‹ Saint Michel et le Mont-Saint-MichelChapitre 34 sur 75 · III

III

NEF

La nef de l’église se composait de sept travées, dont les trois premières ont été détruites en 1776. (Voir fig. 148, le plan et la légende explicative.)

Après sa mutilation, la nef fut fermée, vers 1780, par une façade construite selon la mode de ce temps, mais dont l’architecture hybride fait d’autant plus regretter la suppression de la nef et du portail anciens.

Le portail ancien était précédé d’un parvis, établi sur les substructions romanes soutenues par de puissants contreforts.

Les travaux de restauration, entrepris depuis 1873 par les soins de la Commission des Monuments historiques, ont nécessité, en 1875, des fouilles sous le dallage de la grande plate-forme de l’ouest, lesquelles ont fait découvrir les fondations des trois premières travées. Le plan, fig. 148, constate ces découvertes, qui prouvent incontestablement que la nef ancienne comprenait sept travées. Ce plan, fig. 148, indique également: les constructions faites en avant du portail ancien, par Robert de Torigni; le tombeau de cet abbé et celui de son successeur dom Martin.--Les fondations des trois travées détruites, ainsi que les bases des tours de Robert, sont actuellement recouvertes par le nouveau dallage de la grande plate-forme.

Le vaisseau antérieur est formé de trois parties, c’est-à-dire d’une grande nef et de deux collatéraux, relativement étroits. Ainsi que la plupart des églises construites au commencement du onzième siècle, et

[Illustration: Fig. 148.--Plan de l’église.--Nef actuelle.--Découvertes faites en 1875.

A. Chœur (reconstruit au quinzième siècle).--B. Transsepts (constructions romanes, onzième siècle).--C. Nef (constructions romanes, onzième siècle).--D. Fondations des trois travées détruites (constructions romanes, onzième siècle).--E. Fondations des tours et du porche, construits par Robert de Torigni (douzième siècle).--F. Tombeau de Robert de Torigni (douzième siècle).--F’. Détails du tombeau de Robert de Torigni (douzième siècle).--G. Tombeau de dom Martin de Furmendeio (douzième siècle).--H. Tombeaux vides (onzième siècle).--I. Vestiges du dallage du parvis ancien (douzième siècle).--J. Ruines de la salle dite de Souvré (ancien dortoir).--J’. Vestiges du dallage de la salle de Souvré.--K. Plate-forme dite du Saut-Gaultier.--L. Cloître (treizième siècle).--Ruines des escaliers descendant au charnier des religieux (onzième siècle).--N. Façade (reconstruite en 1780).--O. Anciens bâtiments abbatiaux (fin du onzième siècle).]

notamment en Normandie, la nef centrale était couverte par une charpente apparente. Les bas-côtés seuls sont voûtés par des arcs-doubleaux, latéraux et transversaux, dont les intervalles sont remplis par des voûtes d’arêtes. Les détails de la construction sont du reste indiqués par les coupes (fig. 149 et 150).

La couverture en charpente apparente de la grande nef a été détruite par les nombreux incendies qui ont causé tant de dommages à l’abbaye, et ses derniers vestiges ont dû disparaître pendant l’embrasement de 1834; cependant les détails de la structure de la partie supérieure de la nef, où aboutissent les colonnes dont on retrouve encore les tronçons calcinés sous la voûte moderne, permettraient, sinon de donner exactement la forme primitive de cette couverture, tout au moins de la reconstruire selon les données archéologiques (fig. 149).

Les fouilles qui furent pratiquées en 1875 sous la grande plate-forme et à l’entrée actuelle de la nef, ont fait découvrir dans le bas-côté nord (en M du plan, fig. 148) les passages et les ruines de l’escalier descendant de la nef au charnier, ou cimetière des religieux. Un passage et un escalier plus larges existent également au sud, longeant la chapelle Saint-Étienne. Les communications entre l’église haute et les souterrains ont été interceptées par la construction de la façade actuelle de la nef, réduite à quatre travées. Il serait possible de les rétablir si la restauration générale de l’abbaye était entreprise, ce qu’il est permis d’espérer.

A l’intersection de la nef et des transsepts s’élèvent les piliers triomphaux construits en 1058 par Radulphe de Beaumont, lesquels soutenaient le clocher, réédifié plusieurs fois depuis les premières années du douzième siècle, complètement détruit à la fin du seizième siècle et remplacé, malheureusement, en 1602 par le massif pavillon carré qui existe encore aujourd’hui. De ces quatre piliers, deux sont restés à peu près droits, ainsi que les arcs-doubleaux qui les relient; mais les deux piliers joignant le chœur ont beaucoup souffert de l’écroulement de 1421. Ils sont disloqués, déversés, et n’ont pu être maintenus que par la construction du chœur du quinzième siècle, dont les arcs de la première travée sont venus les arc-bouter.

Les transsepts et leurs chapelles basses ont conservé les dispositions anciennes, sauf pourtant la charpente apparente supérieure, remplacée par une voûte enduite sans caractère, et la façade du transsept nord, laquelle a été modifiée au treizième siècle par la construction du cloître (Merveille). La grande verrière septentrionale, divisée par de larges meneaux, a remplacé les fenêtres romanes, qui existent encore dans les faces sud et ouest du transsept sud.

Les chapelles semi-circulaires, pratiquées dans le côté est des transsepts, ont été bouchées; il serait facile de leur rendre, intérieurement, l’aspect roman qu’elles ont en grande partie, et principalement au sud, conservé extérieurement.

Le chœur roman a complètement disparu après l’écroulement de 1421. Il devait se terminer par une abside circulaire voûtée en cul-de-four; ses bas-côtés et son vaisseau central étaient sans nul doute voûtés et couverts par une charpente apparente comme celle de la nef. Sauf la tradition, il ne nous est resté aucun vestige de sa forme originelle; toutefois son analogie avec l’église abbatiale de Cerisy-la-Forêt, construite en même temps et sous les mêmes auspices, ainsi que les dispositions identiques de ces deux édifices, bien que leurs proportions soient différentes, fournissent des indications à l’aide desquelles on peut, dans un but purement spéculatif d’ailleurs, essayer de reconstituer ce chœur (voir fig. 147).

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