L'ETRENNE DU POÈTE
Pour vous, au jour de l'an, je rêvais quelque étrenne, Moi, le rêveur obscur, admis à votre cour, Un respect prosterné mêlé d'un humble amour, C'est un mince joyau dans l'écrin d'une reine.
Que peut le ver rampant pour l'étoile sereine, Le caillou pour la perle et l'ombre pour le jour? L'étoile ignore l'homme, et, de son bleu séjour, Le soleil ne voit pas la terre qu'il entraîne!
Mais vous, dont la douceur attendrit la beauté, Parfois de cet Olympe où trône la déesse Vous abaissez sur nous un regard de bonté.
Et vous respirerez, indulgente princesse, Ce pauvre grain de nard, mon unique trésor, Que font brûler mes vers, comme un encensoir d'or.
1er janvier 1868.
SONNET VIII
LES DÉESSES POSENT
Parfois, une déesse pose, (Hébert du moins s'en est vanté) Entr'ouvrant son voile argenté Dans un reflet d'apothéose.
Votre portrait prouve la chose Par son air de divinité; César y mit la majesté, Et Vénus le sourire rose.
Des perles à l'éclat tremblant Ruissellent sur votre col blanc, Comme des gouttes de lumière.
Mais si le collier vous manquait, Vous seriez dans une chaumière Reine encore avec un bouquet!
18 mars 1868.
SONNET IX
D'APRÈS VANUTELLI
A la Piazetta, sous l'ombre des portiques, Vanutelli nous montre en leur costume ancien, Dames et jeunes gens à l'air patricien, Causant entr'eux d'amour ou d'affaires publiques.
Hors du cadre, évoqués par des charmes magiques, On croit voir des portraits de Giorgione ou Titien Qui, sous le velours noir du loup vénitien, Ébauchent, comme au bal, des intrigues obliques.
Les pigeons de Saint-Marc s'abattent à leurs pieds Avec roucoulements et frémissements d'ailes; Près des galants trompeurs, sont les oiseaux fidèles!
Seigneurs, dames, pigeons, par vous sont copiés D'une touche à la fois si libre et naturelle, Qu'on dirait le tableau fait d'après l'aquarelle!
1869.
SONNET X