CHAPITRE IV.
Récit de Diodore.
D’après tout ce que nous avons vu du désordre et des contradictions de la liste d’Africanus, copiste apparent de Manéthon, nous avons droit de croire que la dynastie des pasteurs a été la borne historique des savants de Memphis, et cela par la double raison que ces étrangers auront détruit les archives nationales, et que l’école de Memphis, ne trouvant au-delà de leur époque que des rois thébains, les aura négligés par esprit de parti pour sa métropole. Si nous avions la liste complète de ces rois, trouvée par Ératosthènes, et copiée par Apollodore, peut-être y trouverions-nous le moyen de renouer le fil de succession par l’entremise de la 18e dynastie: à son défaut, il faut nous adresser à Diodore.
Cet auteur, qui lût et compulsa un grand nombre de livres sur ces matières, dans la bibliothèque d’Alexandrie, eut de grands moyens de s’instruire et de nous instruire avec lui: malheureusement il s’est moins appliqué à la précision qu’à l’étendue.--Cet historien nous donne comme résultat de ses recherches, et comme un fait non contesté de son temps, «que le royaume de Thèbes fut le premier civilisé et le plus célèbre de toute l’Égypte. La ville de Thèbes, dit-il[271], fut fondée, selon quelques-uns, par le dieu Osiris même, qui lui donna le nom de sa mère; mais ni les auteurs ni les prêtres ne sont d’accord à ce sujet, plusieurs assurant que cette ville a été bâtie bien plus tard, par un roi nommé Busiris.»
Nous laissons à part ce que Diodore dit avec Hérodote, Manéthon et la vielle chronique, du règne des dieux, qui dura des milliers d’années, 10,000, selon les uns, 18,000 et même 23,000 selon d’autres, depuis Osiris ou le soleil, jusqu’à Alexandre... Ce sont là des allégories astrologiques, de même que l’invention prétendue de toutes les sciences, par un dieu ou homme nommé Hermès.--Mais Diodore parle historiquement, lorsqu’il peint l’état primitif des anciens habitants de l’Égypte, et leur vie sauvage entièrement semblable à celle des nègres et des Caraïbes des temps modernes[272]. «Alors, dit-il, ceux-là étaient rois qui inventaient les choses et les moyens utiles aux besoins de la vie: le sceptre ne passait pas au fils du régnant, mais à celui qui avait rendu le plus de services (comme dans l’ancienne Chine).
«Parmi les rois d’Égypte, la plupart ont été indigènes, quelques-uns furent étrangers: on compte, entre autres, quatre Éthiopiens qui ont régné 36 ans, non pas de suite, mais par intervalles.»
Nous avons vu Hérodote en compter 18: il semble que Diodore n’aurait connu que ceux postérieurs à Sabako.
«Les rois, avant Kambyses, ont été au nombre de 470, et 5 reines.»
Voici une grave différence, puisque ce serait au-delà de cent plus qu’Hérodote. Diodore suit Manéthon ou s’en rapproche.
«Après les dieux, le premier roi fut Menas», que Diodore fait régner à Thèbes et non à Memphis (qui en effet ne dut pas exister). Il est singulier que ce Menas ou Menès se retrouve premier homme-roi à Memphis, à Thèbes, en Crète, sous le nom de Minos, dans l’Inde sous celui de Ménou. Il est singulier encore que Manéthon, dans Africanus, ait noté qu’il fut tué par un cheval de rivière (hippopotamos) nomme Isp. Comment une bête sauvage a-t-elle eu un nom propre? Il y a ici de l’allégorie: l’hippopotame fut l’emblème de Typhon, ce génie du mal, qui tua Osiris, génie du bien; Menès doit être un nom d’Osiris, peut-être même le nom le plus ancien. Osiris fut, comme Bacchus, le dieu de l’abondance et de la joie; «Menès, comme Osiris, enseigna aux hommes toutes les commodités, tout le luxe de la vie, la bonne chère, les beaux meubles, les bonnes étoffes, etc.:» l’identité est sensible. Quant au nom du cheval, Isp, comment se fait-il qu’il soit le mot persan asp, un cheval? Manéthon aurait-il copié un auteur perse, qui, après Kambyses, aurait traduit un livre égyptien?
Le nom de Menas fut aboli, nous dit Diodore, par un roi d’Égypte qui, pendant une guerre qu’il fit aux Arabes du désert, trouva de si grands inconvénients dans le luxe et l’épicurisme inventé par Menas, qu’il maudit son nom, et fit inscrire cette malédiction en lettres sacrées dans le temple de Ioupiter à Thèbes. Ne serait-ce pas à dater de cette époque que le nom d’Osiris aurait prévalu? Mais pourquoi man en langue sanscrite signifie-t-il homme, et en chaldæo-hébreu, intelligence?
«Après Ménas, d’autres rois, dit Diodore, se succédèrent pendant 1,400 ans, sans rien faire de remarquable; puis régna Busiris, premier du nom; puis son 8e successeur, nommé aussi Busiris, bâtit la grande ville de Thèbes avec cette magnificence qui l’a rendue la plus célèbre des temps anciens.»
Faire bâtir Thèbes quand on dit qu’elle existait depuis 1,400 ans, est une contradiction manifeste; mais aujourd’hui que les savants français de l’expédition d’Égypte nous ont fait connaître géométriquement le local de Thèbes; qu’ils nous y font distinguer 4 et même 5 enceintes différentes, où la nature et l’emploi des matériaux, les uns de briques, les autres de pierre, le style et l’art des constructions, les unes petites et simples, les autres grandes et compliquées, attestent des époques diverses, nous concevons que là, plus qu’ailleurs, il a existé une gradation d’industrie et de puissance qui, selon les besoins ou les fantaisies du temps, a plusieurs fois déplacé l’habitation des rois et de leur cour, et qui, par l’agglomération qui se fait toujours autour de ces foyers d’activité, a formé plusieurs cités que leur voisinage réciproque a fait comprendre sous le même nom... D’après ce que Diodore dit de la grandeur des temples, des palais et autres ouvrages de Bousiris, l’on pourrait lui attribuer l’enceinte dite Karnâq[273], mais ne quittons pas notre fil chronologique.
Après Busiris II, plusieurs de ses successeurs embellirent la ville de Thèbes. Ici Diodore place d’intéressants détails sur un roi Osymandua, dont il ne détermine point l’époque.
Le huitième successeur d’Osymandua porta le nom d’Uchoreus comme son père: ce fut lui qui bâtit Memphis.
Diodore entre dans des détails qui diffèrent peu de ceux d’Hérodote... «Uchoreus rendit le séjour de cette nouvelle ville si commode, si délicieux, que presque tous ses successeurs le préférèrent à celui de Thèbes, dont la splendeur baissa de jour en jour, tandis que celle de Memphis ne cessa de croître jusqu’à la fondation d’Alexandrie.
«Douze générations après Uchoreus, régna Moïris qui construisit le lac célèbre dont parle Hérodote; 7 générations après Moïris, régna Sésoosis (le Sésostris d’Hérodote), devenu si célébre par ses conquêtes.»
Nous voici arrivés à un point à peu près connu, et nous pourrions nous en servir pour calculer et mettre en ordre les faits cités par Diodore; mais parce qu’il nous importe de savoir quel degré de confiance mérite ce compilateur souvent négligent et superficiel, nous préférons de descendre à une époque plus tardive et plus sûre qui nous fournisse des moyens positifs d’apprécier son degré d’instruction et d’exactitude.
Diodore parlant de la conquête de l’Égypte par Kambyse, fils de Kyrus, assigne cet événement à l’an 3 de la 63e olympiade, ce qui répond à l’an 526 avant J.-C. Il y a ici erreur apparente d’une année, puisque tous les critiques modernes sont d’accord que Kambyse n’entra qu’en l’an 525; mais parce que l’année olympique s’ouvrait au solstice d’été, et que Kambyses put n’entrer que dans le mois de février subséquent, c’est-à-dire après le commencement de l’année romaine et de l’année chaldéenne qui nous servent de guide, l’erreur n’est ni réelle, ni grave: admettons l’an 526, et voyons comment Diodore dispose les faits antérieurs.
SELON DIODORE,
Il y a eu 470 rois en Égypte, depuis Menas jusqu’à Kambyses. Quatre de ces rois furent Éthiopiens, et régnèrent, non de suite, mais par intervalles.
1 Menas, premier roi homme et non dieu, régna à Thèbes (et non à Memphis).
2 Après Menas, des rois obscurs se succédèrent pendant 1400 ans............................... ci 1400 ans;
3 Busiris I succède.
4 Busiris II, son 8e successeur, bâtit Thèbes et y élève les grands monuments qui subsistent encore.
5 Après Busiris II, règne une série de rois non définie.
6 Puis Osymandua.
7 Le 8e successeur, nommé Uchoreus, fonde Memphis à l’ouest du Nil.
12 générations après Uchoreus, règne Moïris, qui construit le lac.
7 générations après Moïris règne Sésoosis [Sésostris][274], qui conquiert l’Asie............................. 33 ans.
Son fils Sésoosis II.
Nombre indéfini de successeurs obscurs.
Après eux vient Amosis, tyran.
Amosis, tyran, chassé par
Actisanes, éthiopien.
Mendès ou Marrus bâtit le labyrinthe.
Interrègne de 5 générations.
Protée ou Ketés est élu roi.
Remphis, le riche en or.
7 générations.
Nileus fait de très-grands ouvrages au fleuve qui prend son nom.
8 générations.
Chembès bâtit la grande pyramide.
Chephren, son frère.
Mykerinus, fils de Chembès.
Bocchoris le sage.
Plusieurs générations.
Sabako, éthiopien.
Interrègne.......................................... 2 ans
12 rois, dont Psammétik est un.
Ils font un grand ouvrage, et régnent............... 15
1 Psammétik (règne omis).
2
3
4 génération. Apriès.......... 22 Amasis.......... 55 av. J.-C.
Kambyses, perse, l’an......... 526
«Avant Kambyses, dit-il[275], avait régné Amasis pendant 55 ans.»
Il y a ici omission totale du fils d’Amasis, Psamménit, qui lui succéda, régna 6 mois et périt, avec des détails intéressants mentionnés par Hérodote.
Ensuite pourquoi Diodore porte-t-il à 55 ans le règne d’Amasis qui, selon Hérodote, ne fut que de 44? Notez que Diodore paraît n’être que le copiste d’Hérodote depuis le règne de Protée: Amasis aurait donc commencé en 581.
Avant Amasis avait régné Apriès pendant 22 ans (il aurait commencé en l’an 603).
«Quatre générations avant Apriès avait régné Psammitichus[276].»
Pourquoi Diodore omet-il encore ici la durée de ce règne important? et de plus, pourquoi cette expression vague quatre générations? Ne dirait-on pas qu’il y eut 4 règnes entre les 2 rois nommés, et qu’à raison de 30 ans par génération, selon le système de Diodore, on dut compter 120 ans? En ce cas Psammitichus serait rejeté à l’an 723; mais cette année sera-t-elle le commencement ou la fin de son règne? Notre embarras serait grand si Hérodote ne nous eût décrit les règnes d’Apriès, fils de Psammis; de Psammis, fils de Nékos; de Nékos, fils de Psammétik, avec toutes leurs circonstances d’action et de durée: on voit bien ici quatre générations, mais qui eût deviné que Diodore y comprenait les deux termes qu’il donne pour limites? Cette négligence rompt déjà le fil chronologique que nous attendions de lui; mais supposons que pour ses quatre générations, il ait compté 120 ans, selon sa méthode, le règne de Psammitichus aura commencé l’an 701.
«Avant lui, avait eu lieu pendant 15 ans[277], une oligarchie de 12 régents ou rois dont il avait été l’un.»
Cette oligarchie avait donc commencé en l’an 716, et elle avait succédé à une anarchie de 2 ans, qui elle-même succéda au règne de l’Éthiopien Sabako. Ce règne aurait donc fini en l’an 718. Nous avons contre cette date les témoignages des Juifs et des listes copiées de Manéthon: encore si Diodore nous donnait la durée du règne de Sabako; mais il l’omet nettement, et se contente de dire qu’il était venu régner en Égypte plusieurs temps après Bocchoris (le sage). Voilà notre fil de dates encore interrompu.
«Or Bocchoris avait succédé[278] à Mykerin, dit aussi Mecherin (règne omis), lequel avait succédé à son oncle Chephren, qui régna 56 ans et bâtit l’une des grandes pyramides; et Chephren avait succédé à son frère Chembès, lequel régna 50 ans, et bâtit la plus grande de toutes les pyramides connues.»
Nous avons ici les rois Mykerin, Chephren et Cheops d’Hérodote, et dans les détails que récite Diodore, il se montre purement l’écho de cet auteur; mais il ne nous donne aucun moyen de rétablir la série chronologique rompue depuis Psammitichus: seulement il observe que depuis l’érection de la grande pyramide (de Chembès ou Cheops), jusqu’à l’année où il écrivait, plusieurs savants égyptiens comptaient une durée de 1,000 ans, ce qui correspond à l’année 1056 avant J.-C.; et cependant, dit-il, d’autres prétendent qu’il s’est écoulé 3,400 ans.
Nous pensons que cette seconde opinion doit s’entendre de quelque pyramide bien plus ancienne, et dont l’érection eut un but réellement astronomique, ainsi que la pyramide de Bel, érigée à Babyl-on vers cette époque.
Antérieurement à Chembès, Diodore place le roi Remphis, «lequel n’eut d’autres soins que d’amasser d’immenses trésors. On prétend qu’il entassa jusqu’à 400,000 talents, tant en or qu’en argent (à 3,000 fr. le talent, c’est 1,200,000,000 francs).»
Ce Remphis est évidemment le Rampsinit d’Hérodote. «Après Remphis, pendant 7 générations, régnèrent des rois fainéants, livrés aux voluptés... Il faut cependant en excepter Nileus, qui, selon les annales sacerdotales, fit creuser des canaux, élever des digues, et exécuter une foule d’autres ouvrages tellement utiles à la navigation, qu’alors le fleuve reçut le nom de Nil, au lieu du nom d’Ægyptus qu’il portait auparavant.»
«Le huitième roi fut Chembès....»
(Il nous semble qu’ici Chembès est le huitième depuis Remphis et non depuis Nileus, comme le veulent quelques traducteurs: ce terme 8 est une suite, un complément des 7 générations mentionnées auparavant.
«Or Remphis avait été le successeur et le fils d’un roi que les Égyptiens nomment Ketès, et les grecs Protée, qui fut contemporain de la guerre de Troie» (dont l’époque est fixée par Diodore à l’an 1188 avant notre ère, c’est-à-dire 1138 ans avant lui-même). Diodore est encore ici copiste d’Hérodote. Il semblerait, d’après cela, que peu de règnes avant Protée devrait venir Sésostris; point du tout: Diodore recourant à quelque autre historien, soit Manéthon, soit Hécatée, introduit une série de rois, dont il ne cite que 4 ou 5, avec des détails qui éveillent contre lui nos soupçons.
«Le fils de Sésoosis (il nomme ainsi Sésostris), en lui succédant, prit le nom de son père..... Il devint aveugle, etc. Il eut pour successeurs une immense série de rois qui ne firent rien de remarquable. Enfin, après plusieurs siècles, le pouvoir passa aux mains d’Amasis qui en usa tyranniquement: il fit mourir les uns, confisqua le bien des autres, traita tout le monde avec insolence..... Le peuple supporta l’oppression qu’il ne pouvait empêcher; mais un roi des Éthiopiens, nommé Actisanes, étant venu attaquer Amasis, les Égyptiens saisirent l’occasion de lui montrer leur haine, et se soumirent sans combat à l’étranger. Actisanes usa de la victoire avec douceur et bonté. Il ne voulut pas même que l’on punît de mort les criminels (en justice); et cependant, comme il ne voulut pas les laisser impunis, il fit couper le nez à ceux qui furent légalement convaincus, et il les envoya habiter et coloniser un lieu désert, que pour cette raison l’on a nommé rhinocolure (narines coupées).
«Après la mort d’Actisanes, les Égyptiens, devenus libres, se nommèrent un roi, appelé Mendès par les uns, et Marras par les autres. Ce prince ne s’illustra point par la guerre, mais il fit construire un ouvrage aussi admirable pour l’art que pour la masse: cet ouvrage fut le labyrinthe devenu si célèbre, même parmi les Grecs.
«Après la mort de Mendès, 5 générations s’étant écoulées dans l’anarchie, un homme des basses classes du peuple fut élu roi. Les Égypttiens le nomment Ketès, et les Grecs Protée, qui fut contemporain de la guerre de Troie, etc.» (comme nous l’avons dit plus haut).
Remarquez que Diodore place la guerre de Troie vers l’an 1188. Comment compte-t-il une immense série de rois entre cette guerre et le règne de Sésostris, quand Hérodote, Porphyre, Strabon et plusieurs autres anciens nous indiquent ces deux époques comme assez rapprochées? En examinant son récit, nous pensons découvrir la source de son erreur dans un défaut de jugement et dans la négligence habituelle de cet auteur qui, empruntant ses récits de diverses mains, en a fait de vicieuses combinaisons, et qui, dans le cas présent, ne s’est pas aperçu qu’il employait deux fois des temps et des rois qui sont en partie les mêmes.
En effet, si l’on compare les deux parties de sa liste, qui sont, l’une entre Bocchoris et Psammétik, l’autre entre Amasis et Mendès, on verra que les personnages et les faits sont absolument les mêmes, quoique sous des noms différents. Le tableau ci-après rend cette identité sensible.
RÉCIT Ier.
Amasis(ou Amosis), tyran détesté; ses sujets se livrent de plein gré à
Acyisanes, roi des Éthiopiens, lequel gouverne avec douceur: il abolit la peine de mort, et se contente d’envoyer les criminels habiter un lieu désert.
Après Actisanes, le peuple égyptien devenu libre, élit un roi appelé Mendès, qui construisit le labyrinthe.
Après Mendès, anarchie ou interrègne.
RÉCIT IIe.
DIODORE | HÉRODOTE
Bocchoris (selon les | Anusis (prononcé listes) fut brûlé vif au | Anousis par les Grecs bout de 6 ans de règne | lequel se rapproche (sans doute pour cause | beaucoup d’Amasis), de tyrannie), | après un court règne | est détrôné par Par Sabako, roi d’Éthiopie | que sa douceur | Sabako, roi d’Éthiopie, et sa piété distinguent | qui régna avec douceur d’ailleurs des rois précédents; | pendant 50 ans; il il abolit la peine | ne fait mourir personne; de mort, même pour les | mais, selon la qualité criminels, et il la commua | du crime, il condamnait en travaux publics | le coupable à travailler de canaux, de chaussées, | aux canaux et aux chaussées. etc., utiles au pays. | Il se retira sur un | avis qu’il reçut en songe. Il se retira, sur un | (Diodore a copié le avis qu’il reçut en songe. | reste).
Après Sabako, anarchie | Après Sabako revient de 2 ans. Douze | Anusis, puis Séthon, grands se lignent et se | prêtre de Phtha. font rois: ils construisent | ensemble le labyrinthe. | Puis les Égyptiens | devenus libres, et ne Puis la guerre éclate | pouvant vivre sans roi, entre eux: Psammitichus | en élisent douze, etc. reste seul. |
Il est sensible dans ce tableau, qu’Actisanes et Sabako sont un seul et même personnage, cité par des auteurs divers, sous deux noms différents. Sabako peut être son nom éthiopien, et l’autre, un nom égyptien ou composé grec: non-seulement ses actions caractéristiques sont les mêmes, les faits antécédents et les subséquents sont encore identiques. «Il règne avec douceur et justice; il «abolit la peine de mort; il se retire volontairement; les Égyptiens restent libres; ils se font un roi ou un gouvernement spontané sous lequel est bâti le labyrinthe, etc.....» Avant l’invasion de l’Éthiopien régnait un tyran. Hérodote ne le dit pas positivement d’Anusis, mais il ne dit rien de contraire; et entre ce nom d’Anousis, et celui d’Amosis ou Amasis, il y a tant d’analogie, que l’on a droit de supposer l’altération d’une lettre par les copistes: il est vrai que Diodore représente Bocchoris comme un sage[279] et un législateur, antérieur de plusieurs temps à Sabako; tandis que les listes font brûler vif Bocchoris, sans doute pour cause de tyrannie; mais, outre que ce nom a pu être commun à plusieurs princes, les dissonances des auteurs sur cette circonstance prouvent seulement leur peu de soin et d’instruction. C’est un reproche dont ne peut se laver le compilateur Diodore; il est clair qu’il a composé son récit de morceaux tirés de divers historiens, l’un évidemment Hérodote, et l’autre Manéthon, comme nous allons le voir, et peut-être Hécatée, ou quelque Grec du temps des Ptolomées; malheureusement pour lui et pour nous, n’ayant pas pris le temps, ou n’ayant pas eu l’art d’analyser et de comparer, il a commis ici les mêmes fautes que dans sa Chronologie des Mèdes et des Assyriens, en doublant des faits et des personnages qui essentiellement sont les mêmes: il faut donc supprimer de sa liste tout ce qu’il dit des successeurs du fils de Sésostris ou Sésoosis, jusqu’à Protée, et alors on voit qu’il reste purement copiste d’Hérodote en cette période.....
Mais où a-t-il pris cette immense série de rois entre Sésostris et l’Amosis ou Anousis de Sabako? Nous trouvons la solution de cette énigme dans la liste qu’Africanus nous présente comme copiée de Manéthon.
En effet, après y avoir supposé que Sésostris fut le 3e prince de la 12e dynastie, cet auteur lui donne pour successeurs, d’abord 50 rois diospolites ou thébains (dynastie 13e), puis un nombre indéfini de rois xoithes (dynastie 14e), plus les 6 rois pasteurs arabes qui envahirent l’Égypte (dynastie 15e), plus les pasteurs grecs au nombre de 32 (dynastie 16e), et encore d’autres rois pasteurs et thébains, au nombre de 43 (dynastie 17e); enfin les 16 rois connus de la dynastie 18e, laquelle précéda le vrai Sésostris, Séthos de Manéthon, etc.
