V. CATULLUS.
Ne pleure pas... DOVALLE.
De tes longs cils de jais que ta main blanche essuie, Comme des gouttes d'eau d'un arbre après la pluie, Ou comme la rosée, au point du jour, des fleurs Qu'un pied inattentif froisse, j'ai vu des pleurs Tomber et ruisseler en perles sur ta joue: En vain de la gaîté l'éclair à présent joue Dans tes yeux bruns; en vain ta bouche me sourit; D'inquiètes terreurs agitent mon esprit. Qu'avais-tu, Maria, toi, rieuse et folâtre, Toi, de plaisirs bruyants et de danse idolâtre, Le soir, quand le soleil incline à l'horizon, La première à fouler l'émail vert du gazon, La première à poursuivre en sa rapide course La demoiselle bleue aux bords frais de la source, A chanter des chansons, à reprendre un refrain? Toi qui n'as jamais su ce qu'était un chagrin, A l'écart tu pleurais. Réponds-moi, quel orage Avait terni l'éclat de ton ciel sans nuage? Ton passereau chéri bat de l'aile, joyeux, Les barreaux de sa cage, et sur son lit soyeux Ton jeune épagneul dort, tout va bien, et tes roses Répandent leurs parfums, heureusement écloses. Qu'avais-tu donc, enfant? quel malheur imprévu Te faisait triste?--Hier je ne t'avais pas vu.
A MON AMI EUGÈNE DE N***
Les parfums les plus doux et les plus belles fleurs Perdoient en un instant leurs charmantes odeurs; Tous ces mets savoureux dont je chargeois ma table Ne m'ont jamais offert qu'un plaisir peu durable, Oublié le jour même et suivi de regrets. Mais de ces jours heureux, Xanthus, et de ces veilles Où de savans discours ont charmé mes oreilles Il m'en reste des fruits qui ne mourront jamais. Callimaque, traduction de La Porte Duteil.
Vous voyez bien que j'ai mille choses à dire. Hernani.
Ne t'en va pas, Eugène, il n'est pas tard; la lune A l'angle du carreau sur l'atmosphère brune N'a pas encor paru: nous causerons un peu, Car causer est bien doux le soir, auprès du feu, Lorsque tout est tranquille et qu'on entend à peine Entre les arbres nus glisser la froide haleine De la brise nocturne, et la chauve-souris En tournoyant dans l'air pousser de faibles cris. Reste; nous causerons de quelque jeune fille, Dont la lèvre sourit, dont la prunelle brille, Et que nous avons vue, en promenant un jour, Passer devant nos yeux comme un ange d'amour; De nos auteurs chéris, Victor et Sainte-Beuve, Aigles audacieux, qui d'une route neuve Et d'obstacles semée ont tenté les hasards, Malgré les coups de bec de mille geais criards; Et d'Alfred de Vigny, qui d'une main savante Dessina de Cinq-Mars la figure vivante; Et d'Alfred de Musset et d'Antoni Deschamps, Et d'eux tous dont la voix chante de nouveaux chants; Des vieux qu'un siècle ingrat en s'avançant oublie, Guillaume de Lorris, dont l'œuvre inaccomplie, Poétique héritage, aux mains de Clopinel Après sa mort passa, monument éternel De la langue au berceau, Pierre Vidal, trouvère Dont le luth tour à tour gracieux et sévère, Sous les plafonds ornés de nobles panonceaux, Dans leurs fêtes charmait les comtes provençaux; Peyrols l'aventurier, qui rime en Palestine Quelque amoureux tenson qu'à sa belle il destine, Le bon Alain Chartier, Rutebeuf le conteur, Sire Gasse-Brulez, Habert le traducteur, Maître Clément Marot, madame Marguerite, De ses jolis dizains la muse favorite; Villon, et Rabelais, cet Homère moqueur, Dont le sarcasme, aigu comme un poignard, au cœur De chaque vice plonge, et des foudres du pape N'ayant cure, l'atteint sous la pourpre ou la chape: Car nous aimons tous deux les tours hardis et forts, Mais naïfs cependant et placés sans efforts, L'originalité, la puissance comique Qu'on trouve en ces bouquins à couverture antique, Dont la marge a jauni sous les doigts studieux De vingt commentateurs, nos patients aïeux. Quand nous aurons assez causé littérature, Nous changerons de texte et parlerons peinture; Je te dirai comment Rioult, mon maître, fait Un tableau qui, je crois, sera d'un grand effet: C'est un ogre lascif qui dans ses bras infâmes A son repaire affreux porte sept jeunes femmes; Renaud de Montauban, illustre paladin, Le suit l'épée au poing: lui, d'un air de dédain, Le regarde d'en haut; son œil sanglant et louche, Son crâne chauve et plat, son nez rouge, sa bouche Qui ricane et s'entr'ouvre ainsi qu'un gouffre noir, Le rendent de tout point très-singulier à voir. Surprises dans le bain les sept femmes sont nues, Leurs contours veloutés, leurs formes ingénues Et leur coloris frais comme un rêve au printemps, Leurs cheveux en désordre et sur leurs cous flottants, La terreur qui se peint dans leurs yeux pleins de larmes, Me paraissent vraiment admirables; les armes Du paladin Renaud, faites d'acier bruni Etoilé de clous d'or, sont du plus beau fini: Un panache s'agite au cimier de son casque, D'un dessin à la fois élégant et fantasque; Sa visière est levée, et sur son corselet Un rayon de soleil jette un brillant reflet. Mais à ce tableau plein d'inventions heureuses Je préfère pourtant ses petites baigneuses, Vrai chef-d'œuvre de grâce et de naïveté, Où la jeunesse brille avec son velouté. Après viendront en foule anciens peintres de Rome: Pérugin, Raphaël, homme au-dessus de l'homme; De Florence, de Parme et de Venise aussi, Véronèse, Titien, Léonard de Vinci, Michel-Ange, Annibal Carrache, le Corrége Et d'autres plus nombreux que les flocons de neige Qui s'entassent l'hiver au front des Apennins; D'autres auprès de qui nous sommes tous des nains Et dont la gloire immense, en vieillissant doublée, Fait tomber les crayons de notre main troublée. Puis je te décrirai ce tableau de Rembrandt Qui me fait tant plaisir, et mon chat Childebrand Sur mes genoux posé selon son habitude, Levant vers moi la tête avec inquiétude, Suivra les mouvements de mon doigt, qui dans l'air Esquisse mon récit pour le rendre plus clair; Et nous aurons encor mille choses à dire Lorsque tout sera dit: projets riants, délire De jeunesse, que sais-je? un souvenir d'hier, Le présent, l'avenir, mes chants, dont je suis fier Comme des plus beaux chants; et ces vagues ébauches De poëmes à faire, incomplètes et gauches, Où les regards amis un instant arrêtés Cherchent à pressentir de futures beautés, Et ces légers dessins où je tâche de rendre Ce que je ne saurais faire assez bien comprendre Par mes vers; mais alors, Eugène, il sera tard, Et je ne pourrai plus reculer ton départ.
LE JARDIN DES PLANTES
L'homme propose et Dieu dispose.
