‹ Quand l'esprit souffleChapitre 54 sur 57 · XIII

XIII

Dans ce même temps, des amis de Clément lui proposèrent d’entreprendre un pèlerinage à Lourdes pour demander sa guérison à la Vierge. On lui faisait valoir que cette guérison miraculeuse pourrait être pour un grand nombre d’incrédules ou d’indifférents une occasion de retour à la foi.

Il hésita d’abord, consulta une religieuse très avancée dans la vie spirituelle. Mais cette sainte moniale lui répondit qu’après les assurances qu’il avait reçues d’être une victime de réparation unie à la Passion du Christ, elle croyait préférable qu’il continuât de souffrir pour le rachat des péchés du monde.

Roux lui donna raison. Il demanda au Seigneur de ne jamais guérir. Et cet héroïsme dans le sacrifice dissipa les ténèbres. Il se fondit en Dieu et connut enfin les joies de l’union constante avec Jésus. Alors il passa la plus grande partie de son existence dans la chapelle des Visitandines, priant, adorant la Présence Réelle dans le tabernacle: «Ici, écrivait-il, je vis, ailleurs, je ne vis plus. Ma nature a subi une telle transformation que je meurs d’ennui en dehors de ce lieu d’adoration et d’amour. Il n’y a plus à y revenir: c’est un fait réellement et pour jamais accompli; ma volonté n’y pourrait rien. Je sens en moi une puissance irrésistible qui m’enchaîne au pied de l’autel. Entre mon âme et Jésus, il y a un courant d’amour sans solution de continuité. Et dans ce silence profond de l’amour, j’entends retentir un seul mot qui me plonge dans un ravissement sans fin: Je t’ai aimé de toute éternité!...» Dès lors, il s’absorba jusqu’à la fin de sa vie terrestre dans sa fonction de serviteur de l’Eucharistie.

Les ravissements de son âme, où coulait un perpétuel fleuve de lumière, il les a exprimés par des cris d’amour si fervents qu’ils brûlent encore les pages où il les traça car, désormais, il pouvait dire, à la manière de saint Paul:--Je vis, mais c’est Jésus qui vit en moi!

Ceux qui le surprenaient en adoration éprouvaient une sorte d’éblouissement et se sentaient remués jusqu’au fond de l’âme à le contempler. Un jour, une personne pieuse, Mlle Catherine Bernard, avait à l’entretenir d’une affaire urgente. On lui dit qu’il était chez les Visitandines où le Saint-Sacrement était exposé. Elle se rendit à la chapelle et s’approchant de Clément qui était agenouillé près de la table de communion, elle lui toucha l’épaule. Il tourna la tête et elle fut stupéfaite en voyant sa figure couverte de larmes et toute lumineuse. «Je fus tellement saisie, ajoute-t-elle, que je me retirai sans avoir osé lui adresser la parole.»

Ainsi la lumière rayonnait de lui pour pénétrer dans l’âme des fidèles.

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