‹ Poésies Complètes - Tome 1Chapitre 2 sur 142 · L'OISEAU CAPTIF

L'OISEAU CAPTIF

Car quand il pleut et le soleil des cieux Ne reluit point, tout homme est soucieux. CLÉMENT MAROT.

..... yet shall reascend Self raised, and repossess its native seat. LORD BYRON.

Depuis de si longs jours prisonnier, tu t'ennuies, Pauvre oiseau, de ne voir qu'intarissables pluies, De filets gris rayant un ciel noir et brumeux, Que toits aigus baignés de nuages fumeux. Aux gémissements sourds du vent d'hiver qui passe Promenant la tourmente au milieu de l'espace, Tu n'oses plus chanter: mais vienne le printemps Avec son soleil d'or aux rayons éclatants, Qui d'un regard bleuit l'émail du ciel limpide, Ramène d'outre-mer l'hirondelle rapide, Et jette sur les bois son manteau velouté, Alors tu reprendras ta voix et ta gaîté; Et si, toujours constant à ta douleur austère, Tu regrettais encor la forêt solitaire, L'orme du grand chemin, le rocher, le buisson, La campagne que dore une jaune moisson, La rivière, le lac aux ondes transparentes, Que plissent en passant les brises odorantes, Je t'abandonnerais à ton joyeux essor. Tous les deux cependant nous avons même sort, Mon âme est comme toi: de sa cage mortelle Elle s'ennuie, hélas! et souffre, et bat de l'aile, Elle voudrait planer dans l'océan du ciel, Ange elle-même, suivre un ange Ithuriel, S'enivrer d'infini, d'amour et de lumière, Et remonter enfin à la cause première; Mais, grand Dieu! quelle main ouvrira sa prison, Quelle main à son vol livrera l'horizon?

RÊVE

Et nous voulons mourir quand le rêve finit. A. GUIRAUD.

Tout la nuict je ne pense qu'en celle Qui ha le cors plus gent qu'une pucelle De quatorze ans. MAÎTRE CLÉMENT MAROT.

Voici ce que j'ai vu naguère en mon sommeil: Le couchant enflammait à l'horizon vermeil Les carreaux de la ville; et moi, sous les arcades D'un bois profond, au bruit du vent et des cascades, Aux chansons des oiseaux, j'allais, foulant des fleurs Qu'un arc-en-ciel teignait de changeantes couleurs. Soudain des pas légers froissent l'herbe; une femme, Que j'aime dès longtemps du profond de mon âme, Comme une jeune fée accourt vers moi; ses yeux A travers ses longs cils luisent de plus de feux Que les astres du ciel; et sur la verte mousse A mes lèvres d'amant livrant une main douce, Elle rit, et bientôt enlacée à mes bras Me dit, le front brûlant et rouge d'embarras, Ce mot mystérieux qui jamais ne s'achève:-- O nuit trompeuse!--Hélas! pourquoi n'est-ce qu'un rêve?

PENSÉES D'AUTOMNE

La rica autouna s'es passada L'hiver suz un cari tourat S'en ven la capa ementoulada D'un veû neblouz enjalibrat.

Son autounous.

J'entends siffler la bise aux branchages rouillés Des saules qui là-bas se balancent mouillés. AUGUSTE M.

L'automne va finir; au milieu du ciel terne, Dans un cercle blafard et livide que cerne Un nuage plombé, le soleil dort: du fond Des étangs remplis d'eau monte un brouillard qui fond Collines, champs, hameaux dans une même teinte. Sur les carreaux la pluie en larges gouttes tinte; La froide bise siffle; un sourd frémissement Sort du sein des forêts; les oiseaux tristement, Mêlant leurs cris plaintifs aux cris des bêtes fauves, Sautent de branche en branche à travers les bois chauves, Et semblent aux beaux jours envolés dire adieu. Le pauvre paysan se recommande à Dieu, Craignant un hiver rude; et moi, dans les vallées, Quand je vois le gazon sous les blanches gelées Disparaître et mourir, je reviens à pas lents M'asseoir le cœur navré près des tisons brûlants, Et là je me souviens du soleil de septembre Qui donnait à la grappe un jaune reflet d'ambre, Des pommiers du chemin pliant sous leur fardeau, Et du trèfle fleuri, pittoresque rideau S'étendant à longs plis sur la plaine rayée, Et de la route étroite en son milieu frayée, Et surtout des bleuets et des coquelicots, Points de pourpre et d'azur dans l'or des blés égaux.