J'étais parti, voyant le ciel limpide et clair Et les chemins séchés, afin de prendre l'air, D'ouïr le vent qui pleure aux branches du mélèze, Et de mieux travailler: car on est plus à l'aise Pour méditer le plan d'un drame projeté, Refondre un vers pesant et sans grâce jeté, Ou d'une rime faible à sa sœur mal unie Par un son plus exact réparer l'harmonie, Sous les arbres touffus inclinés en arceaux Du labyrinthe vert, quand des milliers d'oiseaux Chantent auprès de vous, et que la brise joue Dans vos cheveux épars et baise votre joue, Qu'on ne l'est dans sa chambre, un bureau devant soi, S'étant fait d'y rester une pénible loi, Et, comme un ouvrier que son devoir attache, De ne pas s'arrêter qu'on n'ait fini sa tâche, Remis le tout au net, et bien dûment serré L'œuvre dans un tiroir aux profanes sacré, Et je m'étais promis de rapporter la feuille Où, du crayon aidé, mon doigt fixe et recueille Mes pensers vagabonds, pleine jusques aux bords De vers harmonieux, poétiques trésors, Destinés à grossir un trop mince volume. Vains projets! notre esprit est pareil à la plume, Un souffle d'air l'emporte hors de son droit chemin, Et nul ne peut prévoir ce qu'il fera demain. Aussi moi, pauvre fou, séduit par l'étincelle Qui, furtive, jaillit d'une noire prunelle, Par un rire qui livre aux yeux de blanches dents Oubliant prose et vers, de mes regards ardents Je suis la jeune fille, et bientôt, moins timide, J'égale à son pas leste et prompt mon pas rapide, Je risque quelques mots et place sous mon bras, Quoiqu'on dise: Méchant! et qu'on ne veuille pas, Une main potelée; et nous allons à l'ombre, Dans un lieu du jardin bien tranquille et bien sombre, Faire mieux connaissance, et jouer et causer Et sur le banc de pierre après nous reposer, Et nous nous promettons de nous revoir dimanche, Et je reviens avec ma feuille toute blanche.
LE CHAMP DE BATAILLE
En icelle valée oyait on grans sons de tabours trompes et naquerres. MANDEVILLE.
Or ilz sont mortz, Diex ayt leurs ames Quant est des cors, ils sont pourryz. Le grand Testament de Villon.
De dars i ot grant lanceis Et de pierres grant jeteis Et de lances grand bouteis Et d'espées grant capleis. Li romans du Brut.
Aux branches des tilleuls, aux pignons des tourelles, Sans crainte revenez vous poser, tourterelles.
Le fracas des canons qui vomissent l'éclair, Le rappel des tambours, le sifflement des balles, Le son aigu du fifre et des rauques cymbales Enfin ne troublent plus ni les échos ni l'air; La brise secouant son aile parfumée A dissipé les flots de l'épaisse fumée, Crêpe noir étendu sur le front pur des cieux; Comme aux jours de la paix tout est silencieux.
Aux branches des tilleuls, aux pignons des tourelles, Sans crainte revenez vous poser, tourterelles.
La lourde artillerie et les fourgons pesants Ne creusent plus la route en profondes ornières; On ne voit plus flotter les poudreuses bannières Par-dessus les fusils au soleil reluisants; Sous les pieds des soldats courant à la maraude, Sainfoins à rouges fleurs, prés couleur d'émeraude, Blés jaunes à flots d'or au gré des vents roulés, Comme sous un fléau ne meurent plus foulés.
Aux branches des tilleuls, aux pignons des tourelles, Sans crainte revenez vous poser, tourterelles
Cavaliers, fantassins, l'un sur l'autre entassés, De leurs membres pétris dans le sang et la boue Par le fer d'un cheval ou l'orbe d'une roue, Jonchent le sol parmi les affûts fracassés, Et vers le champ de mort en immenses volées Du creux des rocs, du haut des flèches dentelées, De l'est et de l'ouest, du nord et du midi L'essaim des noirs corbeaux se dirige agrandi.
Aux branches des tilleuls, aux pignons des tourelles, Sans crainte revenez vous poser, tourterelles.
Dans les bois, les vieux loups par trois fois ont hurlé, Levant leur tête grise à l'odeur de la proie. L'œil fauve des vautours a flamboyé de joie A l'ombre étincelant comme un phare étoilé, Et, poussant vers le ciel des clameurs funéraires, A leurs petits béants sur le bord de leurs aires Longtemps ils ont porté quelque sanglant lambeau De ces corps lacérés et restés sans tombeau.
Aux branches des tilleuls, aux pignons des tourelles, Sans crainte revenez vous poser, tourterelles.
Les os gisent rongés, blancs sous le gazon vert, Et, spectacle hideux, souvent près d'un squelette S'égrène le muguet, fleurit la violette, La mousse parasite entoure un crâne ouvert. Eh bien! qu'il vienne ici celui pour qui le glaive Est un hochet brillant et qui par lui s'élève, Si d'horreur et d'effroi tout son cœur ne bondit, Malheur à lui! malheur! car il n'est qu'un maudit!
Aux branches des tilleuls, aux pignons des tourelles, Sans crainte revenez vous poser, tourterelles.
IMITATION DE BYRON
Il est doux de raser en gondole la vague Des lagunes, le soir, au bord de l'horizon, Quand la lune élargit son disque pâle et vague, Et que du marinier l'écho dit la chanson,
Il est doux d'observer l'étoile qui rayonne Paillette d'or cousue au dais du firmament, L'étoile qu'une blanche auréole environne, Et qui dans le ciel clair s'avance lentement;
Il est doux sur la brume un instant colorée De voir, parmi la pluie, aux lueurs du soleil, L'iris arrondissant son arche diaprée, Présage heureux d'un jour plus pur et plus vermeil;
Il est doux, par les prés où l'abeille butine, D'errer seul et pensif, et, sous les saules verts Nonchalamment couché près d'une onde argentine, De lire tour à tour des romans et des vers;
Il est doux, quand on suit une route inégale Dans l'été, vers midi, chargé d'un lourd fardeau, Et qu'on entend chanter près de soi la cigale, De trouver un peu d'ombre avec un filet d'eau;
Il est doux, en hiver, lorsque la froide pluie Bat la vitre, d'avoir auprès d'un feu flambant, Un immense fauteuil gothique, où l'on appuie Sa tête paresseuse en arrière tombant;
Il est doux de revoir avec ses tours minées Par le temps, ses clochers et ses blanches maisons, Ses toits rouges et bleus, ses hautes cheminées, La ville où l'on passa ses premières saisons;
Il est doux pour le cœur de l'exilé malade, Par le regret cuisant et la douleur usé, D'entendre le refrain de la vieille ballade Dont sa mère au berceau l'a jadis amusé;
Mais il est bien plus doux, éperdu, plein d'ivresse, Sous un berceau de fleurs, d'entourer de ses bras Pour la première fois sa première maîtresse, Jeune fille aux yeux bruns qui tremble et ne veut pas.
BALLADE
Femme souvent varie; Est bien fol qui s'y fie. FRANÇOIS Ier.
Cher ange, vous êtes belle A faire rêver d'amour, Pour une seule étincelle De votre vive prunelle, Le poëte tout un jour.
