LXXXIII.] - XXXII.]
[Note 773: Il y a une très complète description de la bataille dans le Guide de Peter Anderson; voir aussi le récit de Walter Scott, chap. LXXXIII et les pages d'Amédée Pichot dans son Histoire de Charles-Édouard, chap. XXXI et
[Note 774: Voir les extraits des Jacobite memoirs of the Rebellion of 1745, de Robert Chambers, donnés par Peter Andersen.]
Ces désastres, ces forfaits étaient encore récents, à l'époque où Burns visita le champ de bataille. Il y apportait la pensée de la part prise par son père à cette révolte «de 45», et il était particulièrement disposé à ressentir tout ce qui s'y rattachait. Dans son journal, il a noté cette visite en quelques mots mais qui semblent contenir bien des choses qu'il ne se souciait pas d'écrire: «Traversé le moor de Culloden, réflexions sur le champ de bataille». Ces réflexions portaient sans doute sur ces désespoirs causés par tant de vies fauchées.
La jolie fille d'Inverness Ne peut plus connaître ni joie, ni plaisir; Car, le soir et le matin, elle dit: hélas! Et toujours les pleurs amers aveuglent ses yeux. Moor de Drumossie--jour de Drumossie: Ce fut un affreux jour pour moi! Car là j'ai perdu mon père aimé, Mon père aimé et trois frères.
Leur linceul fut l'argile sanglante, Leurs tombes, on les voit verdir: Et près d'eux gît le plus cher gars Qu'ait jamais béni le regard d'une femme! Maintenant malheur sur toi, ô cruel seigneur, Homme de sang, je crois que tu l'es, Car tu as rendu désespéré maint coeur Qui jamais ne blessa ni les tiens ni toi[775].
[Note 775: The Lovely Lass of Inverness.]
Et des morts de Culloden sortit aussi cette plainte plus touchante encore, la Lamentation de la veuve des Hautes-Terres.
Oh! je suis venue dans les basses terres, Ochon, ochon, ochrie! Sans un penny dans ma bourse, Pour m'acheter un repas.
Ce n'était pas ainsi dans les collines des Hautes-Terres, Ochon, ochon, ochrie! Pas une femme dans la vaste contrée N'était aussi heureuse que moi.
Car alors je possédais vingt vaches, Ochon, ochon, ochrie! Qui paissaient là-bas sur la haute colline Et me donnaient du lait.
Et là-bas j'avais trois-vingts brebis, Ochon, ochon, ochrie! Qui bondissaient sur les jolies collines Et me donnaient de la laine.
J'étais la plus heureuse de tout le clan; Tristement, tristement je puis gémir, Car Donald était l'homme le plus beau, Et Donald était à moi.
Lorsque Charlie Stuart arriva enfin, Si loin, pour nous rendre libres, Le bras de mon Donald était nécessaire À l'Écosse et à moi.
Leur triste sort, qu'ai-je besoin de le dire? Le droit dut céder à l'injustice; Mon Donald et sa contrée tombèrent Sur le champ de Culloden.
Ochon! ô Donald, oh! Ochon, ochon, ochrie! Pas une femme dans le vaste monde Aussi misérable maintenant que moi[776].
[Note 776: The Highland Widow's Lament.]
Mais, outre celles-là, Burns semble avoir recueilli d'autres impressions, éparses par tout le pays. La répression, après la victoire de Culloden, fut une des plus atroces et implacables qui aient jamais éteint dans le sang les cendres d'une rébellion. Elle a laissé sur le duc de Cumberland une marque indélébile; il porte dans l'histoire le nom de boucher. Le pays entier fut saccagé de fond en comble; «on pouvait voyager des journées à travers les vallées dépeuplées, sans voir une cheminée fumer ou entendre un coq chanter[777].» Les hommes furent traqués et abattus à coups de fusils comme, des loups, les châteaux démolis, les chaumières incendiées, les troupeaux enlevés, les femmes et les enfants jetés nus, grelottants dans la nuit et les solitudes glaciales des monts[778]. On en voyait qui se traînaient derrière les pillards et imploraient un peu de sang ou les entrailles de leurs propres troupeaux. Ils périssaient de froid et de faim[779]. La sauvagerie des soldats était parfois plus hideuse, «ils furent coupables de toutes sortes d'outrages envers les femmes, la vieillesse et l'enfance[780].» Une mare de sang auprès de décombres calcinés était le tableau de tout le pays. Heureux lorsque les hommes pouvaient s'échapper, fuir à l'étranger pour un exil sans terme. On peut imaginer ce que des temps pareils voient de douleurs, de séparations, de déchirements, temps exécrés où toutes les figures ont des larmes. Une immense malédiction, faite de milliers de sanglots, de gémissements, d'adieux et de râles, monta de partout, des vallées, de la plaine, des collines, des monts, comme le cri de l'Écosse. Il sembla que le vent qui passait sur les bruyères portait des plaintes humaines et disait au ciel des choses douloureuses.
[Note 777: R. Chambers, cité par Peter Anderson, p. 103.]
[Note 778: Smollett, cité par Peter Anderson, p. 103.]
[Note 779: Lord Mahon, History of England.]
[Note 780: Walter Scott, Tales of a grand Father, chap. LXXXIV.--Voir aussi ces horreurs dans Amédée Pichot, chap.