Ainsi voilà bien plus de 157 règnes cités, sans compter les inconnus de la dynastie 14e, et tous ceux qui se placent entre Sésostris-Séthos et Sabako: nous ne pouvons douter que ce ne soit ici la source où a puisé Diodore, et alors il est démontré, 1° qu’il a partagé l’erreur dont nous avons convaincu Africanus par le propre texte de Manéthon en Josèphe, au sujet de l’époque de Sésostris, rejetée par-delà l’an 2600 avant J.-C.; 2° que Manéthon lui-même est atteint et convaincu de cette erreur, puisque Diodore qui a écrit 280 ans avant Africanus, nous retrace le même système que ce prêtre. Nous devons donc regarder Manéthon, non pas comme l’auteur premier, comme l’inventeur prémédité de tout ce système de confusion, mais comme le compilateur malhabile et ignorant qui ayant eu en sa possession des archives de diverses villes, des chroniques de diverses mains, rédigées peut-être en idiomes divers, n’a pas eu le tact d’y reconnaître des faits foncièrement les mêmes, présentés sous des formes un peu différentes. De telles méprises sont grossières, sans doute; mais si l’on considère que les manuscrits anciens furent souvent écrits énigmatiquement, par suite de l’esprit mystérieux et jaloux des prêtres et des gouvernants; que, bornés à très-peu de copies, ils n’étaient soumis à aucun contrôle; que plus tard les copistes les altérèrent habituellement et impunément; que tout travail de collation et de correction devint d’une grande difficulté; qu’à des époques tardives, des compilateurs, tels que Ktésias et Manéthon, se prévalant des notions presque exclusives qu’ils eurent chacun en leur genre, s’en firent un moyen de faveur et de fortune près des princes, on concevra, comment et jusqu’à quel point de tels abus ont été faciles. Maintenant que celui de notre sujet est signalé et reconnu, revenons au point d’où nous sommes partis, au règne de Sésostris, considéré comme moyen de calculer et de mettre en ordre les règnes antérieurs mentionnés par Diodore.
Cet auteur nous a dit (ci-devant, pag. 378) que le roi Moïris, qui creusa le célèbre lac de son nom, avait vécu 7 générations avant Sésostris; c’est-à-dire, selon sa méthode, qu’il y aurait eu cinq règnes entre ces deux princes: s’il était exact en ce récit, Moïris serait le 12e roi de la dynastie 18e, nommé Acherrès; la différence de nom ne serait pas une difficulté, puisqu’il est constant que la plupart des rois eurent plusieurs noms, ou surnoms épithétiques provenants de leurs actions ou de leur caractère; mais parce que Diodore ajoute que 12 générations avant Moïris le roi Uchoreus avait bâti de fond en comble Memphis la neuve, en détournant le Nil, en comblant son lit, etc., nous avons le droit de lui opposer un de ses propres guides, Manéthon, qui, dans le passage très-détaillé que cite Josèphe, et dans toutes les listes de ses copistes, établit toujours la dynastie 18e comme ayant précédé immédiatement le règne de Séthos bien indiqué par Josèphe et par Manéthon, pour être Sésostris, chef de la dynastie 19e..... Or, s’il est prouvé, comme nous le croyons, qu’avant le sixième roi de la dynastie 18e, c’est-à-dire avant Tethmos, les rois de Thèbes ne régnèrent point sur l’ancienne Memphis; que cette capitale et toute la Basse-Égypte furent alors sous la domination des pasteurs, et précédemment sous celle des rois indigènes: s’il est prouvé que c’est Tethmos, qui, le premier des rois de Thèbes, régna sur l’ancienne Memphis, et cela, douze générations avant Sésostris (en style de Diodore); il s’ensuit que Memphis-la-Neuve n’a pu être bâtie que par l’un des successeurs de Tethmos; que par conséquent Uchoreus et Moïris doivent se trouver dans les dix princes qui séparent Tethmos de Sésostris, et que les dix-sept générations entre ce dernier et Uchoreus, rentrent dans la classe de celles dont nous avons vu Diodore être si prodigue dans tout son récit. Nous répéterons donc ce que nous avons dit plus haut, «que Uchoreus a dû être Achoris, 10e roi de la dynastie 18e, et que Moïris doit avoir été Acherrès, et peut-être encore mieux Ramessès, aïeul de Sésostris[280], lequel, par la longueur de son règne, offre le temps nécessaire à de grands ouvrages, tandis que par son rapprochement de Sésostris, il remplit l’indication d’Hérodote sur la contiguïté de ce dernier prince et de Moïris.»
Maintenant si nous partons de cette hypothèse, et que nous disions avec Diodore, que «huit générations avant Uchoreus-Achoris, avait régné à Thèbes un prince nommé par les Thébains Osymandua,» ce roi se trouvera être ou Chebron ou Amenoph I (2e ou 3e rois de la dynastie 18e), lesquels régnèrent à Thèbes, tandis que les pasteurs régnaient dans l’ancienne Memphis.
Cet Osymandua dut être un prince riche, puissant et ami des arts, puisqu’il fit construire à Thèbes un zodiaque de 360 coudées de circonférence sur une coudée de largeur ou hauteur, tout en or massif, et qu’il eut une bibliothèque nombreuse, à laquelle il fit mettre pour inscription: Médecine ou Pharmacie de l’âme. Il fit aussi bâtir un palais dont les ruines viennent d’être splendidement ressuscitées par les savants français de l’expédition d’Égypte. Sur les murs de ce palais «les prêtres thébains, au temps de Ptolomée Lagus[281]; montraient aux voyageurs grecs des sculptures d’un travail exquis, qui, entre autres scènes, représentaient une guerre mémorable que fit (ou soutint) Osymandua contre des étrangers révoltés. Sur un premier mur on voyait ce roi attaquant une muraille baignée par un fleuve, et combattant à la tête de ses troupes, escorté d’un lion terrible qui le défend: les uns disent que ce fut réellement un lion privé que posséda le prince; d’autres soutiennent que ce n’est qu’un emblème par lequel Osymandua, qui fut aussi vaniteux que brave, a voulu figurer son propre caractère. Sur un second mur, on lui présente des prisonniers qui n’ont ni mains ni parties génitales, pour signifier, dit-on, que dans le danger, ces hommes n’ont eu que des cœurs de femmes et des mains faibles et incapables.--Les prêtres disaient encore que l’armée d’Osymandua, dans cette expédition, avait été composée de 400,000 piétons et de 20,000 cavaliers; qu’il l’avait divisée en quatre corps, commandés par ses fils; enfin ils ajoutaient que ces étrangers révoltés furent les Bactriens.»
Si ce dernier mot ne résout pas l’énigme, il va la compliquer beaucoup... En effet, d’après l’autorité d’Hérodote et des prêtres de son temps, il était de foi historique en Égypte, qu’aucun roi du pays ne s’était illustré par des guerres étrangères avant Sésostris, et cependant ici Diodore nous présente un roi qui, dans son système généalogique, aurait précédé Sésostris de 27 générations, et ce roi aurait fait contre un pays aussi lointain que la Bactriane, deux expéditions, deux guerres! Car dès-lors que les Bactriens sont des révoltés, il faut admettre qu’antécédemment il a fallu les attaquer, les soumettre: comment un fait si marquant eût-il été totalement oublié? et à quelle époque, en quel temps avant Sésostris a-t-il pu arriver? Aurait-il précédé l’invasion des pasteurs? cela choque toute vraisemblance. Aurait-il été subséquent? il tombe dans une période connue qui ne saurait l’admettre. D’après ces préliminaires, méditant notre texte, voici ce qui nous a paru être, sinon la vérité, du moins la vraisemblance.
D’abord nous remarquons ces mots: un roi que les habitants de Thèbes nomment Osymandua. Les Thébains ou Hauts-Égyptiens, en beaucoup de choses, et notamment en dialecte, différèrent des Memphites ou Bas-Égyptiens[282]. Ils auront pu donner un nom différent à un roi qui leur aurait été commun, et qui serait foncièrement le même. Voyons si les circonstances citées ne nous le feraient pas reconnaître.
«Osymandua fait la guerre aux Bactriens.»
Sésostris la fit aux Mèdes et aux Perses, qui furent leurs voisins.
«L’armée d’Osymandua est de 400,000 piétons et de 20,000 cavaliers.»
L’armée de Sésostris fut de 600,000.
«Les prisonniers sont présentés à Osymandua, privés de leurs mains et de l’organe viril, pour désigner leur faiblesse, leur incapacité.»
Sur les monuments de Sésostris on voyait l’image sculptée de l’organe viril, pour désigner les peuples qui s’étaient bravement défendus, et celui du sexe féminin, pour désigner ceux qui s’étaient d’abord soumis.
«L’un des traits caractéristiques d’Osymandua fut l’orgueil, la vanité.»
Pline a dit de Sésostris, tanta superbia elatus, roi bouffi de tant d’orgueil.
«Osymandua avait fait faire sa statue dans l’attitude d’un homme assis, et cela d’une seule pierre si grande, que le pied avait sept coudées de longueur. C’était la plus grande de toutes celles d’Égypte..... Les statues de sa mère et de sa fille, aussi d’un seul morceau, mais moins grandes, étaient appuyées contre ses genoux, l’une à droite, l’autre à gauche.»
Sésostris fit placer à Memphis, dans le temple de Phtha, sa statue et celle de sa femme, l’une et l’autre de 30 coudées de hauteur, et d’un seul bloc de pierre; il y joignit celles de ses fils, hautes de 20 coudées.
Sur la statue d’Osymandua était cette inscription:
«Je suis Osymandua, roi des rois: si quelqu’un veut connaître ma puissance et où je repose, qu’il démolisse quelqu’un de mes ouvrages!»
Sur les monuments militaires de Sésostris on lisait:
«Sésostris, roi des rois, seigneur des seigneurs, a subjugué ce pays par la force de ses armes.»
Pourquoi tant d’analogie d’actions et de caractère? N’indiquent-elles pas un seul et même personnage? La différence de nom n’y fait rien: nous avons vu nombre de ces rois anciens en avoir plusieurs: nous savons que Sésostris lui-même en porte cinq, et entre autres celui de Ramessés ou Ramsis, qui diffère de celui-là autant qu’Osymandua? Ce nom de Ramessés, nous devient même la preuve positive que Sésostris régna dans Thèbes, y habita temporairement, et y fit construire de ces grands ouvrages destinés à immortaliser son nom. Écoutons Tacite[283] lorsque, parlant du voyage que Germanicus fit dans la Haute-Égypte, il décrit l’étonnement de ce prince à la vue «des prodigieux monuments de Thèbes, et entre autres, des immenses obélisques, chargés d’inscriptions qui exprimaient son ancienne puissance. Le plus ancien des prêtres, interrogé par Germanicus sur le sens littéral des mots égyptiens, interpréta que, jadis le pays eut 700,000 hommes portant les armes; qu’avec cette armée Rhamsés subjugua la Libye, l’Éthiopie, les Mèdes, les Perses, les Bactriens et les Scythes; qu’il conquit également la Syrie, l’Arménie, la Cappàdoce, la Bithynie et la Lycie jusqu’à la mer[284]. Le prêtre lut ensuite quels tributs (annuels) avaient été imposés aux peuples vaincus, tant en or qu’en argent; le nombre des armes, des chevaux et des offrandes faites aux dieux, en ivoire et en aromates; enfin les quantités de blé et de denrées fournies, qui égalaient tout ce que lèvent les Romains et les Parthes au faîte de leur puissance.»
Voilà trait pour trait le conquérant Sésostris, tel que nous le peignent tous les historiens: ainsi nous avons la certitude que, dans la répartition de ses monuments, il n’oublia pas Thèbes, qui, à raison de son antique suprématie et de la beauté des carrières voisines, dut avoir un attrait particulier pour lui. Dans cette inscription nous avons une mention spéciale des Bactriens cités dans l’histoire d’Osymandua: l’armée de celui-ci n’est que de 400,000 hommes; mais il peut avoir existé ce cas où les Bactriens s’étant révoltés, Sésostris, irrité, aura porté sur eux 400,000 hommes, avec une rapidité qui n’aura exigé que quelques mois de campagne. D’ailleurs, comment imaginer qu’un homme du caractère de Sésostris eût souffert sous ses yeux une statue, la plus finie, la plus grande de toutes celles de l’Égypte, si elle n’eût été la sienne? Nous sommes donc portés à penser que tout ce palais, vu par les voyageurs grecs du temps de Ptolémée Lagus, et restauré en ce moment sous nos yeux par les savants voyageurs français, a été un ouvrage spécial de Sésostris, qui lui a donné cette forme singulière dont ils font la remarque, et que l’on ne trouve dans aucune autre construction. Ce prince régnant à la fois sur Memphis et Thèbes, aura partagé ses faveurs entre ces deux métropoles, et nous avons tout droit d’attribuer à sa magnificence les 100 écuries royales distribuées par relais égaux entre ces deux cités, et fournies chacune de 200 chevaux toujours prêts à partir, et formant ensemble le nombre des 20,000 chevaux de l’expédition d’Osymandua: notez que Memphis n’étant pas encore bâtie, selon Diodore, au temps de ce dernier, il n’a pu établir ces relais, qui eussent été sans objet. Concluons qu’Osymandua n’a dû être qu’un nom épithétique donné à Sésostris par les Thébains, à raison de quelque qualité ou action de ce prince, qui les aura plus frappés. En pareil cas les Arabes l’eussent appelé le père du cercle d’or; et puisque le mot mand, mund et mandala a signifié dans beaucoup de langues anciennes le cercle céleste et zodiacal, peut-être en langage thébain Osymandua a-t-il signifié quelque chose de semblable à roi du monde.
Maintenant, si Diodore a commis, à l’égard de ce prince, une de ces confusions dont il nous a fourni plusieurs exemples, quelle confiance lui accorderons-nous pour les temps qu’il dit avoir précédé, surtout lorsqu’il ne nous dit rien de précis sur le nombre et la durée des règnes remontant d’Osymandua à Busiris II? Tout ce que nous pouvons inférer de son récit, c’est que réellement ce dernier prince ajouta des embellissements considérables à la ville de Thèbes, et cela à une époque reculée, que les anciens n’ont pu fixer. Aujourd’hui que les savants français, dans leur description pittoresque de cette cité, nous fournissent de nouveaux moyens de raisonnement, nous remarquerons, dans la totalité des monuments, une circonstance qui donne quelque lumière..... Cette circonstance est que l’image du taureau ou bœuf Apis ne se montre presque nulle part, tandis que partout on trouve prodiguée celle du belier, emblème du soleil, parcourant le signe de ce nom, sous le nom et la forme de Jupiter Ammon: c’est évidemment en l’honneur de cette constellation qu’a été dressée la ligne étonnante des beliers colossaux de Karnak, laquelle se prolonge sur deux rangs, pendant une demi-lieue. Or, puisque le soleil ne commença de quitter le signe du taureau que dans le 26e siècle avant notre ère, pour entrer en celui du belier; et puisque sa présence en ce dernier signe ne devint bien sensible que vers l’an 2450, ou 2400, n’est-il pas naturel d’en inférer que ce fut seulement à cette époque et après cette date, que fut bâtie cette portion de Thèbes qui porte le nom de Karnak, et qui, par les soins de Busiris et de ses successeurs, atteignit ce degré de magnificence dont la renommée remplit l’ancien monde, et dont les ruines restaurées étonnent notre imagination?... Dans cette hypothèse nous dirons que Thèbes, dès-lors ancienne, dès-lors puissante, prit un nouveau degré d’activité par suite, soit d’accroissement de territoire, soit d’exploitation d’une nouvelle branche de commerce qui aurait procuré plus de richesses et plus de bras. Six siècles se seraient écoulés dans une paix industrieuse, jusqu’à ce que les pasteurs arabes eussent envahi la Basse-Égypte (vers l’an 1800). Le voisinage de ces étrangers aurait occasioné d’abord un régime défensif, puis un système d’agression et d’habitudes militaires, qui, en délivrant l’Égypte de ses oppresseurs, y opéra le double changement très-important de réunir toutes ses parties en une monarchie unique, et de constituer cette monarchie sous des auspices militaires... Les rois de Thèbes, devenus libérateurs et possesseurs de Memphis, dans le 16e siècle, furent obligés de se rapprocher souvent du Delta, où se trouvait la plus grande masse de population et le plus pressant besoin d’administration, à raison des mouvements du fleuve. L’un d’eux bâtit une ville neuve qui devint rivale de l’antique métropole; mais cette dernière, toujours riche de son territoire, de son commerce, de ses carrières, de ses monuments, et de la présence des anciennes familles opulentes, perdit peu de son activité et rien de sa magnificence. Sésostris trouva Thèbes en cette situation à l’époque de 1370 à 1360. Loin d’y rien soustraire, il y ajouta: aussi voyons-nous que cinq siècles après lui, l’Asie occidentale et la Grèce parlaient de Thèbes avec cette admiration dont Homère nous a transmis le témoignage, et avec cette circonstance remarquable, que de ses 100 portes il fait sortir précisément le même nombre de 20,000[285] cavaliers mentionnés dans l’armée d’Osymandua, et dans les 100 écuries royales de Memphis à Thèbes. Après cette époque, il paraît qu’un premier et grave revers fut essuyé par cette métropole, selon le témoignage d’Ammien Marcellin, lorsqu’il nous dit[286]: «que vers le temps où les Carthaginois commencèrent d’étendre au loin leur puissance, une armée conduite par leurs généraux fondit à l’improviste sur Thèbes et la saccagea.»
Selon Josèphe, Carthage fut fondée par Didon, l’an 889 av. J.-C., selon Solin (chap. 30), ce fut l’an 894; mais la plupart des historiens assurent que Didon n’y conduisit qu’un nouveau supplément de colons. Quoi qu’il en soit, nous avons un moyen de préciser le temps indiqué par Ammien Marcellin, et ce moyen nous est fourni par des écrivains juifs, contemporains de l’événement.
Le docte Bochard a démontré que dans les livres juifs le nom de No-amon est celui de la ville appelée Thèbes par les Grecs: or, vers la fin du règne de Jéroboam II sur les dix tribus, c’est-à-dire un peu avant l’an 780, nous trouvons un prophète qui, menaçant Ninive d’une grande catastrophe, lui cite l’exemple récent d’une cité qui l’aurait égalée en splendeur et en puissance.
(Ville superbe) dit Nahum,[287] «es-tu meilleure que No-ammon, assise entre les fleuves (ou canaux), entourée d’eau de tous côtés, qui pour rempart a les eaux des eaux, qui pour ses défenseurs a l’Éthiopien (Kush), et les Égyptiens, et le sans-bornes[288] Phut, et les Lybiens;... et cependant elle a été déportée et emmenée captive.... Ses enfants ont été brisés dans ses places publiques, et ses riches ont été tirés au sort (par le vainqueur), et liés de chaînes de fer.»
Quelques savants critiques ont prétendu voir dans l’expression du texte, les eaux des eaux, une mention expresse de la mer, et par cette raison ils ont prétendu que No-ammon devait se trouver dans la Basse-Égypte; mais dans l’idiome hébreu, la mer n’a pas d’autre nom que les eaux des eaux, c’est-à-dire une grande étendue d’eau: or, cette circonstance avait lieu pour Thèbes pendant les deux mois de l’inondation, qui donnait au pays l’apparence d’une mer... Une seule expression eût pu constater le voisinage réel de la vraie mer, c’eût été de dire l’eau salée.... On peut donc assurer que le prophète a eu en vue Thèbes, demeure du dieu Amon (na amoun), et qu’il a fait allusion à son pillage par les Carthaginois. Or, comme Ninive n’offre aucun indice de secousse et de danger depuis Phul, qui paraît avoir commencé de régner vers 770; comme l’époque de cette secousse ou danger paraît avoir précédé et même préparé le règne de ce prince; et comme le règne de Jéroboam II se trouve finir à l’an 780, nous pensons que le sac de Thèbes eut lieu entre les années 700 à 790, environ 30 ou 40 ans avant la fondation de Rome, et à une époque où réellement Carthage commença de développer sa puissance en Afrique.
Un second revers dut avoir lieu du temps de Sabako, lorsque, vers l’an 750, ce roi éthiopien vint s’emparer de l’Égypte; il est de toute vraisemblance que Thèbes fut encore pillée ou rançonnée: d’après ces atteintes portées à sa sécurité et à sa richesse, cette ville dut décliner de jour en jour; le fanatisme insensé de Kambyses lui porta un dernier coup lorsque ce tyran la fit incendier et saccager pendant plusieurs jours, en 525. Enfin la création d’Alexandrie, en attirant au bord de la mer tout le commerce et toute l’industrie du pays, acheva d’éteindre la vie et la splendeur de cette cité.
Voilà en peu de mots l’histoire du royaume de Thèbes, depuis le XXVe siècle avant notre ère: dans cette période de 2,000 ans vaguement décrite par Diodore, ce compilateur mérite deux nouveaux reproches; l’un d’avoir omis l’invasion et le régne des pasteurs arabes qui eurent une influence si marquée sur le sort et la direction des affaires de toute l’Égypte; l’autre de n’avoir fait aucune mention de la liste des rois thébains, découverte par Ératosthènes[289]. S’il eût lié cette liste à quelque époque connue, nous eussions pu tirer parti de la série des règnes qu’elle présente, quoique le Syncelle qui nous l’a transmise, l’ait beaucoup altérée: tout ce que nous y pouvons voir, c’est que ces rois régnèrent uniquement sur la Haute-Égypte, et non sur Memphis et sur le Delta, mais en quel siècle, c’est ce que rien n’indique, aucun d’eux n’ayant de ressemblance avec ceux des listes. Il est bien vrai qu’entre Menès et Busiris I Diodore compte 1,400 ans répartis sur 52 règnes successifs (27 ans par règne); puis entre Busiris I et Busiris II, 7 règnes complets, c’est-à-dire près de 200 ans: comptons pour le tout, 1,600 ans: d’où les ferons-nous partir? La date de Busiris II n’est pas connue: seulement nous voyons que ce roi n’a pu précéder le XXVe siècle avant notre ère, puisque tous ses monuments sont marqués du signe d’Aries: si nous partons de ce XXVe siècle, les 1,600 ans nous mènent au siècle XLe; mais alors Menés sera postérieur de 600 ans au zodiaque d’Esneh, qui date de 4600: et Diodore lui-même (page 186) dit que les lois des Égyptiens florissaient selon eux depuis 4,700 ans.... Il faut donc convenir que l’antiquité de Thèbes remonte par-delà tout ce qui nous est connu, et que les savants égyptiens avaient de bonnes raisons pour parler de 9,000 ans à Solon, et de 13,000 à Pomponius Mela. Nous autres modernes nous sommes devenus si habiles, que nous avons trouvé le secret de bâillonner la nature et les monuments.
