Chapitre 1
RENÉ BOYLESVE
RÉFLEXIONS SUR STENDHAL
PARIS LE DIVAN 37, rue Bonaparte, 37 1929
Cet ouvrage a été tiré à neuf exemplaires sur vélin de Rives jonquille, hors commerce, et trois cents exemplaires sur pur fil Lafuma.
AVANT-PROPOS
Les feuillets de René Boylesve, que l’on présente ici, ne forment pas une étude suivie: ce ne sont que des notes, comme il avait l’habitude d’en prendre sur maint sujet; mais leur abondance, sur le sujet de Stendhal, révèle le projet d’une étude.
Il les écrivit, presque toutes, dans la seconde moitié de 1914 et au commencement de 1915, à propos du livre de Léon Blum: Stendhal et le beylisme, qui parut chez Ollendorff à la veille de la guerre. Cette lecture l’entraîna à relire du Stendhal, ainsi que les pages à lui consacrées par Sainte-Beuve, Taine et Bourget. Un plan fut ébauché par René Boylesve; quelques alinéas, rédigés; mais la chose en resta là.
La date de 1914 étonne d’abord. Comment, lui dont la pensée toujours soucieuse fut irrémédiablement ravagée par la guerre et dès son début, comment a-t-il pu s’abstraire du drame à ce point, ne fût-ce qu’une heure, et s’attacher à un sujet qui n’y avait aucun rapport visible ou urgent? Ce fut l’instinct de conservation morale qui lui inspira cette discipline de sereine apparence et de fond pathétique; ce fut le besoin de sauvegarder son meilleur esprit, justement pour pouvoir l’appliquer au terrible drame. Et comme l’époque l’anéantissait d’autant mieux qu’elle le maintenait éloigné de l’action, c’est en dehors du drame qu’il pouvait trouver l’indispensable point d’appui: à savoir dans son propre sol, et dans la permanence du sol français représenté pour lui, dans ces circonstances où tout vacillait, par les Lettres. Stendhal ne fut d’ailleurs pas son seul recours en ce genre. René Boylesve relut dans le même temps Montaigne, Marc-Aurèle, et les annota aussi.
On ne peut se défendre d’un scrupule: en publiant, si savoureuses soient-elles, ces notes de premier jet où plus d’une phrase n’achève même pas son déroulement grammatical, ne blesse-t-on pas indiscrètement le souvenir de René Boylesve, qui aimait les choses finies? On ne réfute certaines objections que par l’argument ad hominem; et vous-même, Boylesve, n’auriez-vous pas regretté qu’on ne publiât point certaines pages inachevées de Stendhal? Pourquoi, en l’honneur de Stendhal, ne vous ferait-on pas ouvertement honneur des lignes que vous lui avez consacrées?
Disons enfin qu’on n’a pas hésité à reproduire les citations nombreuses auxquelles René Boylesve a accroché ses adhésions, ses objections, ou ses additions,--ceci était indispensable pour l’intelligence de son texte--, et même des citations non commentées, parce qu’un simple choix d’extraits peut fournir une précieuse indication sur l’esprit qui s’y exerça.
G. G.
RÉFLEXIONS SUR STENDHAL