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VI. Le Clergé. · § 1. La Paroisse.

Quatre chanoines réguliers de Saint-Antoine desservaient autrefois la paroisse ; après leur union à l’ordre de Malte, la cure devint séculière et à la nomination de l’archevêque de Vienne ; toutefois les Antonins devaient être préférés à tous autres prêtres.

En 1787, d’après l’Almanach général, les quatre chanoines réguliers, le curé y compris, disaient l’office publiquement, en vertu d’une fondation ancienne, et jouissaient chacun d’un appartement spécial. Vers cette époque, l’ordre de Malte, qui percevait la dîme, octroya un vicaire à la paroisse.

Quelques documents relatifs à l’église méritent une analyse.

Une transaction de 1433 nous apprend que l’édifice ancien ayant été détruit, les habitants en employaient les matériaux à la reconstruction d’un nouveau, et surtout d’un chœur (presbyterium). Les fondations étaient déjà rez-terre, lorsque le concours de l’abbé de Saint-Antoine, curé décimateur, fut officiellement invoqué. En vain ce dernier prétexta de la modicité de son revenu pour le refuser ; il fallut en venir à un accord, dont voici les clauses :

L’abbé Arthaud ou ses successeurs donneront aux consuls Lusson et Folhon 250 florins, monnaie du pape, à 12 gros l’un, payables par 5, d’année en année, pour achever le chœur.

Moyennant cette somme, les consuls se déclarent satisfaits, et un terme de huit ans, pour l’entière exécution du chœur, leur est accordée. En cas de ruine imprévue de l’édifice, après la mort de l’abbé Arthaud, ses successeurs ne seront pas dispensés de concourir à la réédification des murailles.

En 1476, l’église nouvelle réclamait des réparations et des embellissements. Frère Guill. Galbert, dit Bargena, religieux de « monsieur Saint-Antoine » et recteur de la paroisse, s’adressa à Louis XI qui, de Montils-lès-Tours, lui fit expédier les lettres suivantes :

« Loys… à nos amés et feaux conseilliers, les gouverneur ou son lieutenant et gens tenans nostre Parlement de Daulphiné et au balif du bas pays de Viennois et Valentinois ou à son lieutenant en nostre court de S Marcellin… Par don et octroy de nous ou de nos predecesseurs, nos bien ames les cesses[illisible] (consuls), borjois et habitans de ladicte ville prenent et levent… de lonc temps en ça, certain aide, truage ou imposition sur certaines denrées et marchandises, comme vins, bestes et certaines autres qui sont vendues et achettees et qui entrent et yssent par ladicte ville ; lequel aide ou truage est vulgairement appellé Commun de la ville… et a este mis et imposé ledict truage… pour soubstenir et paier let charget de ladicte ville comme entretenir puis, ponts, fontaines et autres affaires communs d’icelle, dont par le dessus dict don, octroy et consentement par nous ou nos predecesseurs… donné, iceulx habitans doivent la moitie des deniers qu’ils recoivent… metre et emploier un en la fortifficacion et reparacion des murailles et closure d’icelle ville et non ailleurs… ; laquelle moitie, puis aucun temps en ça, nous estant en nostre dict pais de Daulphine, nous avons donne… aux religieux et couvent des Carmes… jusques à certain temps qui brief finira.

« Et il soit ainsi que ladicte eglise de S Marcellin qui est la principale et plus grande eglise de ladicte ville et en laquelle viennent et affluent plus de gens et parrochiens, ait besoin et necessite de y faire plusieurs grandes reparacions et specialement de voultes, pilliers et pavements de pierres pour la decoration et perfection d’icelle ; lesquelles reparacions le suppliant ne pourroit ni scauroit de lui mesme fere, ni porter et soustenir les frais et mises… sans nostre grace et aide… Pourquoy, nous les choses dessus dictes considerees… et pour la grande et singuliere devocion que nous avons au glorieux S Anthoine, dont depend ladicte eglise, et à ce que icelle puisse estre restauree et rediffiee, et que soyons participant es oreysons et prieres qui y seront faictes… ; audict suppliant… avons octroye et octroyons… ; par ces presentes, qu’il ait et prene chascun an la moitié dudict aide, treu imposicion ou commun… jusques à vingt ans prochainement venans à compter du jour que le don et octroy par nous faict aux Carmes sera fini et expire. »

Cet lettres furent enregistrées à Grenoble le 23 décembre 1467.