Air naïf de jeune fille, Front uni, veines d'azur, Douce haleine de vanille, Bouche rosée où scintille Sur l'ivoire un rire pur,
Pied svelte et cambré, main blanche, Soyeuses boucles de jais, Col de cygne qui se penche, Flexible comme la branche Qu'au soir caresse un vent frais,
Vous avez, sur ma parole, Tout ce qu'il faut pour charmer; Mais votre âme est si frivole, Mais votre tête est si folle, Que l'on n'ose vous aimer.
SOLEIL COUCHANT
Notre-Dame, Que c'est beau! VICTOR HUGO.
En passant sur le pont de la Tournelle, un soir, Je me suis arrêté quelques instants pour voir Le soleil se coucher derrière Notre-Dame. Un nuage splendide à l'horizon de flamme, Tel qu'un oiseau géant qui va prendre l'essor, D'un bout du ciel à l'autre ouvrait ses ailes d'or, --Et c'étaient des clartés à baisser la paupière. Les tours au front orné de dentelles de pierre, Le drapeau que le vent fouette, les minarets Qui s'élèvent pareils aux sapins des forêts, Les pignons tailladés que surmontent des anges Aux corps roides et longs, aux figures étranges, D'un fond clair ressortaient en noir; l'Archevêché, Comme au pied de sa mère un jeune enfant couché, Se dessinait au pied de l'église, dont l'ombre S'allongeait à l'entour mystérieuse et sombre. --Plus loin, un rayon rouge allumait les carreaux D'une maison du quai;--l'air était doux; les eaux Se plaignaient contre l'arche à doux bruit, et la vague De la vieille cité berçait l'image vague; Et moi, je regardais toujours, ne songeant pas Que la nuit étoilée arrivait à grands pas.
SONNET IV
Oh! la paresseuse fille! Sara la Baigneuse.
Lorsque je vous dépeins cet amour sans mélange, Cet amour à la fois ardent, grave et jaloux, Que maintenant je porte au fond du cœur pour vous, Et dont je me raillais jadis, ô mon jeune ange,
Rien de ce que je dis ne vous paraît étrange, Rien n'allume en vos yeux un éclair de courroux; Vous dirigez vers moi vos regards longs et doux, Votre pâleur nacrée en incarnat se change.
Il est vrai,--dans la mienne, en la forçant un peu, Je puis emprisonner votre main blanche et frêle, Et baiser votre front si pur sous la dentelle:
Mais--ce n'est pas assez pour un amour de feu; Non, ce n'est pas assez de souffrir qu'on vous aime, Ma belle paresseuse, il faut aimer vous-même.
1831.
ENFANTILLAGE
Hanneton, vole, vole, vole. Ballade des petites filles.
Lorsque la froide pluie enfin s'en est allée, Et que le ciel gaîment rouvre son bel œil bleu, Ennuyé d'être au gîte et de couver le feu, Comme les moineaux francs, je reprends ma volée.
A Romainville,--ou bien dans les prés Saint-Gervais, Curieux de savoir si l'aubépine blanche A déjà fait neiger son givre sur la branche, Par l'herbe et la rosée, en pépiant, je vais,
Me faisant du bonheur avec la moindre chose: --D'une goutte d'eau claire, où sous un rayon pur, Se baigne un scarabée au corselet d'azur; D'une abeille en maraude au cœur d'une fleur rose,
D'un brin d'herbe où la Vierge a filé son coton. --Mais plus que tout cela j'aime sous les charmilles, Dans le parc Saint-Fargeau, voir les petites filles Emplir leurs tabliers de pain de hanneton.
NONCHALOIR
Il vaut mieux être assis que levé, il vaut mieux être couché qu'assis.--Il vaut mieux être mort que couché. FERIDEDDIN ATAR.
J'aime sur les coussins la vie horizontale. BARTHÉLEMY.
Pour oublier le reste, et m'oublier moi-même (Ici-bas être heureux c'est oublier), que j'aime, Loin du monde et du bruit, au fond de son boudoir, Sur l'ottomane souple auprès d'elle m'asseoir! --Cela me fait du bien et me repose l'âme. Quel plaisir!--Respirer cet arome de femme, Rester là sans penser et paresseusement Accepter comme il vient le bonheur du moment! --Laisser aller sa vie à la regarder vivre, Dans tous ses mouvements, l'œil demi-clos, la suivre, Sentir à ses genoux, en nuages soyeux, Onder et folâtrer sa robe aux plis joyeux, Effleurer son bras rond plus blanc qu'un col de cygne, Sa main d'ivoire, aux doigts sveltes et rosés, digne D'un portrait de Van Dyck; puis sur le fin tapis Agacer en jouant ses petits pieds tapis A l'ombre du jupon, comme sous la feuillée Deux passereaux mutins à la mine éveillée! Oh! je l'aime d'amour!--De blonds cheveux follets Se dorent sur son col de magiques reflets, A travers ses longs cils, au bord de sa prunelle, Dans la nacre, chatoie une moite étincelle, Et sa bouche mignarde, au parler enfantin, S'ouvre comme une rose aux baisers du matin.
DÉCLARATION
Mais toujours fust mon opinion telle Que toute amour doict estre mutuelle; Qui son cœur donne, il en merite. Les loyalles et pudicques amours de Scalion de Virbluneau, à madame de Boufflers.
Je vous aime, ô jeune fille! Aussi lorsque je vous vois, Mon regard de bonheur brille, Aussi tout mon sang petille Lorsque j'entends votre voix.
Douce à mon amour timide, Vous en accueillez l'aveu, Mais sans qu'un rayon humide Argente votre œil limpide, Lac pur où dort le ciel bleu.
Pourquoi cette retenue? Entre nous rien de caché. --Enfant! votre âme ingénue Peut se montrer toute nue Comme Ève avant le péché.
C'est un amour sans mélange Que l'amour que j'ai pour vous, Frais comme au cœur la louange, Ardent à toucher un ange, Pur à rendre Dieu jaloux.
PLUIE
Glasglatcha: son de la pluie dans la pluie, en anglais, splash. Dictionnaire arabe.
Ce nuage est bien noir:--sur le ciel il se roule, Comme sur les galets de la côte une houle. L'ouragan l'éperonne, il s'avance à grands pas. --A le voir ainsi fait, on dirait, n'est-ce pas? Un beau cheval arabe, à la crinière brune, Qui court et fait voler les sables de la dune. Je crois qu'il va pleuvoir:--la bise ouvre ses flancs, Et par la déchirure il sort des éclairs blancs. Rentrons.--Au bord des toits la frêle girouette D'une minute à l'autre en grinçant pirouette; Le martinet, sentant l'orage, près du sol Afin de l'éviter rabat son léger vol; --Des arbres du jardin les cimes tremblent toutes. La pluie!--Oh! voyez donc comme les larges gouttes Glissent de feuille en feuille et passent à travers La tonnelle fleurie et les frais arceaux verts! Des marches du perron en longues cascatelles, Voyez comme l'eau tombe, et de blanches dentelles Borde les frontons gris!--Dans les chemins sablés, Les ruisseaux en torrents subitement gonflés Avec leurs flots boueux mêlés de coquillages Entraînent sans pitié les fleurs et les feuillages; Tout est perdu:--Jasmins aux pétales nacrés, Belles-de-nuit fuyant l'astre aux rayons dorés, Volubilis chargés de cloches et de vrilles, Roses de tous pays et de toutes familles, Douces filles de Juin, frais et riant trésor! La mouche que l'orage arrête en son essor, Le faucheux aux longs pieds et la fourmi se noient Dans cet autre océan dont les vagues tournoient. --Que faire de soi-même et du temps, quand il pleut Comme pour un nouveau déluge, et qu'on ne peut Aller voir ses amis, et qu'il faut qu'on demeure? Les uns prennent un livre en main, afin que l'heure Hâte son pas boiteux, et dans l'éternité Plonge sans peser trop sur leur oisiveté; Les autres gravement font de la politique, Sur l'ouvrage du jour exercent leur critique; Ceux-ci causent entre eux de chiens et de chevaux, De femmes à la mode et d'opéras nouveaux; Ceux-là du coin de l'œil se mirent dans la glace, Débitent des fadeurs, des bons mots à la glace, Ou, du binocle armés, regardent un tableau: --Moi, j'écoute le son de l'eau tombant dans l'eau.
