‹ Relation d'un voyage dans la Marmarique, la Cyrénaïque, et les oasis d'Audjelah et de MaradèhChapitre 31 sur 35 · V

V

VACHE. Aqfiqeh. اقفيقه

VAIN, inutile. Dérouch. دروش

VALLON. Négred. نقرد

VALOIR. Laal. لعل

VEAU. Warimeh. واريمه

VEILLER. Endem. اندم

VENDRE. Yédjidj. يجيج

VER. Thaqouq. ظاقوق

VÉRITÉ. Kaouamah. كوامه

VÉROLE (petite). Habéba. هببه

VERRE Qézazteh*. قزازته

VÉTÉRINAIRE. Founaséh. فوناسه

VIDE. Qélodah. قلوده

VIDER. Ghara. غره

VIGNE. Temmedeh. تمّده

VILLAGE. Echal. اشال

VINAIGRE. Khall*. خلّ

VISER. Thaouez. طاوز

VISITER. Yégoult. يغولت

VOIR. Eghzart. اغزارت

VOISIN. Anergh. انرغ

VOIX. Aïat. ايات

VOL. Yénagha. يناغه

VOL d’un oiseau. Aghtah. اغطه

VOLER. Méchan. مشان

—Dérober. Yousek. يوسك

VOLEUR. Ghazi. غازي

VOULOIR. Ewehau. اوّهو

VOYAGER. Yaad. يعد

VOYAGEUR. Youchad. يوشاد

VRILLE. Barrimeh*. برّيمة

VUE. Yéghzart. يغزارت

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ERRATA.

Page 320, lignes 7 et 8, lisez, sans astérisque, les mots AMMARTET et TAAMMARTET.

Page 336, lig. avant-dernière, _Elsuo_, lisez : ELSOU.

Page 343, lig. 5, _Thaouellekh_, lisez : THAOUELLEKT.

Page 344, lig. 8, _Maafoun_, lisez : MAAFOUN*, avec un astérisque.

REMARQUES SUR LE VOCABULAIRE D’AUDJELAH.

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Les habitants d’Audjelah ont fait de nombreux emprunts à la langue arabe : plus du quart de leur vocabulaire appartient à cette origine. En parcourant le manuscrit de M. Müller, j’ai pu d’abord m’apercevoir que les mots arabes ou dérivés d’une racine arabe, n’avaient pas été tous indiqués par l’astérisque. J’ai cru, dans l’intérêt des études philologiques, devoir réparer ces omissions : le nombre des mots désignés, n’était dans le manuscrit que de 150 ; quelques-uns même, marqués seulement au crayon, annonçaient une incertitude ; j’ai porté ce nombre à 219.

Je dois aux savants de mettre ici sous leurs yeux la série de ces mots que j’ai ramenés à l’origine arabe :

Lang. d’Audj. Arabe[389].

AIGRE. تحمطه حمض

ALLER, je vais. نمضياخر نمضي اخر

BIENTÔT. فوّما قوامًا

BLEU. تلازرق الازرق

BORGNE. دلاوار الاعور

BROUILLARD. دمّزه دمس

CANON de fusil. بندقات بندقيّة

CHACUN. كل ينقسماني كلّ قسم

CERTAINEMENT. اصدقه صدق

CHARGÉ. يوسق وسق

CHER. يغلايه غالي

COMPRENDRE. فهمس فهم

COUTEAU. تخنجرت خنجر

CRIER. اناغه ناغي

DÉLIÉ. دقاق دقيق

DENT. سنّو سنّ

DROGUE. دوا دوا

ECORCHER. اسلوخ سلخ

ECORCHÉ. مسلوخ مسلوخ

ECRITURE. عرّب عرّب

EGAL, uni. واحد واحد

EMPAN. اشبر شبر

ENTIER. اكمله كامل

ENTOURER. ادوره دور

ENVELOPPER. لفّي لفّ

ENVELOPPÉ. ملفّي ملفوف

EPOUSER. اتخطابه خطب

EPOUX. تخطاب خطيب

EPOUSE. تخطابة خطيبة

FENDRE. شرّيط شرط

FENDU. مشرّيط مشرّط

FESSE. المقعد المقعد

FORCÉMENT. يغلبه غلب

FRAÎCHEUR. ندا ندا

FRONT. جبهه جبهة

GRAS. قوي قوي

HIBOU. بوم بوم

LEVAIN. خميرد خميرة

MINARET. اودّن ماذنة

MORDRE. عضض عضّ

NOMMER. سمّاس سمَّي

NOMMÉ. مسمّاس مسمَّي

OIGNON. بصليم بصل

OMBRE. ظلي ظلّ

ONCLE. عمّس عمّ

PLONGEUR. اغاطّس غطّاس

POTENCE. اشناق مشنق

PUS. المد المادّة

RASOIR. خنجر خنجر

RÉPANDRE, renverser. قلاب قلب

RÉPANDU. مقلب مقلوب

ROND. تحلّقت حلقة

ROSEAU. تقصبة قصبة

REMUER. يحرّك حرّك

REMUÉ. ميحرّك محرّك

SEULEMENT. بسّ بسّ

SINGE. قرد قرد

TENDRE. انجرّ جرّ

TENTE. تخيمة خيمة

TOUT-A-FAIT. اكمله كاملًا

TRAHISON. خونة خونة

TREMBLER. اترتعد ارتعد

TROU. مخرم خرم

TUER. يموته موّت

TUÉ. موته ميّت

TURBAN. اشّال الشّال

UTILE, adj. النفعه النافع

UTILE (être). نفع نفع

VERRE. قزازته قزاز[390]

