‹ Poésies de Charles d'OrléansChapitre 44 sur 125 · L'ENVOY.

L'ENVOY.

Amours, pour verité certaine, Mort vous guerrie fellement; Se n'y trouvez amendement, Ce monde n'est que chose vaine.

BALADE.

Le premier jour du mois de May, Trouvé me suis en compaignie Qui estoit, pour dire le vray, De gracieuseté garnie; Et, pour oster merencolie, Fut ordonné qu'on choisiroit, Comme fortune donneroit, La fueille plaine de verdure, Ou la fleur pour toute l'année; Si prins la feuille pour livrée, Comme lors fut mon aventure.

Tantost apres je m'avisay, Qu'à bon droit, je l'avoye choisie; Car, puisque par mort perdu ay La fleur, de tous biens enrichie, Qui estoit ma Dame, m'amie, Et qui de sa grace m'amoit, Et pour son amy me tenoit, Mon cueur d'autre fleur n'a plus cure: Adonc congneu que ma pensée Accordoit à ma destinée, Comme lors fut mon aventure.

Pour ce, la fueille porteray Cest an, sans que point je l'oublie; Et à mon povoir me tendray Entierement de sa partie; Je n'ay de nulle fleur envie, Porte la qui porter la doit, Car la fleur, que mon cueur amoit Plus que nulle autre creature, Est hors de ce monde passée, Qui son amour m'avoit donnée, Comme lors fut mon aventure.