‹ Poésies de Charles d'OrléansChapitre 47 sur 125 · L'ENVOY.

L'ENVOY.

Aveugle suy, ne scay où aler doye; De mon baston affin que ne forvoye, Je vois tastant mon chemin ca et là; C'est grant pitié qu'il convient que je soye L'omme esgaré qui ne scet où il va.

BALADE.

J'ay esté de la compaignie Des amoureux moult longuement, Et m'a Amour, dont le mercie, Donné de ses biens largement; Mais au derrain, ne scay comment, Mon fait est venu au contraire; Et, à parler ouvertement, Tout est rompu, c'est à reffaire

Certes, je ne cuidoye mie Qu'en amer eust tel changement; Car, chascun dit que c'est la vie Où il a plus d'esbatement; Helas! j'ay trouvé autrement; Car, quant en l'amoureux repaire Cuidoye vivre seurement, Tout est rompu, c'est à reffaire.

Au fort, en Amour je m'affie Qui m'aidera aucunement, Pour l'amour de sa seigneurie Que j'ay servie loyaument; N'oncques ne fis, par mon serement, Chose qui lui doye desplaire, Et non pourtant estrangement, Tout est rompu, c'est à reffaire.