L’HUISSIER. - L’HUISSIER.
Je suis aux ordres de Sa Majesté.
LE ROI.
Raivataca, prie le général de venir.
J’obéis. (_Il sort et revient avec le général._) Venez, Seigneur, le roi vous donne audience; vous pouvez approcher.
LE GÉNÉRAL, _regardant le roi, à part_.
Il y a beaucoup à dire contre la chasse. Mais on ne peut pas lui reprocher de nuire à la beauté du roi.
Rien ne peut échapper à sa flèche volante; La corde de son arc a labouré sa chair: Mais ni les durs travaux ni la chaleur brûlante N’arrachent de sueur à ses membres de fer. Ses bras longs et puissants bravent la lassitude; Son corps souple et nerveux n’est pour lui d’aucun poids: Tel l’éléphant qui vit, loin de la servitude, Sur la montagne, au fond des bois.
(_S’approchant._) Gloire au roi! Sire, je me suis assuré que cette forêt est pleine de gibier. J’attends vos ordres.
LE ROI.
Bhadraséna, Mâdhavya m’a dit tant de mal de la chasse qu’il m’en a détourné.
LE GÉNÉRAL, _bas à Mâdhavya_.
Courage! continue, ami Mâdhavya. Moi, je suis obligé de flatter le maître. (_Haut._) Sire, ne prenez pas garde aux sottises qu’il vous débite. Moi, votre exemple m’a converti.
Combattre l’embonpoint pesant, Rester fort, souple, séduisant, Bouillir d’audace! S’amuser d’un faible ennemi Qui tantôt fuit, mort à demi, Tantôt menace; Percer de la pointe d’un trait Un but qui court et disparaît De place en place; Être vainqueur, toujours vainqueur: Voilà le rêve de mon cœur. Vive la chasse!
MADHAVYA, _en colère_.
Va-t’en, toi! tu ne rêves que plaies et bosses! Le roi est revenu à des sentiments plus doux. Quant à toi, méchant bâtard, tu peux te promener, si bon te semble, de forêt en forêt, jusqu’à ce qu’un vieil ours, en quête d’une gazelle ou d’un chacal, te trouve sur sa route et t’avale.
LE ROI.
Bhadraséna, je ne suis pas de ton avis. Nous sommes ici trop près de l’ermitage. Adieu la chasse!
Buffles amis de l’onde et des fourrés humides, Soyez heureux: plongez vos cornes dans les eaux. Broutez en paix, dormez, antilopes timides: A l’ombre des grands bois couchez-vous en troupeaux, Sangliers, qui tremblez pour vos petits sans armes, Roulez-vous sans souci dans l’herbe des marais. Bêtes des bois, vivez désormais sans alarmes: Ne craignez plus mes traits!
LE GÉNÉRAL.
Comme il plaît au roi.
LE ROI.
Quelques archers avaient dû prendre les devants. Fais-les rappeler. Empêche mes hommes d’armes de jeter le trouble dans l’ermitage et tiens-les à une distance respectueuse. Tu le sais...
L’ermite qu’on insulte est, dans son humble case, Pareil au feu qui couve et peut tout consumer. Un regard du soleil suffit pour animer La froideur du cristal, qui tout à coup s’embrase.
LE GÉNÉRAL.
Les ordres du roi seront exécutés.
MADHAVYA.
Va-t’en, trouble-fête! va-t’en! (_Le général sort._)
LE ROI, _jetant un regard à ses gens_.
Allez ôter vos habits de chasse. Et toi, Raivataca, veille aux soins de ta charge.