INFIDÉLITÉ

Bandiera d'ogni vento Conosco que sei tu. Chanson italienne.

La volonté de l'ingrate est changée. ANTOINE DE BAÏF.

Voici l'orme qui balance Son ombre sur le sentier; Voici le jeune églantier, Le bois où dort le silence; Le banc de pierre où le soir Nous aimions à nous asseoir.

Voici la voûte embaumée D'ébéniers et de lilas, Où, lorsque nous étions las, Ensemble, ô ma bien-aimée! Sous des guirlandes de fleurs, Nous laissions fuir les chaleurs.

Voici le marais que ride Le saut du poisson d'argent; Dont la grenouille en nageant Trouble le miroir humide; Comme autrefois, les roseaux Baignent leurs pieds dans ses eaux.

Comme autrefois, la pervenche, Sur le velours vert des prés Par le printemps diaprés, Aux baisers du soleil penche A moitié rempli de miel Son calice bleu de ciel.

Comme autrefois, l'hirondelle Rase en passant les donjons, Et le cygne dans les joncs Se joue et lustre son aile; L'air est pur, le gazon doux.... Rien n'a donc changé que vous.

A MON AMI AUGUSTE M***

For yonder faithless phantom flie To lure thee to thy doom. GOLDSMITH.

C'est, dit-il, d'autant que j'ay veu plusieurs bouteilles qui auoient la robe toute neufve et le verre estoit cassé dedans; et plusieurs pommes desquelles l'écorce estoit vermeille et reluisante dont le dedans estoit mangé de vers et tout pourry. Le Vagabond.

Par une nuit d'été, quand le ciel est d'azur, Souvent un feu follet sort du marais impur; Le passant qui le voit le prend pour la lumière Qui scintille aux carreaux lointains d'une chaumière; Vers le fanal perfide il s'avance à grands pas, Tout joyeux; et bientôt, ne s'apercevant pas Qu'un abîme est ouvert à ses pieds, il y tombe, Et son corps reste là sans prière et sans tombe. Aux lieux où fut Gomorrhe autrefois, et que Dieu En courroux inonda d'un déluge de feu, Sur la grève brûlée, asile frais et sombre, Des orangers touffus s'élèvent en grand nombre, Chargés de fruits riants dont la tunique d'or Ne livre que poussière à la dent qui les mord: Dans ma pensée, ami, je trouve qu'une femme Qui sous de beaux semblants cache une vilaine âme, Pour ceux que sa beauté décevante a séduits, Pareille au feu follet, l'est encore à ces fruits.

ÉLÉGIE II

Ingrate... pour t'avoir bien servie Adorant ta beauté, Je vois bien qu'à la fin tu m'osteras la vie Après la liberté. DE LINGENDES.

... je l'adore et meurs de trop aimer. PHILIPPE DESPORTES.

Je voudrais l'oublier ou ne pas la connaître... Oh, si j'avais pensé que dans mon cœur dût naître Ce feu qui le dévore et qui ne s'éteint pas, Loin d'elle encor à temps j'aurais porté mes pas... Mais non, il le fallait; c'était ma destinée! Contre elle vainement, dans mon âme indignée Je crie et me révolte; il le fallait. Le soir, A l'ombre des tilleuls elle venait s'asseoir, Je la voyais. Son front candide où ses pensées D'une rougeur pudique arrivent nuancées, Sous l'arc d'un sourcil brun son œil étincelant, Par un éclair rapide en silence parlant, Et ses propos naïfs, et sa grâce enfantine, Et parfois dans nos jeux sa colère mutine, Tout en elle d'amour et d'espoir m'enivrait. A des songes dorés mon âme se livrait, Elle était tout pour moi qui ne suis rien pour elle! De ses affections ombre et miroir fidèle, Je riais, je pleurais, à son rire, à ses pleurs, Lorsqu'elle me contait sa joie ou ses douleurs. Sa vie était la mienne; une espérance folle Me flattait de toucher un jour ce cœur frivole; Mais elle, à tant d'amour qu'elle n'a pas compris, N'a jamais répondu que par le froid mépris, La vague indifférence, et la haine peut-être!... Je voudrais l'oublier ou ne pas la connaître.

VEILLÉE

Je lis les faits joyeux du bon Pantagruel, Je sais presque par cœur l'histoire véritable Des quatre fils Aymon et de Robert-le-Diable. GRANDVAL, le Vice puni.