1831.
POINT DE VUE
Des petits horizons... SAINTE-BEUVE.
Voici que je vis.-- LABRUNIE (G. DE NERVAL).
Au premier plan,--un orme au tronc couvert de mousse, Dans la brume hochant sa tête chauve et rousse; --Une mare d'eau sale où plongent les canards, Assourdissant l'écho de leurs cris nasillards; --Quelques rares buissons où pendent des fruits aigres, Comme un pauvre la main, tendant leurs branches maigres; --Une vieille maison, dont les murs mal fardés Bâillent de toutes parts largement lézardés. Au second,--des moulins dressant leurs longues ailes, Et découpant en noir leurs linéaments frêles Comme un fil d'araignée à l'horizon brumeux, Puis,--tout au fond Paris, Paris sombre et fumeux, Où déjà, points brillants au front des maisons ternes, Luisent comme des yeux des milliers de lanternes; Paris avec ses toits déchiquetés, ses tours Qui ressemblent de loin à des cous de vautours. Et ses clochers aigus à flèche dentelée, Comme un peigne mordant la nue échevelée.
LE RETOUR
Je m'en vais promener tantôt parmy la plaine, Tantôt en un village et tantôt en un bois, Et tantôt par les lieux solitaires et cois. PIERRE RONSARD.
J'ai quitté pour un an la campagne;--le chaume Était jaune; les champs n'avaient plus cet arome Que leur donnent en juin les fleurs et le foin vert, Et l'on sentait déjà comme un frisson d'hiver. --La campagne, c'est bon l'été.--L'on se promène, On marche à travers champs comme le pied vous mène, Se fiant au hasard des sentiers onduleux. A la terre le ciel fait des sourires bleus; La nature est en joie, et la fleur virginale Vous donne le bonjour de sa tête amicale; L'herbe courbe sa pointe où tremble un diamant. Devant vos pieds verdis et mouillés, par moment, Du milieu d'un buisson, d'un arbre ou d'une haie Part un oiseau caché que votre pas effraie. Un papillon peureux, dans son fantasque vol, Comme un écrin ailé rase, en fuyant, le sol. Une abeille surprise, humide de rosée, Déserte en bourdonnant la fleur demi-brisée. --Plus loin, c'est une source entre les coudriers Qui roule babillarde, et sur les blonds graviers Éparpille au hasard, comme une chevelure, Les résilles d'argent de son eau fraîche et pure. Des joncs croissent auprès que plie un léger vent; Le blême nénuphar, tel qu'un rideau mouvant, Ondule sur ses flots, où plonge la grenouille Parmi les fruits noyés et les feuilles de rouille, Et dans un tourbillon d'or, de gaze et d'azur, De lumière inondée aux feux d'un soleil pur, Danse la demoiselle avec sa longue queue, De ses ailes de crêpe égratignant l'eau bleue. --A chaque pas qu'on fait la scène change, ainsi Que dans un mélodrame à grand spectacle:--ici, Au fond d'un parc, au bout d'une longue avenue, Un château découpant son profil sur la nue; Là de rouges sainfoins et de jaunes moissons, Et l'étang qui s'écaille au saut de ses poissons. --A gauche une colline à la robe zébrée, De tons riches et chauds par le couchant marbrée; A droite, au fond des bois, entre de noirs rochers, Des hameaux inconnus trahis par leurs clochers; Plus loin, transition de la terre au nuage, Un anneau de lapis fermant le paysage. --Un vrai panorama vivant et bigarré, Par un pinceau divin ardemment coloré, Comme n'en fit jamais jaillir de sa palette, Miroir où l'arc-en-ciel rayonne et se reflète, Le grand Claude Lorrain, ni Breughel de Velours. --Mais, comme l'on ne peut se promener toujours, On s'asseoit sur un tertre; on dessine une vue, On fait des vers, on lit, ou l'on passe en revue Ses jeunes souvenirs et ses rêves d'amour, Si longtemps caressés et perdus sans retour; On rebâtit sa vie au néant écroulée, On voit ce qu'elle était, ou joyeuse ou troublée, On examine à fond ses plaisirs, ses douleurs, Et souvent la balance est du côté des pleurs. --Comme en un palimpseste, à travers d'autres signes, D'un ancien manuscrit ressuscitent les lignes; Le roman de l'enfance à travers le présent Reparaît tout entier,--calme, pur, innocent, --Idylle de Gessner, conte de Berquin,--rose Et suave peinture où soi-même l'on pose: L'on compare son moi du jour au moi passé, Et pour quelques instants le monde est effacé. --Rien de mieux;--mais l'hiver, en janvier, quand la neige S'entasse aux toits blanchis, quand la rafale assiége Votre vitre qui tremble et qui frissonne,--à quoi, Mon Dieu, passer le temps?--Il faut se tenir coi, Se bien claquemurer, et, les talons dans l'âtre, Parler chasse et gibier à quelque gentillâtre, Faire un cent de piquet avec monsieur l'abbé, Lire un ancien Mercure, ou,--galant Sigisbé, Pour passer au salon prendre par sa main sèche Une mistress Gryselde ennuyeuse et revêche, Vrai portrait de famille à son cadre échappé, Écu dans d'autres temps d'un autre coin frappé; Courtiser à l'écart une petite niaise Sortant de pension,--toute rouge et tout aise, Qui prend feu dès l'abord au moindre aveu banal, Et s'imagine avoir trouvé son idéal; Écouter un dandy, Brummel de la province, Beau papillon manqué qui, pour être plus mince, Barde ses flancs épais d'un corset et d'un busc, Et comme un vieux blaireau pue à vingt pas le musc; Et le maire du lieu, docte et rare cervelle, D'un air mystérieux colportant sa nouvelle. --Autant et mieux, ma foi, vaudrait être pendu Que rester enfoui dans ce pays perdu.
1831.
PAN DE MUR
La mousse des vieux jours qui brunit sa surface, Et d'hiver en hiver incrustée à ses flancs, Donne en lettre vivante une date à ses ans. Harmonies.
... Qu'il vienne à ma croisée. PETRUS BOREL.
