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Chapitre 11

Tout s’est arrangé encore une fois ; avec le roi nouveau, le calme est revenu dans la ville murée, et nous voilà de retour chez nous, dans notre baie d’exil.
Aujourd’hui vient d’être érigée à Tourane la première enseigne écrite en français : Shang-Hoo, fournisseur de la marine ; cela se lit sur une planchette au bout d’un long bâton ; ce n’est presque rien, et déjà cela détonne au milieu de cette vieille petite ville de pagodes et de poussière.

A bord, ce Shang-Hoo a reçu de nos timoniers le nom de Chinois vert, à cause de la couleur habituelle de ses robes. Attiré dans le pays par notre présence, il est devenu peu à peu, avec une certaine grâce insinuante, notre familier indispensable. Fournisseur de tout, très accommodant, très fin, très jeune, très comique ; soigneux de sa personne et de sa queue élégante ; mince autant qu’un bambou et sentant le sandal.

Dans ses magasins improvisés, qui sont des hangars de roseau au bord de la rivière, s’empressent des employés très gras, la queue soyeuse, les bas bien tirés, le ventre nu, étalant avec complaisance leur obésité de magot. Un bouddha mural, également ventru, préside aux transactions. On vend du charbon de terre, des bœufs vivants, des chapelets de sapèques, des ballots de riz, des jarres de Sam-Chou. Cela sent beaucoup le chinois là dedans, comme nos matelots disent, et les hauts bambous agitent au-dessus leur feuillage grêle, où des moustiques dansent en nuées.

Madame Shang-Hoo, plus récemment arrivée de Canton, nonchalante et minaudière, a des yeux si retroussés, si retroussés, que ses prunelles, toujours agitées comme son éventail, semblent rouler de haut en bas ; — titube perpétuellement sur ses pieds de poupée.

En combinant leurs deux figures, on se perd en suppositions sur ce que va être le minois d’un petit Shang-Hoo, dont la venue au monde nous est annoncée pour le mois prochain.

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