Guillaume Galbert, muni de ce privilège royal, fit convoquer les habitants pour obtenir sur la moitié de l’octroi le prélèvement des frais par lui supportés. Mais les consuls et conseillers, que ce manque de désintéressement scandalisait, insérèrent dans la délibération prise la clause auivante :

« Il a été omis de dire que le curé ne pourra s’ingérer en aucune façon à recouvrer les deniers provenus du don royal, dont la rentrée sera effectuée par les syndics, lesquels donneront aussi les prix faits des travaux, en présence et du consentement du curé. »

Les travaux du clocher remontent à 1481, ainsi que la maison de ville. Ce clocher fut frappé de la foudre le 17 octobre 1670. Au commencement du xvi siècle, la toiture de l’église fut adjugée à Amayan, le cimetière clos et l’église dallée en pierres dures de Chevrières.

On a aussi le prix-fait d’un missel romain pour l’église paroissiale, en bonne grosse lettre de forme et en parchemin, semblable à celui des Carmes, avec enluminures d’azur et de vermillon, au prix de 50 florins. Le marché est de 1485.

Des inventaires de 1508 et de 1510 font connaître le mobilier du culte à Saint-Marcellin : trois calices dorés, un ciboire d’argent, un parement d’autel broché d’or ; quatre ornements de soie rouge damassée, quatre en soie blanche, quatre de couleur jaune, etc.

Parmi les reliques se trouvaient : la tête de l’une des onze mille Vierges, le doigt de saint Cyprien, du bois de la vraie croix, des ossements de sainte Marie-Madeleine, de saint Laurent, de saint Blaise, etc.

Àcôté du clergé paroissial, il y avait, à Saint-Marcellin, un couvent de Grands-Carmes, fondé vers le milieu du xv siècle par Déagent, vibailli, et confirmé par Louis XI, à Valence, en octobre 1453 ;

Un couvent de Récollets établi, en 1618, par Jean du Vache, seigneur de l’Albenc, président en la Chambre des Comptes de Dauphiné (il y avait 20 religieux en 1698) ;

Un couvent d’Ursulines, remontant à 1630, avec 2 000 livres de revenus et 20 religieuses en 1698 ;

Un couvent de la Visitation, dû aux libéralités des habitants, en 1645 (avec 1 500 livres de revenus et 15 religieuses, en 1698).

Divers actes conservés dans les minutes de notaires de Valence, au xv siècle, établissent que les Antonins ne virent pas de très bon œil l’établissement des Carmes de Beauvoir à Saint-Marcellin, et que le pape Benoit XIII dut intervenir pour régler les droits de chacun.

Malgré l’Almanach général de 1787, qui attribue à Déagent le mérite de la fondation des Carmes, les titres du xv siècle ne font aucune mention de ce personnage ; bien plus, une bulle du pape Benoit XIII autorise les religieux à s’établir dans la maison que leur a donnée noble Andric Garin, damoiseau, le commandeur de Saint-Paul ayant refusé de permettre leur installation dans la maison de Pierre Galian, de sa mouvance. Au temps de Bouchu, en 1698, ils étaient au nombre de 12.

Malgré la bonne doctrine que devaient enseigner de parole et d’exemple les religieux Antonins et Carmes, la réforme s’introduisit à Saint-Marcellin au xvi siècle. Quelles en furent les causes ? Je l’ignore. Mais de pareilles Révoltes contre l’autorité de l’Église catholique se renouvellent périodiquement et démontrent ainsi la solidité de sa base.

L’historien de Saint-Antoine présente comme un agitateur politique le prédicateur de la Réforme venu à Saint-Marcellin. Faute de documents, je n’aborderai pas ce sujet.

Toutefois, comme on sait peu de choses sur l’organisation du culte réformé dans la province, une brève analyse du synode tenu dans cette ville, en avril 1606, ne sera peut-être pas déplacée ici.

Chamier présidait l’assemblée, avec Vinay et Vulson la Colombière pour adjoints ; Vidal recueillait les actes.

Les colloques du Viennois, du Graisivaudan, du Valentinois et du Gapençais s’y trouvaient représentés. Voici les députés et pasteurs du premier :

Montagne, pasteur de Beaumont ; Giroya, député dudit lieu.

Durand, pasteur de Beaurepaire ; Peccat, député.

Tondard, député de l’Albenc.

Richard, député de Chabeuil.

Cheissière, député de la Baume.

Denis, pasteur du Pont-en-Royans ; Vautier, député.

Thomé, député de Romans.

