XII.)
Un article du Figaro (9 décembre 1874) nous apprend que nombre des devises figurant autrefois sur les mirlitons:
Je vous aime ardemment, C’est ce qui fait mon tourment;
Etc., etc.,
sont de GÉRARD DE NERVAL (1808-1855), qui en livra un jour cinq cents pour 50 francs.
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ALFRED DE MUSSET (1810-1857), dans Les Marrons du feu (Premières Poésies, p. 63; Charpentier, 1861), nous montre un poisson qui regarde en silence, comme si les poissons avaient coutume de regarder autrement, et avaient jamais reçu le don de la parole:
L’esturgeon monstrueux soulève de son dos Le manteau bleu des mers, et regarde en silence Passer l’astre des nuits...
Ce qui rappelle le fameux vers de l’original et fantaisiste Saint-Amant (1594-1661):
Les poissons ébahis les regardent passer. (Cf. Théophile GAUTIER, Les Grotesques, p. 180; M. Lévy, 1859.)
Plus loin (L’Andalouse, p. 87), Musset nous demande si nous ayons vu dans Barcelone, qui appartient à la Catalogne,
Une Andalouse au sein bruni.
Rien n’empêcherait, en effet, une Andalouse d’habiter la Catalogne; mais, comme le remarque très justement M. Maurice Donnay, dans la première de ses Conférences sur Alfred de Musset (p. 3; édit. des Lectures pour tous), «une Andalouse dans Barcelone, c’est, pour fixer les idées, une Provençale en Amiens. Cela peut se trouver, mais on préférerait en Avignon».
Dans Venise (Premières Poésies, p. 98), le poète avait d’abord écrit:
Dans Venise la rouge Pas un cheval qui bouge.
Un cheval à Venise! Dans l’édition de 1840, Musset remplaça son intempestif cheval par un bateau:
Pas un bateau qui bouge.
«Mais, en 1830, c’est une impression vénitienne vue du perron de Tortoni.» (Maurice DONNAY, ibid.)
Dans sa Nuit de mai (Poésies nouvelles, p. 48; Charpentier, 1864), Musset prétend que
La bouche garde le silence Pour écouter parler le cœur,
et que (Ibid., p. 49)
... le vent d’automne ... se nourrit de pleurs jusque sur un tombeau...
Il nous assure, dans le même poème (p. 44), que
... la bergeronnette, en attendant l’aurore, Aux premiers buissons verts commence à se poser;
oubliant que la bergeronnette se pose sur le sol, sur les pierres, sur les toits, sur un tronc d’arbre, «sur un saule cultivé en têtard», mais non sur les branches, ni sur les buissons, surtout quand ils sont garnis de feuilles, quand ils sont «verts». (Cf. BREHM, L’Homme et les Animaux, Les Oiseaux, t. III, p. 750-752.)
... Si je doute des larmes C’est que je t’ai vu pleurer,
écrit Musset dans La Nuit d’octobre (Poésies nouvelles, p. 70), en s’adressant:
... à toi qui la première M’as appris la trahison.
Vu pour vue.
Ces vers de Rolla (Ibid., p. 6) ont souvent été déclarés incompréhensibles, «n’ayant aucun sens» (Cf. L’Intermédiaire des chercheurs et curieux, 10 septembre 1901, col. 335):
Jacque était grand, loyal, intrépide et superbe. L’habitude, qui fait de la vie un proverbe, Lui donnait la nausée. Heureux ou malheureux, Il ne fit rien comme elle, et garda pour ses dieux L’audace et la fierté, qui sont ses sœurs aînées.
Les sœurs aînées de qui?
Dans Namouna (I, 47; Premières Poésies, p. 323), on trouve un vers de treize syllabes:
Jamais confessionnal ne vit de chapelet Comparable en longueur...
L’expression «beau comme le génie», qui se lit dans le même poème (II, 25, p. 340):
Pensif comme l’amour, beau comme le génie,
a été employée par Mirabeau dans son portrait de Frédéric II: «Brillant de toutes les qualités physiques et morales, fort comme sa volonté, beau comme le génie...» (MIRABEAU, De la monarchie prussienne; Œuvres, t. II, p. 12; édit. Vermorel.)