Ici se présente une objection contre l’antiquité du royaume de Thèbes, admise comme plus grande que celle du royaume de Memphis. Pourquoi, dira-t-on, le culte du Taureau se trouve-t-il conservé presque exclusivement en cette dernière ville, quand le culte plus récent du Belier se montre presque exclusivement dans les ruines de Thèbes? Nous trouvons à cette singularité une réponse qui nous semble naturelle. Les Égyptiens de Memphis ayant été subjugués au XIXe siècle avant notre ère, par les pasteurs arabes, le cours des observations astronomiques et du culte religieux fut arrêté; la doctrine et les usages restèrent où ils étaient; et si l’on observe que les Grecs et les Latins parlaient encore du Taureau comme constellation dominante au printemps, quand le Belier était déja très-avancé, l’on sera porté à croire que les Égyptiens de Memphis n’avaient pas encore, au XIXe siècle avant notre ère, changé leurs habitudes à cet égard: les Thébains, au contraire, n’ayant subi aucune interruption, ni de gouvernement civil, ni d’observations astronomiques, ont suivi le cours du ciel, la marche du zodiaque, et lorsqu’ils ont vu le soleil entré d’un degré dans le signe du Belier, ils ont délaissé le Taureau que délaissait l’astre dominateur et régulateur.
En terminant ici nos recherches, nous voulons présenter quelques idées que nous croyons justes, sur le foyer originel d’un système mythologique devenu célèbre dans l’ancien occident. Quelques auteurs, Diodore entre autres, nous parlant des usages singuliers que les Égyptiens, encore au temps de César, pratiquaient pour la sépulture des morts, nous avertissent que l’invention de ces usages, comme de la plupart de ceux de ce peuple, remontait à une antiquité très-reculée. «Aussitôt qu’un homme meurt, nous disent-ils, les préposé à l’ensevelissement se présentent;[290] un marché volontaire se conclut; on leur livre le corps; ils l’emportent, le vident de ses parties molles, le salent, l’embaument, le sèchent, et au bout de 30 jours ils le rendent dans un état de momie si parfait, qu’il semble encore vivre. Il s’agit de le porter au tombeau: on ne le peut sans prévenir les juges et la famille, du jour fixé pour cet acte: le corps doit traverser le lac; une barque est construite; un pilote, nommé Karon en langue égyptienne, la dirige..... Avant d’y poser le corps, la loi permet à tout citoyen de venir porter sa plainte contre le mort. Les juges réunis au nombre de 40, écoutent l’accusation. Si le mort est convaincu d’avoir été vicieux, injuste, ils portent une sentence qui le prive de la sépulture..... Si l’accusateur est dans son tort, il subit lui-même une peine grave. Si le mort est absous, et demeure pur, ses parens quittent leurs habits de deuil, font son éloge..... et il est porté au tombeau avec tous les honneurs, au milieu des félicitations qui lui sont adressées sur l’éternité de bonheur où il entre, etc.»
Nos auteurs conviennent que ce sont ces usages qui, portés en Grèce, y répandirent les idées du Tartare, de l’Élysée et de toute la fable de Karon et de l’Achéron; mais leur récit nous conduit à d’autres notions plus instructives.
1° Nous remarquons que la circonstance de passer un lac, ne convient qu’à très-peu de localités en Égypte, et que primitivement ce fut le fleuve qu’on traversa.
2° Traverser le fleuve ne peut s’appliquer à Memphis la neuve, attendu que tous les tombeaux se trouvent à l’ouest du Nil, où elle-même fut située, et qu’il n’existe aucun cimetière à son est, dans le mont Moqattam, ou dans la plaine contiguë.
3° Traverser le Nil convient mieux à l’ancienne Memphis bâtie à l’est du fleuve; mais la plaine à l’ouest offre trop peu de tombeaux, vu la proportion que dut exiger cette capitale; et de plus, l’usage dut être aboli par les 200 ans de tyrannie des Pasteurs-Arabes: cette localité n’offre donc point le concours de circonstances requis. Pour le trouver, il nous faut remonter à Thèbes. Là, sur la rive orientale du Nil, nous avons une cité antique et immense; sur la rive occidentale nous trouvons d’abord une plaine cultivable, jadis traversée de canaux d’arrosement, qui furent les neuf branches du Styx; puis des bois de palmiers, dont l’ombrage, en ce climat brûlant, procurait le bien-être des Champs Élysées; puis enfin un escarpement de montagne calcaire qui, sur une hauteur de quatre ou cinq cents pieds et plus d’une lieue de longueur, est percé d’une innombrable quantité de trous semblables à des fenêtres de maisons ou à des sabords de vaisseau; chacun de ces trous formant l’ouverture d’un long boyau ou galerie, ramifié dans l’intérieur de la montagne, et rempli jadis d’une si prodigieuse quantité de momies, qu’aujourd’hui, après plusieurs siècles de spoliations, les voyageurs français en portent le nombre à plusieurs millions. Ce furent là les tombeaux des habitants de Thèbes, qui ne pouvaient y arriver qu’en traversant le Nil dans la barque de Karon, et qui, devenus les libérateurs de Memphis et de la Basse-Égypte par l’expulsion des pasteurs Arabes, vers l’an 1550, y introduisirent ces usages, peut-être inconnus: peut-être encore fut-ce à raison de ce voisinage que les Grecs en eurent connaissance, soit par leurs propres navigateurs, soit par les Phéniciens: toujours paraît-il vrai que c’est vers cette époque qu’on aperçoit l’aurore de ces idées dans l’Occident. Il faut savoir gré aux législateurs de la Grèce d’avoir voulu les employer à épurer des mœurs de leurs peuples féroces; mais faute de les avoir mises en action positive, ils manquèrent une partie de leur but, et n’atteignirent que les esprits timorés. Quelle admirable institution que cette coutume égyptienne! quelle haute idée elle donne de leurs moralistes!
L’aspect des momies nous suggère une conjecture sur l’intention de leurs physiciens: quand on examine attentivement ces poupées, on est frappé de leur ressemblance avec la chrysalide qui fait passer le ver rampant à l’état d’être volatile. Nous savons que très-anciennement les prêtres Thébains se livrèrent à l’étude des choses naturelles; qu’ils connurent l’organisation, les mœurs, les caractères spéciaux des plantes, des animaux, ainsi que l’influence exercée par la chaleur solaire sur le mouvement et la vie des êtres terrestres. Alors qu’ils eurent posé en principe que le mouvement vital (animus) venait d’un fluide igné, incorruptible en lui-même et indestructible; que cette portion de fluide igné, lorsqu’elle abandonnait un corps, retournait au grand réservoir d’où elle venait, et pouvait revenir encore, ils n’eurent plus qu’un pas à faire pour établir la métempsycose, l’immortalité de l’animus et la revivification du corps ci-devant animé: or comme d’autre part, dans leur système astronomique ou astrologique, au bout de certaines révolutions ou périodes, il se faisait une restitution ou rétablissement de toutes choses dans l’état antérieur, il devint facile et comme naturel d’en inférer que l’homme si avide de la vie, participerait à cette faveur: de ce moment ce fut un soin de la plus haute importance de conserver dans le meilleur état possible, l’ancienne habitation de l’âme, ce corps qu’elle devait revenir animer: enfin, parce que dans une certaine classe d’êtres, dans celle des vers à papillon, la nature présente un exemple et un procédé vraiment singulier de changement et de métempsycose, l’homme imitateur y crut voir l’avis et le modèle de ce qui lui restait à faire, et il tâcha de se faire chrysalide pour devenir papillon.
C’est encore par une conséquence de ces idées que les anciens Égyptiens attachèrent à la constitution de leurs tombeaux cette haute importance dont parle Diodore. «Ils ne regardent,» dit-il, «les maisons qu’ils habitent que comme des auberges, des lieux de passage, et ils mettent peu d’intérêt à les entretenir; mais leurs tombeaux, qui sont leurs demeures éternelles, ils portent le plus grand soin à les bâtir; ils y emploient une partie de leur vie et de leur fortune, et c’est de cette idée qu’a procédé la magnificence déployée par les rois de Thèbes en ces sortes de monuments.»
Ainsi donc il ne faut plus s’étonner de voir que des tyrans, tels que Cheops et Chephren, aient tourmenté pendant 20 ans toute une nation pour construire à leur squelette l’énorme tombeau des pyramides; et lorsque des esprits bénins objectent que cela ne se peut croire, parce que cela est barbare et absurde, on est obligé de leur répondre que malheureusement dans le cours des choses politiques cela doit se croire par ce motif-là-même. Au reste, tous les monuments gigantesques de Thèbes, en prouvant une population nombreuse et industrieuse, prouvent aussi l’existence d’un gouvernement despotique, soit royal, soit sacerdotal, qui eut en mains les moyens coactifs de soumettre toute une nation à de telles corvées; et cela devient une nouvelle preuve d’antiquité pour la nation même, en ce qu’elle a dû parcourir les diverses périodes d’anarchie et de civilisation qui précèdent cet état avant-coureur de la décadence et de la ruine.
En considérant le fardeau habituel de ces accablantes corvées, nous sommes conduits à cette autre idée, que si jamais il a existé un pays où il fût nécessaire d’accorder au peuple un repos légal, celui de chaque septième jour, ce fut l’Égypte; et puisque notre conjecture est appuyée du témoignage positif d’Hérodote et de la pratique de Moïse, élève des prêtres égyptiens, nous posons en fait que le cycle hebdomadaire est une invention des Thébains, laquelle se lia à tout leur système astrologique et civil.
Résumons-nous, et disons, 1° que ce fut seulement vers le milieu du 16e siècle avant notre ère (1556.), que les habitants de la grande et longue vallée de l’Égypte furent réunis en un seul corps de monarchie et sous un même sceptre;
2° Que ce fut de cette concentration de puissance et de moyens que dérivèrent ensuite, dans un ordre progressif de besoins ou de convenances, les conceptions et opérations gigantesques que l’histoire nous montre dans la Basse-Égypte.
D’abord la création de Memphis la neuve, bâtie sur le lit du Nil, comblé de main d’homme, et recreusé à l’est pour servir de fossé.
Ensuite la construction du lac Mœris, laquelle consista, non pas à creuser un pays entier, comme l’a cru Hérodote, mais à percer un isthme ou langue de terre, pour jeter tout le surplus du Nil dans le bassin concave du Faïoum, ainsi que l’a démontré un savant distingué de l’expédition française en Égypte, (Voyez le mémoire de M. Jomart.)
Puis l’établissement et le perfectionnement de l’immense état militaire dont Sësostris profita pour exécuter ses conquêtes.
Puis la masse prodigieuse de richesses de tous genres, attirées sur les bords du Nil, à titre de dépouilles et tribut de l’Asie occidentale subjuguée. (Diodore évalue à 1,200,000,000 le trésor de Rhamsinit, second successeur de Sésostris.)
Puis le changement matériel opéré sur la contexture du pays, à raison de la quantité de digues que fit élever, et de canaux que fit creuser Sésostris.
Enfin l’érection des deux montagnes-pyramides de Cheops et de Chephren, qui furent l’effort suprême d’un despotisme ignorant et grossier embarrassé, de ses richesses.
3e Avant cette concentration monarchique, nous trouvons l’Égypte divisée en deux royaumes distincts, dont les traces ne se sont jamais entièrement effacées. L’un, le royaume de Thèbes, comprenant la Haute-Égypte ou Said; l’autre, le royaume du Delta, Égypte-Inférieure, ayant pour capitale l’ancienne Memphis, située à l’orient du Nil.
Deux siècles et demi avant cette réunion, c’est-à-dire vers l’an 1800 avant notre ère, une irruption de barbares nomades, telle qu’en a éprouvé la Chine, avait subjugué ce royaume de Memphis, qui à cette époque semblerait avoir été sous-divisé en d’autres états soit tributaires, soit indépendants: tout indique que ces barbares furent des hordes arabes, et spécialement les débris des anciennes tribus Kushites, Aâd Tamoud, auxquelles il faut joindre les Madianites et les Amalékites, que les auteurs musulmans nous signalent comme leurs branches et leur parenté, et que l’on retrouve ensuite fixés aux portes de l’Égypte. Le royaume de Thèbes ayant résisté à cette invasion, il s’ensuivit un état habituel de guerre dont l’effet fut de réunir tous les nationaux sous un même étendard, et d’expulser finalement les étrangers. La formation du peuple juif appartient à cette période.
Avant cette invasion des Arabes, c’est-à-dire avant l’an 1800, une profonde obscurité règne sur l’histoire de Memphis et de la Basse-Égypte, sans doute parce que la longue et violente tyrannie des Arabes fit disparaître les monuments, et aussi parce que la constitution géographique du pays, divisé en îles, est favorable au désordre et à l’anarchie. Le royaume de Thèbes, au contraire, homogène en son territoire, et favorisé de ses granits impérissables, nous a transmis, en ses temples, en ses palais, en ses tombeaux, d’innombrables monuments d’une civilisation dont l’origine remonte à une antiquité indéfinie. Malheureusement les secrets en sont exprimés par des figures hiéroglyphiques que l’on sait rarement expliquer. Leur sens, néanmoins, en quelques tableaux astronomiques, s’est montré assez clair pour en déduire des résultats peu contestables... Ainsi, dans le zodiaque du temple de Dendéra (jadis Tentyr) la disposition des signes et constellations est tellement combinée, que l’on s’accorde à y voir l’état du ciel au moment de la fondation du temple ou de la peinture; et parce que le mouvement annuel de précession que les astres observent relativement au soleil, semble être un cadran séculaire inventé par la Providence pour révéler ses mystères à l’homme studieux, d’habiles astronomes ont regardé comme certain que la position du soleil dans le signe du Bélier, telle que la donne le zodiaque de Dendéra, exprimait l’an 2056 avant notre ère, de même qu’une autre disposition des signes dans le zodiaque du temple d’Esneh (Latopolis) exprime l’an 4600. Sans doute beaucoup de lecteurs verront avec plaisir les preuves de ces assertions détaillées par l’un des témoins des monumens et l’un des maîtres de l’art; à cet effet nous joignons ici un Mémoire de feu M. Nouet, astronome de l’expédition d’Égypte, dont la copie nous est venue d’une main amie. Ce Mémoire suppose la connaissance de celui publié par Dupuis (dans la Revue philosophique, mai 1806), lequel n’est pas l’un des moindres produits de la sagacité et de l’érudition de cet homme, dont le plus grand tort est de n’être pas entendu par les beaux esprits qui le censurent.
RECHERCHES
Sur les antiquités du temple de Dendéra, dans la Haute-Égypte, d’après la construction du zodiaque au plafond de son péristyle.
PAR M. NOUET.
Le plafond du péristyle du temple de Dendéra est soutenu par vingt-quatre colonnes sur six rangs qui divisent le plafond en sept plates-bandes parallèles à l’axe du temple; la plate-bande du milieu, beaucoup plus large, comprend dans sa longueur des globes ailés qui en occupent toute la largeur; les six autres plates-bandes, dont trois de chaque côté, contiennent chacune deux rangs de figures sculptées en relief et peintes; elles ont environ trois pieds de hauteur[291].
Les constellations du zodiaque se trouvent dans une moitié de chaque plate-bande extrême à droite et à gauche du péristyle: les espaces entre chaque constellation, sont occupés par des personnages dont plusieurs, avec les attributs des divinités, doivent avoir avec les constellations des relations qui ne peuvent être données que par l’auteur de l’Origine des Cultes, lorsqu’il aura sous les yeux le dessin exact et plus en grand de ce péristyle, que la Commission des sciences et arts d’Égypte doit mettre au jour.
La plate-bande extrême à gauche, en entrant sous le péristyle, comprend dans sa demi-largeur, qui se trouve du côté du milieu de ce péristyle, les constellations ascendantes dans l’ordre suivant, à partir du mur du temple: le Verseau, les Poissons, le Bélier, le Taureau, les Gémeaux, le Cancer. La seconde partie de cette plate-bande est occupée par dix-huit bateaux conduits par des figures emblématiques qui représentent les dix-huit décans, et doivent avoir des relations directes avec chaque constellation. Ce sont ces bateaux qui ont servi de comparaison aux dessinateurs pour placer fidèlement chaque constellation au lieu correspondant sur le plafond.
La dernière plate-bande à droite en entrant sous le péristyle, comprend dans sa demi-largeur, du côté du milieu de ce péristyle, les six constellations descendantes dans l’ordre suivant, à partir du côté de la cour au mur du temple: le Lion, la Vierge, la Balance, le Scorpion, le Sagittaire, le Capricorne. L’autre demi-plate-bande renferme dix-huit bateaux qui représentent dix-huit décans.
J’ai remarqué une disposition particulière dans la manière de distribuer les constellations ascendantes et descendantes: le Lion, première constellation descendante, se trouve plus avancé qu’il ne devrait être s’il occupait le milieu de l’espace d’un signe; le Capricorne, dernière constellation descendante, se trouve contiguë au mur du temple; l’espace qui devrait être entre cette constellation et le temple se trouve transposé dans la plate-bande des constellations ascendantes; où le Verseau est trop distant du mur du temple. L’espace de la constellation du Cancer est plus petit que celui de l’espace d’un signe. La constellation du Cancer est transposée à l’extrémité de la plate-bande et dans le milieu de sa largeur. Un buste d’Isis, placé au-dessus d’un portique, se trouve occuper la place du Cancer; au bas de ce portique s’élève une fleur de lotus, du milieu de laquelle sort un serpent. Un soleil placé au solstice, sur le prolongement de la ligne des bateaux, envoie un faisceau de rayons divergens sur le buste d’Isis: emblème du lever héliaque de Sirius, gardien d’Isis, et placé à la porte du jour.
Ce langage astronomique indique clairement que le soleil, parvenu au solstice, fait, par la force de ses rayons, disparaître Sirius à son lever héliaque; la fleur de lotus annonce le débordement du Nil qui arrive toujours au solstice.
Dans une chambre supérieure du temple on trouve sculpté au plafond un petit planisphère tracé sur le plan de l’écliptique; les douze constellations y forment une ligne circulaire rentrante, de manière que la dernière constellation se trouve, après sa révolution, passer en partie au-dessus de la première. Ce zodiaque commence par le Lion; chaque constellation semble aller dans le même sens, et, la constellation du Cancer empiète au-dessus du Lion, par l’effet de la courbe en portion de spirale.
Cette disposition, d’après les données du zodiaque du péristyle, indique le mouvement d’une période qui a commencé au Lion, et qui doit se terminer dans le Cancer.
On peut conclure de cet exposé et du déplacement sensible et assez reconnaissable aux extrémités des constellations ascendantes et descendantes du zodiaque du péristyle, l’époque approchée de la construction de ce zodiaque. J’exposerai les résultats des calculs qui conduisent à cette époque, après avoir donné les éclaircissements suivants.
Les Égyptiens avaient leur année civile de 365 jours, sans aucune intercalation, en sorte que le lever héliaque de Sirius qui répondait à une époque donnée de leur calendrier, ne pouvait revenir à la même époque qu’après une période de 1461 de leurs années civiles (ces 1461 années égyptiennes répondaient à 1460 années cyniques ou sothiaques. C’est la grande année caniculaire, ainsi nommée, parce qu’elle commence au lever héliaque de Sirius ou du grand Chien, gardien des portes du jour et de la nuit.
De Lalande nous dit, en son Astronomie, que l’an 138 de l’ère vulgaire correspondait à la fin d’une période sothiaque, qui, d’après cette donnée, a dû commencer 3122 ans avant l’an 1800 de notre ère (1322 av. J.-C.), et la précédente, 4582 ans avant l’an 1800 (2782 av. J.-C.). Pour trouver les différences entre le solstice et le lever héliaque de Sirius pour le commencement de chacune de ces périodes, j’ai fait les calculs suivants pour la latitude du temple de Dendéra, 26° 9´.
On a pour la période qui a commencé l’an 1322 avant J.-C., les données suivantes:
Ascension droite de Syrius 57° 44´ 53´´
Déclinaison australe 18 34 18
Obliquité de l’écliptique 23 52 24
On trouve pour longitude du soleil, le jour du lever héliaque de Sirius, 90° 28´ 0´´: c’est-à-dire que le lever héliaque de Sirius a eu lieu 10 jours après le solstice.
En remontant à la période précédente qui a commencé l’an 2782 avant J.-C., on a pour la coïncidence du lever héliaque de Sirius avec le solstice, les données suivantes:
Ascension droite 48° 15´ 40´´
Déclinaison australe 23 2 20
Obliquité de l’écliptique 24 1 50
Les résultats des calculs donnent pour longitude du soleil, 90° 0′ 0″: c’est-à-dire que le lever héliaque de Syrius se fit au solstice, l’an 2782 av. J.-C., à’ l’époque de la grande année caniculaire des Égyptiens.
Ces résultats qui établissent la correspondance entre le solstice et le lever héliaque de Sirius, supposent une dépression du soleil de 12° 9′ sous l’horizon, pour faire disparaître Sirius à son lever; cette supposition est d’autant plus admissible, que le tour de l’horizon en Égypte est tellement chargé de vapeurs, que dans les belles nuits, si communes en ce pays fait pour l’astronomie, on ne voit jamais d’étoiles à quelques degrés au-dessus de l’horizon dans les secondes et troisièmes grandeurs; le soleil même à son lever et à son coucher se trouve entièrement déformé.
Les Égyptiens, peuple religieux et reconnaissant envers les dieux, des faveurs de leur fleuve, ont, sur ses bords, élevé des temples couverts intérieurement de tableaux, d’offrandes à Osiris et à Isis, pour obtenir l’ouverture des riches réservoirs des eaux qui à des époques fixes viennent fertiliser leurs terres.
Or c’est l’époque célèbre de la période sothiaque dont le commencement a concouru avec le solstice que les Égyptiens ont consacré dans leur zodiaque du temple de Dendéra, pour la date de l’inondation du Nil qui arrive au solstice.
D’après la longitude de γ du Belier en 1800 et le mouvement rétrograde des points solsticiaux, on trouve que, l’an 1322 avant J.-C., commencement de la dernière période, le solstice a eu lieu dans 13° 23′ de la constellation du Cancer, et l’an 2782 avant J.-C.; le solstice a eu lieu dans 3° 48′ de la constellation du Lion; le mouvement du solstice a été d’une période à l’autre, de 20° 23′, dont la moitié 10° 11′, étant ajoutée à 13° 23′ du Cancer, où finit la première période, on aura le milieu de la période précédente représenté par le zodiaque de Dendéra; le Cancer transposé et mis en évidence au delà des constellations ascendantes indique que cette période doit s’écouler dans cette constellation. Le buste d’Isis mis en place de la constellation du Cancer à 12° du soleil, représente Sirius lorsqu’à son lever il disparaît dans les rayons de cet astre. Ce zodiaque a donc été construit pour représenter le milieu de cette période (état du ciel lors de sa construction), quand le solstice arrivait vers 24° du Cancer, c’est-à-dire 3852 ans avant l’an 1800 de notre ère (2052 avant J.-C.)