Lorsque le lambris craque, ébranle sourdement, Que de la cheminée il jaillit par moment Des sons surnaturels, qu'avec un bruit étrange Petillent les tisons, entourés d'une frange D'un feu blafard et pâle, et que des vieux portraits De bizarres lueurs font grimacer les traits; Seul, assis, loin du bruit, du récit des merveilles D'autrefois aimez-vous bercer vos longues veilles? C'est mon plaisir à moi: si, dans un vieux château, J'ai trouvé par hasard quelque lourd in-quarto, Sur les rayons poudreux d'une armoire gothique Dès longtemps oublié, mais dont la marge antique, Couverte d'ornements, de fantastiques fleurs, Brille, comme un vitrail, des plus vives couleurs, Je ne puis le quitter. Lais, virelais, ballades, Légendes de béats guérissant les malades, Les possédés du diable, et les pauvres lépreux, Par un signe de croix; chroniques d'anciens preux, Mes yeux dévorent tout; c'est en vain que l'horloge Tinte par douze fois, que le hibou déloge En glapissant, blessé des rayons du flambeau Qui m'éclaire; je lis: sur la table à tombeau, Le long du chandelier, cependant la bougie En larges nappes coule, et la vitre rougie Laisse voir dans le ciel, au bord de l'orient, Le soleil qui se lève avec un front riant.

ÉLÉGIE III

Soccoreys ojos con aqua que el coraçon La demanda. Chanson espagnole.

Fare thee well. LORD BYRON.

Elle est morte pour moi, dans la tombe glacée Comme si le trépas l'avait déjà placée; Elle vit cependant, ange exilé des cieux, Vrai rêve de poëte, étrange et gracieux; C'est bien elle toujours, elle que j'ai connue Au sortir de l'enfance, à quinze ans, ingénue, Folâtre, insouciante, ignorant sa beauté, S'ignorant elle-même, et jetant de côté, De peur qu'une pensée amère ne s'éveille, Souci du lendemain, souvenir de la veille. Mais je ne verrai plus ses grands yeux expressifs Vers les miens s'élever et s'abaisser pensifs!... Mais je ne pourrai plus, sous la croisée, entendre De sa voix douce au cœur le son léger et tendre S'échapper de sa lèvre, ainsi qu'un chant divin D'une harpe magique. Hélas! et c'est en vain Qu'en longs transports d'amour, en vifs élans de flamme, J'ai dépensé pour elle et mes jours et mon âme!

CLÉMENCE

O peu durables fleurs de la beauté mortelle! PHILIPPE DESPORTES.

D'Isabelle l'ame ait paradis. Épitaphe gothique.

Un monument sur ta cendre chérie Ne pèse pas, Pauvre Clémence, à ton matin flétrie Par le trépas.

Tu dors sans faste, au pied de la colline, Au dernier rang, Et sur ta fosse un saule pâle incline Son front pleurant.

Ton nom déjà par la nuit et la neige Est effacé Sur le bois noir de la croix qui protége Ton lit glacé.

Mais l'amitié qui se souvient, fidèle, Avec des fleurs, Vient, à l'endroit seulement connu d'elle, Verser des pleurs.

VOYAGE

Il me faut du nouveau n'en fût-il plus au monde. JEAN DE LA FONTAINE.

Jam mens prætrepidans avet vagari, Jam læti studio pedes vigescunt. CATULLE.

Au travers de la vitre blanche Le soleil rit, et sur les murs Traçant de grands angles, épanche Ses rayons splendides et purs: Par un si beau temps, à la ville Rester parmi la foule vile! Je veux voir des sites nouveaux: Postillons, sellez vos chevaux.

Au sein d'un nuage de poudre, Par un galop précipité, Aussi promptement que la foudre Comme il est doux d'être emporté! Le sable bruit sous la roue, Le vent autour de vous se joue; Je veux voir des sites nouveaux: Postillons, pressez vos chevaux.

Les arbres qui bordent la route Paraissent fuir rapidement, Leur forme obscure dont l'œil doute Ne se dessine qu'un moment; Le ciel, tel qu'une banderole, Par-dessus les bois roule et vole; Je veux voir des sites nouveaux: Postillons, pressez vos chevaux.

Chaumières, fermes isolées, Vieux châteaux que flanque une tour, Monts arides, fraîches vallées, Forêts se suivent tour à tour; Parfois au milieu d'une brume, Un ruisseau dont la chute écume; Je veux voir des sites nouveaux: Postillons, pressez vos chevaux.

