‹ Poésies de Charles d'OrléansChapitre 77 sur 125 · L'ENVOY.

L'ENVOY.

Qui me loue, il m'est injurieux; Je ne bouge, quant d'un lieu je me pars; Par bien ouvrer, en vain labourieux; Le neutre suis, et si tiens les deux pars.

BALADE.

Je meurs de soif aupres de la fontaine; Tant plus mengue, et tant plus je me affame; Povre d'argent, ou ma bourse en est plaine; Marié suis, et si n'ay point de fame; Qui me honnore, grandement me diffame; Quant je vois droit, lors est que me devoye; Pour loz et pris, je tiltre de diffame; Grief desplaisir m'est excessive joye.

Quant on me toult, richement on me estraine; Dix mile onces ne me sont que une dragme; Sec et brahaing, je porte fleur et graine; En reposant, sur mer tire à la rame; Actaine suis en tous lieux on n'a ame; Acompaigné, je n'ay qui me convoye; Toute entiere est la chose que je entame, Grief desplaisir m'est excessive joye.

En aspirant, je retiens mon alaine; Quant eur me vient, maleureux je me clame; Fort et puissant, flexible comme laine; Transi d'amours sans avoir nulle dame; Homme parfait, privé de corps et d'ame; Paisible suis, et ung chascun guerroye; Mes ennemis plus que tous autres, ame; Grief desplaisir m'est excessive joye.