II
Soyez satisfaits, morts illustres, Votre jour sera bien fêté, Vous pouviez attendre deux lustres, Ayant à vous l'éternité! Mais la France a bonne mémoire; Sa main fidèle, à toute gloire Garde du marbre et de l'airain; Et les corps criblés de mitrailles Ont de plus riches funérailles Que n'en aurait un souverain!
La France est grande et magnanime; Elle a sur ses autels pieux, Impartialité sublime, Une place pour tous ses dieux! Et, sans avoir peur d'aucune ombre, D'aucun nom rayonnant ou sombre, Elle accorde à tous un linceul. Pour vous un sépulcre se fonde, Et l'on va prendre au bout du monde L'empereur, lassé d'être seul!
A l'endroit où fut la Bastille, Sol sacré bien doux pour vos os, Vous irez dormir en famille, Nobles enfants des vieux héros! Aux yeux de la foule en extase, Qui pleure et qui prie à la base, S'élève votre Panthéon! Une colonne fière et haute, Airain digne d'avoir pour hôte Trajan ou bien Napoléon.
Sur le socle accroupi grommèle Le grand lion zodiacal; A son rugissement se mêle Le chant du coq national; Et, couronnement magnifique, Une liberté symbolique, Toujours prête à prendre l'essor, Dans la lumière qui la noie, Comme un oiseau divin, déploie Son immense envergure d'or!
Dans des fêtes patriotiques, A vos carrefours glorieux L'on ira chercher vos reliques, Qu'attend le caveau radieux, Dans leurs chants sacrés, les poëtes, Par qui toutes gloires sont faites, Rendront votre nom éternel! Pour qui meurt en donnant l'exemple, Le sépulcre devient un temple, Et le cercueil est un autel!