De la maison momie enterrée au Marais Où, du monde cloîtré, jadis je demeurais, L'on a pour perspective une muraille sombre Où des pignons voisins tombe, à grands angles, l'ombre. --A ses flancs dégradés par la pluie et les ans, Pousse dans les gravois l'ortie aux feux cuisants, Et sur ses pieds moisis, comme un tapis verdâtre, La mousse se déploie et fait gercer le plâtre. --Une treille stérile avec ses bras grimpants Jusqu'au premier étage en festonne les pans; Le bleu volubilis dans les fentes s'accroche, La capucine rouge épanouit sa cloche, Et, mariant en l'air leurs tranchantes couleurs, A sa fenêtre font comme un cadre de fleurs: Car elle n'en a qu'une, et sans cesse vous lorgne De son regard unique ainsi que fait un borgne, Allumant aux brasiers du soir, comme autant d'yeux, Dans leurs mailles de plomb ses carreaux chassieux. --Une caisse d'œillets, un pot de giroflée Qui laisse choir au vent sa feuille étiolée, Et du soleil oblique implore le regard, Une cage d'osier où saute un geai criard, C'est un tableau tout fait qui vaut qu'on l'étudie; Mais il faut pour le rendre une touche hardie, Une palette riche où luise plus d'un ton, Celle de Boulanger ou bien de Bonnington.
COLÈRE
Amende-toi, vieille au regard hideux, Ou pour ung mot villain en auras deux. Epistre à la première vieille.
A Montfaucon tout sec puisse-tu pendre, Les yeux mangéz de corbeaux charongneux, Les pieds tiréz de ces mastins hargneux Qui vont grondant, hérissés de furie, Quand on approche auprès de leur voirie. PIERRE RONSARD.
Hypocrisie et vice,--oui, c'est bien là le monde: Belles maximes et grands airs Jetés comme un manteau sur le cloaque immonde D'un cœur tout gangrené de vers. Oui,--la religion dont le péché se couvre Pour japper après la vertu; Oui,--le simple dont l'âme à tous les regards s'ouvre, Aux pieds du méchant abattu; La vierge pure en proie aux noires calomnies De courtisanes de bas lieu Qui, vieilles et sans dents et les lèvres jaunies, Osent mentir si près de Dieu. --Sorcières de Macbeth, dignes d'être huées, Serpents armés d'un triple dard, Ulcères ambulants, viles prostituées, Tombeaux badigeonnés de fard, Oh! comme il leur va bien, elles dont trente places, Elles dont trente carrefours Avec des charretiers, crapuleux Lovelaces, Ont vu les publiques amours; Elles dont la jeunesse en débauches passée Couperose et jaspe le teint, Et qui sous une peau détendue et plissée Couvent un brasier mal éteint, D'user tartufement leurs genoux sur les dalles, Leurs pouces sur un chapelet, Et prenant pour voiler leurs antiques scandales La soutane d'un prestolet, De venir sans pudeur noircir une que j'aime Comme l'on n'a jamais aimé, D'un amour pur et saint, et qui de Dieu lui-même Certes ne peut être blâmé.
SONNET V
C'est mon plaisir; chacun querre le sien. P. L. JACOB, bibliophile.
Heureusement que, pour nous consoler de tout cela, il nous reste l'adultère, le tabac de Maryland, et le papel español por cigaritos. PETRUS BOREL, le lycanthrope.
Où trouver le bonheur? MÉRY ET BARTHÉLEMY.
Qu'est-ce que ce bonheur dont on parle?--L'avare Au fond d'un coffre-fort empile des ducats, Des piastres, des doublons, et plus d'or qu'aux Incas Jadis avec leur sang n'en fit suer Pizarre.
Il ne voit rien de plus.--Le far-niente, un cigare, Voilà pour l'indolent.--Le songeur ne fait cas Que d'un coin retiré du monde et du fracas, Où l'on puisse à loisir suivre un rêve bizarre.
L'ambitieux le met dans un titre à la cour, Le vieux dans le comfort, le jeune dans l'amour, --Les uns à pérorer, les autres à se taire.
Mais, étant exclusifs, ces gens-là jugent mal; Car le bonheur est fait de trois choses sur terre, Qui sont:--Un beau soleil, une femme, un cheval!
1831.
JUSTIFICATION
Vous êtes mal pour moi, vous avez quelque chose. Marion Delorme.
Celui que chaque soir votre parole élève, Qui pense avec vous de moitié; Celui dont vous savez le plus intime rêve Et qui vit de votre amitié; Celui que vous avez laissé voir dans votre âme, Et s'approcher de votre cœur, Afin de lui montrer ce que Dieu dans la femme A mis d'amour et de bonheur, Quand il n'y croyait plus et n'avait d'autre envie, Las de traîner depuis vingt ans Son boulet de forçat au bagne de la vie, Que de n'y pas finir son temps; --Celui-là ne sera jamais, il vous le jure Sur ce cœur que vous avez fait, Un de ces hommes vils, dont la pensée impure Aux choses basses se complaît.-- L'âme que vous avez mariée à la vôtre Pourrait jusque-là s'oublier!... --Dans le cloaque infect où le canard se vautre Voit-on s'abattre l'aigle altier? Non,--l'aigle vit tout seul sur la plus haute cime, --Le tonnerre rugit en bas, L'avalanche s'écrase et roule dans l'abîme; Le torrent hurle:--il n'entend pas; Immobile, de l'ongle étreignant quelque pierre, Quelque bras de pin foudroyé, Il attache au soleil son grand œil sans paupière, D'ineffables lueurs noyé.
FRISSON
Chauffons-nous, chauffons-nous bien. BÉRANGER.
Je déteste le monde et je vis dans mon cœur. ULRIC GUTTINGUER.
Un brouillard épais noie L'horizon où tournoie Un nuage blafard, Et le soleil s'efface, Pâle comme la face D'une vieille sans fard.
La haute cheminée, Sombre et chaperonnée D'un tourbillon fumeux, Comme un mât de navire, De sa pointe déchire Le bord du ciel brumeux.
Sur un ton monotone La bise hurle et tonne Dans le corridor noir: C'est l'hiver, c'est décembre, Il faut garder la chambre Du matin jusqu'au soir.
Les fleurs de la gelée Sur la vitre étoilée Courent en rameaux blancs, Et mon chat qui grelotte Se ramasse en pelote Près des tisons croulants.
Moi, tout transi, je souffle, A griller ma pantoufle, A rougir mes chenets, Mon feu qui se déploie Et sur la plaque ondoie En bleuâtres filets.
Adieu les promenades Sous les fraîches arcades Des verdoyants tilleuls, A travers les prairies, Les bruyères fleuries Et les pâles glaïeuls;
Parmi les plaines blondes Où le vent roule en ondes Le seigle déjà mûr, Par les hautes futaies Au long des jeunes haies Et des ruisseaux d'azur;
Adieu les églantines Et, moissons enfantines, Les bleuets dans les blés, Les vertes sauterelles Et les pissenlits frêles Sans cesse échevelés;
Adieu dans l'herbe haute La grenouille qui saute, Et sous le frais buisson Le lézard qui regarde La cigale criarde Qui sonne sa chanson;
Adieu les demoiselles Aux diaphanes ailes, Aux minces corsets d'or, Le papillon qui brille Et que la jeune fille Poursuit comme un trésor;
Le soir dans la nacelle Qui penche et qui chancelle Au moindre souffle d'air, Les courses d'une lieue Sur l'immensité bleue Du lac profond et clair;
Et puis les danses molles Et les caresses folles Sur les prés de velours. Lorsque la blanche lune Au sein de la nuit brune Jette ses demi-jours.