On peut déterminer, d’une manière conforme à celle qui vient d’être exposée, l’époque du zodiaque du temple de Dendéra, en faisant usage d’un symbole hiéroglyphique de ce zodiaque, dont nous connaissons la signification.
Entre la constellation de la Balance et du Scorpion, nous trouvons dans ce zodiaque une figure assise qui a une tête de chien; cette figure est incontestablement celle du Cynocéphale des Égyptiens. Mais le Cynocéphale assis signifie les équinoxes, selon les Égyptiens, ainsi que nous l’apprend Horapollo (Hiéroglyph., liv. I, ch. 16, pag. 31 et 32 de l’édition de Paw). Donc dans le zodiaque de Dendéra l’équinoxe d’automne (c’est celui qu’il faut prendre ici, de l’aveu de ceux qui ont écrit sur ce zodiaque) est placé entre la Balance et le Scorpion: le Cynocéphale étant assez éloigné de la constellation de la Balance, et assez rapproché de la constellation du Scorpion, il faut, pour fixer les idées, prendre pour le point équinoxial la longitude d’une étoile zodiacale qui soit assez éloignée des étoiles principales de la Balance, et assez rapprochée des étoiles du front du Scorpion: cette étoile est celle de χ de la Balance, de quatrième grandeur, qui, dans le Catalogue de Mayer pour 1756, avait en longitude 7s 24° 21′ 12″ (Connaissance des temps, 1788). L’excès de sa longitude sur 6s est de 1s 24° 21′ 12″, ou 195672″. Par la précession annuelle des équinoxes de 50″ 1, admise assez généralement par les astronomes, on trouve que cette étoile était à l’équinoxe d’automne 3905 ans avant le commencement de 1756 de notre ère (2149 avant J.-C.) En fixant le point équinoxial à une bien petite distance de la longitude de cette étoile, on trouve facilement les 2052 ans avant J.-C., ou les 3852 ans avant 1800 établis précédemment.
Il s’agit maintenant de répondre à une difficulté qui se présente: c’est qu’en plaçant le point équinoxial d’automne aux environs de l’étoile κ de la Balance, il arrive que la constellation du Lion se trouve en grande partie dans celle du Cancer avant le point solsticial d’été, tandis que dans le zodiaque de Dendérah, partagé en deux par les solstices, le Lion est placé tout entier dans le commencement des constellations descendantes.
Cette difficulté disparaît si on remonte aux plus anciens zodiaques des Grecs qu’on sait devoir leurs connaissances astronomiques aux Égyptiens. Ptolémée, au commencement de son Catalogue d’étoiles, dit qu’il a fait des changements aux constellations qui avaient été en usage avant lui. Il faut donc recourir à des zodiaques plus anciens: nous en trouvons un qui l’est incontestablement, c’est celui de l’Atlas de Farnèse (ainsi appelé de son possesseur), dont Passeri a donné la figure et l’explication dans le troisième volume de ses Gemmœ astriferœ, et dont Bentley a inséré la figure dans son Manilius. Le zodiaque de cet Atlas appartient à des temps antérieurs à Ptolémée, puisque le colure des équinoxes du printemps passe par la corne précédente du Bélier. Dans ce zodiaque le Lion n’est point figuré la tête avancée sur le Cancer, comme dans le zodiaque moderne; au contraire, elle est retirée très en arrière de ses pattes de devant; de sorte qu’une ligne droite, menée de l’extrémité d’une des serres du Cancer à l’autre, passe par les pattes antérieures du Lion et que la tête du Lion suit d’assez loin cette ligne.
Il résulte de là que les étoiles qui forment la tête du Lion dans le zodiaque de Ptolémée suivi par les modernes, appartiennent au Cancer dans cet ancien zodiaque de l’Atlas de Farnèse, et que la tête du Lion de cet ancien zodiaque est toute entière dans cette partie du Lion que nous appelons sa crinière.
Dans la position que le zodiaque de Dendéra donne à l’équinoxe d’automne, le colure du solstice passe par les étoiles les moins avancées en longitude de la crinière du Lion. C’est tout ce qu’il faut ici pour faire voir que le colure du solstice ne coupe pas le Lion dans le zodiaque de Dendéra, et laisse le Lion tout entier dans les constellations descendantes.
De même, dans la position que le zodiaque de Dendéra assigne à l’équinoxe d’automne, la constellation du Capricorne se trouve toute entière dans les constellations descendantes. On pourrait dire qu’une partie du Verseau, son bras précédent, se trouve dans les constellations descendantes, tandis que la figure entière du Verseau est dans les constellations ascendantes du zodiaque de Dendéra; mais on peut répondre ici que dans l’ancien Atlas de Farnèse, le bras du Verseau n’est point avancé par-dessus le Capricorne, et qu’il est ramené vers la poitrine même du Verseau.
Les Égyptiens, avant cette époque, connaissaient le mouvement rétrograde des solstices, comme on peut s’en convaincre en consultant le zodiaque du temple d’Esneh (latitude 25° 18). Ce zodiaque est placé aux deux extrémités du plafond du péristyle, comme celui de Dendéra. Les constellations ascendantes sont à gauche en entrant, et les constellations descendantes sont à droite. Ces constellations paraissent espacées également dans leurs plates-bandes respectives et se correspondre exactement. Les constellations ascendantes sont, à partir du mur du temple, les Poissons, le Bélier, le Taureau, les Gémeaux, le Cancer, le Lion; les constellations descendantes sont, à partir de l’entrée du péristyle au mur du temple, la Vierge, la Balance, le Scorpion, le Sagittaire, Le Capricorne, le Verseau.
D’après cette disposition, le solstice se trouve exactement entre les constellations du Lion et de la Vierge. Le mouvement rétrograde des solstices depuis cette époque jusqu’en 1800 de notre ère, correspond à 6400 ans (4600 avant J.-C.), époque de la construction de ce temple, qui se trouve entièrement sous la ville, par l’amas successif des débris des maisons qui se sont succédées pendant une longue suite de siècles; il ne reste plus qu’une ouverture en avant du péristyle par laquelle on descend les décombres des environs; et dans quelques siècles on perdra le souvenir de l’existence d’un temple entièrement conservé, enseveli sous terre.
Au reste, avant nous, et avant nos raisonnements actuels, Edouard Bernard avait déjà découvert et prononcé d’après d’anciens monuments, que les prêtres égyptiens faisaient, comme nous, le mouvement de précession de 50″ 9‴ ¾ par an[292]; par conséquent qu’ils le connaissaient avec autant de précision que nous prétendons le faire aujourd’hui. Il serait singulier que nous prissions notre ignorance de leurs mystères pour un argument de la leur.
NOUET.
D’après ces principes, qui sont ceux de tous les astronomes, nous voyons que la précession annuelle étant de 50″ et d’une fraction d’environ ¼ ou ⅓, il en résulte qu’un degré entier est déplacé en 71 ans 8 ou 9 mois, et un signe entier en 2152 ou 53 ans.
Or si, comme il est de fait en astronomie, le point équinoxial du printemps se trouvait au premier degré du Bélier en l’an 388 avant J.-C.[293], il en résulte qu’il était au premier degré du Taureau environ 2152 ans auparavant, c’est-à-dire vers l’an 2540 avant J.-C.; et ainsi remontant de signe en signe, le premier degré du Bélier se trouva être le point équinoxial d’automne, environ 12,921 ans avant l’an 388, c’est-à-dire 13,300 ans avant notre ère: ne serait-ce pas ce qu’a voulu dire Pomponius Mela, lorsqu’il rapporte que, selon les Égyptiens, l’origine du monde (c’est-à-dire du grand cercle céleste), remonte à 13,000 ans? notre surplus de 300 ans ne serait pas une difficulté, parce que Pomponius a pu citer un calcul savant fait vers le temps de Ptolémée ou d’Alexandre[294].
Il est d’ailleurs digne de remarque que jamais les Égyptiens n’ont admis ou reconnu dans leur chronologie le déluge des Chaldéens dans le sens où nous le prenons; et cela, sans doute, parce que chez les Chaldéens eux-mêmes il n’était qu’une manière allégorique d’exprimer la présence du Verseau au point solsticial d’hiver, laquelle présence eut réellement lieu à l’époque où le point équinoxial du printemps se trouvait dans le Taureau, ce qui nous reporte vers le 31 ou 32e siècle avant notre ère, c’est-à-dire précisément aux dates établies par les Indiens et par les Juifs copistes des Chaldéens. Une belle carrière est ouverte en ce genre de recherches, aux savants qui y porteront le désir impartial de la vérité uni aux connaissances scientifiques de l’astronomie. Sans ces deux conditions il n’est plus possible de pénétrer dans l’antiquité. Notre tâche est finie...
Époques et dates principales de la chronologie d’Égypte, éclaircies et appuyées par des dates parallèles, étrangères.
1° Règnes des Dieux, c’est-à-dire des astres et des constellations personnifiés par suite de l’emploi des figures hiéroglyphiques qui servirent à exprimer leurs attributs, leurs influences, leurs rapports avec les êtres terrestres.
Leurs prétendus âges ne sont que des périodes vraies ou fictives, simples ou composées.
2° Première époque historique où l’Égypte fut habitée par des peuplades diverses à la manière des sauvages. Durée indéfinie. Le Delta put alors être dans l’état de golfe dont parle Hérodote.
3° Deuxième époque, où commencèrent de se former de petits états ou royaumes dont il put y avoir 30, 40 ou davantage. L’astronomie fit des progrès par l’établissement des colléges de prêtres: l’invention du zodiaque a pu avoir lieu dans cette époque, conformément à l’indication de Pomponius Mela................ 13,300 ans av. J.-C.
4° Troisième époque, où les petits états furent peu à peu fondus en trois grands; savoir, la Haute-Égypte ou Thébaïde, la Basse-Égypte ou Delta, et l’Égypte moyenne ou Heptanomis.
A cette époque appartiennent le temple d’Esneh, dont le zodiaque date de l’an 4600 avant avant J.-C. notre ère, ci........................ 4600 ans. et l’établissement du culte du Taureau ou Bœuf Apis, symbole du Taureau céleste, où le soleil commença de marquer l’équinoxe du printemps.
Le zodiaque Indien se rapporte aussi aux dates de 4700 à................. 4600
Observation de l’étoile Aldébaram, par Hermès, citée à la date de............ 3362
En Chaldée, fondation de la pyramide de Bélus.............................. 3191
Déluge, selon le texte grec........... 3195
Époque indienne de l’âge actuel....... 3101
État du ciel, indiqué dans le livre perse intitulé Ioub, vers l’an.......(Voyez Bailly.).............................. 3000
Départ d’un cycle sothiaque, et du cycle callipique de 76 ans, à la date de....... 2782 ans.
Fondation du temple d’Hercule à Tyr. 27
Calendrier de Hoang-ti, en Chine......... 2686
Monuments de Mithra, et travaux d’Hercule selon les Grecs............(Voyez Dupuis.)................................ 2550
Entrée du soleil au Belier............... 2428
Commencement du culte, du Belier.........
Fondation du temple d’Ammon dans l’Oasis; construction des monuments de Karnak et de l’avenue des Beliers, vers.................................... 2400 à 2300
Déluge selon Varron et Censorin.......... 2376
Déluge selon le texte hébreu, calcul de Petau....................:............... 2329
Le cycle chinois prend son départ à l’an..................................... 2277
Le calendrier d’Hésiode y correspond.
Observation chaldéennes de Kallisthènes.. 2234
Observations des Pléiades en Égypte, citée par Ptolomée....................... 2200
Observation des colures, citée dans le Sourya Sidhanta.......................... 2068
Date du zodiaque de Dendéra.............. 2056
Invasion du royaume de Memphis par les pasteurs arabes, présumés être les tribus de Tamoud Aâd, Madian, Amalek, etc....... vers...................... 1810 ans.
Par suite de cet événement l’on présume à cette époque plusieurs migrations et colonies des Égyptiens en Grèce, en Étrurie, en Asie.
Fondation d’Héliopolis par les pasteurs arabes..................................... 1800
Expulsion des Arabes par Tethmos... vers....................................... 1556
Réunion de toute l’Égypte en une seule monarchie.
Fondation de Memphis la neuve, vers l’an....................................... 1500
Lac de Mœris, vers l’an.................... 1430
Construction des villes de Heroopolis ou Phitom et de Ramessés par les Juifs, vers....................................... 1420
Les Égyptiens, sous le roi Amenoph, chassent d’Égypte les Juifs et une quantité de menu peuple que Moïse organise en corps de nation et partage en 12 tribus, selon les 12 signes célestes............... 1410
Règne et conquêtes de Sésostris entre les années............................... 1350 et 1390
Rhampsinit le Riche, indiqué par Pline sous le nom de Rhamsès, comme auteur du grand obélisque d’Héliopolis, et contemporain de Troie, a dû régner vers................ 1080 parce que son successeur Chéops a élevé la grande pyramide vers.................. 1050 ans
Sesach, roi d’Égypte, rançonne Jérusalem en ...................................... 974
(Il est possible que ce roi soit l’Asuchis d’Hérodote).
Des rois obscurs, tels qu’ils sont mentionnés par les listes, se succèdent plus ou moins régulièrement, et affaiblissent l’Égypte par leur mauvaise administration.
Les Carthaginois, profitant de cet état de choses, dirigent sur l’opulente ville de Thèbes une armée qui la prend par surprise, la saccage, et emporte un immense butin, vers l’an .......................... 790
Bouchoris, dit le Sage, arrive au trône, et s’efforce de rétablir l’ordre par des lois qui l’ont fait placer au rang des législateurs du pays ...... vers ....................... 781
Un aveugle de la ville d’Anysis, appelé par Diodore, Amasis, ou Amosis, règne tyranniquement pendant 6 ans ... vers ..... 755
Seva le Kusithe ou l’Éthiopien, dit aussi Sevechus, Sabakos et Actisanes, envahit l’Égypte et règne avec justice et sagesse environ 25 ans depuis ..................... 750
Séthon, prêtre de Vulcain, gouverne l’Égypte, tombée dans l’anarchie, à l’époque où Sennachérib vient en Palestine, vers ...................................... 722
(Pour la suite, voyez le tableau d’Hérodote, à la fin de ce volume.)
Note sur le système des générations.
Dans[295] sa Chronologie (tome VII), chapitre des Héraclides, page 474, M. Larcher nous dit:
«La règle des générations n’est pas la même chez les Lacédémoniens que chez les autres nations. Ce peuple, comme je l’ai observé dans le chapitre XIV de la prise de Troie, avait défendu de se marier avant l’âge de 36 ans ou même 37... Les générations étaient donc de 37 ans à Lacédémone, tandis qu’elles n’étaient que de 33 ans dans le reste de la Grèce.»
On croirait, d’après ce texte, que réellement Larcher a prouvé ce fait étrange, qu’un peuple entier ne se mariait qu’à 36 ou 37 ans: nous avions lu une première fois le ch. XIV, sans apercevoir cette démonstration; nous l’avons relu une seconde fois avec une scrupuleuse attention, et voici les seuls raisonnements que nous y trouvons (pag. 398 et suiv.): «C’était une maxime universellement reçue dans les premiers temps de la Grèce, qu’on ne se mariait qu’à 33 ans, et ensuite à 30.»
(Nous nions à L*** cette prétendue maxime, ou plutôt ce fait bizarre, incroyable: qu’il nous le prouve d’abord et par des témoignages et par des exemples.)
«De là les générations étaient évaluées à 33 ans et quelque chose, et dans la suite elles le furent a 30 ans.»
Nous disons qu’elles furent évaluées systématiquement par les Égyptiens, puis par les Grecs, pour avoir un moyen quelconque d’estimer des temps incertains. Mais nous nions qu’elles fussent civilement évaluées par les peuples, même dans les temps dont il s’agit.
«Les Lacédémoniens faisaient une exception à la règle générale: Lycurgue, dont toutes les institutions tendaient à former des soldats vigoureux,--voulant empêcher ses concitoyens de prendre femme quand ils le jugeraient à propos, ordonna qu’ils ne se marieraient que lorsque le corps aurait acquis toute sa vigueur, regardant ce réglement comme très-utile pour se procurer des enfants robustes.» (Xénophon, de Republicâ Lacedæm., cap. I § VI.)
Raisonnons sur ce passage de Xénophon:--Si Lycurgue fit une telle loi, ce ne put être que parce que l’on avait senti l’abus de se marier trop jeune: l’abus existait, il le réprima; et cet abus devait d’autant mieux exister dans toute l’ancienne Grèce, qu’on le trouve chez tous les peuples anciens et modernes, en raison de ce que leurs mœurs domestiques sont plus simples, sont moins contraintes par des réglements de police et de civilisation. Larcher a senti cette objection, car il reprend (page 400):
«On peut m’objecter que ce réglement n’étant pas antérieur à Lycurgue, les générations qui ont précédé ce législateur ne doivent être évaluées qu’à 33 ans, comme dans le reste de la Grèce... Cette objection aurait quelque force, si l’on pouvait prouver qu’avant la législation de Lycurgue les usages reçus à Sparte fussent absolument contraires à ceux adoptés par ce législateur... Si tel eût été le cas, comment se persuader qu’il eût réussi à réformer l’État.... On connaît l’attachement des peuples à leurs usages... Il eût certainement révolté toutes les classes de citoyens... Il y avait sans doute alors à Lacédémone des coutumes que l’on suivait ou que l’on négligeait impunément, parce que la loi n’avait point prononcé: Lycurgue choisit parmi ces usages ceux qui lui parurent les plus raisonnables.... Il est donc vraisemblable que Lycurgue trouva établie avant lui la coutume de ne se marier qu’à 36 ans.»
N’est-ce pas là une logique vraiment curieuse? Larcher a d’abord posé en fait que «c’était une maxime des anciens Grecs de ne se marier qu’à 33 ans, et même à 37...» Il dit avoir prouvé ce fait relativement aux Lacédémoniens, dans son chapitre XIV. Ses preuves consistent dans une loi de Lycurgue qui défend de se marier avant que le corps ait atteint toute sa vigueur: il s’aperçoit que cette défense indique comme existant, l’abus de se marier trop jeune. Pour esquiver la conséquence, il a recours à des suppositions, à des vraisemblances; Lycurgue n’eût ôsé faire cette loi, si l’usage n’eût déjà existé: le peuple se fût certainement révolté... C’est-à-dire que, selon Larcher, toutes les lois de Lycurgue existaient déjà avant d’être mises en vigueur par ce prince; car le raisonnement de notre logicien peut s’appliquer à toutes. On peut dire de chacune: le peuple se fût révolté... il est attaché à ses usages... il y avait sans doute une coutume..... il est vraisemblable que Lycurgue... etc.; certainement, sans doute, vraisemblable; telle est la gradation de Larcher. «Il faudrait prouver, dit-il, qu’avant Lycurgue, les usages de Sparte fussent contraires à ses lois.»--Mais c’est à vous, Monsieur, de prouver qu’ils furent les mêmes; et vous avez d’abord contre vous le cri de toute l’antiquité, qui atteste que la législation de Lycurgue fut un phénomène d’innovation contre les usages reçus; un système spéculatif et philosophique qui heurta tellement les esprits que le peuple de Sparte s’ameuta; que dans cette émeute Lycurgue perdit un œil[296]; et que pour arriver à son but, cet homme sévère et opiniâtre fut obligé d’user de supercherie en faisant espérer qu’il modifierait ses lois après un voyage entrepris pour consulter les oracles, et en faisant promettre au peuple, par serment, de les exécuter provisoirement jusqu’à son retour, qui n’eut point lieu, puisqu’il préféra de mourir...
Vous avez ensuite contre vous cet axiome, «que toute loi prohibitive prouve par son fait l’existence de l’acte qu’elle change ou supprime...»--Lycurgue voulut empêcher que l’on prit femme à volonté.--Donc l’on en usait ainsi.--Il ordonna de ne se marier (expression impropre); il défendit de se marier avant d’avoir acquis toute la vigueur;--donc l’on se mariait ainsi; donc l’usage dominant était de marier les enfants trop jeunes; et cet usage devait exister, parce qu’il avait pour cause deux puissants motifs, l’un physique, l’autre politique, que nous retrouvons dans tous les temps et dans tous les pays.
Le premier de ces motifs est la passion naturelle commune à tous les parents de marier leurs enfants de bonne heure, afin de se voir revivre dans leur postérité.
De nos jours nous voyons encore cette passion avec ses effets subsister dans cette même Grèce dont on nous parle, dans l’ancienne Asie mineure, dans la Syrie, l’Égypte, la Perse, dans tout l’Orient. Tous les voyageurs modernes qui ont parcouru la Turkie, l’Inde, la Chine, attestent que dans ces pays les mariages sont généralement précoces; d’abord par le développement précoce de la puberté dans l’un et l’autre sexe; ensuite, et plus spécialement, par le désir qu’ont les parents de marier leurs enfants qui, sans cela et de leur propre volonté, ne pourraient contracter l’acte civil appelé mariage. L’abus est porté au point qu’il n’est pas rare de voir des enfants de 12 ans qui cohabitent avant 15; et cet abus existe chez les Grecs de Morée comme chez ceux de l’Asie mineure; en général les filles y sont mariées avant 15 et 18 ans, et les hommes avant 20. Direz-vous que c’est un effet de la religion chrétienne afin de prévenir le libertinage? Pourquoi cet effet a-t-il également lieu dans la religion musulmane, dans celle de Brahma, et dans celle de Foë? Les anciens païens, adorateurs du libertin Jupiter, étaient donc plus continens, et plus chastes? Direz-vous que c’est un effet du climat? Pourquoi, dans toute l’Amérique septentrionale, même au Canada, les mariages se font-ils généralement avant 20 ans pour les femmes, et avant 24 pour les hommes; et cela chez un peuple de sang anglais, écossais, allemand? Pourquoi, dans notre Europe même, les mariages se font-ils généralement à ce même âge dans certaines classes du peuple, telles que les gens de la campagne et les ouvriers de tout genre, tandis qu’ils sont généralement plus tardifs dans d’autres classés, et spécialement dans les classes bourgeoises vivant de leurs rentes? Pourquoi sont-ils généralement plus tardifs dans les villes que dans les campagnes, dans les capitales que dans les provinces? La vraie raison se fait sentir par ces contrastes. On se marie plus tôt partout où l’on peut élever des enfants sans trop de gêne, partout où la subsistance est facile, abondante. Dans de tels pays et dans un tel ordre social, on obéit de bonne heure aux penchants de la nature, au plus impérieux de ses désirs. On se marie plus tard là où la subsistance est difficile, où les enfants deviennent un fardeau dès le bas âge, où l’on ne sait comment les placer quand ils sont grands... Et parce que chez certains peuples et dans certaines organisations politiques, il y a plus ou moins de facilité à éluder le fardeau du mariage sans se priver de ses douceurs; parce que dans les villes, et surtout dans les grandes villes, cette facilité existe, surtout pour les classes riches ou aisées; les mariages y sont soumis à des calculs de convenances de société et de luxe, qui intervertissent ou modifient l’ordre naturel... En sorte que le régulateur le plus général des mariages est, d’une part, la simplicité, la grossièreté même des besoins et des mœurs (et de là les mariages plus faciles et plus précoces dans les classes pauvres); d’autre part, le luxe, c’est-à-dire l’extension des besoins factices et conventionnels (et de là les mariages plus onéreux, plus difficiles, plus tardifs et moins féconds dans les classes d’une aisance précaire et moyenne). Ici j’ai le bonheur d’être d’accord avec Montesquieu.
