‹ Poésies de Charles d'OrléansChapitre 48 sur 125 · L'ENVOY.

L'ENVOY.

Amour, ordonnez tellement Que j'aye cause de me taire, Sans plus dire de cueur dolent: Tout est rompu, c'est à reffaire.

BALADE.

Plaisant Beaulté mon cueur nasvra Ja pieca, si tres durement Qu'en la fievre d'amours entra, Qui l'a tenu moult asprement; Mais, de nouvel presentement, Ung bon medicin qu'on appelle Nonchaloir, que tiens pour amy, M'a guery, la sienne mercy, Se la playe ne renouvelle.

Quant mon cueur tout sain se trouva, Il l'en mercia grandement; Et humblement lui demanda: S'en santé serait longuement? Il respondy tres saigement: Mais que gardes bien ta fourcelle Du vent d'Amours qui te fery, Tu es en bon point jusqu'à cy, Se la playe ne renouvelle.

L'embusche de Plaisir entra Parmy tes yeulx soutifvement; Jeunesse le mal pourchassa, Qui t'avoit en gouvernement; Et puis bouta priveement Dedens ton logis l'estincelle D'Ardant desir qui tout ardy; Lors fus nasvré, or t'ay guery, Se la playe ne renouvelle.

BALADE.

Le beau souleil, le jour saint Valentin, Qui apportait sa chandelle alumée, N'a pas longtemps, entra ung bien matin Priveement en ma chambre fermée. Celle clarté, qu'il avoit apportée, Si m'esveilla du somme de Soussy, Où j'avoye toute la nuit dormy Sur le dur lit d'ennuieuse pensée.

Ce jour aussi, pour partir leur butin Des biens d'Amours, faisoient assemblée Tous les oyseaulx, qui parlans leur latin, Crioyent fort, demandans la livrée Que Nature leur avoit ordonnée; C'estoit d'un per comme chascun choisy; Si ne me peu rendormir, pour leur cry, Sur le dur lit d'ennuieuse pensée.

Lors en moillant de larmes mon coessin, Je regrectay ma dure destinée, Disant: Oyseaulx je vous voy en chemin De tout plaisir et joye désirée; Chascun de vous a per qui lui agrée, Et point n'en ay, car Mort, qui m'a trahy, A prins mon per, dont en dueil je languy Sur le dur lit d'ennuieuse pensée.