‹ Recueil des expressions vicieuses et des anglicismes les plus fréquentsChapitre 3 sur 4 · L.

L.

LABEL. Les marchands et commis disent le plus souvent labels lorsqu'il s'agit de mettre des =étiquettes= à leurs marchandises.

LARBOARD, STARBOARD. =Babord=, côté gauche d'un navire, =tribord=, côté droit, sont les mots français correspondants; mais ils paraissent inconnus de nos navigateurs et charpentiers.

LARGE and SMALL FACE. =Gros oeil= et =petit oeil=. L'oeil de la lettre est le relief, c'est-à-dire l'extrémité saillante, laquelle étant couverte d'encre, laisse son empreinte et forme ce qu'on appelle l'impression.

LEADERS. =Points carrés= ou de conduite (....) Ces points sont d'un fréquent usage, entr'autres dans les ouvrages à colonnes ou dans les tables.

LEAD-CUTTER. Coupoir à interlignes. Lead and brass rule cutter, =bisautier=.

LEADS. =Interlignes=. Ce sont des lames de fonte dont le principal emploi est de séparer les lignes entre elles, ainsi que ce nom le fait comprendre.

LECTURE. En anglais, ce mot signifie =essai=, =discours= écrit; mais en ce cas comme en bien d'autres, nous avons adopté le mot anglais pour laisser de côté celui de notre langue, qui est pourtant bien plus expressif. Il en est résulté que nous disons aujourd'hui: donner une lecture (to give a lecture) au lieu de =lire= un discours ou un =essai=. Il est facile de voir que nous avons perdu au change, tant sous le rapport de l'exactitude que sous celui du bon sens.

LOCK (TO). =Serrer= une forme. C'est à tort que dans nos imprimeries canadiennes l'on dit loquer au lieu de =serrer=, et déloquer à la place de =desserrer= une forme.

LOCKERS. Espèce d'armoires dans les embarcations. Nos navigateurs ou bateliers paraissent ignorer le nom français correspondant, =équipets=.

LOCK-SAW. Petite scie dont =passe-partout= est le nom français.

LONG-STICK. =Bisaigle= ou =Bisaigue=. Outil de bois qui sert aux cordonniers à lisser ou polir le devant des semelles de souliers.

LUNCH. L'on dit même luncher. Quand on prend du galon on n'en saurait trop prendre; c'est pourquoi, non contents d'avoir fait la folie d'emprunter le mot lunch, nous en avons aussi fait un verbe, et cela tandis que nous avions déjà =goûter=, =collation= et =collationner=, qui veulent dire la même chose.

LYE TROUGH. Baquet dans lequel on couche les formes pour les laver.

M.

M-QUADRAT. Cadratin.

MACE. =Macis=. Ecorce intérieure de la noix muscade et dont on se sert comme épice.

MAHOGANY. =Acajou=. Il est rare que nos ouvriers ne désignent pas ce bois par son nom anglais.

MAIN [Symbol: hand]. La =main= a pour objet de fixer l'attention sur des notes ou remarques en têtes desquelles elle est placée. C'est à tort qu'elle est appelée index dans nos imprimeries.

MENOTTES. Lien avec lequel on attache des prisonniers. C'est donc à tort que les personnes du sexe désignent par ce terme la =mitaine= de soie qui ne recouvre que la moitié de la main.

MESS, OFFICERS'. =Ordinaire= des officiers militaires.

MIS-DEAL. Expression anglaise généralement employée au jeu de cartes. On dit en français: =Cartes mal données=.

MONEY ORDER. =Mandat= d'articles d'argent ou =mandat= sur la poste. Money order offices, Bureaux d'expédition d'argent.

MONTER EN HAUT. Locution des plus vicieuses et qu'accompagne toujours sa soeur: descendre en bas. Il serait sage de s'en corriger en les remplaçant par celles-ci: =aller là haut=, =aller en bas=.

MOP. Se dit au lieu de =Balai de matelot=, et aussi pour =houppe à poudrer=.

