouve à sa place. On avait voulu le porter dans l'église de Liffré; mais il s'y déplaisait, et il revint de lui-même dans sa niche auprès de sa fontaine.
(PAUL SÉBILLOT, Traditions, t. I, p. 322).
D'après une lettre de l'auteur de la légende de saint Rou, ce saint est en bois vermoulu, d'un travail très grossier.
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Les paysans des environs de Rennes vont demander la guérison de la fièvre sur une tombe du cimetière de cette ville, qu'ils ont baptisée naïvement de «tombe de la sainte aux pochons». Une croix de bois, peinte à l'ocre, aux bras de laquelle sont suspendus de petits sacs remplis de terre, distingue seulement cet emplacement funéraire. Les croyants se rendent à cette sépulture qui est, d'après les dires, celle d'une religieuse de la famille de Coëtlogon, dont l'existence fut toute consacrée à la bienfaisance, emplissent de terre enlevée au pied de la croix un petit sac qu'ils portent sur la poitrine pendant neuf jours, et quand, à l'expiration de ce laps de temps, ils viennent le suspendre à la croix, le mal a dû les quitter.
La tombe de la soeur Nativité, religieuse urbaniste, du siècle dernier, dans le cimetière de Laignelet, reçoit des visiteurs aux mêmes fins, et est l'objet des mêmes pratiques, ainsi que le tombeau de M. Leroux, recteur de Boistrudan, tué dans le cimetière de cette paroisse en 1792.
(P. BÉZIER, La Forêt du Theil, p. 24).
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À Lamballe on porte les enfants au tombeau de M. Lecuyer, enterré dans le cimetière; à Saint-Caradec les mères viennent exercer leurs enfants à marcher sur la tombe de Guillaume Coquil, recteur, mort en odeur de sainteté en 1747.
(PAUL SÉBILLOT, Trad. pop., t. 1, p. 52).
[Illustration]