V
QUELQUES NOTES
SUR
LA CHARTREUSE[5]
[5] Ces quelques notes sur La Chartreuse sont de plusieurs années antérieures à toutes celles qui précédent.
On prétend que Stendhal n’est pas pittoresque! Mais il est insupportable à force de pittoresque, il est sans cesse à nous décrire mille détails extérieurs.
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La Chartreuse est un roman d’intrigue. Plus qu’à peindre la réalité et le détail des opérations de l’esprit (ce qui fait la valeur du livre), l’auteur prend son plaisir à montrer les ressources infinies de tactique dont son esprit est doué.
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Le caractère de Fabrice est charmant. Son insouciance du danger. Sa témérité joyeuse. Lorsqu’il parvient à enlever un morceau de l’abat-jour, dans sa prison, pour voir Clélia: «ce moment fut le plus beau de la vie de Fabrice, sans aucune comparaison».
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Stendhal a la maladie du romanesque, il est hanté par le goût romanesque: c’est une tentation perpétuelle chez lui. Il y succombe pour se soulager.
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La Chartreuse. Ce qui y domine, en somme, c’est le réalisme sentimental, et c’est une application frénétique à atteindre le réalisme dans les faits les plus romanesques.
Ce qu’il y a de choquant, c’est la disproportion entre l’importance des vérités psychologiques, du sens sentimental qui est le cœur de ce livre, et la puérilité de l’acharnement à enchevêtrer les événements extraordinaires qui servent de support.
Il y a dans La Chartreuse la genèse des grands romans policiers ou des feuilletons mélodramatiques qui font encore aujourd’hui le bonheur de la femme bourgeoise.
Et il y a un multiple roman psychologique et sentimental qui ne sera pas dépassé, sinon par la forme.
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Le jour où Fabrice, évadé de sa prison, manifeste à la duchesse qu’il regrette sa prison, tout est dit: le roman est fini.
Lorsque je le vois retourner à sa prison, je cesse complètement d’y croire: tout s’affadit. La révolution de cour, que nous apprend-elle?
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C’est un des plus beaux cas sentimentaux, traité par un homme qui n’est qu’intelligence. Il l’analyse et s’efforce de suppléer à son défaut de sensibilité contagieuse, par une accumulation d’images, un éblouissement de choses concrètes; mais il ne produit pas l’émotion. C’est un spectacle sec. Il y a une glace entre l’épisode et nous, il y a la lentille du microscope.
TABLE
AVANT-PROPOS 7 I. Notes pour une étude 11 II. Notes de lecture sur La vie de Henri Brulard 19 III. Notes de lecture sur Stendhal et le beylisme, de Léon Blum 31 IV. Notes de lecture sur les études de Paul Bourget, de Sainte-Beuve et de Taine 81 V. Quelques notes sur La Chartreuse 91