De longtemps l'hirondelle Ne viendra, de son aile Effleurant mes carreaux, Battre la capucine Dont la pourpre dessine Un cadre à mes barreaux.
--Pour horizon la rue Où la foule se rue Avec ses mille cris, Pour soleil des lanternes, Qui de leurs reflets ternes Baignent les pavés gris;
Pour musique la bise Qui se plaint et se brise Dans les arbres mouillés, Les rauques girouettes Qui font des pirouettes Sur leurs axes rouillés.
Comment sortir? les roues S'enfoncent dans les boues Presque jusqu'à l'essieu. Du brouillard, de la pluie! L'âme souffre et s'ennuie: Quoi donc faire, mon Dieu?
Nous aimer, ma charmante! Jette là cette mante Qui me cache ton cou, Ta belle épaule blanche, Ton corsage, ta hanche, Ton sein dont je suis fou.
Sur mes genoux prends place, Livre tes mains de glace A mes baisers de feu, Et laisse voir ta jambe A la braise qui flambe, Qui flambe rouge et bleu.
Vois donc le gaz qui danse Et s'agite en cadence, Aux fantasques chansons Que fredonne la séve Dans la bûche qui crève Et retombe en tisons.
Mon bijou, mon idole, Comme le temps s'envole Lorsque l'on est ainsi! La voix haute et profonde Qu'au loin jette le monde Ne parvient pas ici.
Nos deux âmes jumelles, Ensemble ouvrant les ailes, Planent dans l'infini, Comme deux alouettes Ou comme deux fauvettes Oublieuses du nid.
SONNET VI
Merci à toi, à toi merci. TÉRÉSA.
Avant cet heureux jour, j'étais sombre et farouche, --Mon sourcil se tordait sur mon front soucieux, Ainsi qu'une vipère en fureur, et mes yeux Dardaient entre mes cils un regard fauve et louche.
Un sourire infernal crispait ma pâle bouche. A cet âge candide où tout est pour le mieux, Je méprisais le monde et reniais les cieux, Disant tout haut: Où donc est-il, que je le touche?
Et mon ange gardien à son front blanc et pur Ramenait en pleurant ses deux ailes d'azur, Et n'osait au Seigneur porter de tels blasphèmes.
Aux saints épanchements mon cœur était fermé, --Car je ne savais pas alors combien tu m'aimes; Et comment croire en Dieu quand on n'est pas aimé!
ÉLÉGIE IV
J'ai peur que votre amour par le temps ne s'efface. RONSARD.
Aimée, aimée, hélas! que j'ai grand'peur Qu'un autre amour par cet amour pipeur N'aille gravant pendant ta longue absence Quelqu'autre amant dedans ta souvenance! PONTHUS DE THYARD, Erreurs amoureuses.
Ma charmante, depuis ta visite imprévue Deux mois se sont passés que je ne t'ai pas vue. Deux mois entiers! Sais-tu que c'est bien long deux mois; Assez pour m'oublier?--J'y songe quelquefois: Pauvre fou que je suis d'avoir placé mon âme Dans la tienne, et risqué sur l'amour d'une femme Ma vie intérieure et mon contentement! Et je dis à part moi: Peut-être en ce moment, Pendant que je suis là, triste, m'occupant d'elle, Et lui faisant ces vers, d'un sourire infidèle Accueille-t-elle un autre, et, tendant cette main Qu'on ne livrait qu'à moi, lui dit-elle: A demain. J'ai beau me répéter que c'est une chimère, Cette pensée est là, sans cesse plus amère, Empoisonnant ma joie, et, malgré mes efforts, M'accompagnant partout comme l'ombre le corps; Car c'est ainsi que vont en ce monde les choses: Il se fait en un jour bien des métamorphoses; L'idole du matin n'est pas celle du soir, Et toute jeune fille est comme son miroir, Qui reçoit chaque image et n'en conserve aucune. --Puis un amour âgé de trois ans importune; C'est presque un mariage; un jour avec l'ennui Vient la réflexion; l'amour s'en va.--Celui Qui jadis à vos yeux était plus que vous-même, Celui qui le premier vous avait dit: Je t'aime, N'est plus pour vous qu'un nom dont le vain souvenir Contre un amour nouveau ne peut longtemps tenir; Ce nom qui résonnait naguère à votre oreille Aussi doux que la voix du rossignol, n'éveille Au fond de votre cœur, de sa faute confus, Qu'un sentiment cruel du bonheur qu'il n'a plus; Et, comme pour deux noms l'âme n'a pas de place, L'ancien est rejeté. Lettre à lettre il s'efface Ainsi que le ci-gît d'un tombeau sous les pas De la foule qui chante et ne l'aperçoit pas. --Le cœur qui n'aime plus a si peu de mémoire! On rougit de l'amour dont on se faisait gloire, Le temps coule, et bientôt on arrive à ce point De dire en le voyant: Je ne le connais point. Qu'y faire? Ramener son manteau sur sa plaie, Et sous un rire faux cacher sa douleur vraie; Dévorer par orgueil les larmes de ses yeux, Et déchu du bonheur, déshérité des cieux, Incapable à jamais d'un élan grandiose, De toute sa hauteur descendre dans la prose, Comme l'aigle blessé qui, sanglant, sur le sol Tombe, ne fermant pas la courbe de son vol. Me défiant de moi, malade de l'absence, Ne vivant qu'à demi, voilà ce que je pense: Si tu ne m'aimais plus, oh! ce serait ma mort; Mais tu m'aimes toujours, n'est-ce pas, et j'ai tort. Au lieu de tout cela, sans doute, jeune fille, Rêveuse, de tes doigts laissant fuir ton aiguille, Vers le chemin désert tu tournes tes grands yeux, Et, portant ta main blanche à ton front soucieux, Tu te dis en toi-même: Il ne vient pas,--tu pleures; Pleurer fait tant de bien!--et, pour tromper tes heures, Tu relis tous ces vers où je me racontais Jusqu'au moindre détail, sans fard,--tel que j'étais, Tel que je ne suis plus et que je voudrais être, Car je serais heureux; mais l'homme n'est pas maître De faire revenir les fraîches passions De l'enfance du cœur, et ces illusions Si pénibles à perdre, et si vite perdues. --L'ange du souvenir, les ailes étendues, Remontant le passé, voltige autour de toi; Il te souffle à l'oreille une phrase de moi, Un soupir, un serment, quelque mot tendre, et pose Sur ta lèvre pâlie avec sa lèvre rose Mes baisers d'autrefois, mes longs baisers d'amant, Pour te les redonner, gardés fidèlement.
1831.
SONNET VII
Liberté de juillet! femme au buste divin, Et dont le corps finit en queue! G. DE NERVAL.
E la lor cieca vita è tanto bassa ch'invidiosi son d'ogn'altra sorte. Inferno, canto III.
Avec ce siècle infâme il est temps que l'on rompe; Car à son front damné le doigt fatal a mis Comme aux portes d'enfer: Plus d'espérance!--Amis, Ennemis, peuples, rois, tout nous joue et nous trompe.