On voit, par ce seul tableau, qu’en adoptant un mot arabe, les habitants d’Audjelah l’ont quelquefois détourné de son acception primitive : ainsi, ils emploient dans le sens d’_épouser_, le verbe arabe خطب, qui ne signifie que _fiancer_. Le mot قوي signifie _fort, vigoureux_ ; ils lui donnent, par extension, le sens de _gras_. C’est par euphémisme sans doute, qu’ils nomment مقعد la partie postérieure du corps, sur laquelle on s’assied. Le mot لفت est en arabe le nom du _navet_ ; chez eux il s’applique à la _rave_ dont la véritable dénomination est فجل. Semblable à toutes les langues des nombreuses peuplades de l’Afrique, la langue d’Audjelah n’est pas écrite ; on n’y connaît d’autre écriture que celle des Arabes, et chez eux le mot _écrire_ est synonime d’_écrire en arabe, mettre en arabe_ ; ce qu’ils expriment fort bien par le mot عرّب, qui répond ici au mot _écriture_. Mais dans tous ces exemples, il n’y a, à vrai dire, qu’extension de sens. Il est des mots qui s’éloignent encore plus de leur signification primitive et que, par cette raison, je n’ai point marqués d’un astérisque, quoiqu’ils appartinssent évidemment à la langue arabe. Je citerai, entr’autres exemples, les suivants :

Le mot الخضرة ne signifie en arabe que _la verdure_ ; les habitants d’Audjelah l’emploient dans le sens de _fruits_.

En arabe, on appelle جنازة une _pompe funèbre_ ; chez eux il signifie _mourir_.

Le mot غازي _aggresseur_, prend, dans leur vocabulaire, le sens de _voleur_.

Ils nomment قلاد un _gouverneur_ ; le verbe arabe قلد (2me conj. dériv.) qui a donné naissance à ce mot signifie en effet _investir d’une charge, d’une dignité, d’un commandement_ ; mais la _forme_ adoptée par les habitants d’Audjelah, aurait plutôt en arabe une signification _transitive_.

شيطانه _folie_ n’est qu’un emploi métaphorique du mot شيطان _démon_. En français on dit quelquefois c’est un _possédé_, pour dire, c’est un fou.

Le verbe arabe طوي signifie _ployer_ ; les habitants d’Audjelah l’emploient dans le sens contraire : _déployer_ طوس _thaouas_.

Je profiterai de l’occasion qui m’est offerte par ce dernier mot, pour signaler le س final qu’ils ajoutent quelquefois à la racine arabe, comme dans فهمس pour فهم, سماس pour سمي, عمس pour عم. Outre ce crément, ils en ont un autre qui accompagne ordinairement les _noms_, et qui est presque toujours un ت initial, comme on le voit par les mots تلازرق, تخيمة, تحمطه, تقصبة.

Il faut maintenant passer à quelques observations sur l’usage qu’on a fait de l’alphabet arabe pour représenter la prononciation des mots d’Audjelah. Il y a tout lieu de croire, et cela est d’ailleurs annoncé en tête même du vocabulaire, que les mots ont été d’abord recueillis en lettres françaises et transcrits ensuite en arabe : dans ce passage, tardif peut-être, d’une écriture dans une autre, ils ont dû éprouver quelques altérations : la prononciation des Naturels n’étant plus là pour déterminer le choix des consonnes arabes, les méprises étaient inévitables ; à moins qu’on ne se fût muni d’avance de cet alphabet, si inutilement célèbre, dont Volney rêva vingt ans l’application européenne, et qui, une fois enfin, eût été appliqué avec fruit. Malheureusement, en composant son vocabulaire, l’auteur ne paraît pas s’être d’abord attaché à un système fixe de transcription ; de manière que lorsqu’il a fallu ensuite convertir les lettres françaises en lettres arabes, il a souvent confondu les sons simples avec les sons emphatiques ou gutturaux, c’est-à-dire les ت avec les ط, les س avec les ص, les ك avec les ق, et quelquefois même les ا avec les ع. Rien n’est plus propre à mettre ce fait en évidence, que la différence d’orthographe dans un même mot répété en deux ou trois endroits du vocabulaire, pour représenter des significations analogues ou identiques. Cherchez, par exemple, le mot ECAILLE, vous trouverez تسريمت _taserimt_ ; cherchez ensuite le mot ECORCE, vous trouverez طسريمت commençant par un ط ; cherchez encore le mot PELURE, vous retrouverez تسريمت avec un ت. Il est évident que les mots _écaille, écorce, pelure_, sont employés ici comme synonimes, quoiqu’il n’y ait entre eux que de l’anologie ; mais quelle est la véritable prononciation du mot _taserimt_ ? faut-il un ت ? faut-il un ط ? la critique ne fournit à cet égard aucun moyen de solution : il faudrait retourner sur les lieux. Cette irrégularité de transcription se reproduit fréquemment et de diverses manières ; en voici d’autres exemples, fidèlement copiés du manuscrit :