MOTEUR. Ne s'emploie en français que comme terme de mécanique; mais nos hommes de loi, nos législateurs, lui ont donné--bien entendu sans en avoir le droit--une acception de plus, comme cela a lieu pour le mot anglais mover, car, par lui, ils veulent toujours désigner celui qui fait une proposition ou motion dans un corps délibérant. En pareil cas, the mover signifie l'=auteur= d'une proposition ou motion.

MOUILLER. Se dit presque toujours au lieu de =pleuvoir=.

MOUVER. Les pilotes lamaneurs disent mouver au lieu de =changer= un navire de place.

N.

N-QUADRAT. Demi-cadratin.

NET. =Résille=. Espèce de filet ou de réseau qui enveloppe les cheveux. Net, =tulle=; fancy net, =tulle-fantaisie=.

NICK. =Cran=. C'est une marque que porte la lettre pour indiquer au compositeur le sens dans lequel il doit la tourner quand il la place dans le composteur.

O.

OFFICE. Ce mot, qui est d'un usage fréquent dans les deux langues, est généralement mal appliqué par nous. Exemple: l'office d'un notaire, d'un avocat, d'un médecin, tandis que l'on devrait dire: l'=étude= d'un notaire, le =bureau= d'un avocat, l'=officine= d'un médecin. Pour désigner leur imprimerie, les typographes canadiens disent souvent l'office, au lieu de l'atelier. Dans certain cas, le mot anglais office signifie =ministère=; alors on se trompe grandement de lui donner en français le mot bureau pour équivalent, et c'est cependant ce qui se voit tous les jours, car on dit: bureau du secrétaire provincial pour désigner le =secrétariat= provincial; bureau des terres de la couronne, au lieu de =ministère= des terres, et ainsi de suite pour tous les départements qui ont pour chef un conseiller d'état.

OFFICIER-RAPPORTEUR. En France, l'officier ainsi désigné est un juge d'instruction devant un conseil de guerre ou de discipline. Ce titre injudicieux, qui figure dans toutes nos lois électorales et qui est la traduction mot à mot de Returning Officer, devrait être remplacé par celui de =président d'élection=.

OGEE. Les menuisiers paraissent ignorer le mot français =ogive=, car ils désignent toujours sous le nom d'ogee la =moulure ogivale= et même l'outil de cette moulure.

ORIGINER. Ce verbe n'existe pas dans notre langue; mais à force de singer l'anglais en tout, l'on a fini par dire comme lui: telle chose a originé ici ou là. L'emprunt de ce verbe serait justifiable si nous n'avions pas en français d'équivalent, mais il est très facile de rendre l'idée de ce mot en disant: telle chose a =eu lieu=, telle chose =s'est passée= ici ou là.

OUT. =Bourdon=. Lettre ou mot d'omis.

OVERHAUL (TO). Signifie d'abord =larguer= ou =lâcher= une amarre, et en second lieu, =examiner= un compte, etc., mais il arrive souvent que dans ce dernier cas ce verbe anglais est francisé par les charpentiers et constructeurs de navire, car ils disent généralement overhaler un bâtiment, etc., au lieu d'=examiner=.

P.

PALETTE. L'on dit ici palette au lieu de =visière= de shako ou de casquette.

PANTRY. Sur un navire, pantry signifie =soute= aux provisions, et dans une maison la =défense=, c'est à dire le lieu où l'on met toutes les provisions de table.

PARAGRAPHE (§). Ce signe sert de titre dans une classe de subdivisions. C'est dans les ouvrages scientifiques, et notamment dans les matières de jurisprudence qu'on l'emploie le plus ordinairement. C'est donc à tort que l'on dit souvent paragraphe pour =alinéa=.

PAR ARGENT. Traduction littérale de by cash. Dans la tenue des comptes, cette locution vicieuse devrait être remplacée par le simple mot =argent= ou =espèces=.

PARAPEL. Corruption de parapet, qui signifie élévation en terre ou en maçonnerie, qui couronne la partie supérieure d'un rampart. Nous avons donc deux fois tort de dire parapel pour =trottoir=, chemin réservé aux piétons.