Puis, une hirondelle qui passe, Rasant la grève au sable d'or, Puis, semés dans un large espace, Les moutons d'un berger qui dort; De grandes perspectives bleues, Larges et longues de vingt lieues; Je veux voir des sites nouveaux: Postillons, pressez vos chevaux.

Une montagne: l'on enraye, Au bord du rapide penchant D'un mont dont la hauteur effraye: Les chevaux glissent en marchant, L'essieu grince, le pavé fume, Et la roue un instant s'allume; Je veux voir des sites nouveaux: Postillons, pressez vos chevaux.

La côte raide est descendue. Recouverte de sable fin, La route, à chaque instant perdue, S'étend comme un ruban sans fin. Que cette plaine est monotone! On dirait un matin d'automne, Je veux voir des sites nouveaux: Postillons, pressez vos chevaux.

Une ville d'un aspect sombre, Avec ses tours et ses clochers Qui montent dans les airs, sans nombre, Comme des mâts ou des rochers, Où mille lumières flamboient Au sein des ombres qui la noient; Je veux voir des sites nouveaux: Postillons, pressez vos chevaux!

Mais ils sont las, et leurs narines, Rouges de sang, soufflent du feu; L'écume inonde leurs poitrines Il faut nous arrêter un peu. Halte! demain, plus vite encore, Aussitôt que poindra l'aurore, Postillons, pressez vos chevaux, Je veux voir des sites nouveaux.

LE COIN DU FEU

Blow, blow, winter's wind. SHAKSPEARE.

Vente, gelle, gresle, j'ay mon pain cuict. VILLON.

Around in sympathetic mirth, Its tricks the kitten tries; The cricket chirrups in the hearth, The crackling faggot flies. GOLDSMITH.

Quam juvat immites ventos audire cubantem. TIBULLE.

Que la pluie à déluge au long des toits ruisselle! Que l'orme du chemin penche, craque et chancelle Au gré du tourbillon dont il reçoit le choc! Que du haut des glaciers l'avalanche s'écroule! Que le torrent aboie au fond du gouffre, et roule Avec ses flots fangeux de lourds quartiers de roc!

Qu'il gèle! et qu'à grand bruit, sans relâche, la grêle De grains rebondissants fouette la vitre frêle! Que la bise d'hiver se fatigue à gémir! Qu'importe? n'ai-je pas un feu clair dans mon âtre, Sur mes genoux un chat qui se joue et folâtre, Un livre pour veiller, un fauteuil pour dormir?

LA TÊTE DE MORT

Ton test n'aura plus de peau, Et ton visage si beau N'aura veines ni artères, Tu n'auras plus que des dents Telles qu'on les voit dedans Les têtes des cimetières. PIERRE RONSARD.

La mort nous fait dormir une éternelle nuit. JOACHIM DU BELLAY.

