L’ENFANT.
Ma bonne sœur, il est bien joli. (_Il prend le jouet._)
LE ROI, _à part_.
Oh! si j’étais trompé par un mirage! Si tout cela devait finir en me laissant à mon désespoir!
PREMIÈRE RELIGIEUSE, _après avoir regardé l’enfant; avec inquiétude_.
Mais je ne vois plus l’amulette à son poignet!
LE ROI.
Ne vous tourmentez pas! Il l’a sans doute perdue en jouant avec le lionceau... La voici! (_Il va pour la ramasser._)
LES DEUX RELIGIEUSES.
N’y touchez pas! n’y touchez pas! (_Après l’avoir vu ramasser l’amulette._) Comment! il l’a prise! (_Elles croisent leurs mains sur leur poitrine et se regardent avec stupéfaction._)
LE ROI.
Pourquoi vouliez-vous m’empêcher de la prendre?
PREMIÈRE RELIGIEUSE.
Écoutez, seigneur! C’est une plante divine qu’on appelle Aparâdjitâ[88]. On en fait une amulette toute-puissante. Le bienheureux Mârîtcha a donné celle-ci à l’enfant aussitôt après sa naissance, dans la cérémonie de la consécration. Quand elle tombe à terre, personne ne doit la ramasser, si ce n’est l’enfant lui-même, sa mère,... ou son père!
[88] «Invincible.»
LE ROI.
Et si un autre la ramasse...
PREMIÈRE RELIGIEUSE.
Elle se change en serpent, et le mord.
LE ROI.
Avez-vous jamais vu ce prodige s’accomplir?
LES DEUX RELIGIEUSES.
Plus d’une fois.
LE ROI.
Ah! tous mes vœux sont remplis! Il ne me reste qu’à goûter mon bonheur! (_Il prend l’enfant et le couvre de baisers._)
DEUXIÈME RELIGIEUSE.
Viens vite, Souvratâ! Sacountalâ est maintenant en prière: allons la prévenir. (_Elles sortent._)