V. Industrie et Commerce.
Privé de détails sur le commerce et l’industrie de la ville pendant les derniers siècles, j’ai consulté la liste consulaire de 1460 à 1560, afin d’obtenir quelques renseignements à ce sujet, l’un des consuls devant être pris dans la classe des artisans, comme on l’a vu.
Mais, à l’exception de deux tondeurs de draps, de cinq fabricants d’étoffes, d’un drapier, d’un brochier et d’un corroyeur, cette liste ne révèle que des professions ordinaires : bouchers, tailleurs, cordonniers, forgerons et barbiers.
Toutefois, les lettres patentes données à Fontainebleau en octobre 1606, autorisant la création du marché du mercredi et des foires de la Saint-Hilaire et de la Magdeleine, permettent de supposer à Saint-Marcellin une certaine activité commerciale, dans les temps antérieurs, et Valbonnais y place même une banque de Juifs, ainsi qu’à la Sône, Saint-Nazaire, Moirans, etc.
Voici textuellement l’exposé qui se trouve dans les lettres du roi Henri IV :
« Les Consuls et habitans de notre lieu de S Marcellin, au pays de Viennois, nous ont faict entendre que ledict lieu estant situé au milieu de la province, environné de plusieurs et grands fertils villages, et d’ailleurs y aiant esté estably le siege du balliage du Bat-Viennois et Valentinois par feu bonne memoire Humbert, Daulphin, avec l’octroy d’un marché tous les jours de sabmedy et deux foyres l’année, l’une le I jour du mois de may, et l’aultre le jour et feste de S Michel, et tout confirmé par nos predecesseurs roys, d’heureuse memoire, et nous ; lequel lieu s’est rendu peuplé et habité de grand nombre de personnes de toutes qualités, marchands, lesquels y exercent et entretiennent un beau et grand commerce, qui augmente de jour à aultre, au moyen de ce que, pour la commodité du lieu, les marchands estrangers, mesmes ceux qui font commerce de grains, qui frequentent les marchés de Romans, du Pont et de S Jean en Royans, de Lens et de La Coste, sont contraincts, le jour de mercredy, convenir et s’assembler audict lieu de S Marcellin, pour y debiter leurs grains, qui sont, en après, transportés et distribués aux lieux des marchés plus proches, à la singulliere utillité et commodité de tout les pays circonvoisins ; mais craignant que par nostre procureur general, ses substitués, et aultres nos justiciers et officiers ne soit faict quelque recherche, pour n’avoir aulcun marché estably audit jour dans ledict lieu ; pour ce, et affin d’avoir d’aultant plus de moien de se relever des pertes et ruynes qui leur sont advenues à l’occasion des troubles passés, desireroient qu’il nous pleust…, en confirmant leurs foires et marchés anciens et le siege dudict balliage, leur octroier l’establissement d’un nouveau marché tous les jours de mercredy de chaque sepmaine, avec aultres deux foires, et, sur ce, leur accorder nos lettres necessaires… À ces causes… confirmons les marchés et foires anciens et… créons un marché et deux foires pour y estre doresnavant et perpétuellement et a tousjours tenus, gardés et observés. »
L’Almanach général et historique de 1787 nous apprend que les marchés du mercredi et du samedi existaient encore alors, mais que les foires, réduites à trois, se tenaient le 2 mai, le 10 août et le 30 septembre.
Suivant l’Album du Dauphiné, des moulins à soie furent établis en 1630 et la culture du mûrier prospéra dans les environs. Mais les superbes filatures à la Vaucanson de M. Jubié, à la Sône, ne remontent pas au-delà de 1778. Dix ans plus tard, d’après l’Almanach précité, la fabrication des draps-ratines et des toiles était peu considérable à Saint-Marcellin et dans la subdélégation, à cause de la rareté des chanvres et des travaux agricoles.
Espérons que l’établissement d’une voie ferrée développera l’industrie et le commerce dans une ville si heureusement placée, au milieu d’une contrée fertile et non loin des forêts du Vercors et de Chambaran.