‹ Réflexions sur StendhalChapitre 5 sur 6 · IV

IV

NOTES DE LECTURE

SUR LES ÉTUDES

DE PAUL BOURGET, DE SAINTE-BEUVE ET DE TAINE

«Un tour d’esprit très original, et rendu plus original par une éducation très personnelle, voulut que ce soldat de Napoléon traversât son époque littéraire comme on traverse un pays étranger dont on ne connaît pas la langue.»

Bourget, Essais de psych. cont., I, 211.

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«L’homme qui a pu écrire LE ROUGE ET LE NOIR, et inventer de toutes pièces à plus de quarante ans, après avoir été soldat, commis d’épicerie, auditeur au Conseil d’État, voyageur, homme de lettre, et diplomate, cette forme de roman sans analogue, capable de contrebalancer toute la COMÉDIE HUMAINE dans l’histoire de l’art de conter...»

Essais, I, 262.

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Bourget, lui aussi, voit très bien les défauts de Stendhal, «et la timidité souffrante qui se crispe en prétentions, et un naïf pédantisme dans la rigueur des théories, et du cynisme, et parfois de l’attitude; MAIS CELA NE VA PAS AU FOND.»

Id., ib., 251.

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Remarquer que, tout cela, ce sont les défauts de cette jeunesse persistante que constate Blum, et des défauts de solitaire; et que ce sont les défauts de solitaire que Sainte-Beuve comprend le moins. Pour lui, un roman ne se présente qu’avec une certaine tenue, comme un monsieur, parlant dans ce temps-là en public, ne se présentait qu’en habit. Stendhal, l’œuvre tout entière de Stendhal, c’est l’homme tout cru, pour ne pas dire l’homme dépouillé, ce qui est encore un peu plus effrayant. Auprès de lui, même Rousseau, mal mis sans doute, est habillé. Rousseau n’écrit pas pour lui, mais pour le public; il consent à le choquer, mais il l’aperçoit. Stendhal écrit réellement pour le lecteur de 1880, époque où depuis beau temps il ne sera plus. Il est le premier, dans la littérature française,--cet homme si amateur de société--, qui, écrivant, n’ait pas eu le souci de la société. «Toutes les fois, écrit Sainte-Beuve, que Beyle a eu une idée, il a donc pris un morceau de papier, et il a écrit, sans s’inquiéter du qu’en dira-t-on, et sans jamais mendier d’éloges: un vrai galant homme en cela.» Sainte-Beuve dit encore que, lorsqu’il vient de lire les amours des romans de Stendhal, il en revient à aimer l’amour à la française «où la société n’est pas oubliée entièrement».

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«Chose étrange: cet homme, le moins descriptif des romanciers, fut sans doute un de ceux que séduisit le plus le charme de la nature. Il est vrai qu’il lui demandait surtout de le jeter dans un certain état d’exaltation.»

Bourget, Essais, I, p. 253.

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A confronter avec la jeunesse dont parle Blum:

«On peut même affirmer, dit Bourget après avoir lu Henri Brulard, que depuis sa dix-huitième année, il n’a rien acquis, sinon plus d’ampleur de ses tendances premières.» P. 253.

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«... La plus complexe des âmes d’artiste, une âme effrénée et raisonneuse, tendre jusqu’à la folie et ironique jusqu’à la cruauté, énergique jusqu’au plus mâle courage et romanesque jusqu’au plus naïf sentimentalisme, une âme de roué et d’enfant, de soldat et de poète, de mondain et de solitaire, de libertin et d’amoureux...» P. 261.

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Se souvenir que Sainte-Beuve, parlant de Stendhal, ne connaissait ni les Souvenirs d’égotisme, ni Lamiel, ni Henri Brulard publié par Stryienski, ni Lucien Leuwen par M. de Mitty.

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M. Bourget semble admettre qu’une des causes qui laissèrent Stendhal méconnu serait que tous ses personnages sont des êtres supérieurs. Est-ce bien exact? Le public ne fut et n’est jamais hostile aux personnages supérieurs. Tout au contraire, c’est eux qu’il s’attend à trouver en ouvrant un livre; la tragédie si longtemps florissante l’y a habitué; outre cela, il est flatté de se trouver en si noble compagnie; il n’exige pas de la comprendre; quelques bribes lui suffisent et il emporte comme un souvenir de grandeur qui lui plaît.

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Comme l’a dit Taine de Julien Sorel, on peut dire que Stendhal est «supérieur, puisqu’il invente sa conduite, et il choque la foule moutonnière, qui ne sait qu’imiter». Nouveaux essais. P. 232.

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«Les idées habillées en homme, qui peuplent la littérature du XVIIe siècle.» P. 238.

Il dit que des personnages comme Julien Sorel s’opposent à ces idées. Ce ne sont plus des idées, ce sont des hommes. Il ajoute qu’ils s’opposent également «aux copies trop littérales que nous faisons aujourd’hui de nos contemporains».

«Ils (des caractères comme Julien) sont réels; car ils sont complexes, multiples, particuliers et originaux comme des êtres vivants. A ce titre ils sont naturels et animés, et contentent le besoin que nous avons de vérité et d’émotion.»

Rapprocher du passage de Bourget, dans Le démon de midi: «Ces esprits français sont toute logique... etc.»

«Corneille nous donnera des modèles; tel contemporain, des portraits; l’un nous enseignera la morale; l’autre la vie. Au contraire, nous n’imiterons ni ne rencontrerons les héros de Beyle; mais ils rempliront et remueront notre entendement et notre curiosité de fond en comble, et il n’y a pas de but plus élevé dans l’art.» P. 239.

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«Quand nous passons d’un sentiment à un autre, ordinairement c’est sans savoir pourquoi, et par les causes les plus légères. L’âme est changeante; et le même homme, dix fois par jour, se dément et ne se reconnaît plus. On a tort de se figurer un héros comme toujours héroïque, ou un poltron comme toujours lâche. Nos qualités et nos défauts ne sont point des états de l’âme continuels, mais très fréquents; et notre caractère est ce que nous sommes la plupart du temps.» P. 242.

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«Il y a pourtant un accent dans cette voix indifférente: celui de la supériorité, c’est-à-dire l’ironie, mais délicate et souvent imperceptible.» P. 249.

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