Dans ce même poème de Namouna (II, 35, p. 343), ce vers:
Rend haine contre haine, et dédain pour dédain,
existe dans Corneille (Pertharite, II, 1):
Rendre haine pour haine, et dédain pour dédain.
Enfin l’idée exprimée par ces vers de Rolla (V, Poésies nouvelles, p. 20):
Ah! comme les vieux airs qu’on chantait à douze ans Frappent droit dans le cœur aux heures de souffrance! Comme ils dévorent tout! comme on se sent loin d’eux! Comme on baisse la tête en les trouvant si vieux!
se retrouve dans Les Confessions de J.-J. Rousseau (Partie I, livre I; Œuvres complètes, t. V, p. 318; Hachette, 1864): «... Je me surprends quelquefois à pleurer comme un enfant en marmottant ces petits airs d’une voix déjà cassée et tremblante. Il y en a un surtout qui m’est bien revenu», etc.
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THÉOPHILE GAUTIER (1811-1873) avait d’abord mis au début de la strophe LXV de son poème Albertus (Poésies, p. 28; Charpentier, 1858):
Le papier que la belle, avec un air d’angoisse, Dès la strophe 36 de ce poème froisse...
36 en chiffres arabes. Un ami lui ayant fait observer que trente-six a trois syllabes:
«Je le sais bien, répondit Gautier; aussi est-ce pour cela que j’ai exprimé le nombre par des chiffres».
Il se ravisa cependant, et modifia ainsi son second vers:
Dans sa petite main aux ongles roses froisse. (Cf. La République française, 2 juillet 1898.)
Cette strophe n’a d’ailleurs pas eu de chance, car on y trouve cette grossière faute (p. 29, même édition):
... l’écriture et le tour Ont quelque chose en soi qui trahissent la femme.
Pour trahisse.
Et cette cacophonie (même page, strophe LXVI):
Le papier se tor dit comme un da mné du Da nte En dardant...
Du Dante, pour de Dante, puisqu’on ne doit pas dire Le Dante, l’article, en italien, se mettant devant le nom (l’Alighieri) et non devant le prénom (Dante pour Durante): cf. LAROUSSE.
Dans le même recueil (Paysages, VIII, p. 81), le martinet est confondu avec l’hirondelle:
Le martinet, sentant l’orage, près du sol, Afin de l’éviter, rabat son léger vol.
C’est l’hirondelle qui rase le sol aux approches de l’orage; le martinet, lui, grâce à l’extrême rapidité de son vol, s’empresse de quitter la région orageuse.
Page 210 du même recueil (Les Vendeurs du temple, III) se trouve un verbe des plus rares, le verbe retuer, tuer une seconde fois:
Ils joignaient (des damnés, des spectres), pour prier, leurs [deux mains de squelette, Mais tu les retuais, sans plus sentir d’effroi Que pour guillotiner un véritable roi.
Voltaire, dans Candide (Cf. LITTRÉ) a aussi employé retuer: «Je te retuerais si j’en croyais ma colère!»
Plus loin (p. 334, Sérénade), un amant demande à sa maîtresse, qui se trouve sur un balcon, de vouloir bien défaire son peigne, dénouer ses cheveux et les pencher vers lui, pour qu’il puisse s’en servir comme d’échelle et aller la rejoindre:
... Défais ton peigne, Penche sur moi tes cheveux longs, . . . . . . . . . . . . Aidé par cette échelle étrange, Légèrement je gravirai, Etc., etc.
Bien étrange échelle, en effet, et dont on ne se servirait pas sans faire hurler de douleur la señora, et très probablement la faire choir à terre.
Et ces amusantes phrases, dans Mademoiselle de Maupin:
«La vieille Égypte bordait ses routes d’obélisques, comme nous les nôtres de peupliers; elle en portait des bottes sous ses bras, comme un maraîcher porte ses bottes d’asperges» (Préface, p. 27; Charpentier, 1866).
«Le rubis rougirait de plaisir de briller au bout vermeil de son oreille délicate» (p. 101).
«Il était cinq heures du matin lorsque j’entrais dans la ville. Les maisons commençaient à mettre le nez aux fenêtres» (p. 343).
Et l’auteur a trouvé cette dernière locution tellement à son goût qu’il l’a employée à plusieurs reprises: «Ses diables de vers (poésies) lui grouillaient dans la poche, et faisaient tous leurs efforts pour mettre le nez à la fenêtre.» (Les Jeunes-France, p. 132; Charpentier, 1879.) «...Son mouchoir mettant le nez hors de sa poche...» (Ibid., p. 180.)