Le second motif qui dut rendre les mariages précoces et faciles chez les anciens Grecs, fut le besoin politique qu’éprouvaient les familles d’avoir beaucoup de bras pour leurs travaux agricoles, et surtout pour leur défense et pour leur sûreté. Ces peuples, comme l’on sait, composant chacun une société de 50 à 60,000; tout au plus de 100,000 citoyens, resserrés au nombre de 15 ou 20 sociétés, dans un espace borné de mers et de montagnes, vivaient entre eux dans un état habituel de jalousie et de guerre, et par cela même faisaient une grande consommation d’hommes. La chose publique, la société avait besoin de défenseurs, avait intérêt que l’on se mariât: aussi voit-on que le célibat y était décrié dans l’opinion, qu’il fut même puni par les lois quand il y eut des lois; mais de plus, avant ces lois, dans l’état de liberté ou d’anarchie qui fut celui dont nous traitons, aucune police intérieure ne réprimant les délits, la sûreté de chaque famille dépendait de ses propres moyens, de ses seules forces... Était-elle faible, on la vexait, elle était pillée, et pouvait être détruite; était-elle forte, c’est-à-dire nombreuse, on la respectait: elle armait tous ses membres pour réprimer un empiétement, pour punir un meurtre. C’était exactement l’état civil des Hébreux, des Arabes anciens et modernes, et de nos jours celui des Druses, des Maïnotes et des Corses sous les Génois. Chaque famille avait donc, à être nombreuse, le même intérêt, les mêmes motifs qu’avait la nation; et imaginer que, dans un tel état de choses, des peuples en guerre et en anarchie constantes fussent convenus de la maxime de ne se marier qu’à 33 ans, est une chimère, un vrai rêve de cabinet.
La loi de Lycurgue, citée par Xénophon, n’exprime pas l’âge où il devint licite de se marier: pour le fixer, voici comme Larcher raisonne (page 474, 475): Aristote a connu, a eu en main les lois de Lycurgue: or Aristote (dans son plan systématique de république) dit qu’il ne faut point se marier tant que le corps prend de l’accroissement, et que les hommes ne doivent prendre une compagne que vers leurs 37e année: donc Aristote fait ici allusion à la loi de Lycurgue; donc Lycurgue a établi l’âge de 37 ans; donc les Lacédémoniens, dès avant Lycurgue, ne se mariaient qu’à 37 ans; car, sans cela, Lycurgue les eût révoltés... Et page 40: Il est bien vrai que Platon, qui en cent endroits fait l’éloge des lois de Lycurgue, prescrit pour se marier l’âge de 30 à 35 ans; en sorte que l’on pourrait croire qu’il a imité celle-ci, et que le terme fixé à Sparte eût été de 30 à 35 ans. Mais, etc.
Laissons Larcher à ses raisonnements et à ses conjectures sur Platon et sur Aristote: il est évident, par la diversité des trois termes 30, 35, 37, que Lycurgue fut plus sage que ces rêveurs, et qu’il n’exprima point un âge fixe: l’établir à 37 ou même à 30 ans, eût été priver l’état de 8 ou 10 ans d’une fécondité ordonnée par la nature, et dissiper en libertinage des forces utiles à la nation. Aristote et Platon, pleins, comme l’on sait, des idées systématiques d’une physique erronée et originairement astrologique, ont dit: «La vie ordinaire de l’homme sain est de 70 à 75 ans. Tout ce qui ne croît pas, décroît: la moitié de la vie doit se passer à croître, l’autre à décroître... 33 à 37 sont le terme mitoyen entre zéro et 70 ou 75. Donc le corps n’est parfait qu’à 35 ou à 37.»--L’erreur de ces systèmes est démontrée par les faits et par la science physiologique. En résultat, il n’existe pas la plus légère preuve que les Grecs anciens, modernes ou mitoyens, se soient mariés au terme général de 30 ni de 35 ans; il est au contraire prouvé par la nature de la question et par les généalogies d’époque certaine, qu’ils se sont mariés plus tôt; et tout prouve que l’évaluation de trois générations par siècle a été un moyen purement idéal et systématique dont d’usage ne peut qu’induire en erreur.
FIN DU DEUXIÈME TOME.
TABLE DES MATIÈRES
CONTENUES DANS CE VOLUME.
SUITE DE LA CHRONOLOGIE D’HÉRODOTE.
Chronologie des rois de Perse, cités par les Orientaux modernes, sous le nom de dynastie Pishad et Kéan.--Époques de Zohak, de Féridoun et du législateur Zerdoust, dit Zoroastre. Page 1
§ I. Époque du législateur Zoroastre 2
§ II. Récit des Parsis sur Zoroastre 14
§ III. Vie de Zoroastre 50
§ IV. Des anciens rois de Perse, selon les Orientaux modernes 69
§ V. Dynastie Kéan ou Kaian 74
§ VI. Dynastie Piche-Dad 87
Liste chronologique des rois de Juda 105
Idem des rois Chaldéens de Babylone 106
CHRONOLOGIE DES BABYLONIENS 107
CHAPITRE Ier.--Fondation de Babylone 108
CHAP. II.--Récit de Ktésias, système assyrien 114
CHAP. III.--Récit de Bérose et de Mégasthènes--Système chaldéen 121
CHAP. IV.--Autorités respectives de Bérose et de Ktésias, comparées et appréciées 132
CHAP. V.--Récit d’Hérodote 137
CHAP. VI.--Résultat 141
CHAP. VII.--Dimension des principaux ouvrages de Babylone 159
CHAP. VIII.--Histoire probable de Sémiramis 181
CHAP. IX.--Récit de Conon et roman d’Esther 193
CHAP. X.--Babylone depuis Sémiramis 200
CHAP. XI.--Kanon astronomique de Ptolomée 211
CHAP. XII.--Rois de Babylone jusqu’à Nabukodonosor 219
CHAP. XIII.--Règne de Nabopolasar, dit Nabukodonosor 230
CHAP. XIV.--Siége de Tyr 239
CHAP. XV.--Prétendue expédition en Égypte, en Libye, en Ibérie, sans preuves et sans vraisemblance 246
CHAP. XVI.--Derniers rois de Babylone jusqu’à Kyrus 253
CHAP. XVII.--Du livre intitulé Cyropédie de Xénophon 260
CHAP. XVIII.--Du livre intitulé Daniel 266
CHAP. XIX.--Résumé 278
CHRONOLOGIE DES ÉGYPTIENS.
CHAP. Ier 281
CHAP. II. Exposé d’Hérodote 289
CHAP. III.--Système de Manéthon 319
§ I. Texte de Manéthon en son second volume 331
§ II. Analyse du texte cité par Josèphe 341
§ III. Époque de l’entrée et de la sortie des Juifs selon Manéthon 364
CHAP. IV. Récit de Diodore 373
RECHERCHES sur les antiquités du temple de Dendéra, dans la Haute-Égypte, d’après la construction du zodiaque au plafond de son péristyle; par M. Nouet 418
ÉPOQUES et dates principales de la chronologie d’Égypte, éclaircies et appuyées par des dates parallèles et étrangères 431
NOTE sur le système, des générations 436
FIN DE LA TABLE.
[Illustration: Zodiac de Dendera]
[Illustration: Table]
[Illustration: Table]
· · ·
NOTES:
[1] Voyez le Zend-avesta publié en 1769, tome II, p. 62.
[2] Mém. de l’Acad. des Inscript., tome XXXVII.
[3] Évêques et curés des Parsis ou Guèbres, qui sont dans l’Asie ce que les Juifs sont en Europe, les débris épars d’un ancien peuple détruit.
[4] Boundehesch, p. 420.
[5] Voyez Histoire universelle, tome IV, in-4°, p. 1 et suivantes.
[6] Indicateur et Moniteur de Masoudi, extrait par M. de Sacy.--Manuscrits orientaux, tome VII, pag. 161.
[7] Zend-avesta, tome II, pag. 6 et suivantes.
[8] Plin., lib. VII, chap. 16.
[9] De Antro Nympharum.
[10] Zend-avesta, tome II, p. 54.
[11] Zend-avesta, tom. II, p. 55.
[12] Eutychius a écrit vers 930, et Aboulfarage vers 1260.
[13] Voyez Hyde, pag. 317 et suivantes.
[14] Ammien Marcellin, lib. XXIII. Il à écrit vers 388 à 390.
[15] Le texte porte: ab eo (Hystaspe...) Anquetil a traduit: et c’est de ces mages qu’est venue, etc. Mém. Académ. des Inscript., tome XXXVII, pag. 718.
[16] Plato, de Legibus, pag. 441, édition de 1602.
[17] Témoin Rabbi Mosès, Maimonides.
[18] Apulée, lib. II. Iamblique, qui a compilé la vie de Pythagore, d’après une foule d’auteurs, vers l’an 320, répète la même tradition.
[19] Voyez Chronologie de Larcher, année 608.
[20] Clemens Alexandrinus, p. 131. Il écrivait vers l’an 215.
[21] Vers le temps où l’on place cette prophétie, les prêtres chaldéens montraient celle de Nabukodonosor, qui annonçait la ruine de son empire (voyez Mégasthènes): les prêtres juifs présentaient à Kyrus une prophétie d’Isaïe, annonçant son élévation avec son propre nom; malheureusement nous n’avons pas le manuscrit d’Isaïe: encouragé par ces exemples, le grand-prêtre Iaddus montra aussi au conquérant Alexandre sa venue prédite; enfin le livre de Daniel prédisait aussi (après Antiochus) les quatre monarchies, dont celle des Romains fut une. Ces siècles furent ceux des prophéties: les époques des révolutions sont des paroxysmes de superstition. D’ailleurs l’exposé de Masoudi, ou plutôt des Parsis, ses auteurs, est plein de contradictions... Il y a, dit-il, entre Zerdust et Alexandre environ 300 ans, parce que Zerdust a paru du temps de Kai-Bistasp (Darius Hystasp); mais entre Darius, élu roi l’an 520, et Alexandre, roi d’Asie en 327, il n’y a que 193 ans, et un environ de 107 ans ne peut se permettre... D’Alexandre, mort en 324 avant J.-C., jusqu’à Ardéchir, roi en 226 après J.-C., il y a 550 ans, et Masoudi en compte environ 500; autre erreur trop forte. Son calcul de la prophétie est d’ailleurs inintelligible... L’empire périra au bout de 300 ans; la religion avec l’empire, au bout de 1000... Est-ce 1300 en tout, ou bien seulement 1000? Il prend ce dernier parti. Mais, si au temps d’Ardéchir il y avait 800 ans écoulés, les 100 qu’il voulut ajouter aux 200 restants faisaient 1100, et cependant, en retranchant 300 ans (moins 10), comme il fit, il augmenta de près de 500 ans. Or ces 500, ajoutés aux 800 que l’on disait écoulés, font 1300. La prophétie n’était donc pas de 1000 ans en total, comme le dit Masoudi, mais de 1000 plus 300... En outre, si Zerdust parut, comme il le dit encore, 300 ans avant Alexandre, ce fut donc en 630, au temps de Kyaxar, roi des Mèdes, et de Jérémie, chez les Hébreux. Ici Masoudi, en contradiction avec lui-même, se place au nombre de ses compatriotes qui font Zerdust disciple de Jérémie, trompés peut-être par l’équivoque du nom de ce prophète, avec celui d’Urmih, ville natale de Zoroastre. Ce calcul favoriserait l’hypothèse d’un académicien (l’abbé Foucher), qui, dans un savant Mémoire (tome XXVII des Inscript.), a voulu prouver que Zoroastre, législateur, parut au temps de Kyaxarès; mais nous allons voir que ce système est plein d’incohérences. Cette anecdote d’Ardéchir, en nous donnant la mesure de l’ignorance et de l’audace des gouvernants asiatiques, ne pourrait-elle pas nous donner la clef d’une autre énigme du même genre? savoir pourquoi le texte grec compte depuis la création du monde jusqu’à notre ère............ 5508 ans, tandis que le texte hébreu n’en compte que..... 3760----Différence................. 1748.
Si, comme il est vrai, c’était une opinion générale dans la basse Asie, 100 ans avant et après notre ère, que le monde allait finir; si, comme il est vrai, cette opinion prenait sa source dans la théologie de Zoroastre, qui dit que le monde, gouverné par Ormuzd, après avoir duré 6000 ans, est supplanté et détruit par Ahriman, qui règne six autres mille (total, 12000, c’est-à-dire les douze mois du grand cercle de l’année, appelé mundus, le manda sanscrit); ne pourrait-on pas croire que les Juifs, imprégnés des opinions perses, ont pu et dû s’effrayer de voir s’approcher la fin du sixième mille, compté sur la Genèse; qu’alors la prudence de leur synagogue aurait jugé nécessaire de faire une suppression qui, comme celle d’Ardéchir, reculât l’époque du destin; et que cette opération n’ayant eu lieu qu’après la traduction et la divulgation du texte grec, elle n’aurait agi que sur l’hébreu pur, et qu’elle aurait été effectuée spécialement à une époque où elle aurait pu embarrasser la secte naissante des chrétiens, qui n’usait que du texte grec? Tout cela est tellement asiatique et juif, qu’on peut le regarder comme vrai. Ajoutons que ces cinq et six mille de Zoroastre, qui n’étaient que des mois, que des signes du Zodiaque chaldaïquement divisés en mille parties, pris ensuite par méprise pour des années, doivent être le vrai texte sur lequel Hermippe et Eudoxe ont bâti leur cinq et six mille ans? Qu’est-ce que l’histoire ancienne!
[22] Clément d’Alexandrie nous en fournit encore une preuve. «Platon, dit-il, fait mention d’un certain Ér (ou Hèr), fils d’Armenius, Pamphilien d’origine, qui est Zoroastre; car il a écrit ces paroles... Voici ce qu’écrit Zoroastre, fils d’Armenius, Pamphilien d’origine: Ayant été tué à la guerre, je suis descendu aux enfers (ou cieux inférieurs), et les dieux m’ont dit ce que je vais raconter.»
Il est évident que ce Hèr a reçu ou pris le nom de Zoroastre, et qu’il a été un de ces charlatans dont l’Asie abonda au temps de Darius et d’Ostanès. Sa vision, racontée par Platon, livre X de sa République, est d’ailleurs curieuse, en ce qu’elle nous montre des idées zoroastriennes sur l’autre monde, qui se trouvent presque littéralement chez les musulmans et chez les chrétiens.
[23] Hérodote, lib. I, § CXL.
[24] Lib. I, p. 88, § CVII.
[25] Lib. I, p. 99, § CXX.
[26] En relisant Hérodote, nous trouvons deux autres traits non moins concluants. Liv. III, § LXV, Cambyse mourant conjure les Perses de ne point souffrir que le mage Smerdis s’empare du trône, et que par son imposture l’empire retourne aux Mèdes..... Et ibid., § LXXIII, le Perse Gobrya, haranguant les conjurés, leur dit: «Quelle honte pour des Perses d’obéir à un Mède, à un mage!»
[27] § CXXXI.
[28] In Proæmio.
[29] Valesii excerpta, pages 460 et suivantes.
[30] Xanthus, au début de son article, observe que Kyrus s’était fait instruire de la doctrine des mages: donc il n’y était pas né; il les caressait pour se faire un parti chez les Mèdes.
[31] Lib. I, cap. I.
[32] Ce qu’Augustin, De civitate Dei, lib. XXI, cap. 14; ce qu’Orose, lib. I, cap. 4, dans le Ve siècle; et ce qu’Arnobe, lib. I, dans le IIIe siècle, disent de Zoroastre et de Ninus, ne sont que la répétition de ce passage.
[33] Syncelle, p. 167.
[34] Chap. 13, p. 40.
[35] Érostrate brûla aussi le temple d’Éphèse pour qu’on parlât de lui: d’Érostrate à Ninus, quelle est la différence?
[36] Chap. 14.
[37] Ibid. pag. 37.
[38] La preuve que Mosès n’a pas fait un roman, est qu’ayant présenté sa description à M. Amédée Jaubert, aujourd’hui auditeur au conseil-d’état, qui a voyagé dans le pays, il nous a assuré, dès la seconde page, qu’il reconnaissait parfaitement les environs du lac de Vanck, et particulièrement le local appelé Arnès, lieu redouté à cause des voleurs qui s’y cachent dans les trous d’une ruine dont la forme retrace une vieille digue.
[39] La traduction latine porte Zoroastre à la manière des Grecs; mais le texte porte Zerdust à la manière des Parsis. Les traducteurs ne devraient jamais se permettre ces changements de noms propres: il en résulte quelquefois de graves contre-sens; par exemple, cette même traduction rend à la page 97, le pays de Klesoi par Cœlésyrie, pendant que c’est l’Akilis-ène de Strabon. Avec ces interprétations, on a introduit une foule d’erreurs et de difficultés dans l’histoire ancienne.
[40] Les Arméniens, comme les Arabes, nomment d’un même mot tout grand espace d’eau: cette mer est le lac de Vank. En Égypte, le fleuve s’appelle Bahr, comme l’Océan même. Tout ce récit de Mosès a cela de remarquable, qu’en le confrontant à celui de Ktésias, l’on trouve que le Grec nous a donné le commencement de l’histoire de Sémiramis, et l’Arménien, le dénouement; tous les deux sont parfaitement d’accord sur le caractère. Et Mosès paraît n’avoir connu Ktésias que par Diodore.
[41] Hérodote, lib. I, § CI, nomme les Busi, le Pareta keni, les Struchates, les Arizanti, les Boudini et les Magoi(mages).
[42] Prononcé Irâne ou Èrane: an est la désinence, comme us en latin et os en grec. Aïr-an. L’Arménien Mosès fait observer que Arioï signifie (fortes) les braves, mot analogue à virtus (firtus) et à vir, qui dans le sanscrit ont le même sens qu’en latin.
[43] Tour et Taur s’écrivent par les mêmes lettres arabes, et dans les radicaux du phénicien et du chaldéen, Tour et Tsour sont le nom général des montagnes.
[44] Voyez Origène contre Celse, lib. VI; Vie de Zoroastre, pag. 28; Zend-avesta, tom. II.
[45] L’original de l’Oupnekhat, si bizarrement traduit ou plutôt défiguré par Anquetil, est bien reconnu pour être l’un des livres les plus authentiques après les Vedas: il date au moins du 1200 ans avant J.-C.
[46] Voyez Diog. Laërce, in Proœmio. Mais lorsqu’il ajoute que les mages sont antérieurs aux Égyptiens, il est en erreur et il copie Hermippe et Eudoxe.
[47] Le passage suivant de son Traité sur Isis et Osiris est surtout remarquable:
«Il est des hommes qui croient qu’il existe deux dieux, dont le caractère opposé se plaît à faire l’un le bien, l’autre le mal. Zoroastre les a nommés Oromaze et Ahrimane. Il a dit que la lumière est ce qui représente le mieux l’un, comme les ténèbres et l’ignorance représentent le mieux l’autre. Les Perses disent qu’Oromaze fut formé de la lumière la plus pure; Ahrimane, au contraire, des ténèbres les plus épaisses: Oromaze fit six dieux bons comme lui, et Ahrimane en opposa six méchants. Oromaze en fit encore vingt-quatre autres, qu’il plaça dans un œuf; mais Ahrimane en créa autant, qui percèrent l’œuf, ce qui a produit dans le monde le mélange des biens et des maux.»
Théopompe ajoute, d’après les livres des mages, «que tour à tour l’un de ces dieux domine (est supérieur) trois mille ans, pendant que l’autre est inférieur; qu’ensuite ils combattent avec égalité pendant trois autres mille ans... mais enfin le mauvais génie doit succomber, etc.»
En réduisant ces allégories à leur sens naturel et simple, il en résulte que Zoroastre, d’après ses méditations physico-astronomiques, considérait le monde ou l’univers, comme régi par deux principes ou pouvoirs, l’un de production, l’autre de destruction; que le premier gouvernait pendant les six mille, c’est-à-dire pendant les six mois d’été, depuis l’équinoxe du Belier jusqu’à celui de la Balance; et le second pendant les six mille ou six mois d’hiver, depuis la Balance jusqu’au Belier. Cette division de chaque signe du Zodiaque en 1000 parties, se retrouve chez les Chaldéens; et Anquetil, qui a si bien saisi l’allégorie, parle en plus d’un endroit des douze mille de Zoroastre, comme des douze mois de l’année.
L’œuf est, comme l’on sait, l’emblème du monde chez les Égyptiens; les vingt-quatre dieux bons sont les douze mois divisés par quinzaines de lune croissante et de lune décroissante, dont l’usage se retrouve chez les Indiens comme chez les Romains; ainsi du reste: c’est-à-dire que tout le système zoroastrien ne fut que de l’astronomie et de l’astrologie, comme tous les systèmes anciens; et qu’ensuite, défiguré par ses sectaires, qui ne l’entendirent pas, il reçut un sens mystique moral et des applications politiques qui ont eu, en plusieurs occasions, et spécialement chez les Juifs, des conséquences singulières, puisqu’un nouveau système en naquit.
[48] Page 199, édit. de Rouen, 1653.
[49] Voyez Dupuis, Origine de tous les cultes, pl. n° 17.
[50] Voyez le fragment de Ktésias en Diodore, lib. II, p. 118.
[51] Voyez Diodore de Sicile, lib. I; Stephanus, de Urbibus, et Strabo.
[52] Ce n’est pas le grammairien, puisqu’il vécut après Diodore.
[53] Mémoires de l’Acad. des Inscript., tom. XVI, p. 245.
[54] Il faut qu’il y ait erreur dans les 599 cités par Fréret.