PAYER. Payer une visite, payer des compliments. C'est la traduction littérale des locutions anglaises to pay a visit, to pay compliments. C'est =rendre= une visite, et =faire= des compliments qu'il faut dire.

PEG-AWL. Les cordonniers désignent par ce mot anglais le perçoir dont ils se servent lorsqu'ils font des chaussures à la cheville. =Broche= est le nom français de cet outil.

PEPPERMINT. =Menthe poivrée= est le nom français de cette plante ou de l'essence qu'on en extrait.

PEPPERMINT LOZENGES. =Pastilles= de menthe.

PIE. =Pâté=. On appelle ainsi un mélange de lettres ou de caractères brouillés ensemble, soit par accident, soit par négligence.

PLANER. =Taquoir=. Morceau de bois avec lequel on applanit les formes dans les imprimeries.

PIGEON-HOLE. Sorte de jeu de bagatelle inventé en Amérique et qui n'a pas encore de nom français, mais que l'on pourrait fort bien désigner par celui de =colombier=.

PILOTE BRANCHÉ. C'est là une traduction de branch pilot qui peut à bon droit prendre rang parmi les plus grosses âneries. =Pilote lamaneur= est le nom par lequel devrait être désigné le marin reçu et commissionné, après des études spéciales, pour entrer dans notre fleuve et en sortir toute espèce de bâtiments.

PLASTER. L'on désigne rarement en français cette toile gommée qui sert à panser les blessures. C'est toujours plasteur que l'on dit au lieu d'=emplâtre=.

PLASTERER. =Plâtrier=. Il est rare que nos ouvriers ne disent pas plasterer au lieu de =plâtrier=.

PLUG (TO). =Taponner=. Terme de construction navale. Ce verbe signifie recouvrir les têtes de clou du pont d'un navire au moyen de petits tapons de bois. Les charpentiers paraissent ignorer le verbe et le substantif correspondants de to plug et de plug, car ils disent ploguer au lieu de =taponner= un pont de navire, et plug au lieu de =tapon=.

POCHE, EMPOCHER. Au jeu de billard, l'on imite l'anglais quand l'on dit poche au lieu de =blouse=, et empocher au lieu de =blouser= une bille.

POIGNÉE, BOUTON de PORTE. L'on ne se sert toujours que du mot poignée, et pourtant, lorsqu'une poignée de porte est ronde, il serait plus exact de dire =bouton=.

POST-OFFICE. =Poste= ou =poste aux lettres=.

PRESENT. Il s'agit ici de la suscription d'une lettre, d'un billet à faire remettre à sa destination par une autre voie que la poste, et sur l'adresse desquels il n'est pas besoin d'écrire le nom de la ville, attendu que l'envoyeur et le destinataire sont du même lieu. En pareil cas, c'est toujours le mot anglais present, que l'on voit figurer. Il serait donc juste, puisque ce genre d'adresse est aussi français, de nous servir des mots =en ville= pour cette suscription, dont nous donnons ici l'exemple:

A Monsieur, Monsieur ---- En ville.

PROCÉDÉS. Se dit dans les cas suivants: user de bons, de mauvais =procédés= envers quelqu'un. Il est aussi synonime de recettes. C'est donc erronément que l'on dit: les procédés d'une assemblée, d'une cour de justice, etc., ou bien encore, faire lecture des procédés d'une séance. Dans le premier cas, il faut dire: les =actes= d'une assemblée, d'une cour de justice, et dans le second, faire lecture du =procès-verbal= d'une séance.

PUMPS, =Escarpins=. Souliers à semelle mince et à oreilles. C'est la chaussure de bal.

PUNCH. C'est ainsi que les menuisiers désignent souvent le =repoussoir=, instrument qui sert à chasser les clous plus loin que ne le peut faire le marteau.

PURSER. C'est tout bonnement le =comptable= d'un bateau ou navire à vapeur. Il serait donc plus raisonnable de se servir de ce mot de préférence à purser.

PUTTY. Les plâtriers appellent putty la préparation de chaux et de plâtre avec laquelle ils poussent les moulures et les corniches. =Potée= est le nom français de cette préparation.

