LXXII
Le rêve de l'amour, pour l'homme, c'est de tromper une maîtresse fidèle.
D'ordinaire, à cette période de l'indignation, succède aussitôt celle du regret, et voilà notre Adolphe, qui, depuis des mois, soupirait après son indépendance, qui n'aimait pas sa maîtresse, qui l'a quittée volontairement, en train de redevenir amoureux d'elle, amour qui se traduit d'ordinaire par le plus amer des persiflages. C'est le moment où l'ancien sigisbée de la femme du monde, et qui se serait cru déshonoré autrefois par la plus légère indiscrétion, commence à parler d'elle avec la plus perfide cruauté,--où l'ancien adorateur de l'actrice ne lui trouve plus aucun talent,--où l'ancien amant de la femme entretenue raconte les infamies dont il fut victime et qu'il avait d'ailleurs pardonnées. Et de cette période nous passons aussitôt à celle de la haine.--Jolie combinaison de chimie sentimentale que ne comprend pas la pauvre maîtresse délaissée. Après avoir eu beaucoup de peine, elle s'est consolée comme elle a pu, mais elle ne demanderait pas mieux que d'être restée votre amie. Elle le dit du moins, et peut-être le pense-t-elle, quoique bien peu de femmes ignorent cette triste loi de notre triste coeur: