‹ Poésies de Charles d'OrléansChapitre 55 sur 125 · L'ENVOY.

L'ENVOY.

Prince, je dy que mon fait maleureux, Et mon prouffit aussi avantageux, Sur ung hasart j'asseray quelque année, En bien et mal par fortune menée.

BALADE.

Comment voy je les Anglois esbahys, Resjoys toy, franc royaume de France, On apparcoit que de Dieu sont hays; Puis qu'ilz n'ont plus couraige ne puissance; Bien pensoient, par leur oultrecuidance, Toy surmonter, et tenir en servaige; Et ont tenu à tort ton heritaige; Mais à present Dieu pour toy se combat, Et se monstre du tout de ta partie, Leur grant orgueil entierement abat, Et t'a rendu Guyenne et Normendie.

Quant les Anglois as pieca envays, Rien ny valoit ton sens, ne ta vaillance; Lors estoies ainsi que fut Tays Pecheresse qui pour faire penance, Enclouse fut par divine ordonnance; Ainsi as tu esté en reclusaige De desconfort, et douleur de couraige. Et les Anglois menoient leur sabat, En grans pompes, baubans et tirannie. Or, a tourné Dieu ton dueil en esbat, Et t'a rendu Guyenne et Normendie.

N'ont pas Anglois souvent leurs Rois trays? Certes ouil. tous en ont congnoissance; Et encore, le Roy de leur pays Est maintenant en doubteuse balance; D'en parler mal, chascun Anglois s'avance; Assez monstrent, par leur mauvais langage, Que voulentiers ilz lui feroyent oultrage; Qui sera Roy entr'eulx est grant desbat; Pour ce, France, que veulx tu que te dye? De sa verge Dieu, les punist et bat, Et t'a rendu Guyenne et Normendie.

PRINCE.

Roy des Français gaigné as l'asvantaige, Parfaiz ton jeu, comme vaillant et saige, Maintenant l'as plus belle qu'au rabat. De ton boneur, France, Dieu remercie; Fortune en bien avecques toi s'embat, Et t'a rendu Guyenne et Normendie.

BALADE.

On parle de religion Qui est d'estroicte gouvernance, Et, par ardant devocion, Portent mainte dure penance; Mais, ainsi que j'ay congnoissance, Et selon mon entencion, Entre tous, j'ay compassion Des amoureux de l'observance

Toujours par contemplacion Tiennent leurs cueurs raviz en trance; Pour venir par perfection Au hault Paradis de Plaisance: Chault, froit, soif et faim d'esperance, Souffrent en mainte nacion; Telle est la conversacion Des amoureux de l'observance.

Piez nuz, de consolacion Quierent l'aumosne d'alegence; Or ne veulent ne pension, Fors de pitié pour pitance; En bissacs plains de souvenance, Pour leur simple provision, N'est ce saincte condicion Des amoureux de l'observance?