Q.

QUALIFICATION, QUALIFIÉ, L'acception de ces deux mots est fréquemment faussée. Par qualification, l'on entend le =droit d'éligibilité= d'un candidat à la représentation nationale ou municipale, droit qui, selon nos lois, n'est acquis au candidat qu'à la condition d'être propriétaire d'un immeuble non grevé et représentant une valeur spécifiée. Cette condition, c'est le =cens électif=; ainsi, au lieu de tel candidat n'est pas qualifié, n'a pas la qualification requise, il sera bien plus logique de dire: tel candidat est ou n'est pas =éligible=. Le cas est à peu près le même à l'égard de l'électeur. Un homme est électeur ou il ne l'est pas; s'il est électeur, il n'y a aucune nécessité de dire, comme le fait l'anglais: c'est un électeur qualifié. S'il n'est pas électeur, s'il ne paie pas un cens assez élevé pour avoir le droit de voter aux élections, et qu'il y vote, il est encore moins nécessaire de le qualifier d'électeur non qualifié. Il est alors tout bonnement un =faux= électeur.

QUART. L'on fait erreur en se servant de ce mot au lieu de =baril=.

QUERIR. Il y a bien longtemps que ce verbe a été corrompu par les classes laborieuses, car aujourd'hui elles ne cessent de dire: va le cri pour va =quérir= ou va =chercher= quelqu'un. Nos instituteurs seuls sont capables de faire disparaître un jour cette mauvaise manière de prononcer ce verbe.

QUOTATION. =Garniture= et =lingots= métalliques servant à remplir les blancs.

R.

RANK. Meuble d'imprimerie dans et sur lequel on place les casses. =Rang= est le nom français.

RAPPEL, RÉVOCATION. Il arrive souvent que l'on prête à ces deux mots la même signification; exemple: Rappel, révocation d'une loi. =Rappeler= une loi veut dire: =faire revivre=, =remettre= cette loi en =vigueur=, tandis que =révoquer= signifie =annuler=, =abroger=.

RECORD. En anglais, ce mot signifie =registre=, =dossier=, =archives=, =pièces=, etc., mais dans notre idiome, il n'est plus usité aujourd'hui. L'ancien droit coutumier s'en servait, mais c'était dans des acceptions toutes différentes; c'est pourquoi les avocats et autres feraient bien de le laisser de côté, attendu qu'ils ont à leur disposition les mots correspondants plus haut cités.

RÉFÉRER. Ce verbe s'emploie dans le sens de =faire rapport=, de =rapporter= une chose à une autre, et de =s'en rapporter= à quelqu'un ou à un ouvrage pour décider sur quelque matière. Exemple: =référer= à la chambre; =référer= un passage d'un livre à un autre passage; =en référer= à quelqu'un pour la décision de quelque chose. Mais l'on fait un anglicisme lorsqu'on dit: je vous réfère à un tel; je réfère ou je référerai à ce livre, etc. Il serait donc sage de remplacer ces expressions vicieuses par celles-ci: Je vous =renvoie= à un tel; je =consulte= ou je =consulterai= ce livre.

RENARD. Les enfants disent faire le renard lorsque, sans permission, ils manquent d'aller à l'école. C'est aux maîtres à leur apprendre que faire l'=école buissonière= est l'expression voulue en ce cas.

RENCONTRER. De la manière dont ce verbe est employé dans ces cas-ci, il donne lieu à des barbarismes: =rencontrer= les dépenses, le déficit, mots traduits littéralement de l'anglais: To meet the expenses, the deficiency. C'est =faire face= aux dépenses et =combler= le déficit qu'il faut dire.

ROBRE ou ROBER. Ne se dit qu'au jeu de whist. A tout autre jeu, c'est =partie liée= ou double qu'il faut dire.

RULE. =Filet=, en cuivre ou en acier, dont le typographe se sert pour composer.

RUN OVER (TO). =Remanier= est le mot dont on doit se servir au lieu de parcourir, qui est actuellement en usage dans nos imprimeries.

S.

SABOT. Boîte dans laquelle on jette les lettres usées et destinées à être remises au creuset.

SALLE MUSICALE. C'est une mauvaise traduction de Music Hall. Comme il n'est pas plus logique de dire salle musicale que salle dansante, l'on sera certain d'être exact en disant ou en écrivant =salle de musique=.

SAMPLE. Presque toujours nos marchands se servent de ce terme anglais, tout en en changeant la prononciation, car ils disent un ou des simples. Nous croyons, cependant, qu'ils connaissent le mot français =échantillon=.

SAUCE-PAN. =Poëlon=.

SAVONNETTE. Ici encore l'on constate que ce mot est généralement mal appliqué. Savonnette est le morceau de savon ordinairement parfumé et dont la mousse sert à enduire la partie du visage que l'on veut raser, et =pinceau à barbe= est l'objet avec lequel on applique cette mousse.

SCARFING. Mettre des pièces de bois bout à bout et assembler leurs extrémités par le moyen d'entailles. C'est ce que l'on appelle =enter=; mais nos charpentiers de navire ont francisé le mot anglais, et ils disent aujourd'hui scarfer une quille, etc. Il n'y a qu'à leur démontrer le tort qu'ils font à la nationalité en se servant de mots anglais ainsi corrompus, et nous sommes certains qu'ils reviendront bien vite aux dénominations françaises, leur patriotisme reconnu en est pour nous un sûr garant.

SCRAPER. Les ébénistes et menuisiers ne connaissent pas le nom français de cet outil, qui sert à racler le bois; aussi, disent-ils toujours un scraper au lieu d'un =racloir=; scraper au lieu de =racler=.

SCRIPT. =Caractères d'écritures=. Telles sont la coulée, la bâtarde, la gothique, la ronde, l'anglaise ou cursive, etc.

SET. Mot anglais qui s'applique à mille choses et qui est presque passé dans notre langage. Pour éviter l'ambiguité, nous allons indiquer en anglais les principaux cas où ce substantif est employé, tout en faisant suivre de la traduction: Set of friends, cercle d'amis; set of crockery, service de vaisselle; set of studs, garniture de boutons de chemise; set of furniture, assortiment de meubles; set of tools, assortiment d'outils.

SHAPE. Ce sont les femmes d'ouvriers qui emploient ce mot anglais pour désigner, soit une =forme= de chapeau, la =taille= ou la =mine= bonne ou mauvaise d'une personne.

SHEERING. Nos marins disent rarement qu'un navire a fait des =embardées=. Ils ont au contraire francisé le verbe to sheer, et en disant, comme ils le font aujourd'hui, qu'un vaisseau a pris une shire, qu'un vaisseau shirait, au lieu de: prenait des embardées, ils ont certainement perdu au change.

SHIFTING. Un chargement de navire a shifté, disent les charpentiers et arrimeurs, et pourtant ils savent tous que =désarrimé= est le mot français.

SHIRTING. =Calicot= ou =Coton= blanc.

SHOOTING-STICK. =Décognoir=. Morceau de bois avec lequel on serre et desserre les formes dans les imprimeries.

SIDE-BOARD. =Buffet= est le nom français de cette espèce d'armoire dans laquelle on enferme la vaisselle et le linge de table.

SIDE and FOOT STICK. Grand et petit biseaux. Ce sont les morceaux de bois à l'aide desquels on assujettit des caractères dans un châssis.

SINK. Boîte ordinairement foncée en plomb, avec un trou au milieu pour l'écoulement des eaux, et dans laquelle se lave la vaisselle. =Évier= est le nom français.

SKY LIGHT. =Abat-jour=. Mais sur un navire sky light signifie =écoutille vitrée=.

SLACK. Ce mot anglais est passé dans le langage de tous nos ouvriers et marins, qui disent slaquer au lieu de =larguer= une amarre; donner du slack au lieu de donner du =jeu= à une porte, à un tiroir, etc. Ils disent aussi: les temps sont slack pour: les temps sont =durs=.

SLICE GALLEY. =Coulisse= est le terme français. La coulisse est une petite planche très mince au moyen de laquelle on fait couler sur le marbre une page, un tableau, etc. Les coulisses s'enchâssent dans des galées construites à cet effet.

SLIPPERS. =Pantouffles=. Souliers à semelle mince, sans oreilles, et que l'on ne porte qu'à la maison.

SLUR (TO). =Friser= ou =papilloter=. On dit d'un tirage qu'il =frise=, lorsqu'il manque de netteté, et lorsque l'impression se projette au-delà de l'oeil de la lettre.

SMART. Ce mot anglais, qui signifie badinage, est bien celui dont l'emploi peut jeter le plus de ridicule sur nous, car il ne comporte pas le sens que nous lui donnons d'ordinaire. Lorsqu'on dit: c'est un homme smart, toujours nous entendons la capacité, l'habileté, la finesse ou l'esprit de la personne ainsi désignée; pourquoi, alors, ne pas dire de préférence: c'est un homme habile, capable, fin ou d'esprit!

SNACK. Mot anglais qui signifie =manger= un morceau, et nous disons aujourd'hui faire, donner un snack, au lieu de donner un =repas= ou un =régal=. Nous avons là une des mille preuves que nous tombons dans le ridicule chaque fois que nous remplaçons par une expression étrangère un mot ou une locution de notre langue.

SPARE BALL. Se dit au jeu de quilles pour indiquer qu'en deux boules on les a renversées toutes, et qu'avec la troisième qui reste, on peut encore faire des points en sus des dix déjà faits. Spare ball peuvent en conséquence se traduire par =boule de réserve=.

SPELL. J'ai donné une bonne spell à cet ouvrage, disent bon nombre d'ouvriers; mais ceux qui ne se servent pas de cette locution anglaise emploient d'ordinaire celle-ci: J'ai donné une bonne secousse à cet ouvrage. Inutile de dire que ces deux expressions devraient être rejetées: la première parce qu'elle est anglaise, et l'autre parce qu'elle signifie =prendre son élan= pour mieux courir. J'ai bien, ou j'ai beaucoup =avancé= tel ouvrage, ou toute autre expression analogue pourrait facilement les remplacer.

SPOKE-SHAVE. Outil de charron et de menuisier d'invention allemande. =Plane allemande= est le nom que les Français lui donnent.

SPOT. Au jeu de colombier (Pigeon-hole), ce mot indique d'abord la place où l'on met la bille qui sert de premier but; en ce cas, c'est =placer le but= qu'il faut dire; mais lorsqu'il s'agit de tirer pour savoir lequel des joueurs aura la main, le gagnant doit se servir de cette locution: "A moi la =main=," au lieu de: "A moi le spot."

SPREE. Le dictionnaire anglais ne reconnaît pas ce terme, que nous croyons appartenir à l'argot américain. Il ne s'en est pas moins glissé dans notre langage, car nous entendons dire bien souvent: Pierre ou Paul est en spree, au lieu de Pierre ou Paul =fait la noce=.

STAMP. =Bouche-trou=. Espèce d'étampe dont se servent les cordonniers pour cacher, en l'imprimant sur une semelle, les trous qu'y ont fait les deux chevilles qui la tenaient appliquée sur la forme.

STANDING GALLIES. =Galées dormantes=, sur lesquelles on conserve les matières non à distribuer, ainsi que les lignes de titre, blanc, filets, interlignes, etc.

STARTING. Ce verbe est fréquemment employé par les charpentiers de navire, qui ont pris le soin de le franciser, car il disent: On va starter tel ouvrage, au lieu de =commencer=. Ils disent aussi: les écarts d'un bordage ont starté, pour: se sont =éloignés= ou =disjoints=.

STEWARD. =Commis des vivres= d'un navire ou bateau à vapeur.

STEWPAN. =Casserolle=.

STICK. =Composteur=. Outil dans lequel le compositeur typographe place la lettre.

STOCK. =Col-cravate=.

