‹ Petits Poèmes d'AutomneChapitre 8 sur 10 · XI

XI

Mon âme tant mal de s’endort, Soeur, au son de ta chanson nocturne: _Un lys noir a fleuri dans l’urne, Le roi de ce pays est mort._

De lointains luths scandent tes paroles Que je ne comprends plus, ô ma soeur. _Semez, mes mains, avec douceur Des étoiles et des corolles._

Oh! du silence pour écouter Ce que soufflent les anges funèbres: _Drapeaux du roi dans les ténèbres, L’heure des fous vient de tinter._

Des vols d’aigles tonnent sur ma tète Dont s’ensanglantèrent les regards: _O mort, ouvre es yeux hagards, Dans la tempête, à la conquête._

Mes rêves noirs ont pris leur essor Vers une ville à la tour penchée: _Voici passer la chevauchée Des princes sous la lune d’or._

Oh! des baisers, ma soeur, sur mes lèvres, Et tes mains sur mes yeux, ou je meurs: _Tôt hurleront toutes les peurs Dans le rouge palais des fièvres._

Plus de lune! mon âme s’endort, Tant folle, à cette heure taciturne: _Un lys noir a fleuri dans l'urne, Le roi de ce pays est mort._