‹ Poésies de Charles d'OrléansChapitre 54 sur 125 · L'ENVOY.

L'ENVOY.

Quant je voy en doleur pris Les amoureux, je m'en ris; Car je tiens, pour grant folie, L'amoureuse maladie.

BALADE.

Mon cueur m'a fait commandement De venir vers vostre jeunesse, Belle que j'ayme loyaument, Comme doy faire ma Princesse; Se vous demandez pourquoi esse? C'est pour savoir quant vous plaira Alegier sa dure destresse, Ma Dame, le sauray je ja?

Dictez le, par vostre serment Je vous fais loyalle promesse, Nul ne le saura, seulement Fors que lui, pour avoir leesse; Or lui monstrez qu'estes maistresse, Et lui mandez qu'il guerira, Ou s'il doit mourir de destresse, Ma Dame, le saurai je ja?

Penser ne pourroit nullement Que la doleur, qui tant le blesse, Ne vous desplaise aucunement; Or faictes donc tant qu'elle cesse, Et le remectez en l'adresse D'Espoir, dont il party pieca; Respondez sans que plus vous presse. Ma Dame, le sauray je ja?

BALADE.

Je meurs de soif, en cousté la fontaine; Tremblant de froit, ou feu des amoureux; Aveugle suis, et si les autres maine; Povre de sens, entre saichans l'un d'eulx; Trop negligent, en vain souvent soigneux; C'est de mon fait une chose faiée, En bien et mal par fortune menée.

Je gaingne temps, et pers mainte sepmaine; Je joue et ris, quant me sens douloreux; Desplaisance j'ay, d'esperance plaine; J'actens boneur en regret angoisseux; Rien ne me plaist, et si suis desireux; Je m'esjois, et courre à ma pensée, En bien et mal par fortune menée.

Je parle trop, et me tais à grant paine; Je m'esbahys, et si suis courageux; Tristesse tient mon confort en demaine, Faillir ne puis, au moins à l'un des deux; Bonne chierre je faiz, quant je me deulx; Maladie m'est en santé donnée, En bien et mal par fortune menée.