Et cette affirmation que Le Cri de Paris (27 septembre 1908, p. 11) dit avoir rencontrée aussi dans Mademoiselle de Maupin: «Il faut avoir un pavé dans le ventre, au lieu de cœur».
Dans Mademoiselle de Maupin encore, un des personnages s’écrie (p. 207-208): «Mon cœur a sauté dans ma poitrine comme saint Jean dans le ventre de sainte Anne, lorsqu’elle fut visitée par la Vierge». Phénomène extraordinaire, puisque la mère de saint Jean est, non pas sainte Anne, mais sainte Élisabeth.
Dans Les Jeunes-France (p. 127), il est question de l’écriture anglaise «penchée de gauche à droite», ce qui est tout le contraire: la pente de l’écriture anglaise va de droite à gauche.
Les médaillons littéraires réunis par Théophile Gautier sous le titre de Les Grotesques (Didot, 1844, 2 vol.) contiennent de nombreuses inadvertances que Sainte-Beuve a relevées, en partie, dans un de ses articles (Portraits contemporains, t. V, p. 125 et suiv.), et que l’auteur n’a pas pris soin de corriger, car on les retrouve dans l’édition publiée par Michel Lévy en 1859. «M. Théophile Gautier nous dira en un endroit (t. II, p. 315) que Mme de Sévigné et sa coterie étaient pour Pradon contre Racine; c’est sans doute Mme des Houlières qu’il a voulu dire... Le poète nous cite (t. I, p. 156) comme le plus charmant endroit et comme le plus adorable morceau de Théophile une page de prose qui devient parfaitement inintelligible telle qu’il la transcrit, et dans laquelle des lignes indispensables au sens (ligne 16, p. 57) ont été omises. Dans l’histoire abrégée du sonnet qu’il retrace d’après Colletet (t. II, p. 43), nous croirions, d’après lui, que Pontus de Thiard a eu pour maîtresse poétique Panthée, tandis que c’est Pasithée qu’il faut lire; Olivier de Magny n’a pas célébré non plus Eustyanire, mais bien Castianire; de même aussi que, tout à côté de là (p. 31), les Isis nuagères ne sauraient être que des Iris. Mais, continue Sainte-Beuve, par quel bouleversement de chiffres Chapelain a-t-il pu naître, selon notre auteur, en 1569, c’est-à-dire en plein seizième siècle?» Etc.
A propos du brillant et savant style de Théophile Gautier, Émile Faguet, dans ses Études littéraires sur le dix-neuvième siècle (p. 323), a émis les très judicieuses considérations suivantes:
«... Ce style a ses défauts pourtant. Il est quelquefois pénible. L’emploi du terme technique est une très bonne chose; il n’est que le scrupule du terme propre. Il est certain toutefois qu’il ne faut pas en abuser jusqu’à rendre l’usage du dictionnaire indispensable à un lecteur lettré. Le style d’un bon auteur est avant tout le style d’une conversation entre «honnêtes gens» convenablement instruits. Il y a affectation à nous parler dans un roman la langue d’un traité d’architecture. Est-il vrai que Gautier disait en riant: «Il faut, dans chaque page, une dizaine de mots que le bourgeois ne comprend pas. C’est ce qui relève pour lui la saveur du morceau?[30]» J’ai peur qu’il n’ait un peu donné dans ce moyen trop facile, et qui n’est pas sans charlatanisme, de piquer l’attention.
[30] Théophile Gautier se plaisait à la lecture des dictionnaires (Cf. Les Jeunes-France, préface, p. 11), et emmagasinait quantité de termes techniques, rarissimes et incompréhensibles «aux bourgeois» et à tout le monde, et les glissait dans ses écrits. Voir, par exemple, son roman Partie carrée (Charpentier, 1889), dont plusieurs épisodes se déroulent, il est vrai, dans les Indes: surmé, gorotchana, siricha (p. 187); — apsara, malica, amra (p. 198); — tchampara, kesara, ketoca, bilva, cokila, tchavatraka (p. 199), etc. Dans Mademoiselle de Maupin (Charpentier, 1866): stymphalide (p. 32); smorfia (p. 150); une robe de byssus (p. 200); nagassaris, angsoka (p. 246), etc.