ACHEVER. Ammartet. عمّرتت

FINIR. Amartet. امرتت

BOULE. Tahhallaq. طحلّق

ROND. Tahallaqt. تحلّقت

ECHELLE. Tahadit. تحاديت

ESCALIER. Tahadit. تحادية

SCORPION. Téghardim. تغرديم

REPTILE. Taghardim. طغرديم

PAPIER. Kartayah. كارطاية

LETTRE. Tékhartey. تخارتي

DATE. Tékartay. تكرتاي

J’ajouterai un dernier exemple : le mot BŒUF est traduit dans le manuscrit par _akfik_ qu’on a transcrit اكفيك ; en cherchant le mot VACHE, on trouve _akfiqeh_, qui n’est que le féminin d’akfik ; mais cette fois deux ق ont pris la place des deux ك, et l’on a transcrit اقفيقه[391].

Si cette inexactitude de transcription, ne m’avait pas été démontrée par les synonimes, je l’aurais bien plus facilement encore reconnue dans les mots qui appartiennent à une racine arabe. C’est ainsi que j’ai rendu à leur véritable origine les mots : شرّيط _fendre_, dérivé de l’arabe شرط qui a la même signification ; يوسق _chargé_, participe irrégulièrement formé du verbe وسق _charger_ ; عضض _mordre_, dont la racine arabe est le verbe sourd عض. Dans le manuscrit, ces trois mots étaient orthographiés ainsi : يوسك, اضض, شريت.

Le mot _aïan_, MAIGRE, quoique désigné comme arabe dans le vocabulaire, est transcrit ايان ; il faut certainement عيان, qui en arabe signifie _faible, maladif, fatigué_.

_Delaaouar_, BORGNE, était indiqué au crayon comme persan ; je ne vois dans ce mot que la transcription de l’arabe الاعور, _le borgne_, précédé d’un د ajouté. Dans le vocabulaire, on a écrit دلاوار.

مسحه, BÈCHE, est un mot arabe, mais il faut le lire مسحاة ; car la suppression de l’_alef_ le ferait dériver du verbe sain مسح, tandis qu’il a pour racine le verbe _défectueux_ سحا.

Le son du ق a été représenté tantôt par un _q_, tantôt par un _g_, tantôt par les deux lettres _gh_, qui répondent assez bien au son que les Arabes d’Afrique donnent au ق, qu’ils prononcent en effet comme un _g_ dur et guttural. Mais comme les lettres _gh_ ont été aussi employées dans le vocabulaire pour représenter le غ, il en est résulté quelques méprises : le mot _bagh_, PUNAISE, en est un exemple ; c’est incontestablement le mot arabe بق qui a la même signification. Dans le vocabulaire, on a transcrit _bagh_ par باغ.

Je bornerai là mon examen ; et je dois me hâter de dire que, malgré les imperfections que j’ai signalées, le vocabulaire de M. Müller n’en est pas moins un document utile et important. C’est un travail tout fait pour le premier voyageur qui visitera, après lui, l’Oasis d’Audjelah : il n’y aura plus qu’à l’étendre et à le régulariser. Des hommes dévoués à la science ont déja sillonné l’Afrique dans tous les sens ; ils ont rapporté de leurs courses avantureuses des vocabulaires recueillis sur divers points de ce vaste et inexplicable continent. Mais M. Müller est, à ma connaissance, le premier voyageur qui aît publié un vocabulaire de la langue parlée à Audjelah ; et, à une époque où toute notion acquise sur l’Afrique est accueillie comme une conquête, l’auteur me paraît avoir bien mérité des savants, et s’être préparé, pour l’avenir, des titres à leurs suffrages.

AGOUB.

[Note 389 : Lorsque le mot de la langue d’Audjelah a conservé dans sa dérivation les formes régulières de la langue arabe, j’ai écrit à côté le mot arabe tout _formé_ ; dans les cas contraires, j’ai quelquefois préféré n’écrire que la racine.]

[Note 390 : Pour زجاج, qui est moins employé dans l’arabe usuel.]

[Note 391 : Le manuscrit portait même افقيقه, mais j’ai corrigé cette transposition.]

FRAGMENT D’UN VOCABULAIRE DU LANGAGE DES HABITANTS DE