Boquin, de Lacombe et Raymond rerésentaient Saint-Marcellin.

Après la vérification des pouvoirs, on décide qu’à l’avenir le synode ne sera plus convoqué avant le mois de mai. Les autres décisions prises ne regardent, pour la plus grande partie, que l’administration intérieure et financière des églises. Il y est dit « que l’ordonnance faite par le colloque du Viennois pour l’union des églises de Beaurepaire et de Roibon tiendra ; » qu’un article sera présenté au synode national pour autoriser, en cas de condamnation pour adultère d’un homme ou d’une femme, la partie innocente à se remarier ; que les fidèles seront avertis de ne pas fréquenter les pèlerinages, « auxquels les idolastres papistes trottent » ; que, « pour quelques considérations, » on n’astreindra pas « messieurs de la noblesse et autres, qui ont des vases et tombes particulières aux temples des papistes, d’en laisser entièrement la possession et jouissance, pourveu qu’on evite toute superstition ; » que les amendes imposées à ceux de la religion « ne soient pas adjugées aux moyneries et autres usages favorables à la papauté, mais au profit de ceux de lad. religion » ; que M. Chamier verra l’histoire d’un certain Mathieu, « advocat de Lyon, » et poursuivra au besoin, devant la Chambre de l’édit, ses calomnies contre le synode national ; qu’il sera permis « d’accompagner les enfants des papistes au baptesme, jusques à la porte de leur temple, à la condition de ne participer à aucune « superstition ni idolastrie » ; que M. Chamier ira en cour défendre M. Agar, accusé de lèse-majesté ; que MM. Cuzin, Cresson et Guerin représenteront « à M Desdiguières que les eglises de ceste province, — (en vue) de l’advancement du regne de Dieu et ruine de celui du diable, qui ne s’establit par aucun moyen plus fermement que par l’atheisme, — le supplient tres humblement de chasser de sa maison et de sa suite certains athées et profanes, et, entre autres, celui qui en est estimé le chef… »

Parmi les autres décisions, nous noteront celle qui octroie Josué Barbier à l’église de Saint-Marcellin pour pasteur, et Bocquin à celle de l’Albenc.

Selon M. Rochas, Josué Barbier était de Die. Pasteur à Quint, en 1603, il fut placé à Saint-Marcellin et y demeura sept ans. De 1613 à 1615, il exerça le ministère à Livron et devint membre du conseil privé et des assemblées politiques du culte réformé.

Puis, il abjura solennellement en pleine assemblée du clergé de France, qui lui fit toucher une pension annuelle de 600 livres, et publia, en 1618, la Ministrographie huguenote, où se trouve un chapitre fort curieux intitulé : Description sommaire et véritable de l’estat du sieur Barbier avant sa conversion.

Eustache Piedmont nous apprend que le temple de Saint-Marcellin, construit après l’édit de Nantes, était à l’un des faubourgs, « sous le Faucon, à quarante pas du chemin. »

Le même auteur mentionne une controverse publique tenue dans la même ville, en juin 1593, entre l’abbé de Saint-Antoine, Tholosain, et le ministre Caille, chez M d’Estables, femme d’un conseiller au Parlement de Grenoble (Louis du Vache), en présence du vibailli et de plusieurs notables, d’un parti et d’autre. M d’Estables « fit dispute de la realite du corps de J.-C. en la cène que Cailhe confessa, contre l’opinion de Calvin, qui dit qu’il n’y est que par foy ; et sur tous autres points principaux de la croyance de l’Église catholique, invocation des saints et autres, led. Cailhe demeura si court, qu’il fut jugé ignare et ne savoir l’Écriture Sainte que grossierement. » — La dispute dura huit heures. « Madame bien souvent lui disoit : Monsieur Cailhe, vous ne resolvés pas la question de M. l’Eleu (Tholosain, élu abbé). Le matin venu, l’on pensoit que Cailhe retourneroit vers M. l’Eleu ; mais, à l’aube du jour, il sortit de Saint-Marcellin et l’on lui mena son cheval. M. Desdiguieres ayant seu la dispute demanda aud. Cailhe : Monsieur Cailhe, vous avez parlé avec M. Toullozan ? — Ouy. — Le pape, dit M. Desdiguieres, a gagné une bataille par cette dispute. » Néanmoins, ajoute le narrateur, « ils sont plus opiniastres que devant. Dieu les ravise et les amène à bon chemin. ».

Là s’arrêtent mes renseignements sur le clergé.

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