«Notez que, poussé à une certaine outrance, ce moyen va contre le but. Le but légitime, ici, c’est de renouveler la langue, de verser dans l’usage un certain nombre de mots absolument justes, précisément parce qu’ils n’ont pas encore été déformés par l’usage courant. En introduire quelques-uns, bien accompagnés, rendus clairs par le contexte, c’est les faire adopter; les prodiguer, c’est réussir à les faire oublier à mesure qu’on les enseigne, et ne produire qu’un effet de papillotage bien frivole, jeter de la poudre aux yeux, sous ombre d’être clair.»
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LECONTE DE LISLE (1820-1894) n’a cessé d’hésiter sur l’orthographe du nom de Caïn, le meurtrier d’Abel, qu’il a si magnifiquement chanté. Dans la première édition de ses Poèmes barbares, «il avait écrit avec un K, Kaïn, le nom du déshérité qu’il réhabilitait. Dans la réédition de ces poèmes, il modifia cette orthographe parce qu’on lui fit observer que le premier-né selon la Genèse avait été nommé par Ève «Celui qui est acquis». Du verbe hébraïque qoûn, acquérir, serait dérivé qaïn[31]. Mais je ne sais quel savant entreprit de lui démontrer que la forme consacrée par tant de siècles, la forme Caïn, avec un C, est la meilleure.» (Fernand CALMETTES, Leconte de Lisle et ses amis, p. 328.)
[31] Comparer cette orthographe Qaïn à celle d’Yaqoub, un des personnages du drame de Charles VII d’Alexandre Dumas père, qui écrit toujours Yaqoub et non Yacoub. (Cf. Théâtre complet d’Alexandre Dumas, t. II, p. 231 et suiv., Michel Lévy, 1873.)
La belle strophe qui termine le Dies iræ des Poèmes antiques de Leconte de Lisle (fin du recueil):
Et toi, divine Mort, où tout rentre et s’efface, Accueille tes enfants dans ton sein étoilé, Affranchis-nous du temps, du nombre et de l’espace, Et rends-nous le repos que la vie a troublé,
forme comme l’écho d’un vers de Pongerville, dans sa traduction de Lucrèce: Cette nature, par qui tout être,
Dans son premier asile à sa voix rappelé, Retrouve le repos que la vie a troublé. (PONGERVILLE, Notice sur Millevoye, en tête des Poésies de Millevoye, p. 18; Charpentier, 1851.)
THÉODORE DE BANVILLE (1823-1891) écrit, dans ses Odes funambulesques (Une vieille lune, p. 69; Charpentier, 1883):
Un corset un peu juste, une étroite chaussure Ont-ils égratigné d’une rose blessure Tes beaux pieds frissonnants...
Un corset qui égratigne des pieds?
Dans ses Idylles prussiennes (Sabbat, p. 415, même volume), Banville fait d’une urne qui n’a plus d’anse un modèle de folie:
Germania mène la danse, Plus folle qu’un cheval sans mors Ou qu’une urne qui n’a plus d’anse, Sur la colline où sont les morts.
Pour l’inauguration du buste de François Ponsard à l’Académie, HENRI DE BORNIER (1825-1901) composa une pièce de vers qui fut imprimée la veille de la cérémonie et distribuée aux journaux. Dans cet éloge funèbre, le poète, s’adressant à l’auteur d’Agnès de Méranie, s’écriait:
Tu mourus en pleine lumière, Et la victoire coutumière T’accompagna jusqu’au tombeau.
Quelles ne furent pas la stupeur et la douleur de Bornier en lisant le lendemain, dans un grand journal:
Tu mourus en pleine lumière, Et Victoire, ta couturière, T’accompagna jusqu’au tombeau! (Cf. L’Avenir de la Meuse, 22 mars 1885.)
On lit, dans La Fille de Roland (I, 4) du même poète:
... Chrétienne, Ma générosité doit répondre à la tienne.
Et dans Corneille, Le Cid (III, 4), le même vers:
De quoi qu’en ta faveur notre amour m’entretienne, Ma générosité doit répondre à la tienne.
Henri de Bornier s’occupait autant sinon plus de viticulture que de poésie; il possédait, dans le midi de la France, un cru renommé, et «était plus fier peut-être de son vin que de ses vers».
