Chapitre 5
Il se souvenait d’avoir eu une femme… Cela avait duré juste un printemps : des baisers échangés les soirs d’avril, dans le calme honnête d’un logis à deux.
Il était presque un peu âgé pour un matelot, — trente et un ans, — quand il avait pris cette jeune fille en mariage à Port-Louis.
Il y avait eu un cortège, des violons, un lendemain à Lorient.
D’abord il avait goûté cette nouveauté de l’avoir à soi tout seul ; il avait trouvé un charme à dire : ma femme ; à la promener en plein jour à son bras ; à rentrer le soir avec elle dans leur petit ménage qu’il avait monté avec ses économies de campagne. Deux ou trois de ses camarades avaient fait comme lui, ce printemps-là, s’amusant aussi à jouer à l’homme marié, entre deux voyages lointains. Et on se saluait gravement quand on se rencontrait à la promenade, dans les chemins déjà verts.
Et puis quelque chose de plus profond était venu tout de suite ; il avait reporté sur elle tous ses besoins d’affection, tous ses élans de vraie tendresse de pauvre abandonné ; imaginant des caresses plus chastes, des galanteries nouvelles ; redevenant doux et presque timide comme un enfant…
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Un beau jour, un ordre d’embarquement sur la Pomone :trois années à errer dans l’océan Pacifique.
A son retour, elle vivait avec un vieux riche de la ville et portait des robes à falbalas.
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