CHAPITRE II - I
BATIMENTS ABBATIAUX A LA FIN DU XIᵉ SIECLE
TRAVAUX DE ROGER II (XIIᵉ SIÈCLE)
A la fin du onzième siècle, les bâtiments abbatiaux étaient situés au nord de l’église. Ils s’étendaient de l’ouest à l’est et comprenaient les lieux réguliers, c’est-à-dire: le cloître, le réfectoire, le dortoir et le chapitre, ainsi que les habitations contenant les cuisines, l’infirmerie, les logements des hôtes, ceux des serviteurs, et plus bas les magasins.
Il subsiste quelques parties--authentiques--des constructions de ce temps, notamment le bâtiment formé de trois étages, restes des lieux réguliers de l’abbaye au onzième siècle. Les autres parties romanes ont disparu au treizième siècle, absorbées par la Merveille.
Les constructions romanes souffrirent beaucoup de la chute de la nef, en 1103. Roger II, dès les premiers temps de son gouvernement abbatial, les répara et les agrandit à l’est en élevant, au sud de la Merveille, les constructions dont il reste encore quatre travées ainsi que la plus grande partie de la façade. Après l’incendie de 1112, Roger II répara de nouveau les bâtiments abbatiaux; il les modifia et les augmenta encore en construisant le bâtiment--au septentrion--joignant le collatéral nord de la nef et contenant les galeries superposées de l’Aquilon, du promenoir (ou cloître au douzième siècle), au-dessus desquelles il rétablit le dortoir[1].
Nous avons trouvé dans l’ouvrage de M. de Gerville les indications suivantes sur l’œuvre de Roger II, renseignements qui concordent, sur ce point, avec les écrits de dom Jean Huynes et les documents lapidaires dont nous constatons l’existence: «Roger (Roger II) au nord éleva de fond en comble le dortoir et le réfectoire[2].....»--«Roger (Roger II) restaura les toitures de l’église incendiée; il répara les dommages causés par l’incendie, refit en pierre les voûtes du cloître, qui auparavant étaient en bois, et au pied du Mont il établit des écuries voûtées[3].»
Si, par ce qui précède, on peut déterminer la part qui revient à Roger II dans les constructions de l’abbaye, on peut affirmer aussi que les bâtiments du septentrion et ceux appelés la Merveille, également au septentrion, existant encore tous les deux et formant deux constructions bien distinctes, ne sont ni du même temps ni du même auteur, et qu’ils ne peuvent être confondus sans commettre une grave erreur. Il est possible que les constructions de Roger II aient été achevées,--ainsi que le dit dom Jean Huynes,--«depuis les fondements jusques au coupeau», de 1112, date de l’incendie, à 1122, époque où Roger quitta l’abbaye; mais il est difficile d’admettre que les immenses bâtiments de la Merveille aient pu être élevés en aussi peu de temps, c’est-à-dire en moins de dix ans! D’ailleurs, les abbés successeurs de Roger: Richard de Mère, Bernard du Bec, dit le Vénérable, Geoffroy, Richard de la Mouche et Robert de Torigni même, qui fit exécuter de si grands travaux à l’ouest et au sud de l’église, n’ont laissé aucune trace de constructions faites ou ajoutées par eux aux bâtiments du nord. Il en eût été tout autrement si la Merveille eût existé alors. Aussi, à partir du treizième siècle, les historiens du Mont-Saint-Michel font-ils mention de la grande œuvre commencée en 1203 par Jourdain, continuée et achevée par ses successeurs.