‹ Poésies Complètes - Tome 2Chapitre 25 sur 50 · III

III

Sur cette tombe, autel de la nouvelle France, Poëte, je me plais à voir en espérance Déposer un berceau, de tant d'éclat surpris; Le berceau de l'enfant qui n'est encor qu'un ange, Sur le sein maternel jouant avec la frange De l'épée en or fin que lui donna Paris!

Au poëte, au tribun, cette union doit plaire, Du berceau dynastique au tombeau populaire! Car le peuple à présent fait et sacre les rois! La liberté, voilà leur plus sûre patronne, Et la plus ferme base à mettre sous un trône, Ce sont les corps tombés pour défendre les lois!

De ce sang précieux, plus pur que le vieux chrême, Mélangez une goutte aux flots saints du baptême, Afin d'oindre à la fois le prince et le chrétien. Sous l'invocation des tombes triomphales, Allez, au jour fixé, bénir les eaux lustrales Qui font un catholique, et font un citoyen!

Car l'on est plus sévère, en ce siècle où nous sommes, Envers les pauvres rois qu'envers les autres hommes! On leur demande tout, on leur accorde peu; Et, pour qu'ils trouvent grâce au bout de leur journée, Il leur faut recevoir, sur leur tête inclinée, Le baptême du peuple avec celui de Dieu!

Celui que l'on nomma depuis _le Fils de l'Homme_, Tout d'abord fut sacré du nom de roi de Rome, Comme un jeune empereur, comme un fils de César! Ses langes étaient faits de pourpre impériale, L'aigle étendait sur lui son aile triomphale; Des béliers aux pieds d'or le traînaient dans un char!

Certes, s'il fut jamais existence inouïe, Gloire à faire baisser la paupière éblouie, Vertigineux éclat, ciel étoilé de feux, Immense entassement, Babel invraisemblable, C'est ce règne éclipsé qui nous semble une fable, Et dont tous les acteurs sont déjà demi-dieux!

Cet enfant, pour hochet, eut la boule du monde, Et le Titan son père, en sa tête profonde, Lui rêvait un empire, un règne surhumain. Hélas! tout a passé comme l'ombre d'un rêve, Comme le flot tari qui déserte la grève, Et ce jour radieux n'eut pas de lendemain!

Un autre, pauvre enfant, sur la terre étrangère, Privé des doux baisers de la France sa mère, S'en va, puni d'erreurs dont il est innocent. Sur la tige des lis, fleur nouvelle, âme blanche, Il devait rajeunir et relever la branche, Et tout semblait sourire à son destin naissant.

Mais, négligence folle, aveuglement suprême, L'on avait oublié d'inviter au baptême Une magicienne au merveilleux pouvoir, Dont les plaintes en vain ne sont pas étouffées, Et qui dote les rois de tous les dons des fées La sage Liberté, fille du saint devoir!