V. - VI.
Ja no·m digua lipaudes Nulhs hom per mon cor auzir, (Qu'ieu l'en sabrai gent mentir), Que pus trahit me·n agues, 36 En crides pueys mon fades. Mas tan suy greus a proar, Qu'ans poiratz mi·l bureus far De presset dir que fos saya. 40
Mon Diaman, que tenc car, Vuelh de ma chanso pregar Qu'a Toloza la·m retraya. 43
I.--Maintenant j'ai bien appris d'Amour comment il sait frapper de son dard; mais comment ensuite il sait gentiment guérir, cela je ne le sais pas encore. Je connais le médecin qui seul peut me donner la santé, mais à quoi cela me sert-il, si je n'ose lui montrer ma plaie mortelle?
II.--Je mourrai par ma sottise, car je ne vais pas lui montrer et dire la douleur qui me fait souffrir; personne ne peut me donner un remède contre cette douleur sauf la dame gaie et courtoise, que j'aime et que je chéris tant que je n'ose lui crier pitié, tellement j'ai peur que cela lui déplaise.
III.--J'ai un grand désir de pouvoir venir à genoux vers elle, d'aussi loin qu'on pourrait la voir, de venir vers elle mains jointes, lui faire hommage, comme un serf doit le faire à son seigneur, et en pleurant implorer sa pitié sans crainte des mauvaises gens.
IV.--Bonne dame où nous voyons tous biens naître comme graines et fleurs, puisque je vous aime et vous désire tant, je vous crie pitié; que pitié et ma bonne foi me viennent en aide auprès de vous, car je garderai bien mon secret et je vous serai plus fidèle--que Dieu me protège!--que Landric ne le fut à Aye.
V.--Qu'aucun homme ne me dise de flatterie pour entendre mon coeur (c.-à-d. le fond de ma pensée, de mon coeur) (--car je saurai lui dire gentiment un mensonge!--) pour que après qu'il m'aurait trahi il criât ensuite ma sottise. Mais je suis si dur à l'épreuve que vous pourriez me faire dire plutôt que la bure de presset est de la laine.
VI.--Je veux prier Mon Diamant, que j'aime tant, de réciter ma chanson à Toulouse.
Notes:
Texte du ms. C, d'après C. Appel, Provenzalische Inedita aus Pariser Handschriften, p. 244. La chanson n'existe que dans ce manuscrit; les trois premières strophes se retrouvent dans le Breviari d'Amor, v. 31564. Aux vers 12 et 39 nous avons remplacé la graphie ll par lh.
V. 32. Landric et Aya: Aye d'Avignon est l'héroïne d'une chanson de geste française; Landric est le héros d'une chanson qui ne nous est pas parvenue. V. 40. Presset ou perset, sorte de laine, opposée souvent chez les troubadours à saia.
III [No. 4 de Bartsch].