L'ENVOY.
Amour, s'il vous plaist commander A Fortune de me cherir, Je pense joye recouvrer; Dieu doint qu'ainsi puist avenir!
BALADE.
Je ne me scay en quel point maintenir, Ce premier jour de May plein de liesse; Car d'une part puis dire sans faillir Que, Dieu mercy, j'ay loyalle maistresse, Qui de tous biens a trop plus qu'à largesse; Et si pense que, la sienne mercy, Elle me tient son servant et amy; Ne doy je bien doncques joye mener, Et me tenir en joyeuse plaisance? Certes ouil! et Amour mercier Tres humblement de toute ma puissance.
Mais d'autre part, il me convient souffrir Tant de doleur et de dure destresse Par Fortune, qui me vient assaillir De tous costez, qui de maulx est princesse; Passer m'a fait le plus de ma jeunesse, Dieu scet comment, en doloreux party; Et si me fait demourer en soussy, Loings de celle par qui puis recouvrer Le vray tresor de ma droicte esperance, Et que je vueil obeir, et amer Tres humblement de toute ma puissance.
Et pour ce May, je vous viens requerir, Pardonnez moy de vostre gentillesse, Se je ne puis à present vous servir Comme je doy, car je vous fais promesse; J'ay bon vouloir envers vous, mais Tristesse M'a si longtemps en son dangier nourry, Que j'ay du tout joye mis en oubly; Si me vault mieulx seul de gens eslongner, Qui dolent est ne sert que d'encombrance; Pour ce, reclus me tendray en penser Tres humblement de toute ma puissance.