STRAP. Ce mot anglais est très répandu, car toujours l'on s'en sert pour désigner une =mentonnière= de casquette, des =sous-pied=, =courroies=, etc. C'est aux instituteurs qu'appartient le devoir de réformer notre langage sous tous ces rapporte. L'honneur de veiller à la conservation de la nationalité est là qui les y invite.

STRING, HALF-STRING. Ces deux mots se disent au jeu de quilles, et ils signifient, l'un la =grande=, et l'autre la =petite partie=. La grande partie est de trente boules et la petite de quinze.

STUFF. Ce mot est souvent employé au lieu du français =étoffe=.

SWINGNER. Les arrimeurs désignent par ce nom le travailleur qui leur amène pièce à pièce le bois près du navire dont ils ont à faire le chargement. =Flotteur= est le nom français qui correspond à swingner.

T.

TEA-BOARD. =Plateau=. Espèce de plat en tôle, en bois, etc., vernissé, dans lequel on sert le thé, le café et les rafraîchissements.

TEA-POT. Ce mot anglais s'emploie souvent au lieu de =théière=.

TEN STRIKE. Se dit lorsque d'une seule boule on a renversé les dix quilles. =Coup de dix= rendraient parfaitement l'idée.

TICKET. L'on se sert quasi toujours de ce mot, et pourtant, =billet= est très bien connu.

TIRETTE. Morceau de fonte qui se glisse sur la petite ouverture pratiquée dans la porte d'un poële pour en diminuer la tire. C'est ce que nous appelons à tort la petite porte d'un poële.

TOAST. Morceau de pain grillé. =Rôtie= est le nom français.

TOW-LINE. Nos navigateurs ne désignent qu'en anglais l'amarre qui sert à remorquer, et dont =amarre de touée= est le nom français.

TOKEN. Terme d'imprimerie, dont =marque= est le nom français. Cette =marque= se fait lorsqu'on trempe le papier qui doit être imprimé, et pour éviter un deuxième comptage, on replie une feuille sur elle-même tous les deux cent cinquante feuilles.

TRANSQUESTIONNER. Ce verbe n'existe pas dans notre langue, mais c'est par lui que l'on a cru rendre le mot anglais to cross-examined. Si l'on s'était donné la peine de chercher un peu, l'on aurait probablement trouvé le terme légal français de =contre-interroger= lequel rend parfaitement l'idée de cross-examined.

TRIC-TRAC. Espèce de jeu de cartes. Mais par lui nous désignons, à tort bien entendu, le moulinet de bois dont on tire un son aigre et bruyant en l'agitant avec la main, et dont le véritable nom est =crécelle=.

TROUSSEAU et LAYETTE. D'ordinaire nous faussons la signification de trousseau, mot qui désigne le linge et tout ce que l'on donne à une fille lorsqu'on la marie ou qu'elle se fait religieuse. Mais lorsqu'il s'agit des vêtements et ustensiles nécessaires à un enfant qui vient de naître, c'est le mot =layette= dont il faut se servir au lieu de trousseau.

TRUE BILL. Terme de droit criminel anglais. Ces mots sont quelquefois traduits par nos avocats français, mais le plus souvent d'une manière inexacte. C'est par vrai bill ou accusation fondée qu'ils rendent ce terme anglais, qui veut dire =arrêt de mise en accusation=, arrêt que rend un grand jury lorsqu'il trouve fondée la plainte soumise à sa décision. Ainsi, accusation fondée est loin de rendre cette idée. L'accusation ne peut être reconnue fondée ou non qu'après l'instruction du procès. La même erreur a lieu à l'égard de no bill, mots qui, en français, signifient =arrêt de non-lieu=, arrêt que rend un grand jury quand la plainte soumise à sa décision ne fournit pas matière à procès.

TUMBLER. Le mot français =verre= est bien connu, mais tumbler, que l'on prononce tombleur, nous paraît être plus usité. En ce cas comme en bien d'autres, c'est aux institutions scolaires qu'il incombe de corriger les élèves de cette habitude de se servir de mots anglais inutilement.

TWEED. =Étoffe à pantalon=.

TWO-LINE. Lettres de deux points; elles sont aussi appelées =initiales=; on les nomme encore =lettres montantes=.

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