‹ Quand l'esprit souffleChapitre 25 sur 57 · I

I

J’ai voulu donner place dans ces études à un récit de conversion dû à un étranger. J’aurais pu choisir l’admirable auteur du Maître de la Terre et de la Lumière invisible: l’Anglais Robert Hugh Benson ou le professeur allemand Albert de Ruville ou enfin l’exquis, le tendre poète danois Jœrgensen.

A la réflexion, j’ai pris un cas encore plus particulier que celui de ces protestants; c’est celui d’un écrivain qui, né d’un père prussien et d’une mère badoise, se trouve, par surcroît, être un Juif. Il s’appelle Paul Lœwengard.

Un Juif, c’est-à-dire non seulement un homme dont les ancêtres furent nourris dans la haine du Sauveur, mais qui, en outre, appartient à une race très différente de la nôtre. Celui-là, rien ne saurait exprimer à quel point il nous est étranger. D’autant plus étonnant le miracle qui l’amène à l’Église.

En effet, avec nos frères séparés nous gardons un lien: à moins qu’ils n’aient tout à fait perdu la foi, ils savent que, comme nous, ils furent rachetés par la Passion de Notre-Seigneur; la Croix ne peut leur inspirer que des sentiments de reconnaissance et de respect ému. Pour un Juif, s’il reste dans la tradition talmudique, les souffrances de Jésus sont un châtiment mérité; la seule vue d’un Crucifix lui fait éprouver de l’horreur pour ces chrétiens qui transfigurent en symbole de gloire un gibet infamant, qui adorent un agitateur sacrilège, rejeté par la synagogue, livré aux bourreaux par le grand-prêtre du Temple.

Mais il y a encore autre chose: les Juifs, parce qu’ils ne sont pas de notre sang, demeurent imperméables à nos mœurs, à nos façons de sentir, à nos habitudes de pensée. Campés parmi nous, ils ont beau se faire naturaliser, la tare originelle persiste; ils restent la «nation insociable», comme l’avoua un de leurs intellectuels: Bernard Lazare. Accapareurs d’or ou révolutionnaires frénétiques, ils sont un élément d’injustice, de trouble et de désordre. Secoués par cette névrose, qui est le signe de la réprobation qu’ils encoururent, ils tendent sans cesse, et plus ou moins consciemment, à fausser ou à détruire les principes que des siècles de christianisme créèrent en nous.

L’ancienne société, mue par un sage instinct de conservation, avait donc raison de les maintenir hors de ses cadres. Il a fallu la Révolution, la veulerie humanitaire qui s’ensuivit et l’application du sophisme égalitaire, pourqu’on admît les Juifs à des fonctions d’où la plus simple prudence aurait dû les exclure à jamais. Notre pays, réduit en poussière par la Franc-Maçonnerie--que leur rage anti-chrétienne inspire et stimule--commence, tout de même, à s’apercevoir qu’il y a péril à donner aux Juifs le droit de gouverner des Français, de légiférer pour des Français, de juger des Français, de commander à des soldats français.

S’il est dans les desseins de Dieu que la fille aînée de l’Église recouvre son privilège de guerrière du Christ, la première mesure à prendre sera de tenir la nation juive à l’écart pour qu’elle attende le jour où, selon l’affirmation de saint Paul, son arrogance fléchira, où, les écailles lui tombant des yeux, elle reconnaîtra la lumière de Jésus, où elle aura part au salut éternel.

Et alors, ce sera la fin du monde. Mais jusqu’alors:--Vade foras, Israël!...

Cela, c’est le point de vue social.

Mais au point de vue religieux, nous ne devons ni mépriser, ni désespérer les Juifs car ils furent le peuple élu par Dieu pour garder la Promesse. L’histoire entière du peuple hébreu converge vers la Rédemption; on en trouve la preuve éblouissante d’évidence dans l’Ancien Testament: là, s’élève le roc de diamant d’une certitude contre laquelle viennent se briser toutes les pauvres arguties du rationalisme. Les patriarches et les prophètes juifs, nous les vénérons, car nous savons que leurs holocaustes préfigurent le Saint-Sacrifice. La généalogie humaine de Notre-Seigneur remonte au Roi-Psalmiste. «Le salut du monde, comme il a été dit, sort des Juifs.» Et enfin, pour qui apprit à regarder au delà des apparences, quel mystère que le maintien de ce peuple comme témoin permanent des justices divines! Quels prodiges que sa dispersion dans l’univers, que sa conservation depuis deux mille ans tout à l’heure, malgré tant de massacres et d’oppressions, que l’influence anormale exercée par lui de nos jours. Ne sont-ce pas là des faits aussi extraordinaires que celui de sa prédestination?

D’ailleurs, le plus renversant des miracles, c’est la conversion si rare--d’un Juif. Précurseur du pardon qui doit être accordé à sa race, il atteste, plus que quiconque, les torrents de miséricorde et d’amour qui jaillissent inlassablement du Sacré Cœur. Souvent, il devient un admirable prêtre comme ce Père Hermann dont l’âme fut une musique, comme ce Ratisbonne conquis par la Sainte Vierge elle-même, comme cet abbé Lémann, dont l’éloquence embrasée au feu de l’Évangile persuada le jeune Lœwengard ainsi que celui-ci l’indique dès la dédicace de son livre à son père spirituel: «A vingt-huit ans, j’étais un Juif satanique, impie, sensuel, fou d’orgueil. A vingt-neuf ans, la Providence a dirigé mes pas vers une église où vous annonciez la parole de Dieu. Cette parole me transforma, me convertit...»

Ah! ici, il n’y a plus à ratiociner d’Aryens et de Sémites. Il faut adorer les merveilles de la bonté divine, accueillir en chantant Magnificat ce frère revenu de si loin, raconter les rigueurs et les tendresses de la Grâce dont il fut l’objet et proclamer, à son propos, la seule égalité qui ne soit pas illusoire: celle qui prosterne et prosternera toutes les races au pied de la Croix souveraine!...

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