«Et comme il a raison!» concluait l’auteur des Corbeaux, le féroce Henry Becque. (Cf. Le Journal, 9 août 1898.)
Le grand poète et profond penseur SULLY PRUDHOMME (1839-1907) estime que
Le vrai de l’amitié, c’est de sentir ensemble. (Les Vaines Tendresses, p. 5.)
Et dans son poème Le Gué (Poésies, t. I, p. 237), il déclare que
... tous, même les morts, ont fui jusqu’au dernier.
Ce qui rappelle cette phrase du romancier Gustave Aimard (Les Rois de l’Océan, t. I, chap. 5, p. 112; Roy, 1891): «Ils se trouvèrent à plusieurs milles de ces deux cadavres, dont l’un était plein de vie.»
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FRANÇOIS COPPÉE (1842-1908), qui a si bien chanté la vie et les souffrances des petits et des humbles, tombe fréquemment et pour ainsi dire forcément dans la banalité et la vulgarité. Son Petit Épicier (Poésies, t. II, p. 15 et suiv.; Lemerre, s. d., in-12) est célèbre par son prosaïsme:
C’était un tout petit épicier de Montrouge, Et sa boutique sombre, aux volets peints en rouge, Exhalait une odeur fade sur le trottoir. . . . . . . . . . . des tonneaux De harengs saurs ou bien des caisses de pruneaux. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Il partage le lit d’une femme insensible, Et tous les deux ils ont froid au cœur, froid aux pieds. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Il trouve La colle et le fromage ignobles à toucher. . . . . . . . . . . il oublie, Et, lent, casse son sucre avec mélancolie.
Et ailleurs:
Le dimanche, ils allaient souvent se promener Ensemble au Luxembourg, donnaient du pain aux cygnes, Et revenaient. (Un Fils, Poésies, t. II, p. 22.)
Ils songent à l’avance aux lessives futures, Et, vers le temps des fruits, ils font des confitures. (Petits Bourgeois, ibid., p. 33.)
Sur la berge, là-bas, la foule est assemblée, Et la gendarmerie est en pantalon blanc. (Au bord de la Marne, ibid., p. 164.)
Je pris le bateau-mouche au bas du Pont-Royal, Et sur un banc, devant le public trivial, Je vis un ouvrier avec sa connaissance Qui se tenaient les mains... (En bateau-mouche, ibid., p. 195.)
Et, ce qui ne laisse pas de déconcerter et d’étonner, dans le même tome II de ses Poésies (Le Cahier rouge, Prologue, p. 218), Coppée fait cette déclaration:
... J’ai l’horreur du banal.
Il est vrai qu’il faudrait s’entendre sur le sens du mot «banal».
Dans L’Indépendance de l’Est du 21 février 1900, je rencontre cette phrase de Coppée: «Elle venait de s’asseoir entre ses deux filles, deux jumelles âgées l’une et l’autre de dix-huit ans».
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Suivant l’exemple de Lamartine, que nous avons vu écrire l’une après l’une, au lieu de l’une après l’autre, et pour obtenir une rime à lune (Cf. ci-dessus, p. 81), CATULLE MENDÈS (1843 ou 1841-1909) crée la locution l’autre et l’une, au lieu de l’une et l’autre:
Et tandis que, claire lacune, S’ouvre en la nuit brune la lune, Pâmez-vous d’amour l’autre et l’une. (Catulle MENDÈS, Poésies, L’hymnaire des amants, t. III, p. 256; Charpentier, 1892.)
Elle a parfois de terribles exigences, la rime!
CLOVIS HUGUES (1851-1907), qui était de Marseille, il est vrai, a découvert un jour qu’il y avait trois moitiés dans un tout:
Quoi! parce qu’un coquin qui s’avance en rampant, Moitié tigre, moitié chacal, moitié serpent. (Cf. L’Écho de la semaine, 24 octobre 1897, article signé LE CHERCHEUR.)
La même découverte a été faite par le romancier François de Nion, dans un feuilleton intitulé Pendant la guerre (dans Le Journal, 17 mai 1915, in fine): «Moitié plâtre, moitié briques, moitié bois, ces maisons servaient d’habitations à des rentiers d’Aix-la-Chapelle.»