Personne ne voulait aller dans cette chambre, Surtout pendant les nuits si tristes de décembre, Quand la bise gémit et pousse des sanglots, Et que du ciel obscur tombe la pluie à flots. Car c'était une chambre antique, inhabitée, A minuit, disait-on, de revenants hantée, Une chambre où les ais du parquet désuni S'agitent sous vos pieds, où le plafond jauni Se partage et s'écroule, où la tapisserie A personnages tremble, et sur la boiserie Ondule à plis poudreux au moindre ébranlement. On en avait ôté les meubles; seulement, Entre de vieux portraits, un crucifix d'ivoire, Avec du buis bénit, sur une étoffe noire, Pendait du mur: au bas, en guise de support, On avait mis jadis une tête de mort; Et me ressouvenant des fables qu'on débite, Enfant, je croyais voir au fond de cet orbite Que l'œil n'anime plus, de blafardes lueurs; Et, quand il me fallait passer là, des sueurs M'inondaient, tour à tour brûlantes et glacées: J'aurais fait le serment que les dents déchaussées De cet épouvantail en ricanant grinçaient, Et que confusément des mots s'en élançaient. A présent jeune encor, mais certain que notre âme, Inexplicable essence, insaisissable flamme, Une fois exhalée, en nous tout est néant, Et que rien ne ressort de l'abîme béant Où vont, tristes jouets du temps, nos destinées, Comme au cours des ruisseaux les feuilles entraînées, Sans peur je la regarde, et je dis: Quelques ans, Que sais-je! quelques mois, un espace de temps Beaucoup plus court, demain, après-demain peut-être, Les yeux de mes amis ne pourront me connaître, Tête de mort livide à mon tour.--Celle-ci Est celle d'une femme autrefois morte ici, Dont voilà le portrait qui, dans son cadre, semble Vous regarder, sourire et remuer; l'ensemble De ses traits ingénus, de fraîcheur éclatants, Montre qu'elle touchait à peine à son printemps. Pourtant elle mourut; bien des larmes coulèrent Sans doute à son convoi, bien des fleurs s'effeuillèrent Sur sa tombe, tributs de pieuses douleurs Sans doute.--Mais le temps sait arrêter les pleurs, Et, des premiers chagrins l'amertume passée, Bientôt l'on oublia la belle trépassée. --Belle, qui le dirait? où sont ces cheveux blonds, Qui roulent vers son col si soyeux et si longs; Cette joue aux contours ondoyants, aussi fraîche Qu'au beau soleil d'été le duvet d'une pêche, Ces lèvres de corail au sourire enfantin, Ce front charmant à voir, cette peau de satin, Où comme un fil d'azur transparaît chaque veine, Ces yeux bleus que l'amour, passion creuse et vaine, N'a jamais fait pleurer?--Un crâne blanc et nu, Deux trous noirs et profonds où l'œil fut contenu, Une face sans nez, informe et grimaçante, Du sort qui nous attend image menaçante; Voilà ce qu'il en reste avec un souvenir Qui s'éteindra bientôt dans le vaste avenir.

BALLADE[1]

Regarder les ondes de l'air . . . . . . . . . . . . . . Puis admirant sur les sillons Les ailes des gais papillons De mille couleurs parsemées, Les croire des fleurs animées. SAINT-AMAND.

See! moats and bridges walls and castles rid. CRABBE.

Sonne, sonne, ami Dampierre. Ballade des chasseurs.

Un peu plus loin considérez cette alouette qui s'élève peu à peu du milieu des blés, en voltigeant en haut, elle chante si mélodieusement qu'il ne se peut mieux, vous diriez qu'elle va en chantant boire dans les nuées. Le Confiteor de l'infidèle éprouvé.

Quand à peine un nuage, Flocon de laine, nage Dans les champs du ciel bleu, Et que la moisson mûre, Sans vagues ni murmure, Dort sous le ciel en feu;

Quand les couleuvres souples Se promènent par couples Dans les fossés taris; Quand les grenouilles vertes, Par les roseaux couvertes, Troublent l'air de leurs cris;

Aux fentes des murailles Quand luisent les écailles Et les yeux du lézard, Et que les taupes fouillent Les prés, où s'agenouillent Les grands bœufs à l'écart;

Qu'il fait bon ne rien faire, Libre de toute affaire, Libre de tous soucis, Et sur la mousse tendre Nonchalamment s'étendre, Ou demeurer assis;

Et suivre l'araignée, De lumière baignée, Allant au bout d'un fil A la branche d'un chêne Nouer la double chaîne De son réseau subtil;

Ou le duvet qui flotte, Et qu'un souffle ballotte Comme un grand ouragan; Et la fourmi qui passe Dans l'herbe, et se ramasse Des vivres pour un an;

Le papillon frivole, Qui de fleurs en fleurs vole, Tel qu'un page galant; Le puceron qui grimpe A l'odorant olympe D'un brin d'herbe tremblant;

Et puis s'écouter vivre, Et feuilleter un livre, Et rêver au passé, En évoquant les ombres Ou riantes ou sombres D'un long rêve effacé;

Et battre la campagne, Et bâtir en Espagne De magiques châteaux, Créer un nouveau monde Et jeter à la ronde Pittoresques coteaux,

Vastes amphithéâtres De montagnes bleuâtres, Mers aux lames d'azur, Villes monumentales, Splendeurs orientales, Ciel éclatant et pur,

Jaillissantes cascades, Lumineuses arcades, Du palais d'Obéron, Gigantesques portiques, Colonnades antiques, Manoir de vieux baron

Avec sa châtelaine, Qui regarde la plaine Du sommet des donjons, Avec son nain difforme, Son pont-levis énorme, Ses fossés pleins de joncs,

Et sa chapelle grise, Dont l'hirondelle frise Au printemps les vitraux, Ses mille cheminées De corbeaux couronnées, Et ses larges créneaux;

Et sur les hallebardes Et les dagues des gardes Un éclair de soleil, Et dans la forêt sombre Lévriers en grand nombre, Et joyeux appareil;

Chevaliers, damoiselles, Beaux habits, riches selles Et fringants palefrois; Varlets qui sur la hanche Ont un poignard au manche Taillé comme une croix!

