‹ Poésies de Charles d'OrléansChapitre 45 sur 125 · L'ENVOY.

L'ENVOY.

Il n'est fueille, ne fleur qui dure Que pour ung temps, car esprouvée J'ay la chose que j'ay comptée, Comme lors fut mon aventure.

BALADE.

Le lendemain du premier jour de May, Dedens mon lit, ainsi que je dormoye, Au point du jour m'avint que je songay Que devant moy une fleur je veoye, Qui me disoit: Amy, je me souloye En toy fier, car pieca mon party Tu tenoies, mais mis l'as en oubly, En soustenant la fueille contre moy; J'ay merveille que tu veulx faire ainsi, Riens n'ay meffait, ce pense je, vers toy.

Tout esbahy alors je me trouvay, Si respondy au mieulx que je savoye: Tres belle fleur, oncques je ne pensay Faire chose qui desplaire te doye; Se, pour esbat, aventure m'envoye Que je serve la fueille cest an cy, Doy je pourtant estre de toy banny? Nennil certes, je fais comme je doy, Et, se je tiens le party qu'ay choisy, Riens n'ay meffait, ce pense je, vers toy.

Car non pourtant honneur te porteray De bon vouloir, quelque part que je soye, Tout pour l'amour d'une fleur que j'amay Ou temps passé; Dieu doint que je la voye En Paradis, apres ma mort, en joye; Et pour ce, fleur, chierement je te pry, Ne te plains plus, car cause n'as pourquoy, Puisque je fais ainsi que tenu suy, Riens n'ay meffait, ce pense je, vers toy.