[55] Son petit-fils El-Aqrân l’avait réparée, en marchant, pour venger son père, contre le pays de Sinn, dont il prit la capitale, et où il établit une colonie de 30,000 Arabes. La postérité de ces colons subsistait encore en 1168, selon Ebn Hamdoun, dans le Thibet, qui est le Sinn des auteurs arabes.
[56] Que les Perses de Kyrus et de Darius, possesseurs de Babylone, aient cru que les rois de cette ville avaient toujours été leurs lieutenants et vassaux, cela se conçoit, parce que, relativement aux Mèdes, prédécesseurs des Perses, il y a un fond de vérité. Mais que les auteurs persans du XIe siècle viennent nous dire que Kyrus et Xercès n’étaient que des vassaux et des lieutenants d’un châh imaginaire, cela ne prouve que leur ignorance profonde de l’antiquité, et ne mérite aucune discussion. On ne peut voir sans regrets que M. Mouradja d’Ohson ait adopté et préconisé chez nous ces rêves asiatiques, dans son Tableau historique de l’Orient; mais l’on conçoit que né Arménien, élevé à Stamboul dans le respect et l’admiration d’un grand pouvoir, M. Mouradja, en devenant drogman et comte suédois, n’ait pu changer d’esprit comme de vêtement: son livre, que nous venons de citer, écrit sans ordre, sans indication d’aucune autorité, n’est propre qu’à donner des idées fausses et vagues, et ne doit, en aucun cas, être regardé comme une histoire de l’ancien Orient.
[57] La racine lahab manque dans l’arabe (Voyez Golius), mais elle subsiste dans l’hébreu, qui, en plusieurs cas, explique très-bien le vieil arabe.
[58] Il est évident que ce nom d’Aâd fut, chez les anciens Arabes, le nom de beaucoup d’individus, en même temps qu’il était celui d’une tribu. Ainsi, chez les Hébreux, Manassé, Siméon, Éphraïm, noms de tribus, sont aussi des noms d’individus. Parmi les merveilles du monde, les Arabes citent le puits de Moattala chez les Madianites, issus d’Aâd, tribu expulsée de l’Iémen. Les Madianites sont cités avant Moïse: donc l’expulsion des Aâdites date de bien plus loin.
Dans leurs récits mêlés de fables, les auteurs arabes citent, relativement à Cheddâd, plusieurs faits d’une exactitude vraiment historique et très-instructifs. Par exemple, Chehab-el-din, dans son livre El-Djoman (les Perles), rapporte que{*},
{*} Voyez Notice des manuscrits orientaux, tome II, pag. 139. Extrait par M. de Sacy.
«Aâd eut un grand nombre d’enfants dont trois régnèrent après lui (savoir): Mondâr, Cheddâd, et Loqman. Cheddâd ayant succédé à Mondâr, fit de grandes conquêtes dans l’Afrique jusqu’à l’Océan. Après 200 ans d’absence, revenu en Iémen, il ne voulut point résider au château de Mâreb, et il acheva le château appelé El Mocheyâd, commencé par son frère Mondâr. Il y employa avec profusion l’or, l’argent et les pierres précieuses (qu’il avait rapportées de ses conquêtes). Les murs étaient ornés intérieurement des pierres les plus rares, et le pavé était de marbre de diverses couleurs (c’était une mosaïque). Cheddâd avait reçu de la nature une force de corps prodigieuse (son nom en dérive: chedid signifie fort); il pliait le fer avec les doigts, et l’éclat de sa voix eût pu tuer un lion... Il vécut très-âgé, et vit sa postérité se multiplier à l’infini...
Le jardin nommé Aram-Zât-el-èmâd (Aram aux colonnes), est encore un ouvrage de ce prince. Ayant lu dans (certains) livres révélés la description du paradis, dont les «colonnes sont d’or et d’argent, la poussière de musc et d’ambre, les gazons de safran et d’iris, les cailloux d’hyacinthe et d’émeraude, etc., il voulut imiter cette magnificence... Il choisit une plaine délicieuse, coupée de 1000 ruisseaux, et il y bâtit un palais enchanté, etc.
«Dans son livre des merveilles de Dieu{*}, Iaqouti s’exprime plus historiquement sur cet ouvrage: Aram aux colonnes, dit-il, est une ville située entre Sanaà et Hadramaut: elle a été bâtie par Cheddâd, fils d’Aâd, ancien roi des Arabes; elle avait de longueur 12 parasanges, et autant de largeur (c’est presque la dimension de Moscou); elle renfermait un nombre infini d’édifices merveilleux, etc.»
{*} Notice des manuscrits orientaux, tome II, pag. 393.
Il faut laisser à l’écart toutes les fables que les écrivains ont brodées sur ce riche canevas: les 200 ans de Cheddâd ne doivent pas être de leur invention: leur analogie avec les âges prodigieux des antiquités juives, prouve seulement qu’alors les années n’étaient pas composées de 12 mois, comme nous l’avons vu dans la Chronologie des Hébreux. En ne prenant que l’essence des faits rapportés dans l’article ci-dessus, nous y trouvons une indication claire... que dès avant le temps de Haret et de Ninus, et en remontant jusqu’à celui de Sésostris, les Arabes d’Iémen avaient déja fait en Afrique ces grandes expéditions qu’ils répétèrent au temps de Salomon: ils avaient pu déja, bien antérieurement, établir cette colonie d’Éthiopiens-Abissins, dont l’origine, suivant le savant Ludolf, se perd dans la haute antiquité, et qui, différant totalement de la race nègre par leurs cheveux longs, leur figure ovale et leur idiome tout-à-fait arabique, attestent une invasion étrangère qui expulsa les naturels du riche pays qu’arrosent les affluents du Haut-Nil. On conçoit comment un prince doué de moyens éminents comme Cheddâd, put faire des expéditions dont ses prédécesseurs lui avaient ouvert les voies, et ensuite déployer un luxe dont le royaume de Thèbes lui offrait les modèles: il est à remarquer que le mot Aram, qui dans les langues arabiques ne signifie rien, dans le sanscrit signifie jardin; et que le paradis décrit par certains livres révélés, est le paradis indou, tel que le décrivent les Pouranas: en sorte que nous avons ici l’indication évidente de la diffusion du brahmisme dès ce temps reculé; et ce nom d’Aram, jardin, donné au riche pays de la Mésopotamie, prouve, avec bien d’autres noms géographiques, que le système indien s’étendit jadis, comme l’a très-bien vu Wilford, dans tout le continent de l’Asie. Pour des yeux libres, l’horizon de l’antiquité s’éloigne et s’étend à mesure que l’observateur avance; mais pour qui porte les lunettes juives, dès quelques pas au-delà d’Abraham, l’horizon est obstrué par le mont Ararat et par les ténèbres chaldéennes, où l’imagination fascinée n’aperçoit que des figures gigantesques et des êtres fantastiques dans des nuages bizarrement dessinés.
[59] La qualité de parent de Djemchid se trouve même en harmonie avec la tradition citée par Maseoudi, que l’une des 4 tribus arabes primitives possédèrent la Perse, et furent une portion alliée de ses habitants; l’une de ces tribus portait le nom d’Aâd, qui a dû faire équivoque avec le père de Cheddâd.
[60] On trouve dans l’ancienne Arménie le mont Capotes, qui est un mot pur sanscrit, signifiant le Lingam (Phallus); l’Araxès perce une montagne à un lieu appelé Ordovar, et le Gange en fait autant au lieu appelé Héridvâr, etc.
[61] Si l’on observe qu’en parlant de la défaite d’Astyag par Tigrane et Kyrus, Mosès fait mention de sa maison (militaire) de 10,000 ames, l’on pensera qu’il a voulu désigner le corps des 10,000 cavaliers devenu partie constituante de l’état militaire des Assyriens, puis des Mèdes, puis des Perses, où nous le trouvons sous le nom des 10,000 immortels. Déïôkes et Kyrus ne firent que copier Ninus: par suite d’imitation, les Tartares ont copié les Perses dans leur Touman de 10,000 cavaliers.
[62] Ktésias dans Photuis, p. 110.
[63] Voyez d’Herbelot, Biblioth. orient., au mot Sâm ben Souri. En général le lecteur trouvera les traditions que nous citons, soit dans la Bibliothèque orientale, soit dans le livre I de l’Histoire universelle, tom. IV, in-4°, dans lequel est inséré un extrait de Mirkond.
[64] Ktésias en Photius, pag. 107.
[65] Athénée, lib. XII, édit. de Schweighauser, tome IV, page 468.
[66] Hérodote est d’accord; seulement il donne à ce second le nom de Smerdis.
[67] Hérodote dit la même chose de Smerdis.
[68] Voyez l’Histoire universelle, in-4°, tome IV, page 5 et suivante.
[69] Voyez tome IV, page 414, et ci-devant, pag. 77.
[70] Quint. Curt., lib. V, cap. I.
[71] Lib. XXIII, pag. 351. De bello persico.
[72] Par exemple, le fort de Rhacotis où les rois d’Égypte entretenaient une garnison sur le lieu où fut bâtie Alexandrie. Voyez Strabon, lib. XVII, p. 792.
[73] 330 ans avant notre ère, 8 siècles et demi après la fondation.
[74] Voyez le récit de Ktésias en Diodore, dont le lecteur trouvera une traduction littérale dans la Chronologie d’Hérodote, pag. 97. Comparez aussi Strabon, lib. XVI, au début.
[75] Diod. Sicul., lib. II, p. 120, édit. de Wesseling.
[76] Nous examinerons dans un article séparé la valeur de ces mesures.
[77] Il y a ici une absurdité évidente. Le plus petit mur intérieur plus long que l’extérieur qui l’enveloppe! Sûrement il faut lire: surpassa en largeur et hauteur.
[78] La circonstance des 2,000,000 d’ouvriers levés par corvée, suggère une observation: ce fut un spectacle étrange que cette réunion d’hommes, divers de couleur de peau, de formes de vêtement, d’habitudes d’actions, de culte, et surtout de langage. Plus de 80 dialectes ont dû se parler dans le vaste empire de Sémiramis. L’Asie retentit des récits de ce fait romanesque, brodé par l’imagination arabe: peut-être a-t-il engendré le conte de la confusion des langues survenue aux constructeurs de la tour de Babel, ainsi que nous l’avons dit, partie Ire, page 147. Nous ajoutons qu’il est probablement aussi la source de l’origine vicieuse que les Juifs donnent au mot Babylon. Selon eux Babyl signifie confusion: cela ne se trouve dans aucun dictionnaire hébreu, arabe, etc. Mais comme en hébreu le mot confusio (turba mixta hominum) s’exprime par le mot arab, et que les indigènes de Babel étaient des Arabes, il est probable que le sens d’un mot a passé à l’autre, surtout quand la loi défendait aux Juifs de prononcer le nom des dieux étrangers, dont Babel était un composé: Ba-bel, palais de Bel. La ville phénicienne appelée par les Grecs Bybl-os, plus ancienne que Sémiramis, s’appelle en langage oriental, Babel: dira-t-on qu’il s’y est fait aussi une confusion de langues?
[79] Nous retrouvons ce roi dans les listes sanscrites des modernes indiens, sous le nom de Tchandra-Goupta, successeur de Nanda.
[80] Bahr en arabe, qui signifie à la fois mer et grand fleuve, toute grande étendue d’eau.
[81] Ce récit a une analogie frappante avec le début de la Genèse.
[82] On dispute sur l’époque de Bérose, et cependant la question nous semble simple aux yeux d’une critique raisonnable. Tatien, l’un des plus savants chrétiens du second siècle de notre ère, parlant de Bérose, lui rend ce témoignage: «Bérose est le plus savant des écrivains (sur l’Asie); et pour preuve, je citerai la préférence que le roi Juba, lorsqu’il traite des Assyriens, déclare donner à l’histoire de cet écrivain, qui avait composé 2 livres sur les faits et gestes des Assyriens». (Oratio contra Græcos, p. 293{*}.)
{*} Le témoignage de l’historien Josèphe n’est pas moins avantageux à Bérose, et ces autorités sont d’un autre poids que l’opinion de l’auteur superficiel de l’article Bérose dans le Dictionnaire des grands hommes.
Quant à son âge, Tatien dit: «Bérose, prêtre baylonien, naquit à Babylone sous Alexandre; il dédia à Antiochus, troisième depuis ce prince, son histoire divisée en 3 livres, dans laquelle, parlant des actions des rois de Babylone, il en cite un entre autres appelé Nabukodonosor, etc.»
Maintenant raisonnons: Si Bérose naquit sous Alexandre, il faut entendre Alexandre, roi à Babylone, par conséquent vers l’an 330. Mais le traducteur latin de Tatien s’est permis d’altérer le texte grec en disant: Bérose fut contemporain d’Alexandre (Alexandro æqualis, quoique le grec kata Alexandron gegonôs signifie littéralement né au temps d’Alexandre). Le Syncelle, selon son usage, avait déjà altéré cette phrase en disant, pag. 28; Bérose, dans son premier livre des Babyloniques, se fait honneur d’avoir vécu sa jeunesse sous Alexandre (genestaï tèn-êlikian), et le traducteur du Syncelle (Goar) l’a encore altéré en disant: parem se Alexandro jactat. Enfin ce même Syncelle, toujours incorrect, dévie encore plus du sens dans un autre passage, lorsqu’il dit, p. 14: Bérose, dans ses Antiquités chaldaïques, rapporte qu’il a fleuri sous Alexandre.
Faute d’avoir fait ces corrections, plusieurs ont cru que Bérose avait réellement été un homme de 25 à 30 ans sous Alexandre, et alors il leur a été impossible de concilier un passage de Pline qui dit, lib. VII, chap. II: «Épigènes assure que les Babyloniens ont des observations de 720 ans de date, écrites sur des briques cuites; mais Bérose et Critodème réduisent cette durée à 480 ans (selon quelques manuscrits, et 490 selon d’autres)».
Sur ce passage l’on raisonne et l’on dit: «Puisque Nabonasar (selon Bérose) détruisit tous les monuments historiques antérieurs à son règne, les observations qui le précédèrent ont dû être détruites: celles dont il s’agit ne doivent donc dater que de l’an 1 de Nabonasar, qui est l’an 747 avant notre ère: de 747 ôtez 480 de Bérose, vous ayez 268. Cette année fut la 15e d’Antiochus-Soter, qui succéda à Séleucus-Nicator en 282. Mais si Antiochus-Théos, qui fut successeur de Soter et 3e depuis Alexandre, ne régna qu’en 262, comment Bérose lui a-t-il dédié son livre?» Nous répondons qu’étant né sous Alexandre vers 330, Bérose avait eu, l’an 268, environ 63 ou 64 ans; ce qui est un âge convenable, tandis que la chose serait presque impossible dans l’autre hypothèse, où il aurait 85 à 90 ans. Si l’on préfère la leçon de 490 au lieu de 480, la dédicace tombera en l’an 258, et Bérose aurait 74 ans, ce qui est encore possible, mais moins probable; et néanmoins il a pu dédier son livre à Antiochus-Théos, prince royal, en l’an 268, tout aussi-bien qu’à Antiochus-Théos, roi en l’an 258: ainsi la balance des probabilités est plus favorable à la leçon 480. Nous ne disons rien des 720 ans d’Épigènes, parce que l’époque de cet auteur n’est pas connue. Quant à la correction systématique qui veut ajouter mille, et lire 480 mille ans, elle n’est appuyée ni par les manuscrits, ni par le texte de Pline, qui, en concluant que l’usage des lettres est éternel, a eu en vue leur invention sous Phoronée et sous les plus anciens rois de la Grèce, sans compter que cet écrivain n’est pas toujours conséquent.
[83] Phrase très-remarquable.
[84] Ces mêmes paroles se retrouvent, à vingt mots près, dans le Syncelle, page 220, et probablement il les a copiées de Josèphe.
[85] Mégasthènes appelle ce canal de dérivation, arma kalé; Pline l’appelle amalchar, et dit que ce mot signifie fleuve royal en langue chaldéenne: nous disons qu’en cette langue fleuve royal se dit nahr-maleka, qui ne ressemble en rien à am-al-char, mais assez bien à ar-makalé, que les copistes ont altéré en oubliant l’n dans nar, et en invertissant μακαλε pour μαλακε nahr-malake: l’am-al-char de Pline est un mot arabe signifiant mère de l’abondance, de la richesse, om-el-chair. Quant à nahr-malake, il signifie aussi fleuve de la reine, et se rapporte fort bien à Sémiramis.
[86] Voyez le plan de Babylone, chap. 7.
[87] Ici Labo se trouve écrit au lieu de Nabo, comme Labynet au lieu de Nabunet.
[88] Voyez Chronologie d’Hérodote, p. 70 et suivantes.
[89] Entre autres, l’une des portes de la ville portait le nom de cette reine. Voyez Rennel, Geog. System. of Herodotus, sect. XIV.
[90] Voyez liv. II, § XCIX et suiv., et liv. I, § I.
[91] La traduction française de Larcher porte: «Ce sont eux qui l’ont environnée de murailles et qui l’ont embellie par les temples qu’ils y ont élevés.» Cette périphrase dénature matériellement le texte: muros amplius ornaverunt et templa. Cette traduction est pleine d’altérations semblables, et l’on peut assurer qu’Hérodote est à traduire en français.
[92] Liv. I, pag. 66, édit. de Wesseling.
[93] Strabo, lib. XVI, pag. 737: «Ninive est située dans l’Atourie; l’Atourie ressemble au pays qui entoure Arbèles, dont elle est séparée par la rivière du Loup (le Lycus); Arbèles appartient à la Babylonie, qu’elle joint au-delà du Lycus; la plaine d’Atourie entoure Ninive.»
On voit que la frontière de la Babylonie, vers Ninive, était la rivière du Loup ou Lycus, située au-delà d’Arbèles relativement à cette Babylonie: or la distance du Lycus à Ninive n’est que d’environ 16 lieues communes de France. Et Ktésias dit qu’au premier combat, Sardanapale poussa les rebelles à 7 stades, qui font 477 toises, parce que son stade est celui de 833½ au degré, comme nous le verrons. Aux deux combats suivants, le roi chassa les rebelles jusqu’à la frontière de Babylonie, et le récit de l’historien montre qu’elle n’était pas loin.
Il est bon de remarquer ici que l’Atourie n’est autre chose que la prononciation chaldéenne du mot Ashourie (Assyria), le dialecte chaldéen changeant très-souvent le shin hébreu et arabe en tau. Aussi Casaubon, dans ses notes sur le premier paragraphe du livre XVI de Strabon, remarque-t-il que, selon le témoignage de Pline et d’Ammien, le pays où fut Ninive s’appela d’abord Assyrie, puis Adiabène; et que, selon Dion (in Trajano), l’Adiabène avait été appelée Atourie par les Barbares (les Chaldéens), qui avaient changé l’s en t (Assouria-Atouria[94]). Quant au mot Adiabène, Ammien-Marcellin veut lui donner une origine grecque qui est forcée; c’est le nom syrien et chaldéen de la rivière du Loup qui en ces dialectes se dit Diab et Ziab, Zab de la géographie moderne; et les Grecs, qui l’appelaient Lycus, ne firent que traduire le mot chaldéen. Il est probable qu’après la conquête d’Alexandre, toutes leurs instructions leur furent fournies par les astronomes et géographes babyloniens.
[94] La traduction chaldaïque d’Onkelo rend toujours assour par atour.
[95] Voyez Chronologie d’Hérodote; p. 103. Le traducteur a commis une erreur à cette même page 103, note [96], en évaluant le stade de Ktésias à 85 toises, tandis qu’il ne faut l’estimer qu’à 68 toises 5 pieds 2 pouces.
[96] Golfe Persique.
[97] Lib. II, pag. 84.
[98] Voyez l’article des rois homérites, tome IV, page 506 de la Chronologie d’Hérodote; et la Géographie de la Genèse, à la fin, Ire partie de nos Recherches.
[99] Lexicon de Urbibus.
[100] Il faut entendre Bélus, aucun ancien auteur n’ayant jamais parlé du sage Babylon.
[101] Vide Salmasium Exercit. Plinianæ, in Solin., p. 866. E. Saumaise veut qu’au lieu de deux mille ans, on lise mille deux ans; mais cette correction est sans appui, et elle a contre elle la leçon de Photius, qui a lu 1800 ans.
[102] Selon le calcul vulgaire; voyez Larcher. Chronologie. Selon nous 1015.
[103] Selon l’auteur du livre des Rois.
[104] Selon le texte grec, lequel, traduit authentiquement par l’ordre du roi Ptolomée, représente l’ancien original hébreu cité par Esdras, plus exactement que l’hébreu actuel, retouché sous les Asmonéens par le grand sanhédrin.
[105] Voyez les Tables de la Polyglotte de Walton, tom. I, p. 4 et suiv.
[106] D’ailleurs ajoutez les 10 ans qu’ils suppriment tous au règne d’Amon, fils de Josias, et vous avez 3196 ans, une seule année de différence.
[107] Voyage dans les mers de l’Inde, tome I, p. 320.
[108] Voyez Mém. de l’Acad. des Inscript., tome XXIV, p. 432.
[109] De Cœlo, lib. II, chap. 14.
[110] Liv. I.
[111] Mémoires de l’Académie des Inscriptions, tom. XXVIII, page 253.
[112] Geographical system of Herodotus, in-4°, London, 1800. Sect. XIV. Rennel nie même le stade de 51 toises, qu’il regarde comme chimérique.
[113] Voyez Traité des mesures, poids et monnaies des peuples anciens et modernes, par Paucton, traduit et publié en 1780, à Paris, in-4°.
[114] Métrologie in-4°, Paris, 1789.
[115] Il est fâcheux de voir le major Rennel traiter cette raison de conte apocryphe; on croirait qu’il n’a pas connu le caractère des anciens.
[116] Danville l’estime à 4,900 toises, et ne donne que 3,100 toises de côté moyen à la ville de Paris.
[117] Voyez Strabon, liv. XVI, p. 739.
[118] L’abbé de Beauchamp, dans son Mémoire sur les ruines de Babylone, observe que les Arabes qui retirent une quantité de briques et autres matériaux de construction dans la portion de Babylone située à l’est de l’Euphrate, n’en trouvent point dans la portion à l’ouest. Voyez le Journal des savants, décembre 1790.
[119] Sous le règne de Darius-Hystasp, les habitants de Babylone voulant se révolter, s’aperçurent qu’ils avaient peu de vivres, et parce qu’ils avaient chacun plusieurs femmes, ils en réservèrent chacun une et tuèrent les autres à titre de bouches inutiles. Après le siège, qui ne fut pas meurtrier, Darius, pour repeupler la ville comme auparavant, ordonna de reprendre des femmes, et le nombre fourni par les pays environnants fut de 50,000. Voyez Hérod., lib. III, § 152. Ceci ne donne pas l’idée d’une grande population; à la vérité Babylone était sur son déclin; mais c’était encore une grande ville.