Un budget éléphant boit notre or par sa trompe. Dans leurs trônes d'hier encor mal affermis, De leurs aînés déchus ils gardent tout, hormis La main prompte à s'ouvrir, et la royale pompe.
Cependant en juillet, sous le ciel indigo, Sur les pavés mouvants ils ont fait des promesses Autant que Charles dix avait ouï de messes!
Seule, la poésie incarnée en Hugo Ne nous a pas déçus, et de palmes divines Vers l'avenir tournée ombrage nos ruines.
PARIS
Das drængt und stœsst, das ruscht und klappert Das zischt und quirlt, das zieht und plappert! Das leuchtet, sprüht, und stinkt und brennt! GOETHE.. Faust.
Dans la simplicité de mon cœur enfantin L'œil fixé sur les cieux, j'enviais le destin De l'oiseau voyageur, du nuage qui passe Et fait tant de chemin, et dans ce large espace Voit les mondes sous lui glisser rapidement, Ainsi qu'un météore aux champs du firmament. EUGÈNE DE ***.
Hé, Dieu! que de maisons! que de beaux bâtiments! ESTIENNE DE KNOBELSDORFF. Salle de réception du diable. Don Juan, ch. x, st. 81.
Quand il voit le soleil, déchirant le nuage, De splendides rayons illuminer sa cage, Et comme un lion d'or secouer, dans le bleu Qui se fait à l'entour, sa crinière de feu, L'aigle prisonnier bat avec son aile forte Les lourds barreaux de fer tant qu'il se tue ou sorte. --Mon âme est faite ainsi: dans mon corps en prison, Elle cherche à son vol un plus large horizon; Quand sur elle d'en haut la sainte Poésie Abaisse son regard, de grands désirs saisie, Elle voudrait surgir jusqu'au clair firmament Afin d'y respirer largement, librement, Entre la terre et Dieu, bien par delà les nues Et les plaines d'azur, régions inconnues, L'air limpide, l'air vierge, où jamais souffle humain Ne passe, où l'ange seul retrouve son chemin; Car elle manque d'air, mon âme, dans ce monde Où la presse en tous sens de son étreinte immonde Une société qui retombe au chaos, Du rouge sur la joue et la gangrène aux os! Il lui faudrait des monts aux cheveux blancs de neige, De grands rochers à pic, trônes géants où siége, Ayant pour marchepied le vertige et l'effroi, La majesté muette et sombre du grand Roi. Il lui faudrait la voix du tonnerre qui roule Ses mugissements sourds comme des bruits de foule; Le torrent qui bondit entre les rocs qu'il fond, Se tord comme un damné dans l'abîme sans fond, Jette ses forts abois qu'on entend d'une lieue, Et, tout échevelé, semble la pâle queue Du cheval de la mort au livre de saint Jean. Il lui faudrait au soir la lune voyageant, Non sur l'angle des toits, mais sur les cimes grêles Des sapins déployant leurs bras comme des ailes, Les arêtes des pics et les tours du manoir De leurs fronts ardoisés découpant le ciel noir. --Elle n'a pas cela, mon âme, non pas même L'humble petit coteau, la campagne qu'elle aime, Le vallon frais et creux, les sveltes peupliers Dont la bise de nuit berce les fronts pliés, La chaumière des bois, poussant en bleus nuages Son filet de fumée à travers les feuillages, Et dont le toit moussu porte sur son velours Des fleurs tous les printemps, des pigeons tous les jours; Le jardin et son puits que festonne une vigne, Où, des choux à propos interrompant la ligne, Se pavane un rosier que votre main sema; Asile calme et vert comme en peint Hobbéma, Où les chuchotements dont est fait le silence Troublent seuls du rêveur la douce somnolence! Non pas même cela: mais la ville aux cent bruits Où de brouillards noyés les jours semblent des nuits, Où parmi les toits bleus s'enchevêtre et se cogne Un soleil terne et mort comme l'œil d'un ivrogne; Des tuyaux hérissant le faîte des maisons Que bat la pluie à flots dans toutes les saisons, Une fumée ardente et de couleur de rouille Traînant ses longs anneaux sur le ciel qu'elle souille, Les murs repeints à neuf, ou noircis par le temps, Jaunes, rouges et verts, semblables aux tartans Des montagnards d'Écosse, et les vieilles églises Au sein de la vapeur dressant leurs flèches grises, Et leurs longs arcs-boutants inclinés de façon Qu'on croirait à les voir des côtes de poisson; Puis le peuple grouillant, qui se heurte et se rue, Fashionables musqués, gueux à mine incongrue, Grisettes au pied leste, au sourire agaçant, Beaux tilburys dorés comme l'éclair passant, Charrettes, tombereaux, ouvrant avec leurs roues, Comme des nefs dans l'onde, un sillon dans les boues; --De l'or et de la fange.--Incroyable chaos, Babel des nations, mer qui bout sans repos, Chaudière de damnés, cuve immense où fermente, Vendange de la mort, une foule écumante, Haillons troués à jour comme un crible, où le vent Glisse apportant la fièvre et le trépas souvent; Brocarts d'or et d'argent roides de pierreries, Des yeux cernés et bleus, des figures flétries, Du pain dur que l'on mange à la sueur du front, Oisifs de leurs deux mains frappant leur ventre rond; Perpétuel contraste, éternelle antithèse, Paris, la bonne ville, ou plutôt la mauvaise, Longs grincements de dents et beaux concerts. Voilà! --Cependant moi, poëte et peintre, je vis là.
1831.
UN VERS DE WORDSWORTH
Spires whose silent finger points to heaven.
Je n'ai jamais rien lu de Wordsworth, le poëte Dont parle lord Byron d'un ton si plein de fiel, Qu'un seul vers; le voici, car je l'ai dans la tête: --Clochers silencieux montrant du doigt le ciel.--
Il servait d'épigraphe, et c'était bien étrange, Au chapitre premier d'un roman:--Louisa,-- Les douleurs d'une fille, œuvre toute de fange Qu'un pseudonyme auteur dans l'Ane mort puisa.
Ce vers frais et pieux, perdu dans ce volume De lubriques amours, me fit du bien à voir: C'était comme une fleur des champs, comme une plume De colombe, tombée au cœur d'un bourbier noir.
Aussi depuis ce temps, lorsque la rime boite, Que Prospéro n'est pas obéi d'Ariel, Aux marges du papier je jette, à gauche, à droite, Des dessins de clochers montrant du doigt le ciel.
DÉBAUCHE
Buvons du grog et cassons-nous les reins. Chanson des marins.
Tu as Dieu dans la bouche et dans le cœur Satan. DUBARTAS.
