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Bolchevo

J’ai visité Bolchevo. Ce n’était qu’un village d’abord, brusquement né du sol sur commande, il y a quelque six ans je crois, sur l’initiative de Gorki. Aujourd’hui, c’est une ville assez importante.

Elle a ceci de très particulier : tous ses habitants sont d’anciens criminels : voleurs, assassins même… Cette idée présida à la formation et à la constitution de la cité : que les criminels sont des victimes, des dévoyés, et qu’une rééducation rationnelle peut faire d’eux d’excellents sujets soviétiques. Ce que Bolchevo prouve. La ville prospère. Des usines y furent créées qui devinrent vite des usines modèles.

Tous les habitants de Bolchevo, amendés, sans aucune autre direction que la leur propre, sont désormais des travailleurs zélés, ordonnés, tranquilles, particulièrement soucieux des bonnes mœurs et désireux de s’instruire ; ce pourquoi tous les moyens sont mis à leur disposition. Et ce n’est pas seulement leurs usines qu’ils m’invitent à admirer, mais leurs lieux de réunions, leur club, leur bibliothèque, toutes leurs installations qui, en effet, ne laissent rien à souhaiter. L’on chercherait en vain sur le visage de ces ex-criminels, dans leur aspect, dans leur langage, quelque trace de leur vie passée. Rien de plus édifiant, de plus rassurant et encourageant que cette visite. Elle laisserait penser que tous les crimes sont imputables, non à l’homme même qui les commet, mais à la société qui le poussait à les commettre. On invita l’un d’eux, puis un autre, à parler, à confesser ses crimes d’antan, à raconter comment il s’est converti, comment il en est venu à reconnaître l’excellence du nouveau régime et la satisfaction personnelle qu’il éprouve à s’y être subordonné. Et cela me rappelle étrangement ces suites de confessions édifiantes que j’entendis à Thoun, il y a deux ans, lors d’une grande réunion des adeptes du mouvement d’Oxford. « J’étais pêcheur et malheureux ; je faisais le mal ; mais maintenant, j’ai compris ; je suis sauvé ; je suis heureux. » Tout cela un peu gros, un peu simpliste, et laissant le psychologue sur sa soif. N’empêche que la cité de Bolchevo reste une des plus extraordinaires réussites dont puisse se targuer le nouvel État soviétique. Je ne sais si dans d’autres pays, l’homme serait aussi malléable.

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