[120] Pour estimer la population de Babylone, Rennel établit une comparaison avec la ville de Londres; et parce que Londres contient plus de 700,000 têtes sur un espace carré de 15 milles ½, et que ces 700,000 bouches consomment le produit de 6,600 milles carrés de bonnes terres, il prétend que Babylone, qui contenait 72 milles carrés (selon lui, et il se trompe d’un quart) aurait absorbé le produit de toute la Chaldée. Mais après avoir vu les villes et les peuples d’Asie, il est étonnant que Rennel ait établi une telle comparaison: d’abord parce que l’on peut assurer que 10 Anglais consomment autant que 50 Arabes; 2° parce que les villes asiatiques ont de vastes espaces vides que l’on ne voit point dans les villes anglaises, dont le principe architectural est d’être très-serrées. C’est ainsi que l’on nous disait, il y a 30 ans, que le Kaire contenait 700,000 âmes, ou tout au moins 400,000, parce qu’il égale Paris en surface; et lorsque l’armée française a voulu le vérifier, elle a trouvé assez juste le nombre de 250,000 qu’avait estimé le voyageur Volney. Voyez l’ouvrage de Rennel, sect. XIV.
[121] Selon Romé de Lisle, l’orgye vaut 5 pieds 1 pouce 7 lig. Voyez sa Métrologie.
[122] La coudée royale est évaluée 17 pouces 4 lignés, par Romé de Lisle.
[123] Hérod., liv. III, § CLII.
[124] Il y en a plusieurs: en prenant celui d’Ératosthènes, les 32 passent un peu 26 de nos pieds. Métrolog. pag. 1.
[125] in-4°, tome I, part. II, p. 54, lettre 17.
[126] Le plèthre vaut 14 toises I pied 6 lignes. Métrologie, page 6.
[127] Hérod., lib. I, § CLXXXI.
[128] C’est l’expression d’Ammien-Marcellin.
[129] Voyez le temple du Soleil à Palmyre, celui même de Jérusalem.
[130] Depuis des siècles que cette pyramide est écroulée et fouillée par les Arabes qui en retirent des briques, elle a dû perdre infiniment de sa hauteur, et cependant l’abbé de Beauchamp lui a encore trouvé 180 pieds d’élévation. Voyez Journal des savants, Décemb. 1790.
[131] Si les degrés croissaient régulièrement de l’équateur en allant au pôle, l’on pourrait déterminer à quelle latitude fut mesuré celui dont nous parlons; mais des opérations faites à diverses latitudes prouvent que ce progrès n’est pas régulier. D’ailleurs le même local, mesuré par des personnes et par des méthodes différentes, donne des résultats différents: c’est ainsi que la mesure ordonnée, près Paris par l’Académie des sciences, a différé de 67 toises en plus de la mesure ordonnée par l’Institut. Il serait néanmoins curieux de mesurer un degré terrestre par des moyens ordinaires, dans le pays de Babylone: les Arabes firent cette opération sous le kalifat d’El-Mâmoûn[132]. Malheureusement le vrai résultat de leur toisé est difficile à établir dans cette circonstance. Au reste c’est une chose digne d’attention que tous les stades anciens, le pythique, l’olympique, le nautique, l’égyptien, etc., soient également des parties aliquotes exactes d’une circonférence de la terre, mesurée d’après les principes et par les procédés que nous connaissons; et que tous ces stades donnent au degré terrestre une étendue qui ne varie que de quelques toises au-dessus de 57,000 toises, le stade pythique excepté. Selon Romé de Lisle, le stade d’Ératosthènes donne 57,166 toises; le stade nautique, 57,066; le stade olympique, idem; le stade phileterien, 50,070; le stade égyptien, 57,066; le stade pythique, 156,000 toises par degré.
[132] Voyez Notice des manuscrits orientaux, tom. I, pag. 51 et suiv.
[133] Ici vient se placer un passage de Cicéron qui, parlant des principes de l’art de deviner, dit (lib. I, cap. II, de Divinatione): «En remontant aux autorités les plus reculées, je trouve dès les premiers temps les Assyriens, qui, à raison de l’étendue et de la planimétrie des contrées qu’ils habitaient, découvrant de toutes parts un ciel sans obstacles, observèrent les mouvements des étoiles tant propres que respectifs, et, sur leurs aspects, fondèrent l’art des horoscopes, etc.».
Ces Assyriens de Cicéron ne peuvent être ceux de Ninive, dont le pays se trouve au pied du mont Taurus; ils doivent être ceux de la Babylonie, ainsi désignés par les Grecs dès avant Hérodote. Or, comme il est prouvé qu’avant Ninus ce pays fut le siège d’un état policé et d’une population arabe nombreuse et civilisée comme l’Égypte, il s’ensuit que c’est à ce peuple qu’il faut appliquer ces mots de Cicéron: «Principio Assyrii, ut ab ultimis auctoritatem repetam, propter planitiem magnitudinemque regionum quas incolebant, cum cœlum ex omni parte patens et apertum intuerentur (il eût dû ajouter perlucidum), trajectiones motusque stellarum observaverunt.»
[134] Ces fuyes sauvages sont encore aujourd’hui un cas fréquent en Syrie et en Palestine; les pigeons y sont par milliers.
[135] Liv. XXXV, chap. 10, p. 224 de l’Histoire naturelle de Pline, traduction de Poinsinet.
[136] Oda en turc, chambre.
[137] Colombe et pigeon se dit ïounah, qui n’a rien d’analogue. Mais on nous dit que les troupes babyloniennes avaient pour enseigne une colombe, ce qui explique l’expression de Jérémie et du psaume Exurgat, fuyez la colère de la colombe. Ces enseignes ayant été instituées par Sémiramis, peut-être le peuple l’a-t-il désignée sous cet emblème.
[138] Voyez le texte ci-devant, p. 116.
[139] Voyez Mémoires de Beauchamp, Journal des savants, décembre 1790.
[140] Strab., lib. XVI.
[141] Elle ne dit rien de la frontière d’ouest, la Méditerranée; et ce silence est contre Ktésias en faveur d’Hérodote. Sémiramis n’eût pas omis un pays aussi remarquable que la Syrie, sa patrie: elle a dû, par amour-propre, omettre une frontière aussi bornée que celle de l’Euphrate.
[142] Asiatick Researches, tome IV, Dissert. de Wilford sur Sémiramis.
[143] Notre époque de Sémiramis trouve un appui singulier dans un passage de Porphyre, que cite Eusèbe, Prœp. evang., lib. I, pag. 30. Selon Porphyre, «l’historien phénicien Sanchoniaton avait fleuri avant la guerre de Troie, dans un siècle rapproché de Moïse, ainsi que l’on pouvait s’en convaincre par les Annales des rois phéniciens: et il avait été contemporain de Sémiramis, que l’on place très-peu de temps avant la guerre (ou prise) de Troie, ou même parallèlement.»
Sur ce texte nous remarquons que la plupart des écrivains grecs placent cette prise l’an 1184 avant notre ère: dans nos calculs le règne de Sémiramis a eu lieu depuis 1195 jusqu’en 1180: on voit que le synchronisme est complet, et il est d’autant plus concluant, que Porphyre nous le donne comme le résultat des 3 chronologies assyrienne, phénicienne et grecque, comparées entre elles. Les interpolations de Ktésias se trouvent ici jugées et rejetées.
Ce même fragment de Porphyre donne lieu à une autre combinaison singulière: cet écrivain dit «que Sanchoniaton, pour mieux s’assurer de la vérité des faits, consulta de très-anciens monuments ammonites, et un certain Ierombal juif, prêtre du dieu Ieou.»
En parcourant les livres juifs, nous trouvons l’un des juges spécialement désigné par le surnom de Ierobaal (ennemi de Baal); ce juge est Gédéon, qui, à titre de prophète envoyé de Dieu, mérite aussi le nom de prêtre: Gédéon nous serait donc indiqué ici comme ayant gouverné jusque vers l’an 1190 et au-dessus: sa fin aurait précédé de 50 à 60 ans l’avènement de Héli en 1131. La liste informe que nous avons critiquée à l’article des Juges (première partie des Recherches nouvelles), en présente beaucoup plus, comme on le voit ici.
Gédéon-Ierobaal meurt vers 1190.
Abimeleck règne 3 ans.
Thola.
Iaïr gouverne 22 ----- Total 25 ans.
Servitude sous les Ammonites et les Philistins, 18 ans.
Jephté 6 ans.
Abesan 7
Ahîalon 10
Abdon 8 ---- Total 31
Servitude sous les Philistins 40 ans.
Samson 20
Héli, juge en l’an 1131.
Écartons le fabuleux Samson; admettons, avec plusieurs chronologistes, que les 40 ans de servitude sous les Philistins, ont été parallèles aux 40 ans de Héli: déjà nous n’aurons que 28 à 30 ans depuis ce grand-prêtre, en 1131, jusqu’à Jephté, qui aura géré vers 1166. D’autre part, entre Jephté et Gédéon, Josèphe n’admet point Thola; la servitude sous les Ammonites et les Philistins a pu n’affecter que quelques tribus, tandis que Iaïr gouvernait les autres. Il ne resterait donc que 25 ans entre Jephté et Gédéon, qui serait mort vers 1190; et comme les indications de Porphyre ne sont pas précises, Gédéon peut être reculé jusque vers 1200. Ce ne sont là que des hypothèses, dira-t-on; mais l’autorité de Porphyre, qui, de l’aveu même de ses ennemis, fut un savant écrivain, est faite pour balancer ici celle d’une compilation indigeste, surtout lorsque Porphyre s’appuie de monuments positifs, réguliers, dont les expressions s’accordent avec les raisonnements que nous avons formés sur d’autres bases et par d’autres moyens.
[144] Tatien, pag. 243.
[145] Eusèbe, pag. 13.
[146] Atossa quæ est Sémiramis.
[147] Clément d’Alex. Strom., lib. III, pag. 185.
[148] Athénée cite deux exemples de semblable confusion de noms par des historiens de son temps: l’un disant que Ninive fut prise par Kyrus, au lieu de Kyaxar; l’autre que l’on voyait à Ninive le tombeau de Ninus, au lieu de Ninyas. Athénée, en faisant lui-même ces remarques, nous montre que ces cas ont été assez fréquents.
[149] Il semble aussi que cette Sémiramis doit être celle qu’Hérodote a eu en vue par suite de ces confusions.
[150] Voyez Ktésias en Diodore, lib. II.
[151] Ktésias et Moïse de Chorène.
[152] Lib. I, § CLXXVIII.
[153] Norma, regula.
[154] Josèph. contr. Appion., lib. I, § XIX.
[155] Reg. lib. II, cap. 23, v. 29, etc. 24, v. 7.
[156] Ce mot persan satrape reçoit une explication instructive et curieuse de l’ancienne langue de l’Inde, le sanscrit, qui fut très-analogue à celle des Perses de Kyrus. En le décomposant, on y trouve deux mots qui signifient maître du dais ou parasol (ishattra-pah ou pad); ce qui nous apprend que jadis en Perse, comme aujourd’hui dans l’Inde et à la Chine, l’attribut honorifique des gouverneurs des provinces était de se faire porter le parasol, de rendre leurs sentences et décisions sous le parasol. Aussi lorsqu’en ces derniers temps nous avons eu à Paris des envoyés du shah de Perse, eux et leurs gens ont-ils été scandalisés de voir le parasol dans toutes les mains indistinctement. Notre industrie, pour rendre ce meuble plus commode, a su le réduire à une seule tige ou bâton; mais dans l’origine, il était monté sur deux et même sur quatre, et il était le dais dont les prêtres et les rois ont conservé le très-antique usage oriental, et dont notre climat nous a fait oublier le motif et l’intention.
[157] Les Paralipamènes, liv. II, chap. 33, v. II, semblent faire exception, lorsqu’ils disent que le roi Manassé fut emmené captif à Babylone par le roi des Assyriens. Mais il ne faut pas oublier que cette tardive chronique n’a pu être rédigée avant le temps des Asmonéens, et qu’à cette époque les écrivains juifs empruntaient déjà les idées et les expressions des Grecs, qui appelaient Assyriens les peuples de la Babylonie, en sorte que cet exemple même devient l’un des indices de la posthumité des Paralipomènes: ce livre, au chap. 3, vers. 17 à 24, dénombre sept générations depuis le retour de Babylone; et cela seul, à 25 ans la génération, conduit jusqu’à l’an 363, c’est-à-dire 33 ans avant Alexandre.
[158] Comme il arrive assez souvent dans l’Inde ou dans la Turquie à des princes tributaires et à des pachas.
[159] Voyez Chronologie d’Hérodote, pag. 481, note [161].
[160] Flav. Joseph., Antiq. judaic., lib. IX, cap. 14, pag. 506.
[161] Nous ne combattons point ici une opinion singulière de Michaelis, qui, dans son livre de Geographiâ Hebrœorum exterâ, saisit une phrase de Strabon pour en induire qu’une peuplade sauvage et barbare, appelée jadis Chalybes, et plus récemment Chaldies, était venue des bords de la mer Noire conquérir et maîtriser Babylone, comme les Turkmans ont maîtrisé Bagdad et l’empire arabe. Pour soutenir cette hypothèse, Michaelis veut que les noms des rois babyloniens soient des noms russes; par conséquent il suppose que les Chalybes parlèrent un dialecte slave, quoique les meilleurs antiquaires ne fassent remonter l’origine des Slaves qu’aux premiers siècles de notre ère, où ces peuples émigrèrent, à ce qu’il paraît, des frontières de l’Indostan. D’autre part, outre que les étymologies qu’il allègue d’après Forster, sont forcées et imaginaires, on peut lui objecter que les noms de Nabu-kadnasar, Balthasar, etc., reçoivent une explication plus raisonnable de l’idiome arabe et chaldéen. Quant à la phrase de Strabon, lib. XII, p. 549, nous remarquons d’abord avec ce géographe, qu’Homère, en citant le nom de Chalybes, paraît avoir ignoré celui de Chaldœi, et nous en inférons que ce dernier ne se serait introduit que depuis ce poète, qui a écrit vers l’an 800 avant notre ère, c’est-à-dire quelques années avant Phul, roi de Ninive. Or tous les anciens attestent que les Chaldéens ont existé à Babylone bien des siècles avant cette date, et ont existé comme caste sacerdotale et non militaire. Nous observons de plus que, peu après le temps d’Homère, deux rois de Ninive, successeurs de Phul, exécutèrent de nombreuses déportations de peuples, et que, de même qu’ils transplantèrent des familles euthéennes à Samarie, ils purent déporter des familles chaldéennes chez les Chalybes, voisins des Sàpires, cités par Sennachérib pour être l’un des peuples récemment subjugués par ses pères. D’ailleurs Strabon, au même endroit, nomme quatre peuples à qui un changement semblable de nom était arrivé; les Sanni, jadis Macrones; les Apaïtœ, jadis Kerkitœ; et d’autres jadis appelés Byzères: n’est-il pas plus raisonnable d’attribuer ces changements aux historiens qui auront employé d’autres idiomes que les anciens; de penser même que Darius a pu en être l’auteur dans le registre neuf et régulier qu’il fit composer pour l’empire perse. Toujours est-il vrai que Strabon peint les Chaldœi Chalybes comme des sauvages divisés entre eux, tous barbares, insociables, vivant de pèche, de chasse et de gland, et il n’est pas probable que de telles hordes, peu nombreuses, aient fait une conquête aussi difficile que celle de Babylone, en dépit des rois de Ninive.
[162] Voyez Procli Sphæra, in-4°, à la fin.
[163] Syncelli Chronographia, in-fol.
[164] Doctrina temporum, tom. II, pag. 125, année 1627.
[165] Voyez Rationarium temporum, à la fin. Petau ne cite pas le numéro du manuscrit; mais c’est celui de la bibliothèque impériale, coté 2497; un autre, coté 2494, pag. 126, appuie celui-là.
[166] in-8°, 1684. Appendice aux Dissertations sur saint Cyprien.
[167] Joseph, cont. Appion., lib. I, § XIX.
[168] Le Syncelle cite Bérose, mais il est très-douteux qu’il ait eu ce livre en main; car il n’en cite pas un passage original qui ne se trouve ailleurs.
[169] Voyez ci-devant, note de la page 123.
[170] Fréret et les missionnaires ont remarqué que le même système existe dans la chronologie des Chinois, qui supprime les noms des rois lorsqu’ils ont régné moins d’une année.
[171] Voyez Moïse de Chorène, chap. 13, pag. 40.
[172] Apud Hebrœos liber Judith inter apocrypha legitur..... Hieronymi opéra, tom. 1, pag. 1170, in-fol., 1693.
Le savant Bernard de Montfaucon a voulu prouver l’authenticité du livre et du fait; mais sa dissertation, composée dans sa jeunesse, ne s’appuie que sur des anachronismes, ou sur des hypothèses, et ne sauve ni les contradictions palpables, ni l’ignorance évidente de l’anonyme, tant en géographie qu’en chronologie. Le lecteur peut lui-même en juger par ce précis de Judith que nous lui soumettons.
[173]
TEXTE DE JUDITH.
Version latine ou vulgate.
Arphaxad, roi des Mèdes, avait subjugué beaucoup de peuples, et il avait bâti une grande ville qu’il nomma Ecbatan; et l’an 12 de son règne, Nabukodonosor, roi des Assyriens, qui régnait dans Ninive, combattit Arphaxad, et il le vainquit dans la grande plaine de Ragau, près l’Euphrate et le Tigre..... Et l’an 13 de son règne, Nabukodonosor envoya Holophernus..... Eliakim était alors grand-prêtre à Jérusalem, etc.
Version grecque. L’an 12 de Nabukodonosor qui régna sur les Assyriens dans Ninive; au temps d’Arphaxad qui régna sur les Mèdes dans Egbatanes qu’il avait bâtie: en ce temps-là, le roi Nabukodonosor fit la guerre au roi Arphaxad..... Et l’an 17, Nabukodonosor combattit Arphaxad, le défit dans les montagnes de Ragau, le perça de traits, et l’extermina jusqu’à ce jour; et l’an 18, Nabukodonosor envoya Holophernus contre les enfants d’Israël qui revenaient de captivité. Ioakim était grand-prêtre à Jérusalem, etc.
Arphaxad, roi à Ecbatanes, périssant dans une guerre contre les Assyriens, ne peut être que Phraortès qui périt dans son expédition contre les Assyriens de Ninive, comme nous l’a dit Hérodote. Mais Ecbatanes fut bâtie par Deïokès et non par son fils Phraortès. Ce roi mède périt l’an 636: à cette époque, Josias, âgé de 11 ans, était dans l’an 3e de son règne, ou plutôt de la régence du grand-prètre Helqiah..... Les Juifs revenaient de captivité..... De quelle captivité? Il y avait déjà 16 ans que Manassès était mort. Pourquoi le nom de Helqiah est-il altéré et différent dans les deux versions? La plus ancienne, qui est le grec, donne 6 ans de durée à la guerre; la version vulgate fait périr Arphaxad dans la même année, l’an 12 de Nabukodonosor..... Il est bien vrai que l’an 636 se trouve être l’an 11 de Kynil-Adan; mais alors l’une des versions s’est permis d’altérer le texte. Quel fut ce texte original? on l’ignore. L’hébreu qui a servi de modèle au latin, est mutilé: il a été fait sur le grec qu’il a abrégé et tronqué, comme font tous les extraits. Le grec est d’accord avec la version syriaque, très-ancienne aussi; mais ni l’une ni l’autre ne sont l’original qui a péri. Le latin cadre mieux avec la chronologie d’Hérodote, sur laquelle il a été calculé ou corrigé. Mais Hérodote dit que les Ninivites étaient indépendants, qu’ils étaient délaissés de tous les autres Assyriens; et l’histoire de Parsodas en Ktésias nous montre Kynil-Adan-Nanibrus, vassal d’Artæus-Kyaxarès.
Dira-t-on que ce Nabukodonosor qui régna dans Ninive, fut un roi indigène à nous inconnu? En effet, l’auteur de Judith n’exprime pas qu’il fût roi de Babylone. Mais alors où est son garant? et lorsque ensuite il ajoute que Judith vécut jusqu’à l’âge de 105 ans (plus de 70 ans après cette guerre); qu’Israël ne fut plus troublé de son vivant ni long-temps après (dès 609, Josias fut tué et le pays conquis par Nékos); et lorsque dans le cantique de Judith, il dit le Perse a frémi de son audace, le Mède a été troublé de sa force; tous ces anachronismes ne décèlent-ils pas clairement la posthumité et l’ignorance de l’auteur? D’ailleurs sa géographie est un renversement manifeste, lorsque, traçant la marche d’Holopherne, il le fait partir de Ninive, le conduit en Cilicie jusqu’au mont Angê, ou plutôt Argœus: puis de Cilicie lui fait passer l’Euphrate pour l’établir en Mésopotamie, et y ruiner toutes les villes fortes qui y étaient, depuis le torrent de Mambré (qui est en Palestine) jusqu’à la mer Méditerranée. En voyant une faute si grossière ajoutée à tant d’autres invraisemblances, on se range à l’avis de ceux qui dans le livre intitulé Judith, voient un roman écrit au temps des Machabées, pour exciter le patriotisme juif contre la tyrannie des rois grecs. Il est possible que dans d’autres guerres, il y ait eu quelque anecdote semblable, et que quelque captive juive enlevée par un chef de troupe, l’ait tué, comme on le dit de Judith; mais les détails de ce livre sont tels, qu’il n’a pu être composé que par la femme même qui en fut le témoin et le héros (hypothèse absurde), ou par l’écrivain dramatique qui les puisa dans son imagination. Au reste, de tous les apocryphes juifs.... c’est le roman le mieux écrit et le plus intéressant.
[174] Abrégé d’astronomie théorique et pratique, par M. Delambre, p. 335.
[175] Et cela d’après Bérose, puisque le Syncelle remarque, p. 16, que Polyhistor copie ou suit habituellement Bérose.
[176] Nabo-kol-asar s’explique bien, prophète tout victorieux, ou vainqueur de tout. Dans Nabo-kadn-asar, le mot kadn doit être le syriaque gad, signifiant la fortune. Aussi les Arabes ont-ils rendu ce mot par bakt-nasar, vainqueur fortuné. Kadn pourrait être aussi le mot arabe gadd-an, multum.
[177] Jérém. chap. 25, v. I; chap. 36, v. i, et chap. 46.
[178] Hérod., lib. II, nos 158 et 159.
