‹ Sacountala, drame en sept actes, mêlé de prose et de versChapitre 19 sur 21 · L’ENFANT. - L’ENFANT.

L’ENFANT. - L’ENFANT.

Laisse-moi! Je veux aller voir maman!

LE ROI.

Mon fils, nous irons ensemble trouver ta mère.

Mais tu n’es pas mon papa! Mon papa s’appelle Douchanta.

LE ROI, _souriant_.

Voilà qui achèverait, au besoin, de me convaincre!

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On voit paraître Sacountalâ, les cheveux réunis en une seule tresse[89].

[89] C’est la coiffure des religieuses.

SACOUNTALA, _hésitant_.

On me dit que l’amulette de mon fils ne s’est pas métamorphosée dans ses mains... Mais je ne peux plus croire au bonheur! Et cependant,... si ce que m’a dit Misrakésî est vrai... (_Elle s’avance._)

LE ROI. (_Il est près de défaillir._)

C’est elle! c’est Sacountalâ!

Ces sombres vêtements, cette coiffure austère, Ce visage amaigri par l’ascétique loi, Ce long deuil qu’elle garde ici dans le mystère, Tout me dit que son cœur est encor plein de moi.

SACOUNTALA. (_A la vue du roi dont les traits sont altérés par le remords, elle hésite._)

Ce n’est pas mon époux! Quel est cet homme que l’amulette n’a pas écarté, et dont le contact impur a souillé mon enfant?

L’ENFANT, _courant vers sa mère_.

Maman! il m’appelle son fils! Je ne le connais pas, moi!

LE ROI.

Mon amour! J’ai été barbare envers toi... Mais aujourd’hui finit mon expiation: reconnais-moi!

SACOUNTALA, _à part_.

Respire enfin, mon cœur! Le destin m’avait durement frappée! Mais sa cruauté se lasse; il a pitié de moi: c’est bien mon époux!

LE ROI.

Je te vois, maintenant! C’est toi! L’ombre jalouse N’obscurcit plus mon cœur... Son sommeil est fini. Ainsi l’astre des nuits, aimé de Rohinî[90], Revient après l’éclipse à sa divine épouse.

[90] Nom d’une constellation.

SACOUNTALA.

Gloire!... Gloire!... (_Les sanglots l’étouffent et l’empêchent d’achever: Gloire au roi!_)

LE ROI.

Tu pleures... Je t’entends... N’achève pas! Ma gloire, C’est ton fidèle amour; C’est ta lèvre pâlie, et ta longue mémoire D’une ivresse d’un jour!