Voici le cerf rapide, Et la meute intrépide! Hallali, hallali! Les cors bruyants résonnent, Les pieds des chevaux tonnent, Et le cerf affaibli

Sort de l'étang qu'il trouble; L'ardeur des chiens redouble, Il chancelle, il s'abat. Pauvre cerf, son corps saigne, La sueur à flots baigne Son flanc meurtri qui bat:

Son œil plein de sang roule Une larme, qui coule Sans toucher ses vainqueurs; Ses membres froids s'allongent, Et dans son col se plongent Les couteaux des piqueurs;

Et lorsque de ce rêve Qui jamais ne s'achève Mon esprit est lassé, J'écoute de la source Arrêtée en sa course Gémir le flot glacé,

Gazouiller la fauvette Et chanter l'alouette Au milieu d'un ciel pur; Puis je m'endors tranquille Sous l'ondoyant asile De quelque ombrage obscur.

[1] Le sujet de cette ballade est le même que celui de la pièce intitulée: Far-niente; mais le rhythme en est si dissemblable, que j'ai cru pouvoir la conserver sans inconvénient.

(Note de l'auteur, 1830).

UNE AME

Son ame avait brisé son corps. VICTOR HUGO.

Diex por amer l'avoit faicte. LE CHASTELAIN DE COUCY.

C'était une âme neuve, une âme de créole, Toute de feu, cachant à ce monde frivole Ce qui fait le poëte, un inquiet désir De gloire aventureuse et de profond loisir, Et capable d'aimer comme aimerait un ange, Ne trouvant en chemin que des âmes de fange; Peu comprise, blessée au vif à tout moment, Mais n'osant pas s'en plaindre, et sans épanchement, Sans consolation, traversant cette vie; Aux entraves du corps à regret asservie, Esquif infortuné que d'un baiser vermeil Dans sa course jamais n'a doré le soleil, Triste jouet du vent et des ondes; au reste, Résignée à l'oubli, nécessité funeste D'une existence vague et manquée; ici-bas Ne connaissant qu'amers et douloureux combats Dans un corps abattu sous le chagrin, et frêle Comme un épi courbé par la pluie ou la grêle; Encore si la foi... l'espérance... mais non, Elle ne croyait pas, et Dieu n'était qu'un nom Pour cette âme ulcérée... Enfin au cimetière, Un soir d'automne sombre et grisâtre, une bière Fut apportée: un être à la terre manqua; Et cette absence, à peine un cœur la remarqua.

SOUVENIR

Deux estions et n'avions qu'ung cœur. Le lay de maistre Ytier Marchant.

Hélas! il n'étoit pas saison Sitôt de son département. La complainte de Valentin Granson.

D'elle que reste-t-il aujourd'hui? Ce qui reste, Au réveil d'un beau rêve, illusion céleste; Ce qui reste l'hiver des parfums du printemps, De l'émail velouté du gazon; au beau temps, Des frimats de l'hiver et des neiges fondues; Ce qui reste le soir des larmes répandues Le matin par l'enfant, des chansons de l'oiseau, Du murmure léger des ondes du ruisseau, Des soupirs argentins de la cloche, et des ombres Quand l'aube de la nuit perce les voiles sombres.

SONNET III

L'homme n'est rien qu'un mort qui traîne sa carcasse. DU MAY. Fronti nulla fides.

Quelquefois, au milieu de la folâtre orgie, Lorsque son verre est plein, qu'une jeune beauté Endort son désespoir amer par la magie D'un regard enchanteur où luit la volupté,

L'âme du malheureux sort de sa léthargie; Son front pâle retrouve un rayon de gaîté, Sa prunelle mourante un reste d'énergie; Il sourit oublieux de la réalité.

Mais toute cette joie est comme le lierre Qui d'une vieille tour, guirlande irrégulière, Embrasse en les cachant les pans démantelés,

Au dehors on ne voit que riante verdure, Au dedans, que poussière infecte et noire ordure, Et qu'ossements jaunis aux décombres mêlés.

MARIA

... meæ puellæ Flendo turgiduli rubent ocelli.

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