Je hais plus que la mort cette débauche prude Qui n'ose sortir que de nuit, Et retourne la tête avec inquiétude Tout empourprée au moindre bruit, Et joue à la vertu comme une honnête femme, N'ayant pas la force qu'il faut Pour être hardiment et largement infâme, Pour porter sa honte front haut. Aussi le cœur me lève, à ces sobres orgies Faites dans un salon étroit, Aux discrètes lueurs de quatre à cinq bougies Et dont chacun retourne droit; A ce vice bourgeois, mesquin, suant la prose, Comme le font les boutiquiers. Gens qui savent ôter le galbe à toute chose; Les dandys, avec les banquiers; Ce vice, homme rangé qui ne l'est qu'à ses heures, Qui sort calme d'un mauvais lieu, Comme l'on sortirait des plus chastes demeures Ou de quelque église de Dieu, La cravate nouée et les cheveux en ordre, Le frac boutonné jusqu'au cou, Pas le plus petit pli sur quoi l'on puisse mordre, Rien de débraillé, rien de fou, Rien de hardi, de chaud, de bon viveur, qui fasse Au reproche mollir la voix Et dire au père: Il faut que jeunesse se passe, Comme l'on disait autrefois. J'aime trente fois mieux une débauche franche, Jetant son masque de satin, Le coude sur la nappe et la main sur la hanche, Criant, buvant jusqu'au matin, Qui laisse, sans corset, aller sa gorge folle, Rose encor des baisers du soir, Qui tord lascivement sa taille souple et molle, Sur tous les genoux va s'asseoir, Et bleuissant sa joue au punch qui siffle et flambe Au fond du cratère vermeil, Rit de se voir ainsi, danse et montre sa jambe, Et ne veut pas qu'on ait sommeil: --C'est une poésie au moins, une palette Où brillent mille tons divers, Un type net et franc, une chose complète, De la couleur! des chants! des vers!
LE BENGALI
A UNE JEUNE FILLE CRÉOLE
Les bengalis dont le ramage est si doux. BERNARDIN DE SAINT-PIERRE.
La France et ses printemps, ses hivers inconnus Où la bise gémit, où les arbres sont nus, Où l'on voit voltiger ces blancs flocons de neige Que je désirais voir, et la glace,--que sais-je? Mlle L. A.
Oiseau dépaysé, qui t'amène vers nous? Notre soleil est froid, notre ciel en courroux: Nos bois sont chauves; à nos haies, A nos buissons armés de dards aigus, au lieu Des beaux fruits blonds mûris à vos midis de feu, Pendent à peine quelques baies.
Comme nos passereaux hardis, pauvre étranger, Bengali du désert, sauras-tu voltiger Dans nos forêts de cheminées? Parmi les tuyaux noirs qui fument, sauras-tu Accrocher ton nid frêle à quelque toit pointu, Entre deux pierres ruinées?
Entends-tu, bel oiseau, le rauque sifflement De la bise du nord qui râle incessamment Et fait chanter la girouette, Le bruit confus des chars, des cloches, le frisson De la pluie aux carreaux qui pleurent, et le son Des tuiles que la grêle fouette?
Ouvre ton aile et pars, retourne-t'en là-bas Au bois des goyaviers reprendre tes ébats Dans la savane aux grandes herbes; Avec les colibris va becqueter les fleurs, Boire à leurs coupes d'or, te baigner dans leurs pleurs, Bâtir ton hamac sous leurs gerbes!
LE CAVALIER POURSUIVI
Moi, poëte, je vais du couchant à l'aurore. JULES DE SAINT-FÉLIX.
Und hurré! hurré! hop hop hop! BURGER.
C'est un fort beau cheval; une large poitrine, Des jambes de gazelle, et dans chaque narine Une fauve lueur, La queue échevelée, une crinière folle Qui se déroule au vent comme une banderole Sur le col en sueur;
Des yeux fiers, pleins de vie, ardents comme la braise, Qu'on prendrait pour deux trous au mur d'une fournaise Ou pour deux diamants, Des yeux illuminés d'une lumière rouge Comme un soleil dans l'eau, qui frissonne et qui bouge A tous les mouvements;
Une croupe arrondie où des glands dorés pendent, Et de souples jarrets dont les muscles se tendent Comme des arcs d'acier; Un ongle plus poli que le jaspe ou l'écaille Quel roi dans son haras eut jamais qui te vaille, O mon noble coursier!
Tu danses sur les blés comme une sauterelle, A chacun de tes pieds est attachée une aile, Ton galop c'est un vol, Et, quand à bonds pressés tu dévores la plaine, L'oiseau reste en arrière, et l'ombre peut à peine Te suivre sur le sol.
La bride sur le col, va, marche, à toi l'espace! Va, lutte de vitesse avec le vent qui passe Comme avec un rival; Va sans crainte;--le monde est grand, la terre est large, Le vent est déjà loin, trop de vapeur le charge, Hurrah! mon bon cheval!
Hurrah! des rocs aigus aux tranchantes arêtes, Fais jaillir en sautant des gerbes de paillettes Avec ton dur sabot; Brise cet horizon qui n'a pas une lieue Et voudrait t'enfermer dans sa muraille bleue Comme on fait d'un pied-bot.
Chemins rompus, halliers, buissons, ronces, broussailles, Hérissant leurs stylets, entortillant leurs mailles, Grands fossés à franchir; Ravins marécageux, où le feu follet flambe, Fondrières, rochers, rien n'entrave ta jambe Qui ne sait pas fléchir.
Oh! comme les maisons, comme les arbres filent! Oh! comme étrangement sur le ciel ils profilent Leur contour incertain! Essor prodigieux, le sol que ton pied foule Se retire sous toi comme un ruban qu'on roule, Et tout se fait lointain.
--Vois là-bas, tout là-bas cette flèche d'église, Qui pour te regarder lève sa tête grise Par-dessus l'horizon, Te montre au doigt, te nargue, et comme des reproches, A ton oreille fait tinter ses quatre cloches Et galoper le son.
Hop! hop! mon andalous, mon noir,--plus vite encore! Une course pareille à celle de Lénore! Je suis content, c'est bien. Le clocher tout confus derrière un mont se cache, L'oiseau qui te suivait à peine au ciel fait tache, Et je n'entends plus rien.
Mais quoi donc! tu faiblis.--Çà, veux-tu que je teigne Mes éperons en pourpre à ton flanc brun qui saigne? Allons, courage, allons! Car nous sommes suivis, mon brave, d'un Vampire, Je sens, tiède à mon dos, le souffle qu'il aspire, Il est sur nos talons.
Que derrière tes pas cette porte se ferme, Et nous sommes sauvés.--Nous touchons presque au terme; Saute, vole, bondis! --Le monstre ne peut rien sur moi dans cette chambre D'où s'exhale un parfum de fleurs, de femme et d'ambre, Comme d'un paradis!
N'as-tu pas vu son œil luire à la jalousie? Tout mon bonheur est là, toute ma poésie, Mes souvenirs, ma foi, Tout, avec mon amour; c'est ma pâle créole, Le soleil de mon cœur, mon âme, mon idole, Ma Béatrix à moi.
C'en est fait, le voilà, mes prières sont vaines; Il m'éteint les regards et m'entrouvre les veines De ses ongles de fer, Courbe mon dos et met sur ma tête pendante Une chape de plomb comme aux damnés du Dante Dans le neuvième enfer.
Tu cours bien, mon cheval, et ta croupe est fidèle, Tu dépasses le vent, le son et l'hirondelle; Mais il court bien mieux, lui, Et pourtant ce coureur, ce n'est pas un arabe, Un anglais de pur sang,--ce n'est qu'un vilain crabe Aux pieds boiteux,--l'ennui.
1826-1832.
ALBERTUS
ou