[179] Le livre de Jérémie, chap. 46, écrit aussi Magdoul; mais celui des Rois est plus correct lorsqu’il écrit Magdou ou Mageddo, attendu qu’il est contre toute vraisemblance que Josias soit allé combattre à Magdol qui est près de Peluse en Égypte; tandis qu’il est naturel qu’il se soit opposé à Nékos, près de Mageddo, ville de Palestine, d’où il fut ramené mourant à Jérusalem.
[180] En la 4e de Ihouaqim, 1re de Nabukodonosor, Jérémie, chap. 46.
[181] Joseph., cont. App., lib. I, § XIX.
[182] Reg. II, chap. 24, v. 5.
[183] Ces déprédations datent de 601, qui est la 7e année de Ihouaqim. Josèphe est donc en erreur palpable, lorsqu’il dit qu’en l’an 8 de ce prince (l’an 600), Nabukodonosor vint avec une grande armée lui imposer tribut. Josèphe a mal à propos fait partir de là les 3 ans de ce tribut.
[184] Prépar. Évang. d’Eus., liv. IX, chap. 39.
[185] Voyez Desvignolles, tom. II, chap. I du liv. IV.
[186] Josèph., contr. App., lib. I, § xxi.
[187] Ibid. § XVII.
[188] Voyez Desvignolles, liv. IV, chap. I.
[189] Voyez Hérod., lib. II, chap. 44.
[190] Just., liv. XVIII, chapitre 3. Il attribue aux Philistins d’Ascalon la prise de Sidon, qui occasiona la fondation de Tyr; et la plus grande puissance des Philistins fut au temps des juges.
[191] Josué, chap. 9, v. 27. «Et Josué accorda aux Gabaonites d’être les coupeurs de bois et les porteurs d’eau habituels à l’Autel-de-Dieu, jusqu’à ce jour..... Ibid., chap. 6, v. 25: Et les descendants de la courtisane Rahab ont vécu au milieu du peuple (d’Israël) jusqu’à ce jour...» On trouve jusqu’à 10 faits cités avec cette expression jusqu’à ce jour, qui désigne une durée déjà prolongée depuis l’origine. Les Gabaonites paraissent avoir joui jusqu’à Salomon de leur privilège, qui ne fut troublé que par Saül. Ainsi la rédaction du livre de Josué prend une grande latitude.
[192] Si l’on voulait en croire les Juifs, ces guerres opiniâtres et meurtrières que leur firent pendant un siècle et demi les rois de Ninive et de Babylone n’avaient d’autre motif que la colère du dieu d’Abraham contre le culte des idoles pratiqué par sa race. Mais pour peu que l’on réfléchisse sur l’état politique et civil de ces temps reculés, il est facile de voir que la richesse territoriale et commerciale des Juifs et des Phéniciens fut le véritable motif des guerres que leur firent les rois de l’Euphrate et du Tigre, jaloux d’ailleurs du commerce que les Tyriens et les Palestins faisaient par la mer Rouge dans le golfe Persique, où ils causaient une dérivation des richesses, qui sans cela seraient remontées à Babylone et à Ninive.
[193] Hérodote, lib. II, depuis le n° 158 jusqu’au 169e.
[194] Voyez Jérémie, chap. 42, 43, 44. Le chap. 52, v. 30, indique cette fuite l’an 22 de Nabukodonosor (l’an 583). L’année suivante (582), son général Nabusardan vint faire un enlèvement de Juifs pour châtiment.
[195] Voyez Larcher, Kanon chronologique, année 750, p. 670.
[196] Strab. liv. XV, p. 687; Josèph., contr. App., liv. I, § XX; Eusèbe, Prœp. evang., lib. IX.
[197] Eber, peuple ou pays d’au-delà le désert ou la mer. Hybernia, l’Irlande a la même origine. Il est assez singulier que les mots germanique et anglais uber et over aient le même sens.
[198] Sall. Bell. jugurth, chap. 18.
[199] Voyez Catalogo de las lenguas, tratado 3°, sect. 1, chap. 4, art. 1°, n° 567, par Hervaz, qui, dans tout son ouvrage, fait un étrange usage d’une vaste érudition et de la riche collection des vocabulaires qu’il a eus en main.
[200] Reg., liv. II, chap. dern., v. 27.
[201] Ce même fait est répété mot pour mot dans le dernier chapitre de Jérémie, dont la fin est littéralement la même que celle du dernier chapitre des Rois..... Mais est-il naturel, est-il croyable que Jérémie, qui commença dès l’an 626 un rôle politique et religieux comportant un âge de 25 ans au moins; que Jérémie, né vers l’an 651, ait encore écrit en 561, à l’âge de 90 ans? N’est-il pas évident que de très-anciens copistes se sont permis d’ajouter ces versets, et même une partie de ce chapitre? et alors où est pour nous la preuve que les deux précédents, les 50 et 51e, n’ont pas été ajoutés, quand leur contenu, plein d’allusions à la prise de Babylone par Kyrus, est bien autrement inconciliable avec la vie de Jérémie? où sont nos garants de l’autographie des manuscrits de Jérémie?
[202] Berosus in Joseph. contr. App., lib. I, § XX.
[203] Dans un fragment cité par Eusèbe (Prœp. evang., lib. IX, cap. 41), Mégasthènes offre les mêmes faits; mais les noms sont très-altérés.
[204] Hérod., lib. I, § CXCI, et liv. III, § CL et suiv.
[205] Diog. Laert., Vita Platonis, tom. I, liv. III, pag. 185; et notes de Ménage, tom. II, pag. 152, n° 34. Voyez aussi Dacier, Vie de Platon, tom. I, p. 107 à III.
[206] Athénée, liv. XI.
[207] Aulugel. Noctes atticæ, lib. XIV, chap. 3.
[208] Cicero ad Quintum fratrem, epistola Iª. Cyrus ille a Xenophonte, non ad historiœ fidem scriptus, sed ad effigiem justi imperii.
[209] Voyez sa dissertation, Mémoires de l’Académie des inscript., tome III, pag. 58.
[210] Pétau fait exception; Fréret a varié.
[211] Daniel, chap. I.
[212] Daniel, chap. I, v. dernier.
[213] Le songe d’Astyag, dans Hérodote, offre les mêmes circonstances.
[214] A dater de Kyrus (Smerdis est omis).
[215] Asiatick Researches, tom. VIII, Mém. n° 6.
[216] Hieronym., Comment. in Daniel, tome III, page 1071.
[217] 170 ans avant notre ère.
[218] Entre autres le mot symphonie. Voyez, à ce sujet, Michaelis, Dissertation sur le style du livre de Daniel.
[219] On peut remarquer que tous les apocryphes juifs sont postérieurs au siècle d’Alexandre, et qu’ils ont dû leur origine à la connaissance imparfaite que les Juifs prirent de la littérature grecque, à une époque où le bon goût fut altéré par le malheur des guerres.
[220] Lib. I, fin du § CXCI, et § CLXXXVII.
[221] Herod., lib III, in fine.
[222] Josèphe, Antiq. jud., lib., IX, chap. 6.
[223] Voyez Petau, Uranolog., p. 312 et 313.
[224] Sancti Hieronym., Comment. in Daniel, tome III, pag. 1110.
[225] Ce livre, comme celui de Suzanne, a été classé au rang des apocryphes dès le temps de saint Jérôme. Quant à Daniel, nous ajouterons la remarque qu’entre le style et les images de plusieurs de ses chapitres et de ceux de l’Apocalypse, il y a une analogie qui indique, 1° un rapprochement dans le temps de composition; 2° une identité de source religieuse et mythologique, qui, pour ces deux livres, est la théologie persane et mithriaque.
[226] Eusèbe, Prépar. évang., liv. IX.
[227] Voyez son livre intitulé Canon ægyptiacus, l’un des plus érudits, mais aussi l’un des plus mal fabriqués de l’école moderne: tout y est pétition de principes, jugement sans discussion, décision sans preuves, rapprochement sans analogie, et digression sans motifs.
[228] On ne voit pas sans quelque surprise le nom de ce nouveau roi cité par Hérodote en son second livre, § CXI..... Ce n’est pas que cet historien, alors âgé de 71 ans, n’ait pu le connaître; mais outre que le passage cité a l’air d’une note rapportée, il porte une erreur chronologique incompatible avec les idées de l’auteur, en ce qu’il suppose un laps de 700 années entre le règne d’Amyrtée et celui d’Anysis, que précéda l’Éthiopien Sabako. Or, nous verrons que, dans le plan d’Hérodote, Sabako n’a pu précéder l’an 750, ou tout au plus l’an 780 avant N. E., et de là au règne d’Amyrtée (en 413) il n’y a que trois siècles et demi. Aussi les savants critiques regardent-ils comme interpolé ce passage qui d’abord n’était point dans les manuscrits au § CXL. Il a plu à Larcher d’altérer encore ce texte et de substituer de son chef le nombre 500 à celui de 700 que portent les manuscrits.
[229] Hérodote, Strabon, Pline, etc., nous apprennent que faute de bois, les naturels n’avaient pour embarcations que des pirogues ou de palmier ou de roseaux tressés recouvertes de peaux goudronnées.
[230] Hist. natur., lib. VI, pag. 343, Hardouin.
[231] Strabo, lib. XVII, p. 790, Casaubon.
[232] Voyez tome IV, p. 468.
[233] Diod. Sicul. lib. I.
[234] Le son du th grec est sifflant comme l’s.
[235] Diodore semble indiquer cette durée pour celle d’Europe seulement. Celle d’Éthiopie n’a pu durer 3 ans.
[236] Strabo, lib. XIV, p. 686.
[237] Cedreni hist. compendium, p. 20.
[238] Lib. XXXIII.
[239] Argonauticon, lib. V.
................................. Ut prima Sesostris Intulerit rex bella Getis, ut clade suorum Territus hos Thebas patriumque reducat ad amuem, Phasidis bos imponat agris Colchosque vocari Jubeat.................
[240] Strabo, lib. I, p. 38. Aristote, Meteorol., lib. I, cap. 14, pag. 548. Pline, lib. VI, cap. 29.
[241] Le sens étant continu ici, l’on doit conclure que ce fut en la même ville qu’il éleva ces obélisques, les mêmes que Germanicus y trouva, comme nous le verrons.
[242] Les journaux du temps auront bien loué ce trait d’humanité: nous qui calculons que les prisonniers de Sésostris furent le prix du sang et des trésors de l’Égypte, nous pensons que ces travaux coûtèrent à la nation vingt fois, plus que s’ils eussent été faits directement par ses mains, sous un régime de paix. De tout temps l’hypocrisie et la fausse logique ont été l’apanage de la tyrannie.
[243] Voyez le tableau de la Chronologie d’Hérodote, à la fin de ce volume.
[244] Diodor., lib. I, p. 72.
[245] Tacite, Annal., lib. VI, § XXVIII, parlant de la durée des périodes dont la fin amenait l’apparition du Phénix (oiseau fabuleux), dit: «L’opinion varie sur le nombre des années: celui de 500 ans est le plus répandu; celui de 1,461 est affirmé par quelques auteurs qui disent que les Phénix ont paru d’abord sous Sésostris (quelques manuscrits lisent Sesosis), puis au temps d’Amasis; enfin sous le troisième Ptolomée (d’Égypte). Mais l’antiquité est ténébreuse: entre ce Ptolomée (Évergète) et Tibère, il y a eu un peu moins de 250 ans; d’où l’on conclut que ces oiseaux sont une fable.»
Nous ajoutons qu’entre Amasis en 570 et Ptolomée en 247, il y a 323 ans, entre Amasis et Mœris 780; ainsi tout est discordant.
Le traducteur d’Hérodote s’est cru plus heureux et mieux instruit, lorsque d’un passage inédit de Théon il a conclu que Sésostris avait commencé de régner juste en 1365. Nous avons consulté sur ce même passage MM. Peyrard et Halma, savants hellénistes et géomètres, à qui nous devons la traduction d’Euclide et de Ptolomée: leur réponse par écrit nous assure que le texte de Théon diffère matériellement du sens que lui donne Larcher. Théon dit: «Si nous voulons trouver le lever de la canicule l’an 100e de Dioclétien, prenons les 1,605 années accumulées depuis Ménophrès (roi égyptien) jusqu’à la fin d’Auguste; ajoutons-leur les 100 ans écoulés depuis le commencement de Dioclétien, et nous aurons 1,705 ans.»
Tout ce qu’on peut voir ici est que sous Ménophrès, roi égyptien, il y eut une observation précise du lever en question, qui servit de base aux calculs, et que ce Ménophrès vécut 1,605 ans avant la mort d’Auguste. Larcher veut que la fin d’Auguste soit la fin de son ère: il place de son autorité la fin de cette ère à l’an 328 de J.-C.; il dit qu’en ajoutant ce nombre à celui de 1,605, cela donne l’an 1323 avant J.-C., 33e année de Sésostris. Il nous est impossible de voir comment cela se fait. De plus, il prétend que Mên-Ophrès signifie un Pharaon, qui ne peut être que Sésostris, et il ajoute que mên est une particule ajoutée par les Grecs, euphoniœ gratiâ. (Voyez Traduct. d’Hérodote, tome II, seconde édition, page 556.) Nous avouons que tout cela est au-dessus de notre portée.
[246] L’érudit Larcher prétend avoir prouvé de fait et de droit, que chez les anciens Grecs on ne se mariait qu’à 33 ans. Si le lecteur prend la peine de lire notre note à la fin de ce volume, il se convaincra que jamais on n’a plus abusé de la permission de citer.
[247] Voyez Fl. Josèphe contr. Appion., lib. I, § XIV; et le Syncelle, pag. 40, 52, 53, etc.
[248] L’examen minutieux de ces altérations ne mènerait à rien: il nous suffit d’observer que jusque dans les additions énoncées par le compilateur, son total ne cadre point avec les sommes partielles qu’il donne. Par exemple, les règnes de la 18e dynastie rendent 259, et le Syncelle accuse 263: Ceux de la 1re, 263, le Syncelle, 253. La 5e, 218, le Syncelle, 248, etc. En plusieurs dynasties il y a, tantôt des omissions de règne, tantôt des lacunes de noms; dans une occasion, à la dynastie 18, le Syncelle nous avertit qu’Africanus voyant que ses calculs n’amenaient pas Moïse au temps du roi Amosis (comme l’exigeait l’opinion dominante), il a supprimé 110 ans à un patriarche, pour opérer le synchronisme requis.
[249] § XXVI, contr. Appion, lib. I.
[250] Contr. Appion, lib. I, § XXVI.
[251] Hist. nat. lib. VI, p. 343 édit. de Hardouin.
[252] Eusèbe, qui suit cet auteur, compte 2024; et Larcher, 2107.
[253] Nous ne parlons point de la liste d’Eusèbe, parce qu’il ne paraît pas que cet auteur ait connu Manéthon autrement que par l’entremise d’Africanus.
[254] Cedren. histor. compendium, pag. 20.
[255] Voyez les passages d’Esdras cités en notre Ier volume des Recherches sur l’histoire ancienne, p. 441, et en celui-ci, page 134.
[256] Syncelle, pages 52, 53.
[257] Selon quelques auteurs, tels que Pline, Diodore, l’Égypte aurait eu jusqu’à 10,000,000 d’habitants; mais c’est beaucoup, à moins d’y joindre des dépendances au-delà des cataractes et dans les oasis.
[258] Athoris dans l’Eusèbe du Syncelle, Acherre I dans Africanus: la lettre égyptienne a pu embarrasser les Grecs qui n’auront pas eu son identique.
[259] Il est bien possible aussi que le commerce d’Ophir, qui fleurit vers cette époque, y ait contribué.
[260] Quelques savants modernes veulent trouver ici la fondation de Tanis, et ils s’appuient d’un passage du 72e psaume, qui désigne cette ville comme le centre d’habitation des Hébreux; mais ce psaume 72 n’est point une autorité suffisante, attendu qu’il est l’ouvrage du lévite Saphan, après la captivité de Babylone: cela indique plutôt comme déjà existante, cette confusion des Hébreux avec les Pasteurs, que nous retrouvons dans la version des docteurs juifs, comme dans Josèphe.
[261] Shât signifie en copte comme en arabe canal, une rivière.
[262] Josèphe, lib. I, contre Appion, § XXVI.
[263] Exod., chap. 12.
[264] Recherches nouvelles, tome I, pag. 163 et suivantes.
[265] Voyez Recherches nouvelles, etc. tome I, chap. 3.
[266] Ici se présente un rapprochement singulier: Eusèbe, en son Chronicon (par Scaliger) dit en une année (qui correspond à l’an 1575 avant J.-C.) «que des Éthiopiens venus du fleuve Indus, campèrent et s’établirent près de l’Égypte». «Les Juifs, de leur propre aveu, étant de race chaldéenne (branche des Arabes noirs), il s’ensuit qu’ils sont de vrais Éthiopiens. Quant au fleuve Indus ou Noir, ce nom a été donné à plusieurs fleuves: en outre, Mégasthènes, parlant des Juifs, dit qu’ils furent une tribu ou secte indienne appelée Kalani, et que leur théologie se rapproche beaucoup de celle des Indiens. Devrait-on lire Kaldœi au lieu de Kalani? Josèphe n’en fait pas la remarque. En résultat, ceci nous indique toujours une tribu d’Arabes Éthiopiens.
[267] Eusèbe, Prœp. evang., lib. IX.
[268] Recherches nouvelles, tome I, p. 278.
[269] Hécatée, ancien auteur, nous donne encore une autre version, en disant «que beaucoup d’Égyptiens rapportent à Dieu même l’origine du peuple juif, en ce qu’alors il y avait en Égypte plusieurs races d’étrangers qui chacune observaient des rites particuliers et divers de sacrifices, et comme il arriva que plusieurs Égyptiens quittèrent le culte national, le gouvernement crut nécessaire d’éloigner ces étrangers: les premiers et les plus importants allèrent en Grèce sous la conduite de Dareau et de Cadmus; les autres allèrent en Judée».
[270] Tacite dit que ce fut à l’occasion d’une contagion (tabe ortâ), et sur l’ordre d’un oracle: il ajoute que ce fut sous le roi Bocchoris; mais le seul de ce nom que présentent les listes avant Sabako, ne peut convenir, et ceci indique que Tacite a consulté d’autres auteurs que Manéthon.
[271] Lib. I, page 18, édition de Wesseling.
[272] Voyez page 52 et suivantes.
[273] Diodore prouve qu’il a puisé à de bonnes sources, quand il dit que selon plusieurs historiens, les prétendues 100 portes n’ont été que de grands vestibules de temples ou de palais. C’est précisément l’équivoque du mot arabe bâb, porte et vestibule, désignant figurativement un palais. Tout son récit sur Thèbes est du plus grand intérêt, à suivre sur les plans de cette ville par les savants français.
[274] Sésos-tris paraît se composer de Sésoos, qui ne diffère point de Sethos prononce à la grecque.
[275] Diodore, édition de Wesseling, lib. I, p. 79.
[276] Diodore, pag. 78, n° 68.
[277] Diodore, lib. I, page 76, n° 66.
[278] Ibid., édit. de Wesseling, p. 72, 73, 74.
[279] Ce doit être lui dont le père Gnephactus maudit la mémoire de Menas.
[280] On a lieu de croire que ce fut ce Ramessès qui força les Hébreux de bâtir les villes de Ramessès et de Phitom, autre analogie.
[281] Diod. sicul., lib. I, p. 57.
[282] Après tant de siècles de réunion ils en diffèrent encore.
[283] Tacite, Annal., lib. II, année 772.
[284] Remarquez bien que sur ce monument autographe, il n’est pas donné le plus léger indice des puissantes cités de Ninive et de Babylone.
[285] Le texte dit 200 chars par chacune des 100 portes; et nous voyons dans les monuments que chaque char n’a qu’un cheval.
[286] Ammien Marcell., lib. XVII, pag. 90, de Bello Persico. Diodore, lib. IV, p. 263, W. parlant des exploits d’Hercule, dit «qu’il bâtit en Libye une ville appelée Hécatompyle (du nombre de ces 100 portes), laquelle a fleuri pendant une longue série de siècles, jusqu’à ce que les Carthaginois ayant dirigé contre elle une armée commandée par d’habiles généraux, réussirent à s’en emparer.» Les auteurs de la description de Thèbes qui nient le fait, veulent que Diodore ait récité une fable et qu’Ammien l’ait répétée: mais il est clair qu’Ammien a puisé à une autre source, et probablement dans les livres de Juba, la circonstance de temps qu’il désigne.
[287] Josèphe, lib. IX, chap. 2, place Nahum vers le temps de Manahem (778), et le livre des Rois place Jonas sous le règne de Jéroboam II, mort en 780. Il paraît que vers cette époque il y eut un moment de grave danger pour Ninive, peut-être de la part des Kimmériens, dont Strabo, lib. III, page 222, place une terrible incursion au temps d’Homère, par conséquent vers l’an 700 à 800: cette secousse semble avoir réveillé de leur indolence les rois de Ninive, qui depuis Phul, alors mis en scène, se montrèrent tous actifs.
[288] Les traducteurs divaguent sur le texte de ce mot, qui hors ce sens n’en a aucun.
[289] Voyez Marsham, et mieux encore Desvignoles, tom. II, pag. 736 et suiv.
[290] Diod. sicul. pag. 101, W.
[291] C’est-à-dire un mètre; or le mètre est juste l’élément du stade égyptien que nous avons vu employé pour la pyramide de Bélus, 3190 ans avant J.-C. Voyez ci-devant page 174.
[292] Bailly, Astronomie ancienne, pag. 403.
[293] Par suite de ce mouvement annuel, le point équinoxial se trouve aujourd’hui sortir du second des Poissons; et cependant nos poètes chantent encore le Bélier comme Virgile chantait le Taureau.
Candidus auratis aperit cum cornibus annum.
[294] Diogène de Laërte, en son préambule, nous dit, d’après les prêtres égyptiens, que depuis Vulcain ou Phtha, fils de Nilus, jusqu’à l’arrivée d’Alexandre, 373 éclipses de soleil avaient été observées en Égypte, concurremment à 832 éclipses de lune. Des nombres si positifs ne doivent pas être une pure fiction: il serait digne des astronomes modernes de calculer quelle durée de temps ce nombre exige; cela pourrait donner une correction lumineuse aux 48,863 ans que Diogène dit avoir été celle de cette durée, et qui dans tous les cas sont inadmissibles (peut-être y a-t-il erreur décuple de 4863).
[295] Cette note dans la première édition du tome II, se trouvait après la pag. 82.
[296] Voyez la Vie de Lycurgue dans Plutarque, Diogène de Luërte, etc.