VII - VIII
Toute caresse sans conséquence risque de diminuer votre pouvoir sur une femme.
Une femme passionnément éprise peut seule pardonner une familiarité physique devant témoins. Encore en est-elle toujours un peu blessée.
Si vous aimez et si vous tenez les yeux ouverts malgré cet amour, ne le redoutez pas, le familier, mais bien plutôt le personnage parfaitement élevé, qui s'approche de votre maîtresse avec un visible respect, et de vous avec des formes irréprochables. Observez son oeil discret et fin, entre ses paupières un peu bridées. Remarquez comme votre maîtresse, qui plaisante si aisément, si gaiement, avec l'un et avec l'autre, prend une nuance de sérieux rien que pour offrir à celui-là une tasse de thé. Parlez de lui avec elle et voyez comme elle s'attache aussitôt à endormir votre jalousie, elle qui d'ordinaire s'amuse à l'éveiller. «Ce qu'il y a de charmant avec M. N----» vous dira-t-elle, «c'est qu'on voit si bien qu'il sait que je suis à vous....» Je l'ai entendu, ce mot, voici des années, et j'y ai cru! Deux ou trois phrases comme celle-là, et la présence de plus en plus fréquente de M. N---- chez votre amie, sans qu'il semble faire aucun progrès dans son intimité,--vous pourrez être convaincu que votre bonheur, ou ce que vous appelez de ce nom, court un très grand risque, et convaincu aussi que vous êtes en présence du véritable homme à femmes. C'est son procédé. Avec lui, un minimum de drame, de scandale et d'étalage. Il n'opère qu'à coup sûr et dans le tête-à-tête. Sur quoi, si vous appartenez à la catégorie des «combinaisons financières», ou «mondaines», ou «littéraires»,--il en est de tous ordres,--c'est-à-dire si vous n'êtes pas aimé pour vous-même, soyez raisonnable, on vous gardera. Votre rival a trop de tact pour demander qu'on vous sacrifie. Mais n'essayez pas de lutter contre lui. Si vous appartenez au groupe des faux hommes à femmes, ne luttez pas non plus. Passez la main avec grâce. C'est la seule manière de garder l'amitié d'une ancienne maîtresse, quand elle vaut la peine qu'on reste son ami. Si vous êtes vous-même un amant de la véritable espèce, passez la main encore. Vous devez savoir qu'aucun homme d'amour ne s'occupe d'une femme sans y avoir été encouragé. Concluez-en que votre maîtresse aguiche votre rival. Par conséquent il faut déménager, sous peine d'essuyer tous les plâtres de la petite maison où vous aviez niché votre coeur et qui est en train de s'écrouler. Malheureusement, ce passage de main est quelquefois difficile. L'amour-propre de l'homme s'y oppose, et, qui pis est, celui de la femme. Elle veut bien vous trahir et vous mettre à la porte. Elle ne veut pas que vous prévoyiez sa trahison et que vous la preniez de vous-même, cette porte. Et puis il arrive que l'on aime encore au moment où l'on n'est plus aimé. Tâchez cependant de partir, même amoureux, en vous souvenant de ce principe: